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L’Histoire globale : introduction à un champ de recherches internationales en
pleine expansion.
Par Johnathan R. Razorback / Hellebron (mai 2020).

I : Origines, objectifs, et institutionnalisation de l’histoire globale.
L’histoire globale est un courant de la recherche historique contemporaine. La remise en cause
des découpages historiques et géographiques traditionnels qu’elle met en œuvre explique
qu’elle soit représentée à la fois par des historiens médiévistes, modernistes, contemporanéistes,
etc. Elle est actuellement développée à l’échelle internationale.
Les origines de ce paradigme sont toutefois à chercher dans la « world history » et la « global
history »1, apparue sur le devant de la scène aux Etats-Unis, dans les années 1980. Selon Chloé
Maurel2, on peut distinguer une première génération de la « world history », autour de
l’historien canadien William H. McNeill (1917-2016), dont l’ouvrage The Rise of the West: A
History of the Human Community (1964), couvrant une période allant du XVème au XXème
siècle, appelait à mettre en évidence les « effets réciproques des différentes civilisations les unes
sur les autres et […] les fusions entre cultures.3 ». Une deuxième génération s’est constitué
autour la « théorie de la dépendance »4 qui analyse les rapports de domination internationaux
dans le monde selon un modèle centre-périphérie, ainsi que la théorie des « systèmes mondes »
d’Immanuel Wallerstein5 (1930-2019). Les années 1980 marquent l’institutionnalisation de ce
courant, avec le programme d’histoire mondiale de l’Université du Wisconsin dirigé par Patrick
Manning, la fondation de la World History Association en 1982, qui se dote d’une revue en

Certains chercheurs estiment qu’il s’agit de deux démarches différentes. Dans son livre Conceptualizing Global
History, paru en 1993, qui se veut un manifeste en faveur de la global history, par opposition à la world history .
Mazlish définit l’objectif de la global history, non pas comme un production d’un récit historique universel, mais
comme l’analyse la naissance et l’évolution du phénomène de « globalization ». Voir aussi Mazlish, B., «
Comparing Global History to World History », Journal of Interdisciplinary History, vol. 28, no 3, 1998, p. 385. A
l’inverse, selon Romain Bertrand « les divergences paradigmatiques entre les deux écoles se révèlent au final
minimes en comparaison de leurs points de convergence » [R. Bertrand, « Histoire globale, histoire connectée »,
dans Historiographies. I : Concepts et débats, C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia et N. Offenstadt dir., Paris, 2010,
p. 366]. Dans les faits, les deux appellations sont souvent utilisées de façon interchangeable.
1

2

C. Maurel, Manuel d’histoire globale : comprendre le « global turn » des sciences humaines, Paris, 2014, p.25.

3

Chloé Maurel, « La World/Global History. Questions et débats », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2009/4 (n°
104), p. 153-166. DOI : 10.3917/ving.104.0153. URL : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-dhistoire-2009-4-page-153.htm . L’ouvrage fut un best-seller : entre 1963 et 1990, The Rise of the West a été vendu
à 75000 exemplaires.
Représenté notamment par l’intellectuel d’origine allemande André Gunder Frank (1929-2005), tout à la fois
historien, sociologue et économiste.
4

5

Wallerstein possède le même profil interdisciplinaire que Gunder Frank.

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