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il y est présent et c'est même une
constante de la culture politique
française, assène Ahmed Lahkim,
président du parti UDLEF. La
vie politique est quelque part à
l'image de la société française.
Et notre société est encore très
empreinte de machisme. Certains
candidats
d'extrême
droite
poussent leur modèle de société
avec une vision que je qualifierais
de sexiste et d'un autre âge. »

Zemmour ou la relance du
machisme politique

Trop de burnes dans
les urnes

MÉPRIS

Valérie Pécresse qui se plaint d’un monde politique trop machiste à son goût,
Éric Zemmour qui réinvente et remet sur la table des idées patriarcales et
machistes. La campagne pour l’élection présidentielle du mois d’avril prochain
bat son plein et pose une question : le machisme est-il un incontournable de la
vie politique française ? Éléments de réponse.

L

undi 14 février dernier,
jour de Saint-Valentin.
Valérie Pécresse ne fête pas
l'événement avec son mari.
Elle sort d’un week-end marqué
par son meeting parisien devant
quelque 7 000 sympathisants.
À la suite de son échec et des
critiques qui s’en sont suivies,
elle se défend en évoquant un
« phénomène machiste » au sein de
la sphère politique, en critiquant
la place accordée aux hommes
dans les médias et dénonçant des
critiques misogynes envers les
différentes candidates à l’élection
présidentielle. « Si l’on critique
Pécresse, c’est parce qu’elle n’a
pas brillé, c’est tout, nous répond
Janine Mossuz-Lavau, chercheuse
au Cevipof (Centre de recherches

politiques de Sciences Po). Elle
n’a pas été à la hauteur lors de
son meeting. Elle a tort de jouer
la victimisation alors qu’elle
mettait en avant le fait d’être
une femme depuis le début de sa
campagne en espérant rallier
des électrices. Si un homme était
arrivé en disant l’inverse, on lui
serait tombé dessus en le traitant
de macho. Il est plutôt temps de
dépasser cet argument du genre
et les discours victimaires. »
Jean
Garrigues,
historien
politique, soutient la chercheuse
dans sa réflexion : « De manière
paradoxale, la façon dont Valérie
Pécresse a essayé de se défendre
après son meeting remet encore
cette question du machisme au
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cœur du débat public. En essayant
de se victimiser par rapport à ce
machisme, elle corrobore ceux
qui partagent les idées d’Éric
Zemmour. Il y a quelque chose
de très pervers dans ce pingpong médiatique entre la vision
de Zemmour et la manière
dont Pécresse rentre dans son
jeu. Beaucoup d’observateurs
ont ressenti cette victimisation
comme artificielle en montrant
que ce n’était pas parce qu’elle
était femme que son discours
avait été critiqué, mais parce que
son discours avait été raté. C’est
maladroit dans la défense qu’elle
a proposée. » Le machisme seraitil donc de retour en politique ? « Je
ne dirais pas que le machisme est
de retour dans la sphère politique,

Depuis
l’officialisation
de
sa candidature à l’élection
présidentielle fin novembre, Éric
Zemmour expose sa vision de la
femme et ses idées patriarcales.
« Il est certain que l’arrivée d’Éric
Zemmour et son positionnement
archaïque sur la place de la
femme dans la société renvoie à
une France passée, analyse Jean
Garrigues. Il amène une libération
de la parole de ses soutiens qui
remet l’éclairage sur une vision
très traditionnelle de la femme. Il
y a donc un retour du machisme
au cœur des enjeux publics. C’est le
retour d’une forme de machisme
très traditionnelle, d’une vision
de la femme plus traditionnelle,
essentialisée dans son image de
femme. Et cette essentialisation
est comme le miroir d’une
autre
essentialisation,
celle
de la culture woke. Éric
Zemmour devient en quelque
sorte ‘‘l’idiot utile’’ des woke et
réciproquement. Les paroles,
les discours et les idées d’Éric

Valérie Pécresse s’est plainte d’un ‘‘phénomène machiste’’ à la suite de son meeting
parisien en critiquant la place accordée aux hommes dans les médias et dénonçant
des critiques misogynes envers les candidates à l’élection présidentielle. © LR

Zemmour sont une sorte de retour
en arrière dans cette campagne. »
Un retour en arrière que Sandrine
Rousseau, finaliste des primaires
écologistes, a subi lors de sa
course à l’investiture du parti
EELV. « J’ai subi, au cours de mes
combats politiques, des tonnes de
remarques, propos, sous-entendus
misogynes et sexistes, raconte
la féministe, J’ai vécu du cyber
harcèlement parce que je suis une
femme engagée. On peut critiquer
une femme politique sur le fond
de ses pensées, de son discours,
ce qui est compréhensible. Mais
quand l’on me traite de folle,
d’idiote à longueur de journée…
Vous savez, c’est très dur de subir
du sexisme. Paradoxalement, cela
montre la différence entre les
femmes et les hommes, car il se
dirige uniquement contre les
femmes. Dès qu’elles parlent, elles
sont jugées incompétentes alors

que les hommes, on les critique
sur le fond. En tant que femmes,
nous n’avons même pas le droit
d’être critiquées sur le fond. Nous
sommes jugées sur notre imbécilité
supposée. » Un sentiment partagé
par de nombreuses autres femmes
victimes du mépris de leurs
collègues politiques (voir encadré).

Les hommes attirés par le
mépris de la femme ?
Même si les propos d’Éric
Zemmour peuvent paraître d’un
autre âge pour de nombreux
électeurs, certains sont attirés
par l’ancien journaliste comme
le décrit Jean Garrigues :
« Incontestablement le discours
et les idées machistes d’Éric
Zemmour peuvent lui rapporter
des voix électorales. Il fait appel
à des pulsions, à des sentiments

Ségolène Royal, pionnière du 1er tour et victime des
hommes
« Ségolène Royal avait été confrontée en 2007 à des réactions machistes au sein même de
son parti du PS », rappelle Jean Garrigues. Première femme française à avoir atteint le second
tour de la présidentielle, Ségolène Royal n'a pas échappé aux nombreux a priori sexistes qui
sévissent en politique. Dans son autobiographie, Ce que je peux enfin vous dire, l'ancienne
candidate à la présidentielle a dénoncé le sexisme latent qu'elle a subi et que d'autres femmes
continuent de subir. D'autant que ces remarques venaient de personnalités politiques censées
être dans son camp et notamment de Laurent Fabius et le fameux « Qui va garder les enfants
? ». « Elle s’est lancée, mais n’avait pas les soutiens nécessaires derrière elle. Les éléphants du
PS étaient contre elle et critiquaient sa qualité de femme », se souvient Janine Mossuz-Lavau,
chercheuse au Cevipof. Heureusement, les mentalités ont quelque peu évolué depuis 2007 et
malgré les remarques, les deux politologues sont unanimes : « Ségolène Royal a ouvert la voie
en quelque sorte aux candidates comme Marine Le Pen, Valérie Pécresse ou Anne Hidalgo ».
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Depuis le lancement de sa campagne fin novembre, Éric Zemmour a remis le
machisme au cœur du débat public en prônant des idées patriarcales marquées.
© Ugo Amez/ Sipa

partagés par certains Français.
Pour une partie de la France rurale
ou périurbaine, la France des
villes est une France corrompue
par une vision égalitaire. Cette
vision de la femme résonne
encore et fait sens dans la France
profonde et aux yeux de beaucoup
de Français. Cela leur permet de
manifester leur mécontentement
par rapport à la France des élites,
des bobos ». De plus, le candidat
de Reconquête ! incarne une figure
masculine d’extrême droite. Un
élément important au moment du
vote selon Janine Mossuz-Lavau :
« Jusqu’à maintenant, l’extrême
droite n’avait pas de figure
masculine, il fallait voter Marine
Le Pen. Éric Zemmour joue donc
sur le côté masculinité et attire
des hommes d’extrême droite qui
trouvent un discours plus marqué
et donc une figure masculine
à soutenir. Ils restaient dans
leur vote Lepéniste car Marine
est la fille de Jean-Marie. Mais
désormais, ils ont un autre choix
possible. Son discours est donc
payant du côté des hommes ».

Quels moyens pour lutter
contre les machos ?
Dans les autres partis de
l’échiquier politique français, les
discours sont les mêmes : nous
luttons contre le machisme. Mais
les solutions employées sont
différentes. « Nous avons une

charte des valeurs au PS qui est
à la base de notre parti, nous
informe Marc Cachard, secrétaire
général du PS Rhône, elle entraîne
l’exclusion en cas de non-respect.
Nous disposons obligatoirement
de représentantes chargées de
l’égalité femmes-hommes dans
chaque département. Il faut
des peines exemplaires pour
les machos. C’est par la loi et la
contrainte législative que nous
lutterons efficacement contre
le machisme et le sexisme. Il y
aura, néanmoins, toujours des
nostalgiques, des Zemmour. » Du
côté de LR, pas de charte. Le parti
mise sur la prise de conscience de
ses membres, à en croire Quentin
Taïeb, président des Jeunes LR
69 : « Pour faire disparaître le
machisme, il doit y avoir un travail
intergénérationnel. Il y a déjà eu
une évolution positive, la preuve, il
n’y a jamais eu autant de femmes
candidates à la présidentielle.
Il faut arrêter avec ces débats
femme-homme, les candidats sont
élus sur un programme. On vote
avant tout pour des idées. Le fait
que le candidat soit un homme
ou une femme est secondaire
selon moi. Les questions à se
poser sont plutôt : est-ce que le
programme que je soutiens est
le bon ? Est-ce que ma candidate
ou mon candidat est à la hauteur
de l’enjeu ? Et ça s’arrête là ».
Du côté de EELV, Sandrine
Rousseau met en avant le rôle
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malsain des réseaux sociaux dans
le machisme actuel : « Il faut
interdire les propos sexistes, il
faut progresser sur ce point. De
plus, les réseaux sociaux doivent
prendre leurs responsabilités.
Ce qui me révolte, c’est que lors
des attaques que j’ai subies sur
certains d’entre eux, aucun compte
n’a été bloqué, aucun signalement
n’a abouti alors que j’ai reçu des
menaces de mort, des menaces
d’égorgement.
Les
GAFAM
doivent répondre du droit, tout
simplement ». Enfin, dans la
majorité présidentielle LREM,
aucun débat interne n’a été lancé
mais l’on peut observer qu’aucune
figure féminine n’est présente
dans l’organigramme de la future
campagne du président sortant.

La masculinité hégémonique,
autre facette du mépris
masculin
Illustrant la bataille menée par
certains hommes pour conserver
leurs places et exercer un pouvoir
patriarcal. Le tout au mépris de
la femme et de ses éventuelles
aspirations. Le phénomène de
masculinité hégémonique n’est
pas seulement à l’œuvre dans la
vie civile mais également dans la
sphère politique. L’hégémonie
masculine en politique repose sur
une histoire très ancienne. Sous la
Révolution, lorsque des femmes
ont voulu participer au débat
public, elles ont créé des clubs de
femmes qui ont été saccagés par les
sans-culottes pour être empêchées
de s’exprimer. Certaines ont
été guillotinées. C’est alors
exercer une culture d’exclusion
de la femme hors de la sphère
publique. Selon Jean Garrigues, il
n’est donc pas étonnant de voir se
conserver des réflexes machistes
ou
d’hégémonie
masculine
dans la classe politique actuelle.
« Jusqu’à récemment, les hommes
de plus de 50 ans, avec une vision
traditionnelle
et
archaïque,
y
étaient
surreprésentés,
explique l’historien politique.
Ils conservaient ces penséeslà. De nombreuses femmes ont
reçu des quolibets, des insultes
lorsqu’elles prenaient la parole
au Parlement. Ce phénomène est
encore incrusté dans la mentalité

de certains hommes. Néanmoins,
c’est en train d’évoluer parce que
les femmes ont de plus en plus de
places dans le champ public. Il y
a, d’ailleurs, plus de candidates
que de candidats dans cette
campagne présidentielle. De plus,
ce sont des candidates de premier
plan, elles sont crédibles à cette
élection et même à la victoire.
C’est une vraie nouveauté. Mais de
manière symbolique, la présence
du candidat Éric Zemmour est la
manifestation de cette résistance
d’une partie des hommes visà-vis de cette émergence des
femmes dans le débat public. »
Cette hégémonie met en rogne
Sandrine Rousseau, elle la
féministe qui défend les candidates
victimes de ce système et veut
mener le combat : « Nous avons un
grand besoin de déconstruction
du modèle politique masculin
actuel pour lutter et renverser

cette masculinité hégémonique.
Ces hommes-là doivent être
marginalisés ». Elle aussi
féministe, Janine Mossuz-Lavau
se veut plus optimiste et dépeint
un paysage qui s’éclaircit : « Il y a
déjà beaucoup de choses qui ont
disparues de la sphère politique.
Le machisme est pas mal battu
en brèche dans la société civile.
C’est quand l’on monte dans les
hiérarchies que cela devient plus
compliqué. Notons qu’à gauche,
le machisme est peu présent, de
manière camouflée et non étalée.
Le combat contre le machisme doit
encore être mené dans une sphère
particulière, celle de l’extrême
droite ». L’extrême droite, dernier
bastion machiste ? Jean Garrigues,
en fin observateur de notre vie
politique, y croit même s’il reste
prudent dans sa conclusion :
« L’évolution de la politique va
dans le sens de l’éradication de
ces réflexes machistes. La loi

est de plus en plus restrictive et
contraignante par rapport à ces
réflexes-là. Mais, comme toutes
les évolutions culturelles, c’est
une évolution lente à travers la
contrainte légale et l’éducation,
la prise de conscience par les
hommes de leur hégémonie.
Les
générations
nouvelles
qui arrivent en politique sont
incontestablement plus ouvertes
au partage, à la mixité, à la parité
que les générations précédentes.
Mais il y a encore beaucoup de
travail à faire. Et le succès d’un
Éric Zemmour montre que le
travail est loin d’être achevé ». Un
travail qui sera largement observé
durant cette année électorale.
(NDLR : Malgré nos sollicitations,
Reconquête ! n’a pas souhaité
répondre
à
nos
questions.)

Antoine CANTIN-GALLAND

Le Parlement, lieu de tous les sexismes
De nombreuses parlementaires ont fait les frais d'un machisme toujours présent au Parlement. Que ce
soit à l’Assemblée nationale ou au Sénat, les exemples ne manquent pas. Tout a peut-être commencé
avec elle, Edith Cresson, seule Première ministre française, nommée en 1991. Un député la qualifie
alors dans l'hémicycle de « Pompadour », par comparaison avec la favorite du roi Louis XV. Plus
récemment, on peut citer des bêlements de chèvre lors d’une allocution de la députée LREM Alice
Thourot en août 2017, des caquètements de poule en 2013 à l’encontre de l’élue écologiste Véronique
Massonneau, une comparaison à un pot de fleurs en 2012 pour la ministre de l’époque Fleur Pellerin.
Les députés masculins de l’Assemblée iront encore plus loin en 2014 lors d’une audition de la
ministre de l’Écologie Ségolène Royal. « Vous me permettrez Madame la ministre de vous féliciter
pour le choix de la couleur de votre tailleur. Le vert vous va effectivement à merveille », lui fera
remarquer un élu UMP. Enfin, la scène sexiste la plus marquante reste bien sûr les sifflements
observés au Palais Bourbon en 2012 envers la ministre Cécile Duflot qui arborait ce jour-là une robe.

© AFP

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