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Année Universitaire 2021 - 2022

Du bien-être au marché du malaise
Nicolas Marquis

Présenté par Matthieu VERRY

Sous la direction de Madame
Héloïse CLOËT

Industrie de la santé mentale - Étude de texte
Nicolas marquis - Du bien-être au marché du malaise
Du bien-être au marché du malaise est un ouvrage faisant le pari qu’il est parfaitement
possible de rendre le développement personnel - DP - significatif, c’est-à-dire pour reprendre
les mots du texte de « le faire parler au monde dans lequel nous vivons sans en passer par la
difficile dimension d’hypothétiques effets et ce, tout en conservant tant la dimension morale
que le potentiel critique qui peuvent sous-tendre l’étude d’un tel objet »1. Ainsi, ce texte
propose une ouverture sur la recherche de la liberté, en d’autres termes c’est un travail sur soi
que propose cet ouvrage. L’étonnant fil conducteur de ce livre est de retourner les arguments
du DP contre lui-même. C’est à la lumière d’une réflexion empirique que cet ouvrage a été
écrit, basé sur des interviews et des lettres écrites à des auteurs de DP, mais aussi et surtout du
discours des lecteurs de trois auteurs importants - Boris Cyrulnik, Thomas d’Ansembourg et
Thierry Janssen.
Cet ouvrage est l’œuvre de Nicolas Marquis qui est le résultat d’une thèse de doctorat en
sciences sociales et politiques soutenue en avril 2012 à l’université Saint-Louis à Bruxelles 2.
Marquis est Professeur de sociologie et de méthodologie à l’Université Saint-Louis
– Bruxelles. Il y codirige le Centre d’anthropologie, sociologie, psychologie CASPER. Il est
également promoteur du projet ERC CoachingRituals ainsi que promoteur porte-parole du
projet ARC « L’autonomie à l’épreuve du handicap, le handicap à l’épreuve de l’autonomie »,
et coresponsable du projet de recherche « Lutter contre l’échec, repenser la relation
pédagogique ».
Le chapitre 1 de ce livre est consacré à l’épistémologie pour la sociologie des productions
culturelles. Autrement dit, ce point sera abordé lors du chapitre 2 où le DP est vu comme une
pratique, une expérience qui résulte de la connexion entre d’une part ce qui est appelé un
dispositif aux caractéristiques spécifiques et d’autre part ce qu’on appellera une disposition
dans laquelle se met le lecteur pour participer à la réussite de cette expérience à ses yeux. Le
chapitre 3 se focalise sur le repérage des principales caractéristiques du dispositif de DP. Le
chapitre 4 décortique les raisons de la lecture d’ouvrages de DP c’est à dire la disposition du
lecteur, l’attitude qu’il entretient par rapport au texte, le travail qu’il réalise dans la transaction

1
2

Marquis, Du bien-être au marché du malaise, p. 6.
Ce livre a reçu le prix Le Monde de la recherche universitaire.

1

avec celui-ci, ou encore la façon dont les lecteurs répondent ou non aux multiples demandes
des ouvrages. Le chapitre 5 est consacré au « travail du lecteur à proprement parler »3, c’està-dire la réflexion que doit entreprendre le lecteur pour faire du DP : connivence passive,
coopération active, respect des consignes. Le chapitre 6 est consacré à l’analyse des effets du
DP sur les individus.
Intéressons-nous aux idées qui se dégagent dans l’ensemble de l’ouvrage. L’auteur définit le
DP par une attitude face à la contingence, inscrite dans un contexte culturel et social
particulier. Selon l’auteur, l’idée du DP se nourrit du désespoir. En d’autres termes, ce
désespoir - lié au déclin du militantisme - existe par l’essor d’une illisibilité du monde et
d’une perte de prises sur le changement social. C’est pour l’auteur la pensée de Michel
Foucault depuis la fin des années 1980 qui permet l’essor de « la psychologie en général et
par le discours du développement personnel en particulier ». La grande idée de Foucault est
que l’homme « gouverne toujours trop »4, caractérisé par les sociétés libérales-démocratiques.
Sur la lancée des idées de Foucault, Nikolas Rose voit dans le DP une « ontologie historique
de nous-mêmes », une façon de mettre en lumière les modes contemporains de subjectivation.
Le DP selon Rose comprend que chaque individu est « obligé d’être libre » 5. Ainsi, le DP
fonctionne parfois plus comme une formule incantatoire qu’autre chose, c’est-à-dire que ces
ouvrages sont parfois utilisés comme des matériaux prêts à l’emploi dont le lecteur ne
cherchera pas à questionner le potentiel normatif, la dangerosité ou la véracité. En d’autres
termes, les textes de DP peuvent être vus comme des objets inanimés qui demandent à être
activés par des lecteurs. Par ce contexte, le DP n’est pas seulement un texte mais devient une
expérience résultant d’un éveil, progressant dans la connaissance de soi, la gestion de soi et la
qualité de vie. Lorsque le lecteur lit du DP il se valorise et plus particulièrement ses émotions.
Vivre le DP revient à entretenir jour après jour un rapport sain à soi-même et à son
environnement, à travers une série d’exercices cognitifs à faire, d’attentions à porter,
d’attitudes à adopter, de contacts physiques à recevoir ou à donner. Ainsi, comme expliqué
par l'auteur, il est très fréquent de trouver sur le quatrième de couverture que ce livre nous
changera, bouleversera notre vie, augmentera nos capacités de réflexion ou de critique ou
encore aura pour conséquence de vivre différemment nos relations interpersonnelles. C’est
dans cet esprit que Marquis explique qu’il existe trois types d’implications afin que le lecteur

3

Marquis, Du bien-être au marché du malaise, p. 7.
Voir Foucault, Le Gouvernement de soi et des autres. Cours au Collège de France
5
Voir Rose, Governing The Soul : The shaping of the private self.
4

2

ressente le DP. Les livres vont d’abord requérir la connivence passive du lecteur, ensuite sa
coopération active, et enfin l’application de consignes qui ne concernent plus l’expérience de
lecture, mais bien les rapports du lecteur au monde qu’il s’agit de changer. Les livres de DP
sont souvent rédigés à l’indicatif présent ajoutant un sentiment de réalité. Ainsi, il n’est pas
rare que ces livres demandent au lecteur de tester sur eux-mêmes une série de propositions
afin d’expérimenter le caractère exact des propos de l’auteur 6.
Par ces recherches Marquis découvre qu’au-delà de la multiplicité des cas, tous les lecteurs de
DP sont en mesure de pouvoir expliquer pourquoi ils ont commencé à en lire. Autrement dit,
tous les lecteurs interviewés étaient en mesure de fournir une raison, une justification au fait
de consulter du DP, et de construire un récit dans lequel cette lecture prend sens.
D’une part l’ouverture des lecteurs permet de soumettre à révision leur vie à une volonté à ce
qu’elle change 7. Autrement dit, si le texte est considéré comme crédible et engageant, les
lecteurs s’arrangent presque toujours pour ne pas être déçus par lui, quand bien même il ne
leur apporterait rien. L’intensité des termes dans lesquels les individus relatent les
changements occasionnés par la lecture varie quant à elle de manière importante. Comme
expliquée par Marquis, ces requêtes ou suggestions prennent la forme de check-lists, de
méthodes en tous genres, voire de conseils qu’ils peuvent suivre dans la vie de tous les jours
pour devenir les acteurs du changement tant espéré. L’auteur exprime ici la pensée de
Wittgenstein aussi appelé une appréciation esthétique, qui revient à trouver un mot qu’on
avait sur le bout de la langue souvent dit par la phrase « Voilà, c’est ce que je voulais dire ! ».
Les lecteurs cherchent dans les ouvrages un Graal, une solution magique, « comme si leurs
problèmes pouvaient être réglés d’un coup de baguette magique » 8. Ainsi, lire un ouvrage de
DP apparaît comme beaucoup plus engageant, fatigant, que de lire un roman où le lecteur est
présenté comme « plutôt passif » : dans le cas des livres de DP, la lecture se fait souvent
comme « casse-tête ». Cette difficile lecture permet aux individus d’exprimer un sentiment de
transcendance lorsque « des mots sont mis sur les maux »9. La lecture de DP qui en a découlé

6

Ces demandes visant la connivence passive et la coopération active du lecteur, il arrive souvent que les
consignes extra-lecture ne soient pas formulées aussi explicitement. Les textes des ouvrages invitent alors les
lecteurs, supposément convaincus par la force de l’argument ou de la description, à tirer eux-mêmes les
conclusions qu’ils pourraient emporter hors de l’expérience de lecture.
7
Dans l’immense majorité des cas, les domaines qui peuvent être améliorés ou travaillés concernent le rapport
à autrui c’est-à-dire la communication.
8
Marquis, Du bien-être au marché du malaise, p. 92.
9
Marquis, Du bien-être au marché du malaise, p. 100.

3

les a conduit à s’éprouver, leur a permis de savoir qui ils étaient vraiment et d’agir en
conséquence en se prenant pour objet d’étude et de travail.
D’autre part, les lecteurs cherchent dans le DP à parler précisément d’eux et de ce qu’ils
connaissent. Les lecteurs ne pensent pas seulement être les témoins de ce monde qui change,
ils sont aussi convaincus d’en être les principaux symptômes et les principaux acteurs. Le DP
est perçu comme un activateur de possibles qui donne des prises sur un monde dont les
lecteurs estiment pouvoir en modifier le cours. Ils soulignent la fracture que ce moment a
représenté, qui sépare définitivement un « avant » et un « après » : ils sont, dans une certaine
mesure, devenus autres. On apprend par ce livre que les lecteurs parlent d’un « nouveau moi »
dont les principales caractéristiques sont de disposer d’un rapport plus intense à la vérité de
soi ou à l’authenticité, et d’une puissance d’agir accrue. Ainsi, l’intériorité de chaque individu
se voit attribuer trois qualités : une caractéristique d’authenticité, une caractéristique de force,
et une caractéristique de sens. Cette idée de l’individu comme un être en puissance qui doit
s’accomplir ou s’actualiser, les lecteurs se l’appliquent à eux-mêmes, mais il est intéressant de
noter qu’ils l’appliquent également aux autres. De même, l’intériorité est considérée
positivement relevant d’une force, une puissance d’agir bienfaisante que l’individu pourrait se
rendre disponible.
L’auteur s’intéresse par la suite à la société où les lecteurs mobilisent le schéma très
rousseauiste du « bon sauvage / mauvais civilisé » pour expliquer la vie en société. Ce qui en
ressort de la méthode empirique de l’auteur est que peu importe l’âge, ils laissent tous
transparaître l’impression qu’en ce qui concerne « la société », les choses se dégradent, se
complexifient. Ainsi, pour les lecteurs de DP le monde dans lequel ils vivent avance vers un
mieux. Les personnes qui lisent du DP pensent que l’individu est un être fondamentalement
bon et fondamentalement améliorable. Il faut souligner que les recherches de Marquis
l’amène à penser que les lecteurs reconnaissent que le monde de DP est peuplé de charlatans
ou de purs commerciaux qu’il faut chercher à éviter, au minimum parce qu’ils risqueraient de
faire perdre du temps et de l’argent à ceux qu’ils séduisent, mais aussi parce qu’ils risquent
d’infliger de lourds dégâts à travers des propos mensongers ou déconnectés de la réalité.
Le sociologue Marquis en s’intéressant au DP touche aux mœurs, c’est-à-dire aux faits
moraux qui structurent toute société. Pour le dire autrement, il s’agit d’un objet qui permet
d’aborder la façon dont, dans un contexte particulier, il est possible de trouver du sens à la
vie. Le sens de la vie est en effet un objet d’étude pertinent pour les sciences sociales. L’un
des intérêts indéniables de cet ouvrage est qu’il permet une première critique jusqu’alors trop
4

peu existante sur le DP. S’il ne s’agit de contester l’intérêt de ce livre, une lecture de
gestionnaire et philosophique ne peut faire l’économie de la prise en compte de la dimension
problématique du DP d’un point de vue utilitariste dans la mesure où si chacun cherche à
« s’entreprendre soi-même », il peut être bon pour l’ensemble de la société de chercher son
meilleur soi. C’est par l’ensemble des individus, constituant la société, dans leur gestion vis-àvis d’eux-mêmes, qu’adviendra une source de progrès pour tous rendant accessible le
bonheur. Ainsi, le DP apportant un semblant de spirituel peut s’avérer certes très critiquable
mais permet l’accès à une source de vérité.
Le DP étant un champ de lecture en forte croissance, il est intéressant de lire ce livre pour
comprendre certaines grandes idées transversales. Le fait de rompre avec le mythe du tout
« beau » dans le DP est très captivant laissant à penser que d’autres voies sont possibles. Par
cette lecture qui peut s’avérer parfois compliquée au vu du sérieux de la thématique, la
concentration est requise pour comprendre la riche pensée de l’auteur. Ainsi, il peut arriver à
mainte reprise de s’arrêter dans cette lecture afin de s’imprégner du texte parfois très profond.
Il s’avère appréciable de mêler des enjeux philosophiques, psychologiques et sociétaux sur un
même thème central sous-jacent qui est la liberté. Je recommande de toute évidence ce livre
qui est non seulement bien écrit mais également d’une élévation sociologique inspirante.

Bibliographie :
Michel Foucault, Le Gouvernement de soi et des autres. Cours au Collège de France, Paris,
Gallimard-Seuil, 2008.
Nicolas Marquis, Du bien-être au marché du malaise, Paris, PUF, 2020.
Nikolas Rose, Governing The Soul : The shaping of the private self, Londres-New York, Free
association Books, 1999.

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