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Année Universitaire 2020 - 2021

Mini-mémoire

Épistémologie | Métaphysique : théorie de la
connaissance contemporaine
Robert Audi

Présenté par Matthieu VERRY
Sous la direction de Monsieur le professeur
Jean-Baptiste RAUZY

Sommaire :
Introduction

2

La justification par la perception

3

A – Croyances et connaissance

3

B – Nature de la perception

4

L’intériorité humaine

6

A – Nature de la mémoire

6

B – La conscience introspective

8

Au cœur des fondamentaux

10

A – La raison comme source immanquable

10

B – Discussion sur le témoignage

12

Conclusion

14

Bibliographie

16

1

Introduction
La justification au sein de la connaissance a été étudiée par grand nombre de philosophes dont
Robert Audi. Portant sur l’épistémologie au sein de la philosophie de la connaissance, la
justification cherche à prendre en compte les aspects sociaux en accordant crédit à la parole
de l’autre. Une légitimité se crée en dessinant un ensemble partagé de valeurs, de croyances et
de savoirs entre les individus au sein d’un même champ culturel, mais aussi entre différentes
traditions culturelles. L’acte de justifier se compose de raisons ou de preuves appuyant la
vérité d'une croyance ou d'une affirmation. La justification renvoie nécessairement à la
connaissance ; elle permet de connaître spécifiquement la manière dont les individus
s’approprient l’environnement social et se situent par rapport à ce qui les entoure. Pour mieux
dire, justifier montre que la dimension sociale n’est pas périphérique ou secondaire, mais au
contraire, « centrale et fondamentale »1.
La source de la justification est l’élément indispensable pour obtenir la rationalité. Suivant
cette idée Audi écrit la première partie « Sources de justification, de connaissance et de
vérité » dans son livre Epistemology: A Contemporary Introduction to the Theory of
Knowledge publié en 1999 2. Audi est un philosophe américain dont les principaux travaux
portent sur l'épistémologie et l'éthique. En travaillant sur la notion de rationalité, Audi
contribue à l'épistémologie défendant l’idée du faillibilisme 3. Epistemology est divisé en
quinze chapitres et organisé en trois parties principales 4. Dans l’introduction, Audi fait la
distinction entre connaissance et justification 5: on peut connaître p seulement si p est vrai ; on
peut avoir une justification et une croyance sur p même si p est faux. Il définit la connaissance
comme une croyance vraie fondée de la bonne manière et ayant les bons types de motifs.
Nous restreindrons notre étude à la première partie « Sources de justification, de connaissance
et de vérité » ce qui correspond aux cinq premiers chapitres. La première partie de ce livre est
consacré à la genèse de la justification et de la connaissance, séparé en sous-thèmes : la
perception, la mémoire, la conscience, la raison et le témoignage 6.

1

Voir l’introduction de Stewart au dossier consacré à l’inscription sociale de la cognition : Stewart, « Cognition
et Société », p. 7.
2
Ce livre est connu pour être un excellent manuel d'introduction à l’épistémologie.
3
Le faillibilisme est un courant de pensée philosophique. L’idée est qu’aucune croyance ne peut avoir de
justification qui garantisse la vérité de la croyance, autrement écrit aucune croyance n'est certaine.
4
Ce livre est reconnu mondialement pour sa vaste introduction à l’épistémologie, conçue comme la théorie de la
connaissance et de la justification.
5
L’introduction de ce livre est essentielle pour comprendre la première partie que nous allons étudier.
6
Chaque sous-ensemble de chapitres peut être étudié dans n'importe quel ordre.

2

La justification par la perception
A – Croyances et connaissance
La vie humaine serait sans doute incertaine et désordonnée sans l’existence des croyances et
des connaissances justifiées. Pour Audi, la vie est basée sur ce que l’homme croit savoir. La
connaissance et la justification jouent le rôle d'idéaux dans la vie humaine : positivement, en
parvenant à la connaissance et à la justification par rapport aux sujets qui concernent l’homme
; négativement, en s’abstenant de former des croyances lorsque l’homme manque de
justification, et ne prétend pas à la connaissance. La croyance est liée à la vérité, elle n’est pas
sûre. Ce que l’homme croit est vrai subjectivement néanmoins Audi pense que la perception
permet d’avoir une vérité générale en formant des croyances objectives via différents points
de vue. Dans cette idée, Audi différencie la connaissance et la justification. Il peut y avoir une
véritable croyance qui ne constitue pas une connaissance ; mais il ne peut y avoir une
croyance vraie injustifiée. Une base de connaissances commune permet d’obtenir une vérité
commune ; une justification permet d’accéder à une vérité en donnant une raison de croire.
Audi pense qu’une croyance justifiée constitue une connaissance. Audi explore sur ce
principe les croyances liées à la perception, la mémoire, la conscience, la raison et le
témoignage d'autrui. Ces types fondamentaux de croyance sont fondées sur la source dont ils
sont issues. La justification peut provenir directement de l'expérience ou indirectement
d'autres états mentaux qui sont eux-mêmes justifiés : être justifié de croire quelque chose,
c'est avoir la justification de le croire. L’auteur précise que la rationalité est relative aux
expériences d'une personne, de sorte que ce qui est rationnel de croire pour une personne peut
être irrationnel de croire pour une autre. En décrivant son expérience, l’homme exprime
certaines de ses convictions. Audi utilise la réciproque de cette idée en pensant que l’homme a
des raisons de ne pas faire des choses, l’impliquant à avoir des raisons de ne pas croire ces
choses. Les deux notions justificatives sont intimement liées : si l'homme croit de manière
justifiée quelque chose, il est aussi justifié de le croire. De cette manière, Audi pense que la
genèse d'une croyance est souvent différente de ce qui la justifie.

Les croyances sont majoritairement basées sur la perception reliant l’homme au réel. La
perception joue un rôle essentiel à l’apport des justifications et est une source fondamentale
de connaissance. Voir revient à percevoir. Audi pense qu’il s’agit de la source la plus
élémentaire, justifiant son choix de commencer par ce type de croyance dans son livre. Audi
décrit de manière générale la perception tout en expliquant les diverses théories qui contestent
3

certaines affirmations globales. Quatre éléments sont indispensables à la perception : le
percepteur, l'objet, le sensoriel de l'expérience et la relation entre l'objet et le sujet. Les
différentes théories de la perception tendent à donner des comptes - rendus différents sur la
manière dont ces quatre éléments figurent dans la perception. Pour Audi, la perception est liée
à la relation causale entre ce qui est perçu et celui qui le perçoit - dans son idée, toute théorie
de la perception intègre un point causal.
La perception est intrinsèquement liée aux sens ; le sens le plus utilisé est la vue suivie de
l'ouïe et du touché. Le goût et l'odorat ne donnent que des ressenties, ils ne donnent qu’une
prémisse de la perception. La perception donne des informations sur les objets que l’homme
conçoit de manière spécifique. Une fois que l’homme a quelques connaissances sur un sujet, il
peut l’utiliser pour en apprendre davantage à son sujet. Les preuves des sens fournissent une
justification aux croyances. De cette manière Audi explique le lien entre expériences
perceptuelles, croyances et connaissances justifiées tout en représentant une chose extérieure.
Autrement écrit, la perception est vue comme une source de connaissance donnant lieu à des
croyances et des justifications.
Audi appelle principe visuel les croyances basées sur le fait de voir, ce que l’homme voit, le
croit vrai. Le principe visuel fait passer du sens de la vue à la justification. L’auteur pense que
la perception ne produit pas toujours une croyance, voir et croire n’est pas la même chose.
Une expérience sensorielle vécue peut produire des croyances sur l'objet qui l'a causé. Voir
revient à croire virtuellement ou au moins potentiellement posséder une croyance. Il en va de
même pour les autres sens - certains sens amenant à plus de croyances que d’autres en
fonction de l’individu.
Certaines informations obtenues par les sens laissent place à l’imaginaire. Ces impressions
sensorielles donnent l’essentiel des informations perceptuelles 7. Pour Audi, la perception est
si riche en informations qu'elle donne en plus des informations imaginaires une justification
situationnelle.

B – Nature de la perception
Audi mêle épistémologie et philosophie de l'esprit en développant les théories sur la nature de
la perception 8. Il explique les points de désaccord entre ces différentes théories ainsi que les
défis auxquels sont confrontés ces partisans. L’auteur cherche à comprendre la perception
7

D'où l'idée qu'une image vaut mille mots et que certains mots valent mille images.
Audi passe en revue quelques-unes des principales théories sur la nature de la perception. Il explique les
caractéristiques générales de ces théories ainsi que les motivations des adeptes de ces théories.

8

4

d'un point de vue philosophique 9. Ainsi, la perception va créer deux croyances : l’une
concernant l'objet, l’autre concernant la connaissance de cet objet. La croyance liée à la
perception correspond à la fois à l’objet de perception et à l’expérience de cet objet ;
permettant à l’homme d’enregistrer une quantité importante d’informations sur l'objet.

Dans un premier temps, Audi détaille la théorie du réalisme naïf : cette théorie pense que
l’homme est soumis à des illusions perceptuelles, les choses ne sont pas toujours ce qu'elles
semblent être. Dans une illusion, une chose n'apparaît pas telle quelle ; dans une hallucination,
ce qui apparaît est moins réel par rapport à l’illusion. L'hallucination permet de comprendre
plus facilement la perception ; les illusions et les hallucinations peuvent être expliquées sans
qu'il soit nécessaire de disposer de données sensorielles. L’hallucination représente un danger
important puisqu’elle permet de ressentir une expérience perceptuelle.
Dans un second temps, Audi détaille la théorie de l'apparition. Cette théorie exprime que la
perception d'un objet, est simplement son appétit d'avoir une ou plusieurs propriétés. Cette
théorie pense que les choses ne sont pas toujours telles qu'elles apparaissent. La théorie de
l'apparition ne dit rien sur la nécessité d'une relation de cause à effet entre l'objet et son
récepteur.
Dans un troisième temps, Audi détaille la théorie basée sur le sens. La théorie des données
sensorielles représente les copies des objets 10. Cette thèse du sens fait partie de la vision
réaliste indirecte - par contraste avec celui du réalisme naïf et de la théorie apparaissant. Audi
s’appuie sur le poème d'Emily Dickinson « I heard a Fly buzz - when I died » pour exprimer
l'idée que l'expérience sensorielle est nécessaire à la perception. Pour lui, la perception est une
relation de cause à effet entre les objets extérieurs perçus et l’individu.
Dans la même idée Audi s’intéresse à Berkeley pense pensant que ce qui est perceptible
représente l’objet 11 : la vue est considérée comme un idéalisme. Ce point de vue s’inscrit dans
le phénoménalisme ; il y a une construction des objets externes à partir de phénomènes qui
sont équivalents aux données sensorielles. Contrairement à la théorie de la perception
sensorielle, le phénoménalisme est peu défendu par les philosophes contemporains 12.

9

Audi sait d’avance qu’il ne pourra pas répondre parfaitement à la question car il ne possède pas toutes les
réponses.
10
Forme pour forme, couleur pour couleur, son pour son. Locke partage cette théorie. Locke, Essai sur
l'entendement humain, livres II et IV.
11
Berkeley, Principes de la connaissance humaine.
12
Audi pense qu’à tort le phénoménalisme est rejeté par l’homme qui n'en tire aucune leçon.

5

Dans un quatrième temps, Audi détaille la théorie de l’apparition. Cette théorie nie toute
expérience sensorielle. Pour comprendre cette théorie Audi prend l’exemple de la pièce
théâtrale Macbeth de Shakespeare 13.
Les théories énumérées par Audi font un compte rendu plausible de la perception. Les
problèmes liés à la perception selon Audi sont que les croyances ne sont pas justifiées, même
justifiées et vraies, elles ne constituent pas des connaissances. Egalement la perception crée
un problème lié à l'observation et à son rapport aux cinq sens.
Pour Audi, chacune de ces théories permet de comprendre ce qu'est la perception. Ces
théories sont complexes et ne sont pas décisives en déterminant l’une plus utile que l’autre.

L’intériorité humaine
A – Nature de la mémoire
Après sa discussion sur la perception, Audi s’intéresse à la question de la mémoire. Il
explique les principaux points de vue sur la nature de la mémoire. En plus d'explorer diverses
théories, l’auteur clarifie la façon dont la mémoire est une source fondamentale de
justification et de connaissance - la mémoire et le souvenir sont des éléments importants pour
l’épistémologie.
En se souvenant, l’homme retient et croit des vérités générales. Dans cette idée, Audi explique
que la croyance est fondée sur la mémoire - la mémoire permet de conserver les informations.
Dans la vie quotidienne, deux informations sont conservées dans la mémoire : l’information
générale et l'information spécifique. Ces informations sont propositionnelles ou
conceptualisées. L’auteur pense que l’homme utilise trop d’informations non nécessaires pour
justifier ses croyances.
Audi compare la mémoire à la perception : la mémoire se construit sur la perception, elle
préserve l'information acquise par les sens. La mémoire et la perception se réfèrent aux
connaissances extérieures à l'esprit. La mémoire permet de puiser dans nos croyances pour
fournir des prémisses au raisonnement. La mémoire en tant que capacité peut se souvenir et se
rappeler, elle peut produire des impressions illusoires ou hallucinatoires. Avec la mémoire
comme avec la perception, l'illusion ne produit pas toujours de fausses croyances. De cette
manière, la mémoire produit la connaissance qui est analogique avec la perception. La
mémoire est un agent de conservation et ne génère ni croyances ni connaissances. Sauf en
utilisant ce qu’il y a en mémoire, l'acquisition des croyances et des connaissances par
13

Shakespeare, Macbeth, acte II, scène I. Faisant référence à l’hallucination du poignard.

6

déduction est possible. La mémoire et la perception sont essentielles pour justifier les
convictions de l’homme et ce qu’il croit. Audi juge la perception plus fondamentale pour
comprendre le monde. La perception fournit la matière première de la mémoire.

Pour Audi, la mémoire n’a pas une capacité de connaissance ou de croyance sur le passé.
Autrement dit, même si nos croyances sur le passé sont vraies, elles peuvent être totalement
infondées. Les liens avec le passé sont essentiels pour un véritable souvenir - il est difficile de
préciser quel type de lien de causalité avec le passé est nécessaire pour une croyance
commémorative. Ce souvenir est possible grâce aux croyances mémorielles, renforçant l’idée
d’Audi où la mémoire n'est que conservatrice 14. La mémoire ne peut pas être une source pour
apprendre de nouvelles choses, elle ne peut que préserver la connaissance de choses qu'elle a
apprise dans le passé. L’auteur pense que seule les vraies croyances justifiées sont conservées
dans la mémoire.
Lorsque les croyances en matière de mémoire sont des propositions elles sont vraies et
constituent des connaissances. La mémoire peut justifier une croyance même lorsque cette
croyance ne constitue pas une connaissance ou ne repose pas sur un souvenir réel. Les
croyances en matière de mémoire confiante sont justifiées à condition qu’elles n'entrent pas
en conflit avec les autres croyances que l'homme possède. Comme pour la connaissance, la
mémoire peut préserver la justification des croyances d'une personne. Audi pense que la
mémoire peut générer une justification pour des croyances que l'homme n'avait pas
auparavant 15.
Une croyance dans le passé n'est mémorable que si elle a un lien de causalité avec un
événement passé, tout comme une croyance est perceptible que s'il existe un lien de causalité
entre elle et le percepteur. Pour Audi se souvenir d'un événement revient à réaliser une
capacité mémorielle par une chaîne causale. L'événement n’est jamais entièrement comme
l’homme s'en souvient. Le premier type de souvenir est celui de l'occurrence, puisqu'il s'agit
en partie de quelque chose qui se passe à l’intérieur de l’individu, en son soi. Le deuxième
type est de nature dispositionnelle, être disposé à me souvenir d'une chose activement à
condition que quelque chose, telle qu'une question sur l'événement, active la mémoire.

14

Une croyance mémorielle est une croyance fondée sur la mémoire ; c'est typiquement un type de croyance qui
représente l'événement ou la proposition comme étant familière d'une certaine manière.
15
Cela est possible, selon Audi par exemple par l'expérience du souvenir d'une ligne particulière d'un poème.
Cette expérience justifierait la croyance que le poème contient ce vers, même si l'homme n'a jamais lu ce vers
dans le poème.

7

L’auteur s’intéresse par la suite à trois théories liées à trois modes de mémoire : la mémoire,
le souvenir et le rappelant.
Dans un premier temps, Audi détaille la théorie de la vision réaliste directe : lorsque l’homme
se souvient d'un événement, cet événement est tel qu'il lui semble être - supposant qu'une
chaîne causale relie l’homme au souvenir événement. Cette théorie pense que la vertu de la
mémoire est de présenter à l’homme le passé. Pour Audi, une certaine forme de la vision
réaliste du souvenir est correcte si la chaîne causale est ininterrompue.
Dans un deuxième temps, Audi détaille la théorie représentative de la mémoire : l’homme se
souvient d'un événement car il a une véritable conviction à son sujet, fondée sur l’image
commémorative. Les images permettent de constituer notre mémoire ; c'est à travers les
images que l’homme connaît le passé.
Dans un troisième temps, Audi détaille la conception phénoménaliste de la mémoire : comme
la théorie représentative, la mémoire repose sur les images. Les images ne sont pas suffisantes
pour que l’homme se souvienne des événements. Pour cette théorie, le souvenir d'un
événement commence par avoir une collection appropriée d'images. L’homme justifie mieux
dans une croyance mémorielle soutenue par l'imagerie.

B – La conscience introspective
Après s’être intéressé aux croyances liées à la perception - concernant les choses extérieures Audi s’intéresse aux croyances conscientes de soi - concernant les choses en l’homme. Audi
parle d’introspection où la principale forme de connaissance de soi ne concerne pas notre
corps, mais notre esprit 16. La conscience introspective produit une vision intérieure et une
imagerie basé sur les sens 17. Les trois types de propriétés mentales auquel fait référence
l’introspection sont la pensée, l'imagerie et la croyance 18. De nombreuses croyances découlent
de l'introspection, les croyances fondées sur une introspection attentive sont vraies et
constituent la connaissance.
Audi commence par établir une distinction entre deux types de propriétés mentales :
l'occurrence et la disposition. Les propriétés mentales d'occurrence sont des propriétés d'états

16

Pour développer son propos, Audi décompose le mot introspection. La racine latine introspicere
signifie regarder à l'intérieur. L’auteur interprète l'introspection comme une attention à sa propre conscience, ce
qui permet d'obtenir une sorte de vision intérieure.
17
Audi illustre son propos avec la pièce théâtrale Le roi Lear illustre son propos. Shakespeare, Le roi Lear, acte
IV, scène VI.
18
Ici Audi fait référence à la philosophie de l'esprit.

8

mentaux qui se produisent consciemment 19. Les propriétés mentales dispositionnelles
consistent à faire subir à une disposition certaines conditions.
Après avoir établi cette distinction, Audi explique certaines des théories les plus importantes
de la conscience introspective. Ces différentes théories tentent toutes de comprendre la façon
dont l’homme a accès à ces états mentaux actuels. En d'autres termes, elles tentent d'expliquer
la manière dont il est possible de prendre conscience.
Audi explique qu’avec l'introspection l’homme ne peut pas se tromper avec des illusions ou
des hallucinations. Avec Hume se développe l’idée que le contenu de l'esprit est connu sous le
nom de « conscience » dont Audi entend ici l’introspection.
Pour l’auteur la conscience permet à l’homme d'acquérir une quantité considérable de
connaissances. Tout ce que l'homme peut « observer » dans l'esprit est un sujet d'étude
possible ; les croyances que l’homme forment concernant sa vie mentale ont tendance à
constituer de véritables connaissances.

Pour Audi l’introspection génère une justification qui ne peut être rejetée. La justification par
l'introspection est alors forte puisqu’elle est absolue à première vue. Le degré de justification
de la conscience est supérieur au degré généré par l'expérience perceptuelle 20.
Pour l'auteur, il existe une différence importante sur le plan épistémologique entre la
perception, la mémoire et la conscience. L’introspection est liée à la volonté ; il n'y a pas de
limite au nombre de choses que l’homme peut apprendre par introspection. Or, l’homme ne
peut percevoir à volonté, ainsi cela montre que la perception est limitée. Également, l’homme
ne peut se souvenir de manière infini, sa mémoire est limitée par ce qui s'est réellement passé.
Il y a toutefois un compromis à faire. Par la perception, l’homme acquiert des croyances et
des connaissances justifiées sur le monde extérieur ; sans elles, l’homme aurait peu de
chances de survivre. Par l'introspection, l’homme acquiert des croyances justifiées et des
connaissances uniquement sur le monde - la connaissance et la justification sont limitées à
notre propre esprit. Pour Audi, les philosophes ont tendance à sous-estimer l'importance du
monde intérieur ; or sans un accès à celui-ci, l’homme n'aurait que peu ou pas de
connaissance de soi. L'introspection conduit à des croyances puis à la connaissance pour au

19

Par exemple, une personne qui réfléchit actuellement à ce qu'elle va manger pour le dîner.
La force de justification des croyances sur les éléments de la conscience a conduit certains philosophes à
penser que ces croyances sont une sorte de fondement pour la connaissance et la justification de toutes les autres
croyances.

20

9

final obtenir une croyance justifiée et causale. Audi précise que la causalité est une des rares
similitudes entre l’introspection et la perception.

Au cœur des fondamentaux
A – La raison comme source immanquable
Audi poursuit sa discussion sur la conscience introspective avec la raison. L’auteur définit la
raison en tant que source de justification, de croyance et de connaissance. Ainsi, le rôle
épistémologique de la raison est lié à l'évidence. L’évidence est pour Audi ce qui est
considérée comme manifestement vraies, sans avoir besoin de preuves à l'appui - Il n’y a pas
besoin de prémisses, d'explications, de réflexion pour les rendre évidentes. Autrement dit, il
suffit de comprendre pour être en mesure de croire et obtenir la connaissance. Cette croyance
est faite de manière immédiate : elle n'est pas fondée sur une autre croyance probante.
L’auteur aborde brièvement certains des points de vue classiques sur la nature des
propositions évidentes - dérivant en grande partie de Kant. Dans la vision classique
l'évidence est la base de l'a priori ; l’expérience permet d’acquérir l’évidence. Dans la vision
empirique une grande variété de vérités ne sont pas a priori - les propositions en question ne
sont connaissables uniquement sur la base de l'expérience, par opposition à la raison. Audi
s’intéresse à Mill qui pense qu’il n’y a que des vérités empiriques et que notre connaissance
des vérités repose sur l'expérience.
L'ensemble des propositions connaissables a priori, qu'Audi appelle « vérités de la raison »,
comprend des propositions évidentes, ainsi que des propositions qui découlent de manière
évidente de propositions évidentes - il y a une chaîne causale pour l’évidence. Il existe une
vision rivale des vérités de la raison. Cette vision conventionnaliste soutient que les vérités de
la raison sont simplement une fonction de nos conventions linguistiques. Notre capacité de la
raison est une source de croyances de simples vérités. Les vérités a priori équivalent aux
vérités de la raison. Les vérités analytiques sont appelées a priori parce qu’elles sont connues
par l'utilisation de la raison. Il apparaît donc qu'il peut y avoir des vérités nécessaires qui ne
sont connaissables que par le travail d'investigation empirique ou d'ardu travail
mathématique ne pouvant pas fonder une connaissance a priori.
Si l’homme croit une proposition alors il sait qu’elle est vraie. D’une part, une croyance a
priori est normalement justifiée; d’autre part, les vraies croyances entretenues constituent
normalement des connaissances. Le principe de justification plausible suivant est une
10

indication partielle qui justifie la raison. Autrement écrit, si l’homme croit une proposition
uniquement sur la base de sa compréhension alors cette croyance est justifiée.
Des vérités de la raison peuvent être si pure que l’homme ne peut les croire de façon
injustifiée. De cette manière pour les raisons qui sont irréfutables la justification est sûre,
même si l’homme y croit en partie sur la base d'un mauvais argument. Mais toute justification
a priori ne doit pas être considérée comme irrévocable.
Audi conclut cette partie en répondant à une critique empirique de la vision des vérités de la
raison. Audi soutient que la vision des vérités de la raison est supérieure à la vision
conventionnelle, il remarque que cette vision est confrontée à sa part de problèmes. Malgré
ces problèmes, Audi soutient que la raison fournit à l’homme à la fois une justification et une
connaissance.

Dans cette figure, Audi résume la pensée existante sur les propositions. Il distingue deux
types de propositions selon deux points de vue.
Par ailleurs, la raison ne donne aucune connaissance ou croyance justifiée avant l'expérience,
qu'il soit perceptif, réfléchi ou introspectif. La raison fait connaître des concepts suffisants
pour saisir des propositions a priori. La justification a priori se divise en deux types, selon
qu'elle repose directement ou indirectement sur le fait de comprendre une proposition
évidente. Lorsque cette connaissance ou justification n'est pas à proprement parler a priori,
Audi l’appelle a priori au sens large.

11

Dans cette figure, Audi résume la pensée existante sur quatre dimensions. Il distingue les
quatre types de dimensions selon l’a priori au sens strict ou l’a priori au sens large.

B – Discussion sur le témoignage
La dernière partie étudiée est consacrée à une discussion sur le témoignage. La justification
par le témoignage est une source fondamentale. Les croyances sont fondées sur le témoignage
et sont oubliés avant d'être conservées en mémoire. Pour Audi, le témoignage peut justifier un
12

éventail beaucoup plus large de propositions que la perception. Par le biais des témoignages,
l’homme possède des convictions sur les perceptibles alors même qu’il n’a jamais vu ou
expérimenté : Audi parle alors de croyance. Le témoignage peut être une source à la fois de
connaissance et de croyance justifiée de la part de quelqu'un qui croit en ce qui est attesté. Le
témoignage transmet des connaissances mais ne les génèrent pas. L’auteur affirme que le
témoignage est une source de croyance fondamentale analogue à la perception. Tout comme
on forme des croyances perceptuelles simplement sur la base d'expériences perceptuelles,
Audi affirme que l'on forme des croyances testimoniales simplement sur la base du
témoignage d'autrui. Il y a deux façons de tirer des enseignements des témoignages. Le
premier cas est d'apprendre que, autrement dit que quelque chose est ainsi. La seconde est
d'apprendre ou de connaître quelque chose.
Si la perception, la mémoire, la conscience et la raison sont nos principales sources
individuelles de connaissance et de justification, le témoignage est notre principale source
sociale. Il existe cependant différents types de témoignages et de nombreuses questions se
posent sur la manière dont l'un ou l'autre type donne des connaissances ou des justifications.
Audi distingue les témoignages formels et informels. Le premier est le type de témoignage qui
a lieu dans un tribunal lorsque quelqu'un témoigne sous serment qu'il a vu quelque chose ou
qu'il a eu connaissance d'un événement. Le second est lorsqu’une personne transmet des
informations à une autre.
Audi pense qu’il serait impossible de parler ou penser sans l'aide des autres, et beaucoup de ce
que l’homme sait dépend de ce que les autres disent 21. En effet, l’ensemble des croyances que
l’homme possède sont fondées sur le témoignage. Les croyances sont fondées sur les
informations données par une personne en qui l’homme a confiance. Cet homme donnant
cette information l’a lui-même obtenu majoritairement par témoignage. Dans cette idée, la
justification globale représente l'ensemble des croyances fondées sur des témoignages. Le
témoignage est une source naturelle et omniprésente de croyances ; nombre de croyances sont
justifiées constituant des connaissances. Les croyances fondées sur le témoignage sont donc
dépendantes de la source et pas nécessairement des prémisses - le témoignage dépend d'autres
sources, épistémiquement et psychologiquement.

21

Audi prend l’exemple des enfants dans leurs premières années de leur vie qui dépendent presque entièrement
des autres pour apprendre à connaître le monde.

13

Pour Audi le rôle des témoignages de toutes sortes est de rendre compte de nos connaissances
et de notre justification - Les croyances peuvent changer au cours de la réception d’un
témoignage. En effet, d’une part une croyance fondée sur un témoignage est justifiée à
condition que le croyant ait une justification globale. D’autre part, une croyance fondée sur un
témoignage constitue une connaissance, à condition que l'attesteur connaisse la proposition en
question et le croyant n'a aucune raison d'en douter.
Audi se penche ensuite sur la psychologie du témoignage. Il affirme que le témoignage n'est
pas un processus inférentiel. En d'autres termes, Audi soutient que l’homme possède une
échelle attestant les témoignages, leur permettant d’acquérir un niveau qui peut changer notre
attention consciente. Les croyances sont fondées sur des témoignages limitée par d'autres
croyances sans être fondées de manière inférentielle. Les conclusions se font à partir d’une
assertion considérée. Pour Audi les autres motifs de justification, tels que la perception ou la
mémoire doivent au moins coopérer tacitement ; leur coopération peut être justifiée sans être
inférentiel. Le témoignage ne peut alors donner des connaissances que sous certaines
conditions. Audi est convaincu que le témoignage peut être une source de justification et de
connaissance. De façon un peu plus controversée, Audi affirme que pour acquérir la
connaissance p du témoignage de quelqu'un, le témoin doit lui-même savoir p.
Audi explore le rôle du témoignage dans l'apprentissage ; le témoignage est une composante
indispensable de l'apprentissage. Plus précisément, la connaissance des témoignages semble
dépendre en fin de compte des connaissances fondées sur l'une des autres sources que
l’homme a examinées : la perception, la mémoire, la conscience et la raison. Pour permettre
aux autres de savoir quelque chose en l'attestant, l’homme doit le savoir lui-même, sa
connaissance doit finalement dépendre, au moins en partie, du savoir.

Conclusion
En conclusion, par cette première partie, Audi expose et élargit la vision de la justification à la
lumière de l’épistémologie. Il permet de souligner des enjeux qui conduisent à déplacer le
regard épistémique traditionnel par la prise en compte de l’ensemble des théories
épistémiques existantes avec leur contribution majeure dans la manière où la connaissance et
la croyance est acquise et justifiée. Sa contribution n’est pas sans conséquence pour le
philosophe des sciences qui se voit interpellé de l’extérieur dans son questionnement et dans
sa définition de l’épistémologie par l’avènement de ses hypothèses. Émettre au mieux des
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hypothèses passe par l’apprentissage de la connaissance et la justification d’un point de vue
philosophique. L’idée est de mieux rechercher les questions qui concernent l’homme et éviter
les pièges qui consistent à confondre les impressions avec la justification ou une simple
opinion avec la connaissance. Plus la science en sait sur la constitution de la connaissance et
de la justification, plus elle peut construire des enquêtes, et moins elle tombe dans la tentation
omniprésente de prendre une imitation pour la réalité.
L’un des intérêts indéniables de cette partie est de permettre une clarification de certaines
idées et notions amenant à notre conception actuelle de la justification. Le point focal est son
apport sur les implications épistémiques et in fine philosophiques de ce qui se joue en
profondeur avec le fait de justifier. Dans une perspective dont certaines questions ne sont pas
sans rappeler celles de Michel Foucault, la justification pose des questions sur notre rapport
aux savoirs et aux pouvoirs, à la responsabilité et à l'autorité elle-même. Les deux figures
proposées par Audi permettent d’élargir le spectre de la transmission de la connaissance et
ouvre à une diversité de modèles et par suite de questions épistémiques.
Audi pense à travers cette partie que l’homme a des croyances innombrables et variées. Une
grande partie des croyances sont stockées dans la mémoire bien qu’elles n'y trouvent pas leur
origine. Ces croyances semblent découler directement des perceptions et des souvenirs qui
émergent de la mémoire. Le paradoxe est que les croyances sont faillibles tout en convaincant
l’homme qu’elles justifient et constituent une connaissance. L’idée profonde de cette première
partie est que la connaissance ne peut se passer de l’autre : une grande partie de ce que
l’homme croit et ce qu’il sait est socialement fondé - le témoignage, qui est au cœur du
dernier chapitre que nous avons étudié, est une source particulière de justification et de
connaissance. Les deux grandes parties suivantes découlent de la première : La deuxième
partie est consacrée aux connaissances étendues par inférence ainsi que la structure des
connaissances ; la troisième partie explore la perception intérieure - la première partie
concernait la perception extérieure.
La justification donne souvent lieu à une croyance directe. Le témoignage comme la mémoire
et contraire à la perception, le témoignage est illimité dans la portée et l'objet des propositions
que l’homme fait. Les croyances sont fondées sur l'une des cinq sources de connaissance et de
justification non inférentielles : perception, mémoire, conscience, raison, témoignage.
Par ailleurs, on peut se demander à la lecture de cet article si la question de la vérité n’est pas
insuffisamment travaillée et exposée par l’auteur. Ce n’est pas sans difficulté puisqu’Audi
précise qu’il y a un grand nombre de détails qu’il n’a pas pu mentionner. L’idée du
faillibilisme auquel appartient Audi est trop peu expliquée. Volonté de l’auteur ou non, Audi
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aurait pu aborder plus précisément la vérité. Ainsi, la philosophie des sciences à l’ère de la
modernité a su montrer le caractère relatif d’un savoir, sa dépendance avec des présupposés,
mais aussi son inscription dans un univers social et culturel. La vérité est souvent relative
parce que aussi sociale, au sens large du terme.

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