Kery James Projet III .pdf



Nom original: Kery James Projet III.pdfAuteur: Geza

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La tête dans mon nuage

D’après l’histoire de Adama, un jeune homme
habitant en Côte d’Ivoire, auditeur depuis 18 ans, qui
m’a contacté à travers le groupe Facebook « La
famille de Kery James ». Lors de notre conversation
téléphonique, il m’a confié son sentiment d’avoir été
guidé par les mots d’un artiste à qui il doit sans doute
sa vie, Kery James. Aujourd’hui, il est gendarme dans
son pays et met un point d’honneur à essayer de
transmettre ce qu’il a appris dans les paroles du
rappeur aux jeunes en difficulté et essayer de les
ramener sur une autre voie que celui de la
délinquance.

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« Un nuage de fumée me contient
Dans un simple joint, ma rage je contiens
Un liquide nocif m’atteint puis soudain le malin
qu’il contient déteint sur mes traits
Là, tout devient abstrait, je tire un trait sur le
respect
Là, tout devient abstrait, je tire un trait sur le
respect
Mon âme clame que l’on plane
Dans une atmosphère de drame on rame. »

2

Abidjan.

Commissariat du 1er arrondissement. Le
Plateau. Année inconnue. 21h30.

- Prénom ?
- ...
- Prénom ?
- Adama.
- Nom ?
-…
- Je t’ai demandé ton nom !
-…
- Très bien Adama, je vais t’expliquer ce qui t’attends ici.
Soit tu te montres un peu coopératif et tu vas peut-être
pouvoir t’en sortir à peu près indemne, soit tu fais
l’imbécile et là on sera parti pour un long tour de piste.
Alors je te le redemande une dernière fois calmement,
pourrais-tu me donner ton putain de nom ?

3

- J’en ai rien à foutre ! Personne n’en en a rien à foutre de
mon nom ! Dis-moi tout ce que tu veux, tout sera pareil
demain pour moi.
- Tu l’auras voulu. Je prends note : l’individu ne montre
aucun signe de bonne volonté, il refuse catégoriquement
de coopérer. Tu sais au moins ce que tu risques ?
- Vous ne m’avez pas entendu juste avant ?
- Oh si j’ai entendu tes conneries. Oui tu t’en fous, j’ai
compris. Tu t’en fous de cramer ton futur. Tu t’en fous de
détruire ceux qui t’entourent. Tu t’en fous que ta vie ne
soit qu’un éclair. Tu te sens un chevalier, un guerrier, un
combattant n’est-ce pas ? Tu fonces et personne ne
t’arrête. Le pauvre petit Adama et sa vie merdique.
- ...
- J’ai vu juste ?
- C’est à peu près ça oui. Et alors ?
- Le problème, alors, vois-tu, mon petit, c’est que tu es
encore jeune et tu as déjà presque tout raté. A ce niveau
on dirait presque une œuvre d’art moderne. Toute ta vie
devient une putain d’abstraction, tu as tiré un trait sur
tout ce qui importait, tes amis, ta famille, le respect que
tu leur dois et que tu te dois à toi-même. Et puis tu as fait
du mal Adama « sans nom », tu as fait beaucoup de mal,
tu le sais n’est-ce pas ?
4

-…
- Tu le sais n’est-ce pas !
- Et alors ? Ce qui est fait est fait. Plus de retour.
- Plus de retour ? Tout dépend. Où as-tu grandi déjà ? Où
est-ce que tu as passé ta scolarité ?
- Abidjan.
- Abidjan, c’est vrai ! C’était comment ?
- Qu’est-ce que ça vient faire là ça ? Foutez-moi la paix !
- Abidjan Adama ! Réveille-toi ! Abidjan et cette école
de petits bourgeois dans laquelle tu as été placé, toi qui
n’avais rien ! Abidjan où tu te sentais étranger dans ton
propre pays parce que ces gosses n’étaient pas comme
toi. Ces gosses de ce quartier d’Abidjan qui avaient bien
trop de fric et bien trop peu de passions pour ne pas
passer leur temps à faire des conneries, à vomir sur la
chance qu’ils avaient et qui n’était qu’un rêve pour toi.
J’ai tort ?
- Tu es très malin monsieur, mais je te le répète : et
alors ?
- Alors tu as voulu les suivre, tu as voulu faire comme
eux, tu as voulu qu’ils t’acceptent, faire partie du groupe.
Une famille. La petite troupe qui croyait tout savoir. La
petite troupe trop paumée et cramée dans la tête pour
5

croire qu’à vous six vous aviez de quoi défier les States.
Alors tu as dit oui quand ils n’allaient pas aux cours. Tu
as dit oui quand ils sifflaient les filles dans la rue. Tu as
dit oui aux bières, à l’alcool qu’ils volaient à leurs pères
et qui valait autant que deux mois de salaires de tes
parents. Tu as dit oui quand ils ont sorti le papier, tu as
dit oui quand ils l’ont roulé, tu as dit oui, oui, oui ! Tu le
voulais n’est-ce pas ? Tu avais la rage contre tout car tu
n’avais rien et tu n’étais rien !
- Evidemment que j’ai dit oui ! J’ai pris leurs joints et je
les ai tiré jusqu’au bout, le plus possible ! J’ai tiré sur ces
joints jusqu’à ce qu’ils soient tous tout près de moi. Tu
veux me juger c’est ça ? Qu’est-ce que tu peux bien
comprendre à ça ? Tu as déjà été à Abidjan ?
- On ne parlait pas de moi là Adama. C’est ton
adolescence qui s’est fait massacrer. Tu l’as regardée en
face et tu l’as flingué mon vieux. La balle qui l’a
transpercé venait de ta détente. Qu’est-ce que ça fait de
tirer sur un miroir ?
- Non c’est le Diable.
- Le Diable ?
- Le Diable oui, Lucifer ! Sa tentation! La misère de tous
les jours qui te colle à la peau comme du putain de sable.
Va faire un tour à Abidjan, tu verras. Les bidonvilles, les
familles à la rue, les quartiers riches interdits, le shit qui
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s’échange à tous les coins. Tu voulais que je puisse croire
à autre chose ? A l’école ? Moi je voulais juste mon
nuage. Je n’avais qu’à me planquer dedans et j’étais
protégé, derrière mes murs. Et je planais au-dessus de
toute cette merde. Et j’avais des potes ou au moins je
pouvais faire semblant.
- Attends une seconde, tu me fais la leçon c’est ça ? Tu
crois que ta petite histoire me touche ? Le pauvre Adama
et ses faux potes d’Abidjan ! Quel beau titre pour ton
futur livre de taulard et de loser. Si tu as un peu de style
tu pourrais en vendre quelques-uns et être invité à la télé.
Tu pourras débiter ta litanie de clichés sur les bidonvilles.
Qui sait, en tirant la même tronche que maintenant, tu
pourrais même faire croire que tu es sincère aux petites
ménagères qui te regardent. Une vie déçue, autodétruite,
dont tu exposeras les blessures comme autant de preuves
que le grand Adama mérite toute notre considération. Tu
n’es qu’un perdant. Tu ne trompes personne.
- Tu me veux quoi à la fin ? Tu es un de ces flics
sadiques qui aime faire chier aux gens ? Finissons-en.
- Trop facile d’en finir tout de suite. Tu finirais
justement par être certain d’avoir raison. Et moi je
n’aime pas ça, les gens qui s’entêtent à croire que ce
qu’ils disent n’a absolument aucun putain de sens ! Mon
ami, je connais mieux Abidjan que toi ! Je vais même
t’en apprendre une belle tiens ! Maintenant c’est la coke
7

qui tourne, pas ton shit. T’en trouve partout, mais surtout
dans les bidonvilles et même les plus jeunes en ont plein
les mains et le nez. A dix ans mon ami, à dix ans déjà ils
ont de la neige plein la tête. Ton petit nuage là, tu veux
savoir ce que c’était en comparaison ? De la barbe-à-papa
de fête foraine ! Elle disparait sous la neige ivoirienne
qui tombe en ce moment. Tu n’es pas à plaindre, tu es
juste tristement pathétique.
- Et toi tu crois que ton jugement me touche ? Je sais
exactement d’où je viens ! Je sais parfaitement ce que j’ai
fait. Je n’ai pas besoin de toi pour être jugé.
- Alors de quoi le grand Adama a-t-il besoin au juste ?
- De plus rien. Je n’attends plus rien de cette vie, je suis
damné. Je peux tout aussi bien crever.
- Crever à ton âge ? A vingt ans ? Il n’y aurait donc plus
aucun combat qui vaille la peine d’être mené ? Tu n’as
donc plus aucun espoir, aucune envie, aucun talent ?
Maintenant que je t’ai mis les baffes que tu méritais et
que je vais te forcer à arrêter ta petite fumette, tu n’aurais
aucune idée de ce qui pourrait donner un peu de relief à
ta misérable petite vie ?
- Le shit me donnait l’impression d’avoir beaucoup de
relief. C’était le seul moment où je me sentais encore un
peu vivant. Maintenant je suis retiré de tout, je suis mort.

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- « Simulacre au goût âcre, d’une vie qui te fait battre en
retraite. »
- Qu’est-ce que tu viens de dire ?
- Ce n’est pas de moi, c’est une chanson.
- Mais je sais que c’est une chanson, je la connais, c’est
Kery James. Je l’ai entendu il n’y a pas très longtemps.
Pourquoi un flic cite Kery James maintenant ?
- Je l’ai entendu il y a bien plus longtemps que toi mon
frère. 15 ans. Pourquoi tu écoutes Kery James toi ? Il me
semble que tu fais bien trop de conneries pour en être un
auditeur fidèle à la lettre, non ?
- C’est pour ça que je suis là.
- Où ça ?
- Là, devant toi.
- C’est parce que tu écoutes Kery James que j’ai pu te
prendre en flagrant délit ? Tu es sûr de ne pas avoir un
peu trop abusé de la fumette ce matin ?
- Je me suis arrêté.
- Tu t’es arrêté ? De faire quoi ?
- Tout. Le vice. Le Diable. Je voulais lui dire non,
comme Kery. Alors je me suis arrêté. Au milieu de nulle
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part. J’ai laissé aller. Pour être trouvé, pour être puni. Ce
n’est pas grave si tu ne me comprends pas. Il est trop tard
pour moi.
- En fait, quand on y pense bien, tu es un sacré veinard tu
le sais ça mon ami ? Parce que dans tout ce flot d’idioties
dans lequel tu t’obstines à te noyer, il te reste une bouée.
Parce qu’il se trouve que je te comprends mieux que tu
ne pourrais le croire. Tu penses que j’ai toujours été flic ?
- De toute évidence non, puisque tu me le dis comme ça.
Tu as fait quoi avant ?
- Disons simplement, pour ne pas faire de la
pleurnicherie comme le pauvre Adama, que j’ai eu ma
dose de routes hasardeuses et de vents contraires. Ton
Diable, ton Lucifer, je l’ai regardé droit dans les yeux et
j’ai succombé à sa tentation, avec plaisir. J’ai plongé au
plus profond de mes peurs, de mes joies, de mes haines,
de ses entrailles. A un doigt de me noyer j’ai refait
surface.
- Comment tu as fait pour t’en débarrasser ?
- Je ne m’en suis pas débarrassé. Il est toujours là, en
moi. Mon côté sombre. Mais je l’ai étouffé, je l’ai réduit
au silence, je ne devais plus l’entendre. Pour y arriver,
j’ai écouté. J’ai écouté mon cœur, j’ai écouté mon âme.
J’ai surtout écouté Kery. Il me disait d’être lucide,
d’arrêter, d’assumer, de bâtir quelque chose plutôt que de
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tourner en rond dans cette colère et cette violence
quotidienne. Alors la fumée j’ai fini par la recracher. J’ai
changé, pour moi. Pour les autres. L’exemplarité mon
frère. Kery a ouvert ma voie, j’en ouvre d’autres. A
Abidjan. Pour les jeunes.
- Pour les jeunes ?
- Pourquoi penses-tu que je suis devenu flic ? Pourquoi
penses-tu que nous parlons depuis vingt minutes et que tu
n’es pas encore en cellule avec dix autres détenus, tous
plus âgés que toi, tous plus détruits et cassés que toi, tous
plus paumés à jamais que toi ? J’ai été sauvé par une
voix. Alors maintenant, si je veux vivre et mourir en
homme, je la porte et je la donne. A des gars comme toi
mon frère, à des jeunes qui peuvent encore comprendre
qu’après l’alcool, la drogue, la violence, la prison, il y a
encore toute une vie qui s’ouvre à eux.
- A quel âge tu as compris ça ?
- A vingt ans. C’est mon grand frère qui écoutait Kery
dans sa chambre, quand nous habitions en bordure du
quartier de Cocody, c’est comme ça que je l’ai découvert.
- Ton grand frère ? A vingt ans ? A Cocody ? Non mais
tu te fous de moi ! Comment tu t’appelles ?
- Je t’ai demandé ton nom bien avant Adama. Peut-être
que si tu fais un effort je pourrais aussi…
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- Konate ! Mon nom est Konate Adama.
- Enchanté Konate Adama, je m’appelle Adama Konate.
Ravi de me rencontrer.

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