[Dans l’ombre du loup. Approche géopolitique d'un prédateur transfrontalier].pdf


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A rebours de la motivation précédente, le loup peut représenter des avantages
très prosaïques.
Contrairement à ce qu’essayent de faire croire ses opposants, la défense du loup
n’est pas le monopole d’« écolos-bobos-parisiens » ontologiquement coupés de
la réalité sociale parfois âpre des territoires ruraux de montagne (qui consistent
l’espace privilégié par cette espèce). Par exemple, « dans les Alpes, des acteurs
locaux, du tourisme notamment, soutiennent le retour du loup.7 »
Il y a fort à parier que ce soutien amène à un conflit d’acteurs à l’échelle
locale. En effet, du point de vue du secteur touristique de ces espaces, le loup
peut être appréhendé comme une ressource et un atout économique. Etre
implanté dans un territoire avec un loup (ou du moins dans lequel on présume
qu’il y en a), c’est un levier pour vendre un service touristique frappé du coin
de l’authenticité, et d’offrir à des touristes largement urbains la promesse
d’une exploration d’un espace de ruralité « préservée » voire « sauvage ».
On peut donc imaginer tout un gamme d’acteurs locaux (hôtels, gîtes,
chambres d’hôtes, guides de montagne, voire campings ou stations de skis…)
qui perçoivent d’un bon œil le retour du loup voire qui orientent leur
implantation / investissement en tenant compte de ce paramètre. Au désir de
loup (essentiellement urbain) répond donc une « offre » de loup de type
capitaliste (d’implantation rurale).
La présence du loup peut donc s’avérer être un opérateur spatial, qui accélère
les dynamiques de touristification, typique de la recomposition des espaces
ruraux français survenue au cours des 30 dernières années.

3 : Un atout environnemental ?
« Le loup, c’est le symbole même du retour à une vie où chaque être a sa place :
les hommes ET les animaux. Avec lui, la nature retrouve sa grandeur. C’est
toute la nature qui s’en portera mieux (…) c’est une espèce qu’on appelle
« parapluie », il est essentiel à l’équilibre des espaces y’a des régions en France
où on note des surpopulations de chamois, de chevreuils, de sangliers qui font
des sacrés dégâts. Le loup, il va pouvoir remettre tout ça en ordre (…) Il
représente à lui seul le symbole de la biodiversité retrouvée. C’est pour son
bien-être mais aussi pour le nôtre et celui de nos enfants. Il faut tout faire pour
lui permettre de vivre dans nos montagnes ».
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Farid Benhammou, « Protéger l’ours et le loup en France », op. cité.
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