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ACTUALITÉS

N°39 - Ja n vier 2021

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Salon Millésime Bio : les nouveaux
enjeux de la viticulture bio
Malgré le contexte sanitaire et économique, le secteur de la viticulture bio ne cesse de prendre de l’ampleur,
tant en termes de consommation que de production. Explications avec Jeanne Fabre, présidente
de la commission Millésime Bio, en charge de l’organisation du salon…

Photo © Nathalie Savary

d’inscrire la mise en application de démarches
agro-environnementales dans leur cahier des
charges. Les vignerons sont par ailleurs
beaucoup plus transparents et communicatifs.
Ils n’hésitent pas à raconter leur histoire et celle
de leur domaine au consommateur. Depuis
quelques temps, on assiste également au
développement de nouveaux programmes et
modules de formations autour des questions
environnementales, proposés notamment par le
CIVAM Bio ou la Chambre d’agriculture. Les
enseignements dispensés sont beaucoup plus
concrets, voire techniques et répondent aux
questions des vignerons de manière plus
spécifique. Ces formations sont indispensables
et permettent notamment aux exploitations qui
souhaitent faire leur transition, d’anticiper les
coûts et de mieux appréhender les contraintes
économiques.

Comment expliquez-vous les bons
résultats de la viticulture bio dans
ce contexte si particulier ?

Aujourd’hui, il y a une véritable prise de conscience
de l’importance du bio et du respect de la planète.
Or, cette prise de conscience s’est accélérée avec
la crise sanitaire du Covid-19. Les gens se
tournent désormais plus largement vers le local et
le bio. Plus soucieux de leur santé, ils souhaitent
consommer des produits sains. Le bio était déjà
tendance, la demande était en nette progression
depuis quelques années. Mais là, nous assistons
à une véritable révolution alimentaire.
C’est d’ailleurs ce qui sauve bon nombre de
vignerons, qui ne peuvent plus écouler leur
production auprès des restaurateurs. En effet, les
ventes ont littéralement explosées dans les
circuits de distribution spécialisés en bio. Du côté
des producteurs, il y a un temps immuable de
conversion qui est de trois ans. On ne peut donc
pas relier de manière aussi directe l’actualité à la
hausse de la consommation et de la production.
Mais ce qui est claire c’est qu’il y a un véritable pic
de producteurs en fin de conversion et les
nouvelles inscriptions ne cessent d’affluer.

Comment cela se traduit-il
au sein de la filière viticole ?

Selon les chiffres de l’Agence Bio, le nombre
d’exploitations certifiées ou engagées en
conversion bio en 2019 est en hausse de 60% par
rapport à 2018. Cela se vérifie avec les chiffres du
salon Millésime Bio 2021. En effet, cette année, le
salon organisé dans sa version digitale accueillera
plus de 1000 exposants dont plus de 10% sont de
nouveaux exposants. Pour la plupart, il s’agit de

producteurs qui viennent de finir leur conversion,
mais il y a aussi les producteurs bio qui souhaitent
désormais intégrer les plateformes de marché.
C’est un signe de grand dynamisme !

Quel rôle les vignerons jouent-ils
selon vous dans la prise
de conscience environnementale ?

Déjà, il faut souligner qu’il n’y a pas que le bio dans
cette prise de conscience environnementale. Le
bio est une des démarches. C’est la plus exigeante
en termes de réduction de l’usage des produits
phytosanitaires et des engrais chimiques, mais
elle ne prend pas en compte la totalité des
aspects comme la biodiversité ou encore le social
comme peuvent le faire d’autres labels. Toutes
ces démarches sont complémentaires, il ne faut
donc pas les opposer. Il s’agit simplement
d’ambitions différentes qui correspondent à des
valeurs et des besoins différents. Mais ce que l’on
peut dire, c’est que les vignerons ont compris que
leur avenir passait par la préservation de leur
terre. En parallèle, les consommateurs ont pris
conscience de l’impact de leurs modes de
consommation sur
leur santé et sur
l’environnement. Les vignerons ne sont donc pas
les seuls à influencer le marché, les
consommateurs sont devenus aussi des
consom’acteurs.

Comment, au niveau de la filière
viticole, s’organise-t-on
justement pour répondre à ces
attentes des consommateurs ?

Certains syndicats d’appellations, comme
Corbières et Faugères, ont pris l’initiative

Justement, avec la crise
économique qui se profile,
l’environnement risque de passer
au second plan. Comment faire,
selon vous, pour que cela reste
une priorité pour les vignerons ?

Pour le moment, vu le cours du marché bio, la
forte demande par rapport à la capacité de
production et la pression sociale, nous sommes
un peu moins concernés par la crise que d’autres
vignerons plus traditionnels. Notre grande
frayeur, c’est au contraire qu’il y ait une sorte de
bulle spéculative du fait que l’offre est encore trop
faible. Par contre, il faut savoir qu’un domaine
cultivé en bio est plus couteux qu’un domaine
traditionnel, en termes de besoins humains, de
travail à la vigne, de technique et de matériel. Là,
heureusement, il peut bénéficier d’aides de la
région Occitanie.
En ce qui concerne les conversions, le contexte
actuel risque de contraindre les exploitations à
revenir en arrière ou à retarder leur démarche.
Pour les encourager à franchir le pas, nous avons
trois arguments : la solidarité entre vignerons, un
marché rentable et le soutien de la filière à travers
des formations et des subventions. Enfin, notre
dernière ressource est bien évidemment le salon
Millésime Bio, qui permet de faire rayonner les
vignerons bio à l’international !

Cette année, le salon Millésime
Bio a été repensé dans une
version digitale. Quel en sera le
principe ?

Le salon a été repensé mais n’a pas été reporté !
Cela a été un véritable combat. Nous étions en
effet tous suspendus aux annonces
présidentielles. Mais assez rapidement, nous
avons convenu de maintenir les dates initialement

prévues. En effet, en début d’année les vignerons
s’affairent principalement à la taille, c’est plus ou
moins une période de battement. Avec l’arrivée du
printemps, les vignerons sont davantage
mobilisés dans les vignes afin notamment de
prévenir les risques de maladies. Reporter le
salon à cette époque n’était donc pas
envisageable. En outre, le marché se dessine
principalement en début d’année. Ainsi, nous
nous devions de répondre également aux attentes
des acheteurs. Nous avons dès lors opté pour une
version digitale, qui prendra la forme d’une
plateforme unique, où les vignerons pourront
renseigner leurs données sous forme de
catalogue et où les acheteurs pourront déambuler
virtuellement. Un client potentiel pourra cliquer
sur une sorte de sonnette et rentrer ainsi en
contact avec le vigneron à travers un stand virtuel.

Quels sont les atouts de ce
nouveau mode de fonctionnement
et ses éventuelles limites ?

Le principal atout de ce salon virtuel est qu’il
permet de qualifier les prospects avant d’envoyer
les échantillons. Il est également ouvert 24 heures
sur 24, un acheteur chinois pourra ainsi demander
un rendez-vous à un vigneron qui pourra lui
répondre un peu plus tard. Cela permet de ne pas
rater de contacts. En outre, le vigneron pourra
vaquer à ses occupations sans attendre de
rendez-vous devant son écran. Par ailleurs, il n’y a
pas de limites d’exposants. Chaque année nous
avons des listes d’attentes, ce qui ne sera pas le
cas cette fois-ci. Enfin, un atout et pas des
moindres, cette formule digitale permet de limiter
l’empreinte carbone.
Les limites peuvent être au niveau organisationnel.
En effet, l’installation du stand virtuel demande un
véritable temps de préparation avec des moyens
au niveau photos, ainsi que de la vidéo pour ceux
qui le peuvent. Mais il faut savoir que les équipes
de Sudvinbio se tiennent à disposition pour aider
les vignerons à organiser leur communication. Et
puis, la contrainte la plus importante est que cette
année, on ne pourra malheureusement pas
déguster, ni se rencontrer.

Quelle forme prendra à votre
avis ce salon dans les prochaines
années ?

On peut tout à fait imaginer un nouveau concept
de salon qui associe pourquoi pas une partie
digitale permettant de qualifier les acheteurs en
amont. Celle-ci pourrait être complétée par un
salon réel, afin de concrétiser les affaires, les
contacts et bien évidemment prendre le temps
de découvrir et déguster les vins… Cette nouvelle
édition a en tout cas l’intérêt de nous interroger
sur la suite ! n