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Dans l’ombre du loup.
Approche géopolitique d’un prédateur transfrontalier.
par Hellebron / Johnathan R. Razorback (13 octobre 2020).

A rebours de l’apparence simplicité –ou banalité- du sujet, je vais tâcher de vous
montrer que la présence du loup peut être analysée comme un « fait social
total », qui englobe des intérêts (économiques et politiques), des pratiques
(notamment discursives), mais aussi des représentations et des croyances (y
1

compris, à la limite, religieuses1, ou du moins relevant d’un imaginaire
réactivant, par-delà la coupure de la christianisation2, des représentants
similaires à celles de religions païennes).
Comme l’explique le géographe français Farid Benhammou, auteur d’une thèse
sur la géographie des grands prédateurs : « Sa présence dépasse le cadre
écologique et provoque des tensions politiques, socio-économiques et culturelles
dans des territoires ruraux historiquement marginalisés par rapport à la
capitale nationale, voire aux centres régionaux. La protection de ces espèces
révèle aussi des changements de la société en faveur de l’environnement, mais
également des résistances à sa prise en compte à toutes les échelles. Les conflits
environnementaux, s’ils s’appuient toujours sur une base écologique,
impliquent constamment des rivalités entre groupes au sujet du territoire et de
l’environnement. Ils relèvent donc de la géopolitique3. »
Que l’on peut définir comme : « L'étude des rapports de force dans l'espace. »
(Pascal Gauchon, Géopolitique de la France. Plaidoyer pour la puissance,
PUF, coll. "Major", 2012, 189 pages, p.45).
Le sujet ici n’est donc pas le loup comme réalité naturelle (vie sociale,
alimentation, etc.), mais l’influence qu’il exerce sur la société française
contemporaine. Qu’est-ce le loup déplace, décale, met en jeu ou en crise ? Quels
sont les effets de sa présence sur l’organisation des sociétés et sur les rapports de
force qui les structurent ?

1

« Les mythologies européennes, depuis les côtes de la Méditerranée jusqu'au nord de la Scandinavie,
n'ont eu de cesse de relier le loup à la fécondité, à la protection, à la destruction, à la punition, au soleil
et aux divinités héroïques qui incarnaient ces valeurs comme Apollon ou Belen.
L'aspect particulier de l'approche des peuples indo-européens par rapport aux Amérindiens du Nord
est que le loup symbolise à la fois la protection et la destruction. Il existe donc à l'origine une dualité
dans le culte ou la vision de cet animal.
Le loup occupe une place dans toutes les religions d'Europe même monothéistes, il est respecté, vénéré
ou craint.
Cette symbolique du loup se retrouve aussi chez les peuples turcs et mongols, originaires des steppes. »
( https://fr.wikipedia.org/wiki/Loup_dans_la_culture_europ%C3%A9enne ).
2

Le loup était très mal vu au Moyen-âge et dans les temps modernes. Cf : Jean-Marc Moriceau, L'homme
contre le loup: Une guerre de deux mille ans, Fayard, 2013.
Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », Géographie et cultures [En ligne], 69 |
2009, mis en ligne le 03 décembre 2015, consulté le 04 octobre 2020. URL :
http://journals.openedition.org/gc/3544; DOI: https://doi.org/10.4000/gc.3544
3

2

I : Remarques géo-historiques préliminaires sur le peuplement
contemporain du loup.
Après des siècles d’occupation du territoire, le loup avait disparu au début des
Trente Glorieuses.
C'est officiellement le 5 novembre 1992 que les deux premiers loups ont été
aperçus dans les Alpes-Maritimes, dans le parc national du Mercantour. Ils
proviennent de la population italienne, en expansion depuis la protection
législative de l’espèce en 1973.
Le nouveau peuplement du loup « concerne toutes les Alpes du Mercantour à la
Maurienne et s’étend au Bugey dans l’Ain en 2003 […] Sa présence est même
attestée dans les Pyrénées-Orientales à la fin des années 1990 et officiellement
reconnue en 2006 en Lozère. »
Depuis 30 ans, le loup français a prospéré numériquement : « Pour l'heure, 530
loups ont été décomptés (bilan réalisé à la sortie de l’hiver 2018/2019) en
France. L'animal est installé dans 97 zones, principalement, dans les Alpes, le
Sud-Est et l’Est. Pourtant, l’OBF a bien confirmé, la présence d’au moins un
loup en Normandie, à Mesnières-en-Bray, au sud-est de Dieppe. Une situation
qui n’est pas arrivée depuis au moins un siècle. » (22 juillet 2020:
https://www.europe1.fr/insolite/presence-dun-loup-en-normandie-une-premieredepuis-un-siecle-3982294 ).

3

Cette extension géographique, qui peut donner l’impression d’un loup
omniprésent, doit être relativisé, car il s’agit d’un animal rapide qui traverse
sans s’y arrêter différents territoires. Par ailleurs, « Le comptage national n’est
pas complètement pertinent dans la mesure où une partie des meutes sont
transfrontalières : les espaces considérés comme des marges ou des marches
pour l’homme sont parfois au cœur des territoires animaux.4 »
Les facteurs ayant facilité le repeuplement du loup sont multiples :
-Facteurs institutionnels : « Le loup est une espèce protégée par la convention
de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en
Europe de 1979, ratifiée par la France en 1989, ainsi que par la directive
européenne « Habitats » et par la Convention de Washington (Cites). Il figure
sur la liste des mammifères protégés sur l’ensemble du territoire national. À ces
divers titres, le loup fait l’objet d’une interdiction totale de détention, capture,
mise à mort intentionnelle et de perturbation intentionnelle. »
-Jean-Benoît Bouron, « Le Plan Loup, une réponse de l’État à un conflit socioenvironnemental », Géoconfluences, avril 2017. URL :
http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/plan-loup/
Cette intervention publique accrue doit être remplacée dans le contexte des
années 1980-1990, au cours desquels la gauche française a mis en œuvre une
stratégie élaborée dès les années 1960, afin d’arracher à la droite de nombreux
bastions dans les régions de montagnes : « Si la politique gaulliste a incarné une
vision « prométhéenne » du développement en montagne, la vision socialiste
serait davantage « icarienne », si l’on donne à ces termes le sens, défini par J.P. Bozonnet, de conquête, exploitation et maîtrise de la nature dans un cas, de
préservation et adaptation au milieu dans l’autre.5 »
-Facteurs socio-territoriaux et écologiques : Les zones de montagnes
françaises sont « les plus touchées par une diminution de l’usage et de la
modification du milieu par les activités humaines. Les plans de chasse et des
programmes de réintroduction d’espèces gibiers ont contribué à la
reconstitution des populations de proie nécessaires au loup (chamois, mouflons,
cervidés). La présence de nombreuses aires protégées alpines accroît le degré
de protection de l’espèce.6 »
4

Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », op. cité.

5

Céline Broggio, « La politique de la montagne en France. Représentations, discours et montagne »,
Hérodote, 2002/4 (N°107), p. 147-158. DOI : 10.3917/her.107.0147. URL : https://www.cairnint.info/revue-herodote-2002-4-page-147.htm
6
Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », op. cité.
4

Ces mesures de protection ne sont pas neutres, elles s’inscrivent dans un
contexte de mobilisation sociale et/ou politique lycophiles.

II : Lycophilies : du romantisme urbain au pragmatisme économique
et environnemental.
1 : Un enjeu esthétique dans le monde urbain.

Des créatures source de fascination…

L’une des premières raisons qui peut expliquer les mobilisations en faveur de la
protection du loup est le bénéfique esthétique qu’il représente pour des
populations avant tout urbaines. Ici, le loup est avant tout apprécié comme une
réalité esthétique. Mais une esthétique bien spécifique puisqu’elle n’est
ordinairement pas le fruit d’une expérience directe (encore moins d’une
démarche organisée), mais une représentation imaginaire acquise par des
médiations symboliques. Le loup est aimé en tant qu’il appartient à un espace
« exotique », fantasmé plutôt que vécu. Poétisé, spiritualisé, il est défendu
comme symbole romantique de la possibilité d’un ré-enchantement du
monde…
2 : Un enjeu économique à l’échelle locale.
5

A rebours de la motivation précédente, le loup peut représenter des avantages
très prosaïques.
Contrairement à ce qu’essayent de faire croire ses opposants, la défense du loup
n’est pas le monopole d’« écolos-bobos-parisiens » ontologiquement coupés de
la réalité sociale parfois âpre des territoires ruraux de montagne (qui consistent
l’espace privilégié par cette espèce). Par exemple, « dans les Alpes, des acteurs
locaux, du tourisme notamment, soutiennent le retour du loup.7 »
Il y a fort à parier que ce soutien amène à un conflit d’acteurs à l’échelle
locale. En effet, du point de vue du secteur touristique de ces espaces, le loup
peut être appréhendé comme une ressource et un atout économique. Etre
implanté dans un territoire avec un loup (ou du moins dans lequel on présume
qu’il y en a), c’est un levier pour vendre un service touristique frappé du coin
de l’authenticité, et d’offrir à des touristes largement urbains la promesse
d’une exploration d’un espace de ruralité « préservée » voire « sauvage ».
On peut donc imaginer tout un gamme d’acteurs locaux (hôtels, gîtes,
chambres d’hôtes, guides de montagne, voire campings ou stations de skis…)
qui perçoivent d’un bon œil le retour du loup voire qui orientent leur
implantation / investissement en tenant compte de ce paramètre. Au désir de
loup (essentiellement urbain) répond donc une « offre » de loup de type
capitaliste (d’implantation rurale).
La présence du loup peut donc s’avérer être un opérateur spatial, qui accélère
les dynamiques de touristification, typique de la recomposition des espaces
ruraux français survenue au cours des 30 dernières années.

3 : Un atout environnemental ?
« Le loup, c’est le symbole même du retour à une vie où chaque être a sa place :
les hommes ET les animaux. Avec lui, la nature retrouve sa grandeur. C’est
toute la nature qui s’en portera mieux (…) c’est une espèce qu’on appelle
« parapluie », il est essentiel à l’équilibre des espaces y’a des régions en France
où on note des surpopulations de chamois, de chevreuils, de sangliers qui font
des sacrés dégâts. Le loup, il va pouvoir remettre tout ça en ordre (…) Il
représente à lui seul le symbole de la biodiversité retrouvée. C’est pour son
bien-être mais aussi pour le nôtre et celui de nos enfants. Il faut tout faire pour
lui permettre de vivre dans nos montagnes ».
7

Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », op. cité.
6

(Une correspondante d’une association animaliste).

Saisi par des discours écologistes –y compris à l’échelle politique nationale-,
« le loup devient un élément du patrimoine naturel, ou du « patrimoine
biologique » national tel que le formule P. Bracque dans son rapport de mission
interministérielle, qu’il s’agit de défendre d’autant plus qu’il bénéficie d’une
reconnaissance institutionnelle forte.8 »
L’exigence éthique en faveur de la protection de l’espèce se combine ici à un
argument environnementaliste plus général, qui souligne les bienfaits de la
présence du loup pour toute l’écologie d’espaces naturels: « De la même façon
que les scientifiques ont démontré tous les bienfaits de sa présence pour la
chaîne alimentaire du Yellowstone, son retour dans le Mercantour, où il exploite
d’importantes populations d’ongulés sauvages dans des habitats en très grande
partie ouverts (donc avec des carcasses accessibles aux vautours), pourrait
permettre une installation de ces grands rapaces allant bien au-delà de la seule
présence des troupeaux transhumants. Si tel était le cas, le Parc national du
Mercantour serait le lieu d’une très remarquable reconstitution de la
communauté de grands vertébrés avec herbivores, prédateurs et charognards.9 »
« Écologiquement, c’est une espèce dite « parapluie » : par sa prédation, elle
exerce une régulation sur des populations de grands ongulés actuellement
explosives (cerfs, chevreuils, chamois, etc.), et, en cascade, sur plusieurs autres
espèces. Le loup étant un révélateur de la robustesse des écosystèmes, sa
protection est un enjeu prioritaire pour le maintien de la biodiversité, expliquent
ses défenseurs. » (Éditorial de la revue Politis, 2004).

Le loup est donc ici aussi une ressource, mais dans une perspective différente. Il
est l’objet de stratégies militantes visant à l’ériger en élément du bien public. Il
s’agit par exemple de convaincre que sa préservation est nécessaire pour
permettre à la France de rester fidèles à ses engagements internationaux en
matière de protection de la biodiversité.
Néanmoins, le discours associant la protection du loup à celle de la biodiversité
doit être interrogé, on y reviendra dans la partie suivante…
8

Maïa Martin, « Entre affection et aversion, le retour du loup en Cévennes comme problème public »,
Terrains & travaux, 2012/1 (n° 20), p. 15-33. DOI : 10.3917/tt.020.0015. URL : https://www.cairnint.info/revue-terrains-et-travaux-2012-1-page-15.htm
9

https://www.iew-test.be/wp-content/uploads/2018/03/pastoralismeetbiodiv.pdf
7

III : Mythes et réalités de la menace lupine.

Au tour des victimes...

1 : Un risque réel…
« C’est quand même pas des gens qui n’ont pas à ramasser les cadavres de
bêtes qu’ils ont élevées pendant cinq ans qui peuvent causer des dégâts du
loup. »
(Un éleveur gardois).

Au panorama idyllique présenté jusqu’ici s’oppose bien entendu les nuisances
de la prédation du loup pour les activités agro-pastorales dans les espaces de
montagnes. Cette menace est bien réelle. Les Alpes-Maritimes sont la zone la
plus touchée par les attaques de troupeaux. A l’échelle nationale, « en 2015, «
1089 constats ont donné lieu à indemnisation (sur 1250 constats établis)
correspondant à 4045 victimes indemnisées (sur 4657 victimes constatées) »
(Dreal, 2016). Le montant de l’indemnisation se situe autour de 140 € en
moyenne mais avec de fortes variations selon l’animal tué. »

8

Néanmoins, « compte tenu du coût total de l’indemnisation, et du fait qu’elle
n’est de toute façon pas satisfaisante pour les éleveurs, l’accent est mis sur
l’adaptation des pratiques pastorales. Au fil des numéros d’Info Loup, la
publication mensuelle du Plan Loup, des conseils sont prodigués aux éleveurs
pour « faire obstacle au prédateur ». L’une des mesures consiste à généraliser
les chiens de protection tels que les patous. Ces chiens bergers des Pyrénées,
utilisés également dans d'autres massifs, grandissent au milieu du troupeau et
développent des réflexes de protection des brebis. La Dreal reconnaît que ces
évolutions génèrent des contraintes, demandent du temps aux éleveurs, et
changent leurs habitudes de travail. Le rapport de 2017 (p. 22) fournit un
complément d'information sur l'usage de ces chiens, et estime le nombre de
chiens de protection introduits en France depuis 1992 à 1 600, et à 1 200 le
nombre de chiens présents aujourd'hui dans les massifs alpins, soit une
population supérieure à celle des loups.10 »
La tendance reste à la hausse ces derniers années, favorisant les demandes
d’élimination de l’animal : « Il est vrai qu’avec un budget de 26,3 millions
d’euros et près de 11 800 animaux ayant fait l’objet d’une indemnisation en
2017, l’impact du canidé n’est pas anecdotique. [...]
Avec la systématisation de l’élimination de 10 % des effectifs de loups estimés avec 40 à 43 loups ces deux dernières années, c’est déjà plus -, une logique de
quota et non de plafond semble validée pour plaire aux acteurs agrocynégétiques. » (Farid Benhammou).

2 : …mais aussi sources d’instrumentalisations et de manipulations.
Si ces nuisances sont bien réelles, il convient de garder une distance critique
vis-à-vis du discours des éleveurs, volontiers amplifié par le sensationnalisme
des média :
Exemple : « Le premier concerne Alban Dusserre-Bresson, présenté comme le
dernier berger de Prapic se disant « cerné » par 6 meutes de loups alors qu’une
seule est attestée par le suivi scientifique, ce qui est déjà une forte contrainte. Le
journaliste ne discute pas le fait qu’il n’est pas berger (gardien salarié) mais
éleveur (propriétaire des bêtes) et que la présence de 6 meutes autour de son
estive est impossible car il n’y aurait tout simplement pas assez de ressources
pour nourrir autant de loups. Il y a en revanche 9 meutes répertoriées sur les
1800 km² du Parc national des Ecrins, soit 200 km² par meute, ce qui
Jean-Benoît Bouron, « Le Plan Loup, une réponse de l’État à un conflit socio-environnemental
», Géoconfluences, avril 2017. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/plan-loup/
10

9

correspond à la moyenne européenne. L’article de Ouest-France parle de «
carnage », d’ « hécatombe », l’éleveur sous-entendant avoir perdu plusieurs
centaines de brebis. Pourtant, quand on regarde les chiffres de la Direction
départementale des territoires des Hautes-Alpes, on constate que cet éleveur a
perdu 2 brebis en 2020 (une attaque), 4 en 2019 (deux attaques), 0 en 2018 et
2017.11 »
Quand un troupeau tombe de la falaise, l’invocation d’un loup est bien pratique
pour essayer de récupérer des aides de l’Etat ! Le loup comme ressource,
encore ! :
« La plus grosse perte récente, 98 brebis tombées dans un ravin, résultait d’une
totale absence de gardiennage. »
(Farid Benhammou, « Loup : entre mensonges, violences agricoles et
bienveillance de l’État », 11 septembre 2019 : http://loup.org/spip/Loup-entremensonges-violences,1232.html )

Les manipulations n’ont pas uniquement comme enjeu les compensations
financières. Plusieurs fédérations d’éleveurs ont développé une stratégie de
contre-propagande écologiste. D’où un paradoxe : « En dépit de leur
opposition, pro-loups et anti-loups partagent une argumentation commune : la
défense de la biodiversité.12 »
« Les acteurs agricoles présentent le pastoralisme, c’est-à-dire l’élevage
transhumant de montagne, comme une cause écologique supérieure. Celui-ci,
par son action millénaire, contribuerait toujours à une riche biodiversité grâce
à l’action des brebis qui maintiennent les paysages ouverts de montagne. Un
cortège floristique et faunistique serait donc lié à cette activité humaine qui
cantonne un ensauvagement jugé dangereux. Pour certains, ces animaux n’ont
même plus rien de naturel. » (Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en
France », op. cité).

11

Farid Benhammou, « Loup et ours en France : détresse ou décrédibilisation des éleveurs ? », 27 août
2020 : https://blogs.mediapart.fr/farid-benhammou/blog/270820/loup-et-ours-en-france-detresse-oudecredibilisation-des-eleveurs
12

Maïa Martin, « Entre affection et aversion, le retour du loup en Cévennes comme problème
public », Terrains & travaux, 2012/1 (n° 20), p. 15-33. DOI : 10.3917/tt.020.0015. URL :
https://www.cairn-int.info/revue-terrains-et-travaux-2012-1-page-15.htm
10

Mais ce renversement de la légitimité écologique est-il justifié ?
« Plusieurs éléments permettent de nuancer cette idée largement répandue au
nom de laquelle la protection des grands prédateurs deviendrait illégitime.
Premièrement, le pastoralisme ovin, tel qu’il est mené depuis quelques
décennies, n’a pas forcément évolué vers une conduite écologiquement
responsable en zone de montagne. La tendance dans les Alpes – et dans une
moindre mesure dans les Pyrénées – a été de conduire l’élevage ovin (viande
notamment) vers des pratiques de ranching : les troupeaux sont de plus en plus
importants, ils exigent peu de main d’œuvre et produisent une faible valeur
ajoutée. Or la conduite des gros troupeaux n’est pas aisée et les risques de
surpâturage et de sous-pâturage sont élevés. Ces formes de pastoralisme
n’empêchent pas la fermeture des paysages. Plusieurs botanistes et
phytosociologues étudiant la montagne alpine depuis les années 1950, alertent
la population au sujet des conséquences de l’évolution des pratiques d’élevage
sur les pelouses subalpines et les alpages. » (ibidem).
« Il est pertinent de s’interroger sur les effets de la présence d’un grand
prédateur lorsque la conduite du troupeau entraîne une érosion des parcours
et une concentration des déjections. » (Farid Benhammou).

Un diagnostic partagé par Michèle Evin, docteur en géomorphologie : « On
appelle surpâturage le fait de mettre plus de bêtes sur un pâturage que le
territoire ne peut en supporter sans dommages. Le phénomène est complexe. Le
surpâturage intègre le nombre de bêtes inalpées mais aussi les dates et les
modes d’estive. Il affecte tout à la fois la biodiversité du pâturage, la nature et
la qualité du couvert végétal, le sol qui le porte, le terrain sur lequel il repose.
S’il y a surpâturage, les pâturages sont dégradés, les animaux en pâtissent,
l’alpage plus encore. Mais ce n’est pas tout. Le surpâturage affecte aussi les
versants dans leur ensemble, perturbant les sources et accentuant les
ravinements.
Avec l’augmentation de la torrentialité, de nouvelles menaces pèsent sur les
routes et les habitations, ce qui a un coût pour la collectivité. On parle
beaucoup, depuis la Conférence de Rio, de développement durable. Le
pastoralisme, tel que pratiqué de nos jours, et plus particulièrement la
transhumance ovine ne s’inscrivent aucunement dans un plan de gestion
responsable de la montagne et vont à l’encontre de la préservation des espèces
végétales et des milieux naturels dont nous sommes redevables… aux
générations futures. »
11

3 : Du prédateur au bouc-émissaire. La menace lupine comme volonté de
permanence et représentation identitaire.
« L’ennemi est notre propre remise en question personnifiée »
(Carl Schmitt, constitutionnaliste et théoricien politique allemand, Théorie du
partisan).

L’intensité des conflits entourant le loup doit être resitué dans le contexte de
crise de la filière ovine.
Exemple de Nohèdes (commune des Pyrénées-Orientales) : « Sur cette estive,
nous avons assisté à une baisse des effectifs ovins, passés de 3000 en 1940 à
1100 en 1996 [...] Entre-temps, l'exode rural a vidé massivement la montagne et
les cultures se sont concentrées dans les vallées, délaissant peu à peu les
espaces montagnards aménagés regagnés par la forêt. […] Le gardiennage
n'[est] pas toujours possible dans son système d'exploitation. La situation locale
de l'éleveur de Nohèdes correspond à une situation plus générale de crise du
pastoralisme [...] La filière ovine viande reste le parent pauvre de l'agriculture
française, la situation financière et sociale des éleveurs n'ayant cessé de se
dégrader depuis le milieu des années 198013 ».
« Pour la majorité des exploitants éleveurs, le poste de gardiennage doit coûter
le moins cher possible, voire disparaître. Le berger est un travailleur salarié
qui subit fortement la logique de compression des coûts. Beaucoup d’entre eux,
peu considérés par leurs employeurs, sont mal payés et travaillent dans des
conditions techniques et sanitaires déplorables.14 »
Les difficultés économiques de ce secteur tiennent notamment à la structure des
aides financières de la politique agricole commune, politique européenne qui
favorise les grandes exploitations agro-industriel. Elles sont aussi liées à la
mondialisation : « l’élevage de montagne [est] une activité très peu rentable,
sous perfusion en moyenne, 80 % du revenu brut des éleveurs provient des
subventions, soumise à la pression des marchés et à l’incohérence de la
Politique agricole commune (PAC). Les bas prix du mouton notamment celui
du concurrent néo-zélandais ont poussé les éleveurs à une course en avant : les
cheptels augmentent et sont de moins en moins gardés, pour réduire les frais,
13

Farid Benhammou & Olivier Salvador, « Le Loup (Canis lupus) dans les Pyrénées (1998-2003) : cas
d'école pour anticiper le retour des prédateurs sauvages dans les territoires ruraux marginaux », Revue
géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, Année 2003, 16, pp. 85-93.
14

Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », op. cité.
12

et restent jusqu’à dix mois en pâturage dans les Alpes du Sud. » (Éditorial de
la revue Politis, 2004).

Cette situation permet d’expliquer les fonctions de bouc-émissaire et
d’amplificateur médiatique que joue le loup. Car il est objectivement : « loin
d’être une calamité majeure. Les maladies, les intempéries ­ qui peuvent
provoquer des chutes d’ovins du haut des barres rocheuses ­, et les chiens
divagants, aux attaques souvent passées sous silence, sont des dizaines de fois
plus meurtriers que le loup. » (Éditorial de la revue Politis, 2004).
La meilleure preuve de ce rôle de bouc-émissaire est que le loup suscite des
mobilisations jusque dans des espaces qui ne sont pas concernés par sa
prédation :
« Alors que certaines régions sont d’ores et déjà colonisées, d’autres se
préparent à l’arrivée du prédateur, à l’instar des Cévennes où prédomine
l’élevage ovin. À l’inverse des autres conflits déclenchés par le retour de grands
prédateurs (comme l’ours dans les Pyrénées ou le loup dans les Alpes), la
mobilisation générée en Cévennes prend forme avant même l’arrivée de
l’animal. Même si quelques spécimens erratiques ont été signalés par des
gardes de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) et
des chasseurs, aucun dégât sur le cheptel domestique n’est à ce jour signalé et
la région n’est déclarée ni en Zone de Présence Permanente ni même en Zone
de Présence Temporaire. Pourtant, le loup est à l’origine de nombreuses
mobilisations du monde pastoral, désireux de faire entendre son rejet de
l’animal, comme en témoignent des manifestations publiques ou bien encore
des événements de braconnage.15 »

Si le retour du loup a été très mal accepté par les éleveurs, ce n’est donc pas
seulement à cause des dommages (réels) causés à leurs troupeaux, mais aussi
parce qu’il a pu leur donner l’impression que la protection des espèces
animales avait plus d’importance pour les pouvoirs publics que le maintien
de l’activité agricole.
On peut en effet lire la situation des éleveurs sous l’angle d’une domination
politique doublé d’un déclassement social :

15

Maïa Martin, « Entre affection et aversion, le retour du loup en Cévennes comme problème public »,
article cité.
13

-Des populations soumises à la coercition étatique et privés du droit de défendre
leurs terres, car les tirs d’élimination sont soumis à autorisation préfectorale et
souvent effectués par des agents de l’Etat.
-Des populations qui se perçoivent comme délaissés et en voie de
remplacement (angoisse qui a parfois atteint le stade de la théorie de
complot) :
« Pour plusieurs éleveurs des Pyrénées, les prédateurs sauvages ne sont que des
moyens utilisés pour se débarrasser d’eux. Ainsi, les protecteurs de la nature
sont-ils présentés comme des anti-humanistes puisqu’ils voudraient vider les
campagnes et les remplacer par une nature sauvage. Les ours et les loups,
symboles forts de nature à la charge culturelle importante […] incarnent
pleinement cette conception. […] Cette idée accompagne les promoteurs de la
thèse de la réintroduction du loup puisque, pour eux, des humains sont à
l’origine de ce retour par des lâchers artificiels ».
« De la représentation de l’espace aux modes de vie, les populations dites
rurales ont changé et se rapprochent des populations urbaines. Les activités
principales concernent désormais davantage le tourisme et les services que
l’agriculture au sens strict. Un brassage sociologique s’est produit
inévitablement. Les modes de vie, les perceptions de la campagne et de la nature
des Français, urbains et ruraux, se sont uniformisés (Mendras, 1995). Ces
évolutions déplaisent cependant à certains groupes car elles se sont aussi
accompagnées d’un changement de l’occupation de l’espace, la campagne étant
devenue surtout un lieu de vie plus qu’un lieu de production. Les agriculteurs,
minoritaires dans un monde où ils ont longtemps été majoritaires (Hervieu et
Viard, 2001), vivent d’autant plus mal l’intrusion de ces animaux.16 »

16

Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », op. cité.
14

Dès 1968, les actifs du secteur primaire constituaient moins de 47 % de la population rurale.
L’association stéréotypée entre ruralité et emplois dans l’agriculture / élevage est donc
depuis longtemps obsolète.

Les stratégies discursives conflictuelles qui entourent le loup s’avère donc
révélatrices de tensions sous-jacentes. L’analyse de ces tensions met en
évidence la situation de crise d’une profession dépossédée du recours à la
violence sur son territoire, de son assise symbolique et de sa sécurité socioéconomique.

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IV : Le loup comme problème public.
1 : Violence des bêtes, violences de l’Homme.

« Je ne dis pas que ce n’est pas injuste, je dis que ça soulage. » (Horst Frank in
Les Tontons flingueurs, 1963).

Le loup est ainsi venu à constituer un problème public, qui se manifeste
notamment par différentes violentes.
Il ne s’agit pas seulement de la violence –sans doute nécessaire- exercée par
l’Homme pour limiter la population lupine :

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23 septembre 2020 : un loup a été abattu au Val d'Ajol (dans les Vosges). L’article parle d’un loup
« à proximité des habitations ». Mais on pourrait aussi inverser le regard et se dire que ce sont les
habitations qui sont proches de la forêt… Le repeuplement du loup en France pose aussi la
question de l’expansion urbaine et périurbaine.

Il faut ajouter aux éliminations légales, en hausse, des actes commis en
violation des lois encadrant la protection de l’espèce.
De plus, la violence met aussi aux prises « lycophiles » et « lycphobes » :
« Le cinéaste Jean-Michel Bertrand, réalisateur de films sur sa quête
personnelle pour comprendre le monde des loups, en a fait les frais. Alors que
ses projections donnent lieu à des débats argumentés, pluralistes et de bonnes
tenues, partout en France, y compris en zone à loup, le 2 août 2020 à Tende
dans le Mercantour, un groupe d’éleveurs et chasseurs chauffés à blanc dont
certains visiblement alcoolisés, sont venus perturber, insulter les agents du
Parc national du Mercantour organisateurs d’une projection-débat, les
spectateurs partagés entre habitants de la vallée curieux et touristes,
entraînant l’interruption de la séance. Les nombreuses familles avec enfants
présentes dans la salle et la majorité du public en sont ressorties traumatisées
(lire le témoignage d’une habitante de la vallée de la Roya). Le loup peut
représenter, surtout quand il vient d’arriver, un vrai choc de culture et de
pratique pour les éleveurs et bergers. Il n’est pas certains que les agitateurs
aient fait progresser la compréhension des difficultés des éleveurs confrontés au
canidé par ce comportement. Mais pire, c’est un cas de censure avéré et les
gendarmes arrivés après coup ont laissé faire. Le maire de la commune,
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pourtant officier de police judiciaire, a même pris la parole pour dire son
soutien à ces perturbateurs de l’ordre public. Où sont les commentaires des
autorités de la culture, de l’environnement ou du maintien de l’ordre sur ce qui
peut représenter un grave précédent ? On les attend toujours. »
(Farid Benhammou, « Loup et ours en France : détresse ou décrédibilisation des
éleveurs ? », 27 août 2020 : https://blogs.mediapart.fr/faridbenhammou/blog/270820/loup-et-ours-en-france-detresse-ou-decredibilisationdes-eleveurs ).

« Le groupe LYCA, également appelé « frères des loups », revendique un
attentat commis [en 1993] dans la vallée de Vésubie, menaçant de représailles
toute personne s’attaquant à leurs « frères ». Bien que spectaculaire et confiné
au seul département des Alpes-de-Haute-Provence, cet événement a permis de
donner une certaine visibilité aux défenseurs du loup. »
(Maïa Martin, « Entre affection et aversion, le retour du loup en Cévennes
comme problème public », op cité).

2 : « Sans queue ni tête » ? Des pouvoirs publics en difficulté à de multiples
échelles.
On ne peut pas dire que l’Etat reste inactif face aux problèmes qu’engendrent la
présence du loup, comme le prouve notamment la mise en place du Plan Loup.
On peut cependant pointer une certaine maladresse dans ses interventions. C’est
vrai à l’échelle national :
-chevauchement entre le périmètre du ministère de l’agriculture et celui de
l’environnement.
-Omission aggravant la défiance : « Bien que des spécimens lupins aient été
observés dans l’enceinte du Parc National du Mercantour en 1992, le Ministère
de l’Environnement ainsi que la direction du Parc ont décidé de ne pas
officialiser cette nouvelle. Et c’est la revue écologiste Terre Sauvage qui, en mai
1993, annonce publiquement le retour de l’espèce lupine sur le territoire
français. Le fait que le retour de l’animal ait été annoncé par une revue et non
par l’administration et que cette dernière ait caché la réapparition du
prédateur a attisé l’exaspération des acteurs du pastoralisme et a donné
naissance à la rumeur selon laquelle la réapparition du loup n’est pas
naturelle mais qu’elle a fait l’objet d’une réintroduction cachée. »
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(Maïa Martin, « Entre affection et aversion, le retour du loup en Cévennes
comme problème public », op cité).
Des maladresses qui trahissent souvent une incompréhension des spécificités
du monde rural et un ralliement à l’appréhension du loup comme boucémissaire (en ignorant les avantages que peut susciter sa présence) :
« Lors de la commission d’enquête sur les conditions du retour du loup en
France (Estrosi et Spagnou, 2003), D. Spagnou est surpris et avoue avoir ignoré
les « conditions incroyables » dans lesquelles vivent les bergers l’été. »
« Les acteurs géopolitiques que sont les élus semblent parfois découvrir « leur »
monde agricole. Il est assez surprenant de voir l’énergie que peuvent déployer
certains élus ou militants agricoles face aux prédateurs alors que le problème
de la viabilité des activités agricoles à long terme, du tissu économique
équilibré et de la survie des services publics de ces territoires ruraux
marginaux n’est pas clairement posé dans le débat de société. »
(Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », op. cité).

A l’échelle des territoires de montagnes, nombres d’élus semblent à la remorque
de revendications simplistes et corporatistes : « Ces derniers temps, les
solutions simplistes et violentes (tirer sur l’animal) promues par les
représentants des éleveurs et des chasseurs sont davantage reprises par les
pouvoirs publics et les préfets alors que l’on ne s’attaque pas aux racines des
difficultés. Les préfets font de plus en plus preuve d’un suivisme sans recul des
groupes de pression agro-cynégétiques et d’élus locaux, d’une part en raison de
la faiblesse de leur formation en lien avec l’environnement et d’autre part en
raison de rapports de force qui ne reflètent pas les volontés citoyennes. Les
hauts-fonctionnaires sont aussi fidèles à ce que le politologue Pierre Grémion
appelait le « pouvoir périphérique », à savoir que les préfets cherchent à
s’accommoder avec la réglementation nationale pour l’adapter aux exigences
de ces mêmes groupes et élus locaux. Ils ne peuvent cela qu’avec la bénédiction
du pouvoir politique au plus haut niveau. »
Pire encore, les pouvoirs publics apparaissent parfois englués dans un véritable
laxisme :
« En septembre 2015, des syndicalistes agricoles (FNSEA, Jeunes Agriculteurs)
séquestrent le président, le directeur et un agent du Parc national de la Vanoise
et exigent l’élimination de cinq loups en Savoie. Ils obtiennent, non pas cinq,
mais six autorisations de tir du préfet, décision validée par Ségolène Royal,
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ministre de l’Ecologie de l’époque. Aucune poursuite n’est engagée pour
séquestration d’agents de l’Etat. Parallèlement, des syndicalistes CGT avaient
séquestré deux directeurs de l’usine Goodyear d’Amiens Nord à l’annonce de la
fermeture du site en 2014. Après des condamnations à des peines de prisons
fermes, les syndicalistes ouvriers sont condamnés à jusqu’à 12 mois de prison
avec sursis. Le deux poids, deux mesures pose question quant à notre Etat de
droit. » (Farid Benhammou).

Conclusion : Des loups et des hommes.
Le but de cet exposé n’était pas tant de vous dire qui a raison ou tort en
matière de la bonne relation à établir entre le loup et la société, mais plutôt de
dégager les enjeux et dimensions des conflits d’acteurs que sa présence
provoque dans la France contemporaine, en mobilisant des concepts
géopolitiques et géographiques.
A l’évidence, « Le loup est pris dans des discussions qui le dépassent
complètement. »
(Maïa Martin, « Entre affection et aversion, le retour du loup en Cévennes
comme problème public », op. cité).
L’analyse de l’« effet-loup » sur la société française donne comme une
confirmation de l’ambivalence mythique attribué à cet animal. Le loup suscite
des peurs et des attentes complexes, car il engage la perception qu’ont les
acteurs de leurs propres identités / légitimités, mais aussi de leurs visions de
l’avenir d’espaces ruraux désormais profondément divers, multifonctionnel et
marqué par des processus de « citadinisation » des activités et des
représentations de la nature.

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