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Année Universitaire 2020 - 2021

Mini-mémoire

L'art de la médecine
Hippocrate

Sous la direction de Madame la professeure
Claire CRIGNON

Sommaire :
Introduction......................................................................................................................... 3
I – L’homme déterminé ...................................................................................................... 4
A – L’observation ........................................................................................................... 4
B – Un monde incontrôlable ........................................................................................... 5
C – Les lois du déterminisme ......................................................................................... 6
II – L’homme indéterminé .................................................................................................. 8
A – La connaissance ....................................................................................................... 8
B - Une médecine humaine et pragmatique .................................................................. 10
C – Au-delà de la médecine, l’art ................................................................................. 11
Conclusion ........................................................................................................................ 12
Bibliographie .................................................................................................................... 13

Introduction
Dans notre monde où la santé prime sur tout, le discours d’Hippocrate prend un sens particulier.
Hippocrate est né vers 460 avant J.C sur l’île de Cos en Grèce, il est considéré comme le père
de la médecine. De son nom découle une soixantaine d’ouvrages, appelé Corpus ou Collection
hippocratique. Il apparaît vite à la lecture, que son ouvrage ne semble pas être l’œuvre d’un
seul homme. Les différences dans le vocabulaire utilisé et les doctrines ou théories proposées
présentent d’importantes divergences s’opposant à l’unité d’auteur. C’est un ensemble d’indice
qui nous laisse penser que des personnalités très diverses ont été fondues sous la figure unique
d’Hippocrate. 1 Hippocrate a fondé l’école hippocratique qui a révolutionné intellectuellement
la médecine en Grèce antique. Le médecin hippocratique n’est pas qu’un praticien : il est
également un penseur et un théoricien. La médecine hippocratique apparait comme une
médecine rationnelle, exercée par des médecins qui soignent en prescrivant des remèdes, des
régimes ou en pratiquant des interventions chirurgicales. Sa singularité se manifeste d’autant
que dans la Grèce du Vème siècle, les médecins hippocratiques ne sont pas les seuls à soigner,
plusieurs types de médecine coexistent. Les médecins suivant la pensée d’Hippocrate
s’opposent violemment aux tenants de la médecine magique, catégorisé comme « charlatans ».
Pour les médecins hippocratiques, il s’agit d’une tromperie et d’une escroquerie intellectuelle :
leur savoir est inexistant et leur unique motivation est le profit. Le médecin hippocratique a
conscience d’être le détenteur d’un véritable savoir, d’un art acquis par une formation
scientifique et un long apprentissage. C’est dans cette idée qu’Hippocrate lie la médecine à un
environnement répondant à des lois. Selon son idée, l’homme ne comprendra jamais tous de
ces lois mais seulement une partie. Son but est d’avoir une vérité qui permet de soigner
l’homme. Par son ouvrage l’art de la médecine, Hippocrate appelle à penser que le corps n’est
pas éternel. Si notre vie est conditionnée par une fin mortelle, Hippocrate montre notre
indéterminisme par l’art. 2 L’art tourne l’humain vers l’éternel, non pas en empêchant sa mort
mais en l’émancipant des concepts sociétaux. Par son œuvre artistique qu’est la médecine,
Hippocrate nous laisse son œuvre artistique se transmettant de génération en génération.
Sommes-nous des êtres déterminés selon Hippocrate ?
Nous allons voir que certaines pensées d’Hippocrate se confondent au déterminisme. De la
même façon, Hippocrate propose une autre vision où l’homme peut devenir un être indéterminé.

1

Les quelques témoignages anciens fournissent une autre preuve que certains traités ne sont pas
d’Hippocrate.
2
« La vie est courte, l’art est long » est la première phrase du traité Aphorisme. Hippocrate développe
l’oxymore entre la fin du corps se traduisant par la mort et l’éternel se traduisant par l’art.

3

I – L’homme déterminé
A – L’observation
Hippocrate est un grand observateur. 3 Ce penseur grec pense que tout ce qui découle de la
nature répond à des lois universelles. L’homme est un produit de la nature, il doit répondre à
des codes. Les médecins hippocratiques ont cherché à déceler des traits communs à ces codes
en formulant un pronostic. Le Corpus connaît plus de deux cents affections décrites
parfaitement : Hippocrate cartographie l’ensemble des symptômes. Apprendre à reconnaître les
symptômes qui sont souvent identiques, c’est apprendre à identifier une maladie et c’est
connaître les prémices de la médecine. 4 L’excellence des dons d’observation que manifeste le
traité pronostic explique qu’il soit resté inscrit dans le programme des études médicales
jusqu’au XVIIème siècle.
Une des grandes intuitions du Corpus est que l’homme est indissociable de l’univers qui nous
entoure. Sa pensée nous amène à réfléchir au lien entre l’homme et la nature. L’observation de
notre environnement est la voie pour avoir la pleine santé. La santé ne s’explique pas seulement
par l’équilibre interne du corps, mais aussi par les relations harmonieuses entretenues avec
l’environnement, Hippocrate écrit dans le traité airs, eaux, lieux « Loin d’être négligeable, la
contribution de l’astronomie à la médecine est très importante ». Hippocrate a une vision
cyclique de l’homme comparable à la nature. 5 L’homme reproduit, à petite échelle,
l’organisation de l’univers : il s’agit là des premières formulations de la théorie micromacrocosmique dans la littérature grecque.
Hippocrate s’oppose à l’idée où l’homme est constitué de l’un ou l’autre des éléments premiers
(air, eau, terre, feu). En effet, ces théories ne correspondent pas aux données de l’observation.
Il propose à la place la fameuse théorie des quatre humeurs (sang, phlegme, bile jaune, bile
noire) dont il a observé la présence réelle dans le corps. 6 Ainsi, Hippocrate reprend l’examen

3

Le philosophe Polybe (gendre et successeur d’Hippocrate) continuera sa démarche en partant de l’Homme
et de ses observations.
4
Dans le traité pronostic Hippocrate fournit au praticien tous les éléments d’un examen normatif et
standardisé des signes.
5
« Mais dans l’année, c’est tantôt l’hiver qui prédomine, tantôt le printemps, tantôt l’été, tantôt l’automne.
De même aussi dans l’homme, c’est tantôt le phlegme qui domine, tantôt le sang, tantôt la bile, d’abord la bile
jaune, puis la bile dite noire » extrait du traité Nature de l’homme
6
Dans l’Anonyme de Londres, XI, 43-XII, 8, c’était la position de Thrasymaque de Sardes (sophiste de la
Grèce antique). Tout laisse à penser selon les historiens que d’autres médecins, dont les théories sont perdues,
devaient soutenir des positions analogues pour la bile et le phlegme.

4

critique des postulats philosophiques, trop simplificateurs et arbitraires à ses yeux car incapable
de rendre compte de la diversité du réel et des phénomènes observables. 7
L’homme est régulé pour tôt ou tard mourir ; tout au long de cet ouvrage, Hippocrate va décrire
ce qui conduit à la mort de manière naturelle. La maladie semble être inéluctable et est une
honte humaine 8. D’époque en époque, le déterminisme de l’homme se transmet guider par la
peur de tomber malade ; c’est la peur de la mort et la souffrance que cherche à fuir l’homme.
L’observation d’Hippocrate l’amène à penser que nous sommes déterminés physiquement par
notre corps, c’est son point de départ. Par exemple, selon son idée le cerveau est la partie dans
l’homme qui possède la puissance la plus grande. Hippocrate écrit dans le traité maladie sacrée
« Même si le cœur éprouve la peine et le souci, de même que le diaphragme aucune de ces deux
parties ne peut penser ». Le cerveau contrôle le corps, c’est la source de nos plaisirs, de nos
joies, de nos rires et de nos plaisanteries ; mais également la source de nos chagrins, de nos
peines, de nos tristesses et de nos pleurs.

B – Un monde incontrôlable
Dans le traité airs, eaux, lieux Hippocrate développe l’idée que notre milieu géographique va
impacter l’ensemble de notre vie. Chaque milieu géographique possède des maladies distinctes
; chaque maladie est en association avec son lieu d’habitation. Un médecin doit examiner avec
soin la position du lieu d’habitation, la façon dont il est situé par rapport aux vents et par rapport
aux levers du soleil. C’est pourquoi Hippocrate décrit chaque vent (vents chauds, vents froids)
en les liant au soleil ; le changement de vent inclut des troubles au corps humain. C’est dans cet
esprit que le corps doit s’adapter aux différentes menaces de son environnement. Dans le traité
airs, eaux, lieux Hippocrate présente son livre comme un manuel destiné à des médecins
itinérants qui, arrivant dans une nouvelle cité, doivent prendre en compte les facteurs locaux et
climatiques pour traiter correctement les patients.
La pensée hippocratique laisse émerger deux facteurs pour lequel les hommes ne peuvent lutter
: la vieillesse et le climat. Pour bien comprendre le climat, il faut comprendre ses conséquences.
Par exemple selon ces observations, en hiver le corps est plus chaud et le sommeil plus long ;
le climat est vu pendant l’hiver comme affectant l’énergie corporel. À mesure que la période de

7

Nature de l’homme est le premier traité à présenter une théorie aussi élaborée des quatre humeurs, avec un
système quaternaire sans doute inspiré de la théorie des quatre éléments d’Empédocle (philosophe présocratique)
dont l’influence est sensible
8
« Si sa maison est proche, c’est chez lui que va le malade ; sinon, c’est dans l’endroit le plus solitaire, là où
le mois de gens sont susceptibles de le voir tomber » extrait du traité Maladie sacrée

5

l’année avance, le médecin hippocratique pourra dire à la fois quelles sont les maladies
générales qui doivent s’emparer du lieu d’habitation soit en été soit en hiver, et quelles sont les
maladies particulières qui risquent de se produire chez chaque individu.
D’autre part, la géographie d’une région semble influencer et déterminer le corps et l’esprit de
ceux qui y habitent. Selon Hippocrate, en règle générale les constitutions des gens et leurs
caractères sont conformes à la nature du pays. Pour comprendre une maladie, il faut comprendre
d’où provient l’homme.
Hippocrate pense qu’en ayant la compréhension du conditionnement humain, l’homme peut
atténuer une carence d’un manque d’expérience. 9. Comprendre le déterminisme humain c’est
pouvoir guérir l’homme. C’est seulement en prenant en compte ce conditionnement que le
médecin pourra connaître au mieux chaque cas, obtenir le plus souvent le retour à la santé, et
remporter des succès dans son exercice de l’art médical. Si l’on se conforme à ces indications,
un médecin hippocratique connaîtra à l’avance la plupart des effets qui doivent résulter des
changements.

C – Les lois du déterminisme
Hippocrate tente de justifier les différences humaines par le déterminisme. Pour lui, ces
différences oscillent entre déterminisme climatique, déterminisme culturel et politique.
La médecine hippocratique c’est une médecine qui développe la théorie humorale. Cette théorie
est caractérisée par le fait de penser qu’il y a une correspondance entre les humeurs et les
saisons. Comme la faune ou la flore, l’homme est un produit de son environnement. Des
conditions similaires sur le climat entraîneront des caractéristiques communes dans une
population : la nature est vu comme le catalyseur du déterminisme. Pour mieux comprendre,
Hippocrate prend en exemple en comparant l’homme d’Asie et d’Europe 10 dans le traité airs,
eaux, lieux ; il expose son analyse sur les différences entre ces deux peuples, notamment
physique. Selon lui, tout est beaucoup plus beau et plus grand en Asie, ce pays est plus cultivé
que les autres, et les caractères des hommes y sont plus doux et plus faciles. Ces différences
s’expliquent par la modération naturelle des saisons, modifiant la forme naturelle des corps.
9

« Qui veut chercher à appréhender correctement la médecine doit faire ce qui suit » extrait du traité airs,
eaux, lieux. Les maladies décrite dans l’ensemble de ce livre permettent de ficher les maladies résidant dans de
multiples cités. Cela permet de prouver que plusieurs médecins hippocratiques, et sans doute Hippocrate lui-même,
ont mené cette vie de médecins itinérants, passant de cité en cité. Hérodote en mentionne un autre exemple célèbre
antérieur à Hippocrate, Démocédès de Crotone (III, 131)
10
« Je veux exposer maintenant, au sujet de l’Asie et de l’Europe, à quel point elles diffèrent l’une de l’autre
à tous égards » extrait du traité airs, eaux, lieux. Hippocrate expose l’ethnographie de ces deux groupes humains.

6

Plus les saisons sont différentes entre elles, plus les différences sur l’aspect physique sont
importants. 11 Hippocrate parle de « chocs de saisons » dans certains pays, impactant l’esprit et
le corps. Chez d’autres peuples, les changements des saisons loin d’être importants et violents,
sont semblables avec de faibles écarts. C’est ce qui explique selon son idée, les ressemblances
chez des habitants d’une même région par leur aspect physique. De plus, ces populations
mangent une nourriture semblable, portent souvent les mêmes vêtements en été et en hiver,
respirent le même air et boivent les mêmes eaux. Il y a un déterminisme certain chez l’homme
en fonction de son lieu de naissance. Dans le traité airs, eaux, lieux Hippocrate écrit « Il n’est
pas possible que le corps soit actif, ni non plus l’âme, là où les changements ne sont pas
importants. » selon son idée, le caractère sera plus dur et froid avec un climat hostile et
inversement. Hippocrate est le premier à émettre le principe de la climatologie médicale.
Outre ce déterminisme climatique l’auteur fait intervenir deux autres facteurs, relevant du
culturel : les usages et le régime politique. Ces deux facteurs peuvent influencer les traits liés
au milieu naturel. Hippocrate fond l’opposition entre nature et culture dans le déterminisme.
Le naturel peut être corrigé ou, à l’inverse, accentué par le culturel. Il n’y a pas de jugement
moral, qui dévaloriserait les uns pour mieux faire ressortir la bravoure des autres : tout est une
affaire de climat et de régime. Reprenant son exemple de comparaison avec la population
asiatique, Hippocrate pense que le déterminisme climatique fait de cette population des
personnes moins belliqueuses et moins courageuses que les Européens ; ce qui est renforcé par
leur régime politique. En effet, le régime monarchique sous lequel ils vivent, leur ôte toute
initiative.
La coutume est une justification de notre physique. La loi découle de la coutume créant un
déterminisme dû à une pression morale. Pour mieux comprendre l’influence du régime
politique, Hippocrate va prendre l’exemple du peuple des Sauromates. Dans le traité airs, eaux,
lieux Hippocrate écrit « Chez eux, les femmes montent à cheval, tirent à l’arc, lancent le javelot
depuis leur cheval et livrent bataille aux ennemis, tant qu’elles sont vierges. Or elles restent
vierges jusqu’à ce qu’elles aient tué trois ennemis, et elles ne se marient pas avant d’avoir
accompli les sacrifices conformes à la coutume. ». Selon son discours, à partir de l’oisiveté et
de l’indolence la lâcheté grandit, tandis qu’à partir de l’endurance et des efforts, c’est le
courage. Hippocrate va plus loin dans sa pensée et fait l’apologie de la démocratie. En effet, si
un peuple est soumis à un roi, il est déterminé à être très lâche. Au contraire, un peuple qui se
gouverne par ses propres lois avec la démocratie, assume les risques pour lui-même et non pour

11

« Le courage, l’endurance, le goût de l’effort et l’ardeur manquent à ces peuples […] il est nécessaire chez
eux que le plaisir l’emporte » extrait du traité airs, eaux, lieux.

7

autrui et va spontanément faire preuve d’ardeur en affrontant le danger ; car le prix de la
victoire, c’est pour lui-même qu’il le remporte. La forme tyrannique répond difficilement aux
besoins de son peuple, le peuple se bat pour un tyran. En effet, le peuple qui se bat pour luimême à tendance à porter plus attention à son combat. 12 On ne peut établir de hiérarchie entre
les peuples puisque leurs différences, physiques et morales, ne sont dues qu’au jeu des multiples
interactions des influences climatiques ou culturelles sur une nature humaine au fond toujours
identique, partout soumise au même déterminisme. Ainsi, c’est l’influence du milieu extérieur
qui joue sur le physique et la santé des habitants d’une région donnée.

II – L’homme indéterminé
A – La connaissance
L’ignorance est le profond combat d’Hippocrate, connaître c’est s’émanciper. Hippocrate
concède que l’indéterminisme s’obtient par notre mode de vie et notre nutrition.
Le mode de vie peut rectifier et corriger la constitution naturelle. Dans airs, eaux, lieux
Hippocrate écrit « les hommes secoués sans cesse par les chevaux, deviennent sans force pour
l’union […] les servantes, elles n’ont pas plus tôt eu des rapports avec un homme qu’elles sont
enceintes ; c’est à cause de leur vie active et de la maigreur de leur chair » par cet exemple,
Hippocrate exprime que la manière de vivre est inéluctablement liée à la santé.
Dans une autre idée Hippocrate revient sur la notion de tempérament permettant à l’homme
d’être indéterminé. L’énergie de notre état d’esprit influence l’état de notre corps, Hippocrate
écrit dans le traité maladie sacrée « cette maladie-là se produit chez les phlegmatiques et non
chez les bilieux ». Il est nécessaire d’avoir un tempérament combatif pour faire face à une lourde
maladie. L’esprit ne faisant qu’un avec le corps, un accord commun des deux parties est
nécessaire pour retirer une profonde maladie.
L’homme peut aussi s’émanciper par son régime nutritionnel. Son premier remède est la
nourriture qu’il ingère. La nutrition de l’homme est à prendre au sérieux, deux facteurs en
dépendent : la qualité et la quantité. La nourriture dépend de la saison, de la région, de
l’habitude et de l’âge. Selon lui, chaque individu doit en fonction de son âge, du climat et de sa
corpulence faire un régime différent. Le corps sachant naturellement ce qui est bon pour lui, va
être attiré par des aliments sains. Ce qui est cuit est toujours « doux » et souvent sans maladie.

12

« De fait, là où les hommes sont soumis à un roi, il est inévitable que, dans ce pays-là, ils soient très
lâches » extrait du traité airs, eaux, lieux.

8

En effet, chaque opération possède une propriété naturelle particulière de base, permettant des
actions différentes. Selon Hippocrate, la température des aliments est aussi un facteur qui
permet de sortir de la condition.
L’eau joue aussi un rôle central sur la santé, l’homme doit considérer les propriétés des eaux. Il
y a celles qui sont malsaines et celles qui sont très saines. Il faut selon Hippocrate discerner les
hommes plus fragiles que d’autres par nature et apporter un système nutritionnel adapté et
individualisé. On doit choisir la nourriture quand on le peut. C’est ce choix qui est le plus
complexe à faire, où chaque personne doit entendre et comprendre son corps.
Le Vème siècle, voit les prémices d’une nouvelle conception de l’histoire de l’humanité dont
fait partie Hippocrate: l’homme est dans un progrès continu depuis un état primitif de
sauvagerie. 13 Les prémisses de cette nouvelle conception apparaissent aussi bien chez les trois
poètes tragiques 14 que chez l’historien Thucydide, qui, tous, expliquent ce passage progressif
de l’état sauvage à la civilisation par l’apparition des arts. La médecine, elle, dans la mesure où
elle est de l’ordre du pourquoi et de la prévision, a et aura toujours une réalité. « Car ce qui
échappe au regard des yeux, tout cela est vaincu par le regard de l’intelligence » extrait du traité
art. 15 Si la maladie est présent au même moment que le traitement, elle n’est pas plus rapide ;
mais si elle le devance, elle est plus rapide. L’humain est un être fragile, la prévision évite le
paroxysme d’une maladie. Ainsi prévoir c’est contrôlé le présent et l’avenir.
Le savoir médical est dépendant d’une connaissance préalable de la nature de l’homme. C’est
se savoir que doit parfaitement acquérir celui qui a l’intention de soigner correctement les
hommes. Hippocrate dans Pronostic écrit « C’est en prévoyant et en prédisant, au chevet des
malades, le présent, le passé et l’avenir, et en expliquant en détail ce que les patients laissent de
côté qu’il les persuadera qu’il connaît mieux qu’une autre les affaires des malades »16.
Hippocratique énonce, dans une langue simple et claire, des faits d’expériences issus d’une
longue pratique médicale, des règles précises données sous une forme brève destinée à faciliter
la mémorisation et l’apprentissage. La connaissance permet de faire un pronostic. Les selles,
13

L’être humain est passé d’un régime bestial, identique à celui des animaux, mais trop « fort » pour lui, à
un régime plus « doux », avec l’invention de la cuisson et du mélange des ingrédients ainsi adaptés à la constitution
plus faible de l’homme.
14
Voir par exemple Eschyle, Prométhée, v.442-471 et 476-506 ; Les multiples dons de Prométhée aux
hommes leur ont permis de passer d’une vie animale à la civilisation ; Sophocle, Antigone, v.332-364 : éloge de
l’ingéniosité humaine qui a su maitriser son environnement hostile.
15
Le regard de l’intelligence apparaît pour la première fois. Platon reprendra l’image à son compte dans le
Banquet 219a.. Cette phrase a souvent été rapproché de l’idée du philosophe Démocrite qui distincte deux modes
de connaissances. Malgré les similitudes, Art s’écarte de Démocrite en mettant les deux types de connaissance sur
le même plan, sans dévaloriser le témoignage des sens.
16
A l’époque tout le monde peut prétendre à un savoir en la médecine ; le médecin doit à chaque fois
conquérir et séduire ses patients.

9

l’urine, les sueurs, les yeux, le nez, la lèvre et la position du corps sont des signes qui permettent
d’établir ce pronostic au bout du 14ème jour. C’est dans ce pronostic qu’Hippocrate nous donne
les prémices d’être un médecin raisonné et scientifique.

B - Une médecine humaine et pragmatique
Il n’y a pas de critère auquel on puisse se référer pour avoir une connaissance exacte. Hippocrate
écrit dans nature de l’homme « Il est normal que celui qui prétend avoir une connaissance exacte
des choses fasse toujours triompher sa thèse, si effectivement cette connaissance repose sur la
réalité et si la démonstration est exacte. […] Il est nécessaire, pour qu’il y ait des idées
nouvelles, de ne pas partir d’un principe unique, il faut savoir remettre en cause ses
connaissances. », Hippocrate veut montrer la nécessité du pluralisme. Son idée pour accéder à
la connaissance est de partir d’un point avec les connaissances actuelles. Hippocrate est
conscient de ne pas avoir la vérité mais une vérité, il l’exprime dans cette phrase du Pronostic
« rendre la santé à tous les malades est impossible ». La médecine Hippocrate a bien conscience
que l’homme ne peut tout dominer. Pour prévoir au mieux les grands principes de sa médecine
(comme la théorie des jours critiques ou les notions de crise, de coction, de crase, de dépôt, de
récidive) Hippocrate s’efforce de repérer dans le cours des maladies leurs dissemblances
superficielles afin de ne pas faire d’erreur. Son objectif est de faire le moins d’erreurs, l’erreur
tue en médecine car la maladie est mortelle. 17 Hippocrate ne minimise pas le rôle de la chance,
au profit des notions de maîtrise et de compétence. En effet, les traitements défectueux des
maladies sont dans la majorité des cas suivis d’échec, tandis que les bons le sont de réussites.
Hippocrate conçoit une médecine basée sur le doute, se remettant perpétuellement en question.
Le médecin hippocratique renouvelle la vision des groupes humains. Le médecin hippocratique
voit l’intérêt du patient avant son statut social ; il sacrifie son avantage personnel financier à
celui du malade. C’est au nom de l’intérêt du patient que les médecins hippocratiques s’élèvent
avec force contre le spectaculaire et le sensationnel dans le traitement. Dans le serment, on
trouve exposé les devoirs du médecin, afin de toujours garder son humanité. On y retrouve le
respect du but premier de l’art médical ; respect de la vie sous toutes ses formes ; refus d’abuser
de sa situation qui lui permet d’entrer chez autrui pour séduire les membres du malade ;
discrétion préfigurant le secret médical. L’humanité des médecins hippocratiques se manifeste
aussi par le souci qu’ils ont d’agir avec douceur. Mais c’est surtout dans les « gracieusetés »,
17

La première phrase du traité Aphorismes reprendra cette idée « l’expérience trompeuse, le jugement
difficile ».

10

ces petites entorses tolérées par le médecin, où l’on trouve toute leur humanité. Le médecin
devient alors une véritable profession, gagnant la confiance du malade par son humanité. S’il
veut correctement pratiquer, le médecin doit être dans la recherche de la pureté et la piété ; cette
quête est essentielle pour pratiquer correctement la médecine Hippocratique.

C – Au-delà de la médecine, l’art
L’art nous rend indéterminé ; selon Hippocrate c’est l’invention nous rendant comparable à des
dieux. La médecine hippocratique par ces connaissances est devenu un art, dans le traité art
Hippocrate écrit « Dans le cas des arts, du moment qu’ils sont enseignés, il n’est aucun art qui
ne se voie pas à partir d’une certaine forme » 18. L’art se compose de trois termes : la maladie,
le malade et le médecin. Le médecin est le desservant de l’art ; il faut que le malade aide le
médecin à combattre la maladie. Pour exercer cet art, il faut lui laisser du temps « Il n’existe
aucun art qui soit inexistant. […] La puissance de l’art médical est observée une fois l’œuvre
menée à son terme » extrait du traité art. Les maladies sont invisibles et jugées ainsi telles par
l’art. L’art libère, dévoilant à ceux qui ont la connaissance de la médecine hippocratique son
pouvoir. Hippocrate affranchi de cette manière la médecine à la tutelle de la philosophie avec
des positions clairement différentes : de Platon jusqu’à Aristote, c’est l’image du médecinphilosophe qui prédomine. Le traité nature de l’homme s’insère dans le débat épistémologique
des rapports de la médecine avec la philosophie, en refusant l’introduction de théories issues
d’autres disciplines. C’est la philosophie qui, désormais, est tributaire des acquis apportés par
les médecins. Tandis que les philosophes eux n’accèdent qu’à la notion très générale de la
nature humaine. Hippocrate va créer la médecine rationnelle s’opposant à la médecine médicoreligieuse. Toutefois, comme dans airs, eaux, lieux, médecine et religion ne s’opposent pas
totalement. 19 Le rationalisme hippocratique s’avère plus souple et plus complexe que celui de
ses commentateurs du XIXème siècle qui ont parfois exagéré l’opposition entre raison et
religion et parlé d’athéisme. Ainsi, dans le Serment, le futur médecin commence par invoquer
Apollon. Il s’agit là d’une conception nouvelle, où le divin se trouve confondu avec les lois
naturelles et ainsi rationalisé.

18

C’est son enseignement qui confère à une discipline son statut d’art, idée que l’on retrouve aussi chez
Platon (Ménon 93d-94b, Lachès 185b-187b) et les sophistes (Dissoi Logoi, Diels-Kranz 90,6)
19
Le divin pour lui, ne s’explique pas par la vengeance d’une divinité particulière, mais se confond avec la
marche de la nature.

11

Conclusion
Pour conclure, Hippocrate pense que l’homme est déterminé s’il ne s’émancipe pas avec l’art
de la connaissance médical. La médecine Hippocratique est confrontée aux mystères du corps
lié à son environnement. La réflexion sur l’art pousse les médecins à s’interroger sur les
relations de l’homme et de son milieu, elle les conduit également à réfléchir sur son histoire, en
s’interrogeant sur l’« archéologie » de la médecine.
La dimension humaine qui régit les rapports du médecin et de son malade reste l’une des
facettes les plus remarquables du Corpus hippocratique. Ce n’est plus désormais pour son
enseignement médical, mais pour sa profondeur humaine toujours actuelle qu’Hippocrate est
toujours lu. C’est sûrement l’un des témoignages les plus riches et les plus brillants de l’éveil
de l’esprit scientifique grec.
Dès le IIIème siècle et l’époque hellénistique, soit à peine plus d’un siècle après sa disparition,
Hippocrate est devenu un objet d’étude indispensable. La théorie des humeurs est relayée par
Galien expliquant comment elle a pu s’imposer et dominer la médecine occidentale jusqu’à
l’époque moderne. Les travaux des professeurs d’Alexandrie portent alors davantage sur le
commentaire du commentaire de Galien que sur les textes hippocratiques original. Ainsi dans
la continuité, Aristote ( Les politiques, Livre VII, chap. VI) et Poseidonios d'Apamée ont
poursuivi par la suite cette notion de déterminisme qu’Hippocrate a soulevé via l'influence des
éléments climatiques sur les comportements humains. La théorie des climats sera développée
puis attribuée à Montesquieu alors qu’elle circule depuis l’Antiquité avec Hippocrate.

12

Bibliographie
Hippocrate, l’art de la médecine, Edition Garnier-Flammarion Paris 1999, traduction de
Jacques Jouanna et Caroline Magdelaine
Aristote Œuvres complètes, Edition Garnier-Flammarion Paris 2014, sous la direction de Pierre
Pellegrin
Aristote, Les politiques, Edition Garnier-Flammarion Paris 2015, traduction de Pierre Pellegrin
Anonyme de Londres, Edition les belles lettres paris 2016, traduction de Antonio Ricciardetto
Alexandre Bies, S’immortaliser par l’art : entre l’éternité du monument et l’intensité de
l’instant, Université de Nice Sophia Antipolis, disponible sur https://post-scriptum.org/23-04figures-de-limmortelle-simmortaliser-par-lart-entre-leternite-du-monument-et-lintensite-delinstant/
Charles Mugler, Sur la méthode de Thucydide, Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 1951,
disponible sur https://www.persee.fr/doc/bude_1247-6862_1951_num_10_4_4508
Sylvain Maréchal, Dictionnaire des athées anciens et modernes (2e édition augmentée des
supplements de J.Lalande), Bibliothèque nationale de France, 1833, disponible sur
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71824v.pdf
Pierre Gourou, Le déterminisme physique dans « l’Esprit des lois », Homme, 1963, disponible
sur https://www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1963_num_3_3_366577
Marie Laffranque, Poseidonios d’Apamée, essai de mise au point, faculté des Lettres et
Sciences

Humaines

de

l’université

de

Paris,

1964,

disponible

sur

http://excerpts.numilog.com/books/9782705911591.pdf
Véronique Boudon, Galien, le vrai père de la médecine, l’Histoire, 2002, disponible sur
https://www.lhistoire.fr/galien-le-vrai-p%C3%A8re-de-la-m%C3%A9decine

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