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UN VOYAGE POUR LA RENTRÉE
Ding dong ! Ding dong ! Diiiiiiiiiiiiiing !
“J’ARRIVE !” je hurlais par la fenêtre, avant d’attraper mon sac et me lancer pour dévaler les
escaliers à toute allure. Cette sonnerie infernale, c’était Marie qui l’actionnait, ma meilleure
amie qui m’attendait impatiemment afin que l’on aille toutes les deux à l’école pour le premier
jour de l’année. Ce n’est pas très poli de sonner autant, mais à sa décharge, nous étions
presque en retard et cela faisait 15 minutes que je lui avais honteusement menti en prétendant
être déjà prête.
J’arrivais essoufflée en bas de l’immeuble, et décochait mon plus grand sourire sans m’arrêter
de marcher « alors, tu viens ? On va être en retard ! ». J’esquivais habilement le coup de sac
qu’elle tenta de me donner en réponse à ma provocation, et nous étions parties pour notre
dernière année de collège.
Au bout d’une vingtaine de minutes, nous arrivions devant l’établissement, et surprise : la cour
où tous les élèves étaient censés se trouver était vide. Seule conclusion possible : nous étions
en retard. Et c’était probablement (certainement) de ma faute. Je fis de mon mieux pour
afficher un air désolé, pendant que Marie soupirait exagérément. « bon, dit-elle, on n’a plus
qu’à regarder sur le panneau d’affichage et aller nous excuser. Mais qu’on soit dans la même
classe ou non, je dirais bien que c’est toi qui m’as mise en retard ! ». Je hochais la tête, car
après tout il est difficile de contredire la stricte vérité.
Alors que nous avancions vers les panneaux d’affichages, je me fis la réflexion que
l’établissement était malgré tout bien calme… Aucun son ne sortait des fenêtres ouvertes, pas
de surveillant qui traînait ou de dame de l’accueil pour nous sermonner… Et, détail intriguant,
je remarquais un livre ouvert sur le sol. Je m’éloignais de Marie pour m’en approcher et
l’observer de plus près.
Sur la double page ouverte, figurait une illustration : on y voyait des grandes cages sur roues,
au milieu d’un champ en lisière d’une forêt, renfermant ce qui m’avait l’air d’être des centaines
d’enfants, tirées par de grands chevaux et encadrées par des soldats recouverts d’armures
dorées. En y regardant de plus près, les enfants semblaient avoir mon âge ou un peu moins,
et cachaient quelques adultes parmi eux… dont certains me semblaient familiers.
« C’est fou, on dirait M. Bernard ! Avec la principale à côté ! » Je sursautais légèrement,
n’ayant pas entendu Marie se rapprocher.
Nous nous regardâmes en silence pendant quelques secondes, et je crois que la même idée
nous traversa l’esprit. Et si…. Et si tout le monde était dans le livre ? Était-ce même possible ?
J’eu à peine le temps de finir cette pensée, qu’autour de nous s’éleva une mini-tempête. Des
feuilles dont j’aurais juré qu’elles n’étaient pas là auparavant nous entourèrent et
tourbillonnèrent autour de nous, dans un bruissement assourdissant et jusqu’à nous boucher
entièrement la vue. J’agrippais le bras de Marie pendant qu’elle se tenait tout aussi fermement
au mien. Lorsque les feuilles se calmèrent, nous étions sous le couvert d’arbres, juste devant
un champ verdoyant… le même que nous avions vu il y a à peine quelques minutes, dessiné
dans un livre ! Et effectivement, en portant mon regard au loin, je pouvais voir les grandes
cages renfermant, je le savais avec certitudes maintenant, les autres élèves et le personnel
du collège. En me retournant, je vis Marie assise sur le sol avec un air ébahi, un livre ouvert à

ses côtés. Sur la double page, était visible la cour où nous nous tenions quelques instants
auparavant.
Soudain, je sentis une main agripper mon
bras et me tirer en arrière, et du coin de l’œil
je vis Marie subir le même sort. « Vous êtes
folles, qu’est-ce que vous faites à découvert !
Les soldats vont vous attraper s’ils vous
voient, vous ne savez donc pas que le roi a
juré la mort de tous les humains ? Qu’est-ce
que vous êtes venus faire ici aussi
nombreux ?? » Abasourdie, je me trouvais
incapable de répondre tant j’étais surprise de
la personne en face de moi. Le bras qui
m’avait saisie était bien humain, mais sur le
crâne de la jeune fille se trouvait deux cornes.
Deux magnifiques cornes, mais qui à ma
connaissance ne faisaient pas partie des
attributs humains. Ce qui, après réflexion,
collait avec le fait qu’elle ait justement parlé
des humains comme si elle n’en était pas une
elle-même. Et si j’avais encore un doute, il
disparut complètement lorsque je baissais les
yeux pour découvrir les pattes et sabots de
bouc qui lui tenaient lieu de jambe. Pendant
que j’étais perdue dans ces réflexions,
j’entendais Marie à côté de moi bafouiller
pour expliquer la situation. « ….et le livre est
venu avec nous, peut-être qu’on pourrait
repartir avec si vous nous aidez !
- Mais oui, le livre ! je m’exclamais. Il est juste là, on pourrait simplement ouvrir les cages et
repartir tous ensemble ! » La satyre sembla réfléchir un instant, puis hocha la tête.
« Soit. C’est risqué de vous aider, mais si on réussit, il n’y aura aucune preuve contre moi et
je risque déjà gros pour ne pas vous avoir dénoncé immédiatement. On attendra la nuit, je
jouerais un air pour endormir les gardes, et vous partirez immédiatement avec vos amis. En
attendant, vous restez assise là où je peux vous voir et vous ne faites aucun bruit. Compris ? »
J’échangeais un regard avec Marie, et elle semblait tout aussi paniquée que moi. La satyre
n’était pas très agréable, mais au moins son assurance avait le mérite de me rassurer, et elle
avait un plan… ce qui était mille fois mieux que ce que nous pourrions faire seule. Je hochais
la tête pour signifier mon accord en même temps que Marie.
« Bien. » La satyre relâcha enfin nos bras, et nous restâmes assises en silence jusqu’à ce que
la lune soit haute dans le ciel, et camouflée par quelques nuages.
La satyre se leva alors lentement, sans faire un bruit, et nous fit signe de la suivre. C’est ainsi
que, le plus silencieusement possible, nous nous retrouvâmes à quelques mètres du camp,
où la plupart des soldats dormaient autour des cages, pendant que certains montaient la
garde. De plus près, je pus me rendre compte que les soldats n’étaient pas exactement
humains non plus : de loin, on s’y tromperait, mais de plus près… tous étaient anormalement
trapus, plus grands que la moyenne, et surtout, n’avaient qu’un seul œil au milieu du front.
Une satyre, des cyclopes…. Je commençais presque à regretter de ne pas rester plus

longtemps pour découvrir toutes les créatures de ce monde, mais l’idée d’un roi souhaitant la
mort de mon espèce restait suffisamment dissuasive.
Perdue dans mes pensées, je n’avais même pas fait attention aux mouvements qui
m’entouraient, et une douce mélodie me rappela à la réalité. Sur ma gauche, je vis que la
satyre avait sorti une sorte de flûte étrange, à une seule embouchure mais deux becs, et en
jouait une mélodie grave et apaisante. Je retins un bâillement, et entendis Marie faire de
même. Puis un « poum » résonna. Les cyclopes qui montaient la garde venaient de
s’effondrer. La satyre nous adressa un clin d’œil, puis sautilla jusqu’à une tente richement
décorée, pour en ressortir quelques instants plus tard des clés à la main. Nous la vîmes ouvrir
les cages, et jouer un air plus aigu et guilleret qui réveilla les prisonniers. Le doigt sur les
lèvres, elle fit signe à tous de la suive, et nous retournâmes tous ensemble à l’orée de la forêt.
Le livre était toujours là, grand ouvert, sur l’herbe. Étrangement, aucune de nous n’avait pensé,
ou même suggéré, de l’emmener avec nous pour le garder en sureté, mais je ne m’étais pas
inquiétée un seul instant de le retrouver. Je regardais tout autour de moi, et vit que tout le
monde nous fixait, même les adultes semblait attendre quelque chose de nous. Pas un mot
n’avait été prononcé, mais en même temps, que dire face à l’absurdité des dernières heures ?
Je me raclais la gorge.
« Hrm, madame la satyre… merci pour votre aide. Vraiment. » Elle haussa les épaules « Bah,
je m’en serais voulue de ne rien faire, et le roi a déjà fait suffisamment de dégâts. C’est ma
petite participation à la rebellion. Mais maintenant dépêchez vous de partir avant qu’on ne
vous retrouve ! Je les ai libérés, j’ai rempli ma part du marché, à vous de disparaître ! » Sur
ces mots, elle s’enfuit à pleine vitesse (au galop ? ), et nous ne fûmes plus qu’une bande
d’humains, en cercle autour d’un livre, en pleine nuit. J’avais envie de croire que tout était
normal et que c’était simplement une sortie scolaire un peu étrange. Et j’aurais presque pu y
croire et chercher à aller me coucher, si des feuilles n'avaient commencées à tourbillonner.
Bientôt, tout le groupe fut entouré et je ne voyais plus que quelques visages apparaître et
disparaître au fil des mouvements du vent, accompagnés de hurlements. Puis, aussi
soudainement qu’elles étaient arrivées, les feuilles s’éloignèrent et disparurent, nous laissant
au milieu de la cour du collège, sous le soleil. Mais nous n’étions plus en cercle, chacun était
bien en ligne dans un rang. Pendant quelques secondes, personne ne dit rien. Puis le principal
émis une légère toux l’air de reprendre ses esprits. « Bien, bien. Comme vous le voyez, euh…
l’appel a été fait. Je vais vous demander de rejoindre vos classes calmement, en suivant vos
professeurs. » Il fit un geste vague de la main vers la zone où les enseignant.es se tenaient,
l’air tout aussi confus.es que lui, et s’aloigna en marmonnant quelque chose dans sa barbe.
Je me penchais vers Marie, qui se tenait toujours à côté de moi « tu crois qu’il a oublié ?
Enfin… tu t’en rappelles, toi, hein ? Du livre et de la satyre ? » Elle hocha doucement la tête.
« Je crois, oui… mais ça commence à devenir flou, peut-être qu’on n’est pas censé se rappeler
d’une telle chose. C’est tellement improbable, et puis qui le croirait ? » C’était mon tour de
hocher la tête « Oui, c’est peut-être mieux comme ça. Je suis contente d’être revenue sans
soucis, mais j’aurais tout de même voulu en découvrir plus sur ce monde. Si on retrouve le
livre…. On pourrait essayer de le lire ? En apprendre plus et y retourner ?
- Pourquoi pas ! C’est certainement une aventure plus amusante que la rentrée. »
Et sur ces belles paroles, la sonnerie signifiant le début de cette année retentit.

FIN


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