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STRATEGIE POUR LES SCIENCES,
LA TECHNOLOGIE ET
L’INNOVATION DANS LES PAYS
ISLAMIQUES

(Version revue)

Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture
-ISESCO- 1430H/2009

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Table des matières
Chapitre 1: Aperçu conceptuel sur les pays islamiques ...................

1.1. Le développement des sciences aux premiers
siècles de l'Islam .......................................................
1.2. La situation actuelle et la technologie moderne ........
1.3. Quelques considérations de base .............................

1.3(a) Introduction ......................................................
1.3(b) Indice de développement humain (IDH) ..........

1.4. La base agro-industrielle ou industrielle et l'éducation

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1.5. Les catégories générales des pays islamiques selon
leur développement scientifique et industriel .............

10

1.7. Quelques réflexions sur la coopération S&T ................

13

1.6. Actions éventuelles à entreprendre ............................

Chapitre 2 : Construction et promotion du capital humain dans
les pays islamiques .....................................................
2.1. Examen du rapport IDH ..............................................

2.2. Moyens permettant de développer le capital
humain dans les pays islamiques ...............................
2.3. Développement du capital humain dans les pays
axés sur l'agriculture ...................................................

2.4. La recherche et la technologie appliquée comme
outils de développement ..........................................

Chapitre 3 : L'état actuel des S&T dans les pays islamiques ............

3.1. Introduction ..............................................................

3.2. Les composantes S&T ..............................................

3.3. Étude comparative des ressources humaines S&T et
R&D ...........................................................................
3.4. Culture et environnement R&D .................................

3.5. La formation des ressources humaines S&T ..............
3.6. L'enseignement scientifique et technique ................
3.7. L'enseignement universitaire ....................................

3.8. L'enseignement S&T au profit des femmes ...............
3.9. La fuite des cerveaux ...............................................

3.10. Le transfert de la technologie et le développement

3.11. Centres d’excellence islamiques en sciences et
technologie .............................................................
3.12. Les domaines de coopération .................................

3.13. La Communauté économique islamique ................

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3.14. Modèles de développement économique axés sur
la S&T .......................................................................

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3.16. L'exode des cerveaux et les compétences expatriées

38

3.15. L'exemple de Singapour ...........................................
3.17. Conclusion ...............................................................

Chapitre 4 : Acquisition des capacités technologiques pour l'avenir .
4.1. Les capacités technologiques ................................

4.2. Obstacles à la construction des capacités
scientifiques et technologiques .................................
4.3. Quelques principes directeurs pour la construction
des capacités technologiques ..................................
4.4. L'enseignement et la recherche ...............................

4.5. Identification des technologies ................................

4.6. Initiatives pour la construction des capacités
technologiques .........................................................
4.7. Les secteurs de pointe ..............................................
4.8. Références ...............................................................

Chapitre 5 : AImplications politiques ………………………………........
5.1. Considérations de base ...........................................

5.2. Construction de la base éducationnelle ..................
5.3. Le développement technologique ..........................

5.4. Avant-projet d'un plan relatif à l'enseignement, à la
science et à la technologie .......................................
5.5. Schéma type d'un plan d'action pour les pays
islamiques ..................................................................
5.6. Quelques réflexions sur le développement de la
technologie dans les pays islamiques ........................

Chapitre 6 : Recommandations ………………………………...............

Annexes : ............................................................................................
Annexe 1 (a) : Note sur la biotechnologie ..........................
Annexe 1 (b) : Environnement et changements climatiques

Annexe 2 (a) : Les nanotechnologies .................................

Annexe 2 (b) : La mécatronique .........................................

Annexe 2 (c) : Le développement durable ........................

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CHAPITRE 1

APERÇU CONCEPTUEL SUR LES PAYS ISLAMIQUES

1.1. Le développement des sciences aux premiers siècles de l'Islam

Les contributions des Musulmans au développement de la science et de la
philosophie au cours des sept siècles allant de 700 à 1400 après J.C. sont attestées
par une multitude de sources (Qurashi 1993). De nombreux rapports ont analysé
l'élan qui a suscité l'impulsion des sciences islamiques. L'intensité de l'activité
intellectuelle pendant cette période était telle que, dans toutes les sciences, des
percées décisives étaient faites l'une à la suite de l'autre. Les noms des savants
musulmans suivants continueront à briller dans le firmament du savoir :
Astronomie

Abu Rihan Muhammad al-Biruni, Nasir al-Din al-Tusi, al-Kindi
(également en Métallurgie, Musique, Optique et Météorologie)

Mathématiques Muhammad al-Khawarizmi, Omar Khayyam (également en Poésie)
Médecine

Abu Ali al-Hussein Ibn Sina (Avicenne), Abu Bakr al-Razi (Rhazes).
(également en Théologie, Philosophie, Mathématiques, Chimie,
Astronomie). Haly Abbas, Ibn Roshd (Averroes)

Physique

Hassan Ibn al-Haytham, al-Biruni, Ibn Sina, al-Kindi

Les savants musulmans ont également excellé dans des disciplines telles que
l'Astronomie, l'Agriculture, la Médecine, l'Horticulture, l'Océanographie, la
Physique, les Mathématiques, la Chimie, etc. Ils avaient un savoir
multidisciplinaire, excellant en plusieurs domaines. À titre d'exemple, Abu Bakr
al-Razi a écrit 200 livres, dont cent en médecine. Omar Khayyam n'était pas
seulement un grand poète mais aussi un génie en mathématiques et en
philosophie. Al-Kindi, a écrit 265 livres en physique, en astronomie, en optique
et en musique. Le caractère interdisciplinaire de leur approche à la science
constituait ainsi l'un de leurs points forts.
Ceci est dû essentiellement au message dynamique contenu dans les
enseignements de l'Islam. Ce message a permis d'élargir la vision du monde,
d'éliminer les contradictions sociales et d'exhausser la conscience des gens, en
leur insufflant un nouveau motif d'accomplissement qui les incitent à percer les
mystères de la nature. Leur ascension était assortie d'une accumulation
immense de connaissances sans égale dans l'histoire du monde, y compris
chez les Grecs. Les méthodes critiques et analytiques déclenchées par
l'agglomération des forces intellectuelles ont catalysé encore plus ce processus
d'extension de la connaissance ; mais alors, c'était l'âge de la foi constante.
Ces maîtres de science et de philosophie ont forgé la renaissance du savoir,
permettant ainsi aux générations subséquentes de s'élever, en Europe et
ailleurs, à de nouveaux sommets d'excellence. Cependant, le pouvoir et
l'autorité exercés par les Musulmans pendant cette période ne s'inscrivent pas
moins dans cette base de connaissances étoffée par la foi dans les
enseignements du saint Coran et du Prophète (Paix sur lui). Mais dès lors que la
recherche et les inventions s'étaient arrêtées, que l'analyse et les études
critiques s'étaient affaiblies, le pouvoir s'était, à son tour, estompé.
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La critique d'Ibn Khaldoun est éloquente à plus d'un titre. L'érosion s'est
poursuivie. La chute économique a été précipitée par la colonisation des
territoires musulmans par les puissances occidentales. L'assise même
supportant la base des connaissances construite par les Musulmans est passée
à l'Occident. L'on ne s'est pas rendu compte, pendant longtemps, que la
science et la technologie sont les alliées du développement économique. La
persistance de la négligence continue de freiner le ‘vrai’ développement (le
développement humain) dans une société rongée par l'analphabétisme
scientifique.

1.2. La situation actuelle et la technologie moderne

L'émergence des nouvelles technologies (microélectronique, biotechnologie et
matériaux synthétiques) pose au monde musulman des défis encore plus
grands. La rapidité de leur propagation à travers la création de nouveaux
produits, procédés et services creuse encore davantage les "disparités
économiques" entre les pays avancés et les pays en développement consommateurs de technologie. De façon générale, les pays islamiques se
trouvent à l'extrémité de la chaîne de réception. Les pays sont prêts à apporter
leur assistance au processus de développement mais à un prix souvent
intolérable et à des conditions impliquant l'immixtion dans les affaires politiques.
L'on impose même des technologies incompatibles avec les circonstances
socioéconomiques, entraînant ainsi le délitement des valeurs et des traditions
de la société. D'où la nécessité pour chaque pays d'apporter des
changements et de mettre au point une stratégie de développement de
technologies adaptées au pays et à son application pour le développement
socioéconomique.

Aujourd'hui, et contrairement aux périodes antérieures d'industrialisation, il est
impossible de réduire à une simple relation linéaire automatique les méthodes
par lesquelles les changements économiques modifient les attitudes, les
institutions et les sociétés. Compte tenu de l'état actuel des progrès S&T dans
les pays islamiques, il convient de répartir ces derniers en trois catégories, à
savoir : (i) les pays ayant une base scientifique et industrielle appréciable ; (ii) les
pays ayant une base scientifique et industrielle acceptable ; et (iii) les pays
ayant à peine une base scientifique et industrielle. Or chacune de ces
catégories doit adopter une stratégie et une approche différente, chose qui
devra cependant se faire ultérieurement. Il faut, en effet, comprendre d'abord
que la technologie est un processus social parmi d'autres ; il ne s'agit donc pas
de placer le développement technologique d'un côté et le développement
social d'un autre, comme s'il était question de deux processus distincts. La
société est façonnée par les changements technologiques, lesquels
façonnent, à leur tour, la société (Solomon, 1984). Il est, par conséquent,
nécessaire que ce concept prédomine dans les plans de développement des
pays islamique.

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Dans les pays avancés, la propagation des nouvelles technologies est
dominée par le secteur des services, la très rapide croissance des activités liées
à l'information et les investissements à grande échelle dans le domaine de
l'éducation. Cet ensemble exige cependant beaucoup de capitaux. Mais l'on
se trouve devant un paradoxe dès lors qu'on prend en considération les besoins
fondamentaux des pays islamiques, à savoir, l'alimentation, l'abri, la santé et
l'éducation. Or c'est dans ces secteurs que ces pays doivent, en priorité,

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canaliser à la fois leurs investissements, leurs efforts et leurs ressources.
L'extension rapide des nouvelles technologies n'apporte pas, à elle seule, un
changement social rapide. D'autres facteurs sont impliqués, qu'il faut
considérer dans le contexte des politiques économiques, sociales et
éducationnelles, ainsi que dans celui des coutumes de la vie quotidienne et
des valeurs et traditions de la société.
Depuis la seconde moitié du vingtième siècle, nous nous trouvons confrontés à
un nouveau paradigme technico-économique dont les composants sont à la
fois imbriqués et interdépendants. En effet, si les premières innovations
technologiques procédaient de connaissances généralement disponibles,
aujourd'hui ce sont les innovations basées dans une grande mesure sur des
sciences très sophistiquées qui définissent le nouveau système technologique.
Comparés aux précédents systèmes technologiques, le nouveau système se
caractérise essentiellement par les éléments distinctifs suivants : une grande
complexité de conception, des liens étroits avec les institutions scientifiques,
une demande intensive de capitaux, des lieux de production plus diversifiés,
une plus grande flexibilité d'application et d'utilisation, et une réalisation plus
rapide du développement global et des marchés mondiaux. Cette vision
mondiale des nouveaux systèmes technologiques sera élaborée plus en
profondeur dans les chapitres qui suivent. Il faut cependant comprendre que
les pays islamiques soucieux d'adopter cette nouvelle technologie devront
construire, chacun à sa façon, un capital intellectuel considérable qui répond
à leurs contextes respectifs. Cet objectif ne peut, cependant, être atteint que
par le biais des domaines suivants : (a) des ressources substantielles en
capitaux, (b) un lien étroit entre la science et la technologie et, partant, entre
les universités et l'industrie, et (c) un groupe considérable d'experts, d'ingénieurs
et de techniciens hautement qualifiés. Or la plupart des pays islamiques
souffrent de déficiences dans ces domaines, auxquels il faut nécessairement
remédier.

Les pays islamiques disposent de gigantesques ressources naturelles et
humaines qui peuvent profiter substantiellement au développement humain
(pour peu qu'elles soient judicieusement exploitées avec l'aide des ressources
scientifiques et technologiques). Les Nouvelles économies industrialisées (NEI)
l'ont clairement démontré au cours de la dernière décennie. Parmi les pays
islamiques, la Malaisie en est le parfait exemple. Ce pays a choisi prudemment
d'exploiter les industries en aval et réaliser un niveau de conception, de
développement et d'innovation qui a apporté d'immenses avantages
économiques, en dépit d'une base scientifique et technologique relativement
faible. Il existe d'autres modèles de développement parmi les NEI susceptibles
de fournir une variété d'options pour les pays islamiques dans les différentes
phases de développement de leurs ressources humaines. Le présent
document compte, entre autres, examiner ces options et alternatives pour
l'usage général des décideurs dans les pays islamiques.

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Food Grain

Palm Oil

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Cotton

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Sugar

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Jute

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Natural Gas

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Crude Oil

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Fig. 1.1 Production des matières premières dans les pays islamiques

1.3. Quelques considérations de base
1.3/a) Introduction :

Le monde islamique, dont la population comprend plus de 25% de l'ensemble de la
population mondiale, s'étend de l'Indonésie au Maroc et de la Turquie au Togo. Des
57 Etats indépendants dont il se compose, 21 pays sont les producteurs de quelque
60% du pétrole brut mondial, soit environ 70% du commerce mondial du pétrole (voir
Fig. 1.1). Les pays islamiques produisent, par ailleurs, 37% du gaz naturel, 80% du jute,
70% du caoutchouc naturel, 75% de l'huile de palme, 25% du blé, 13% de coton et
10% de canne à sucre, et ce, de la production mondiale totale. Il est, en outre, des
pays musulmans en Afrique qui sont riches en aluminium, en cuivre, en étain, en
plomb, en zinc et en phosphates. Et malgré la richesse de leurs ressources naturelles,
bon nombre de pays souffrent de la pauvreté, des maladies et de l'analphabétisme,
et son scientifiquement et technologiquement sous-développés.

Des millions de personnes dans les pays islamiques sont absolument pauvres, avec
un revenu de 1 dollar US, voire moins, par personne et par jour, alors que les quelques
riches dépensent jusqu'à 600 $US par jour. Environ 500 millions de personnes vivant
actuellement dans ces pays souffrent de malnutrition et de maladies chroniques,
avec l'hygiène de base qui fait défaut aux trois cinquièmes. Le quart n'a pas accès
à un logement salubre. Quelque deux cinquièmes des enfants scolarisés ne
dépassent guère la cinquième classe élémentaire. Chaque année, la population
mondiale s'accroît d'environ 90 millions de personnes, en majorité dans les pays
musulmans ; il n'y a pas suffisamment d'aliments pour les nourrir car la productivité
agricole par unité est anormalement basse, d'autant que les changements
climatiques transforment ces pays en zones de déficit vivrier, voire de famine.
Le PIB total de ces 57 pays réunis se chiffre à seulement 2446 milliards $US environ, ce
qui est inférieur à celui d'un seul des pays européens technologiquement avancés
(l'Allemagne, par exemple) et le tiers du Japon. Le Rapport mondial sur le
Développement humain 2007/2008 du PNUD souligne l'indice de développement
humain et les positions respectives des pays islamiques tels qu'ils sont résumés ci-après.
1.3/b) Indice de développement humain (IDH) :

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L'indice de développement humain évalue le progrès moyen enregistré par un
pays en matière de développement humain. Sur les 177 pays enquêtés par le
PNUD en 2007-2008 au titre de l'Indice de développement humain (IDH), on

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dénombre 70 pays ayant un IDH élevé variant entre 0,968 et 0,800. Ce
classement ne comprend que dix pays musulmans. Le deuxième groupe,
intitulé développement humain moyen, compte 85 pays avec un IDH variant
entre 0,798 et 0,502, dont 37 pays musulmans. Quant au groupe à faible
indice de développement humain, dont les valeurs se situent entre 0,499 et
0,336, il comprend 22 pays, dont pas moins de 10 pays islamiques.

Une analyse plus approfondie de ces données montre que l'espérance de vie à
la naissance, dans les pays islamiques, varie de 78,3 aux Émirats Arabes Unis à
41,2 au Sierra Leone ; le taux d'alphabétisation des adultes varie entre 99,3% en
Ouzbékistan et 23,6% au Burkina Faso ; le PIB par habitant passe de 28.161 $US à
Brunei Darussalam à aussi bas que 806 $US au Sierra Leone. Quant à l'indice
d'éducation, il s'élève à 0,973 au Kazakhstan et 0,917 au Kirghizstan, pour
descendre jusqu'à 0,255 et 0,267 respectivement au Burkina Faso et au Niger. Ces
détails reflètent la grande possibilité d'améliorer le niveau de vie des populations
vivant dans les pays islamiques grâce à l'application soutenue et à long terme de
la science et de la technologie à des fins de développement économique.

1.4 La base agro-industrielle ou industrielle et l'éducation

L'état des lieux S&T en bref : les pays islamiques dépensent 0,1 à 0,7% de leur
PIB sur la Science et la Technologie, alors que les pays technologiquement
avancées consacrent 2 à 3% de leur PIB, qui est beaucoup plus grand. (A titre
de comparaison, la France et l'Allemagne dépensent 2,18%). En outre,
- Les pays islamiques possèdent 8,5 savants, ingénieurs et techniciens
pour mille habitants, comparés à la moyenne mondiale de 40,7 et celle
de 139,3 pour les pays de l'OCDE ;

- En matière de littérature scientifique, la contribution réunie des 57 pays
islamiques est égale à 1,17% de la production mondiale, comparée à
1,66% pour l'Inde et à 1,48% pour l'Espagne. Il convient de noter que la
production annuelle des pays islamiques, dans leur ensemble, ne
dépasse pas les cinq documents, voire moins ;
- Il existe, dans tous les pays islamiques, très peu d'écoles, de facultés et
d'universités techniques, et c'est à peine s'ils possèdent quelques centres
de recherche de niveau international ;
- Le manque d'opportunités pour l'établissement de leadership S&T et pour
la détermination des stratégies de planification ne permet pas, en raison
du vide qu'il suscite, de constituer des centres décisionnaires pour la
mise en place de politiques nationales et d'une politique multinationale
couvrant le monde islamique dans son ensemble ;
- La majorité des pays islamiques perdent rapidement leur avantage
comparatif traditionnel, favorisé par la disponibilité des ressources
naturelles et d’une main d'œuvre bon marché ;

- Le manque d'intérêt des instances politiques pour la science et la
promotion du système éducationnel ; l'inadaptation des infrastructures
R&D et des services de soutien ; et, surtout, l'absence de recherche et
d'activités scientifiques sont autant de facteurs qui sont responsables de
la faible performance du secteur S&T dans leur processus de
développement.

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1.5. Les catégories générales des pays islamiques selon leur
développement scientifique et industriel

D'après le Rapport 2007-2008 du PNUD sur le Développement humain, le
Rapport 2005 de l'UNESCO sur les Sciences, l’étude de cas présentée par
l’ISESCO (2006) et la publication du COMSTECH sur l'état des lieux de la
recherche scientifique dans les Etats membres de l'OCI (2005), les pays
islamiques se répartissent en trois catégories générales sur la base de leur
développement scientifique et industriel. Il s'agit d'un classement général qui
permet d'étudier plus en détail la situation S&T dans les pays islamiques :
i) Les pays ayant une base scientifique et industrielle appréciable, à savoir :
Azerbaïdjan, Egypte, Indonésie, Iran, Jordanie, Kazakhstan, Koweït,
Malaisie, Turquie et Ouzbékistan ;

ii) Les pays ayant une base scientifique et industrielle acceptable, à savoir :
Algérie, Bahreïn, Bangladesh, Kirghizstan, Liban, Libye, Maroc, Nigeria,
Oman, Pakistan, Qatar, Sénégal, Soudan, Syrie, Arabie Saoudite, Tunisie,
Émirats Arabes Unis, Ouganda et Yémen ;

iii) Les pays ayant à peine une base scientifique et industrielle, à savoir :
Afghanistan, Albanie, Bénin, Brunei Darussalam, Burkina Faso, Cameroun,
Tchad, Comores, Côte d'Ivoire, Djibouti, Gabon, Gambie, Guinée,
Guinée Bissau, Guyane, Irak, Maldives, Mali, Mauritanie, Mozambique,
Niger, Sierra Leone, Somalie, Suriname, Tadjikistan, Togo et Turkménistan.

Ainsi, presque la moitié des pays islamiques s'insèrent actuellement dans la
troisième catégorie.

1.6. Actions éventuelles à entreprendre

a) Pays ayant une base scientifique et industrielle appréciable

La majorité de ces pays bénéficient de politiques S&T nationales ainsi que d'une
commission/instance nationale de supervision et de révision de la mise en
œuvre. Ils disposent d'universités et d'institutions S&T bien établies, dont
quelques unes de réputation mondiale. Ces pays dépensent entre 0,1 et 0,7
pour cent de leur PIB sur les activités de recherche et de développement.
L'établissement de projets communs avec les multinationales est profitable
pour la mise en place d'industries de consommation, au détriment des
industries high-tech. L'on constate, par ailleurs, que l'intérêt accordé à la
recherche fondamentale s'amoindrit avec le succès des réalisations
industrielles. Ces pays progressent en s'appuyant sur l'industrie, associée à
l'utilisation efficace des matières premières et de la main d'œuvre technique.
Les ressources naturelles disponibles doivent être utilisées efficacement, tout en
assurant la formation de la main d'œuvre qualifié afin qu'elle soit à même de
concurrencer les pays nouvellement industrialisés. Les actions suivantes doivent
être entreprises dans ce sens :
i) Acquérir des capacités mondiales dans le domaine de la recherche
scientifique et technique ;

ii) Doubler les allocations publiques et privées affectées aux sciences ;

iii) Mettre l'accent sur la recherche fondamentale et la recherche sur les
matériaux ;

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iv) Imposer des critères de qualité et de productivité aux processus industriels ;

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v) Accorder davantage d'aide aux universités, tant pour les bourses d'études
que pour les installations de recherche ;
vi) Assurer un meilleur financement et une meilleure coordination de l'action
des institutions de recherche et agences de développement ;

vii) Encourager l'intérêt et le soutien publics aux initiatives nationales en matière
de sciences et de technologies.

b) Pays ayant une base scientifique et industrielle acceptable

Ces pays ont mis en place des institutions éducatives, des instituts de recherche
et des industries appropriées basées sur les matières premières locales et
importées. Mais ceux-ci fonctionnent en solitaires et sont très influencés par la
situation géopolitique et les interventions nationales. À titre d'exemple, le
Pakistan possède 111 universités et institutions décernant des diplômes, mais
aucune ne figure parmi les universités hautement productives de la région. La
plupart des activités R&D se concentrent sur des travaux routiniers et les résultats
de la recherche sont rarement appliqués à l'industrie. Plus encore, il n'existe pas
de coordination effective entre l'université, les instituts de recherche et l'industrie,
favorisant ainsi le déséquilibre commercial, l'importation répétitive des
technologies et des équipements tout en dépendant lourdement des matières
premières importées pour le fonctionnement des industries agrochimiques,
textiles, sidérurgiques et pharmaceutiques. Et bien que le Pakistan ait approuvé
en 1984 une Politique nationale pour les sciences et la technologie, les
politiques subséquentes relatives à la technologie et aux TI en vigueur n’ont pas
un effet significatif sur l'industrie. En outre, la base scientifique et industrielle doit
être renforcée, avec la collaboration des industries locales, et ce, afin
d'accélérer la production de produits de qualité qui soient compétitifs sur le
marché international et de réduire les déséquilibres commerciaux. Les
propositions soumises ci-après doivent être prises en considération :

i) Renforcer les capacités nationales en matière de formation, de mise en
œuvre et de révision des politiques et plans relatifs aux activités S&T
nationales ;

ii) Accroître le pourcentage du budget affecté aux besoins de la recherche
fondamentale. Les pays industrialisés et nouvellement industrialisés
consacrent 12 à 25% du budget R&D à la recherche fondamentale ;

iii) Examiner le système actuel de transfert de la technologie afin de faciliter
et de favoriser l'acquisition et l’assimilation de la technologie moderne par
l'industrie ;

iv) Mettre au point des programmes de bourses permettant de perfectionner
les qualifications des enseignants universitaires et des chercheurs, et ce,
afin d'atteindre les objectifs nationaux et d'améliorer le niveau de vie des
habitants.

c) Pays ayant à peine une base scientifique et industrielle

Ces pays s'appuient, pour leur subsistance, principalement sur l'agriculture ou la
sylviculture, et toute calamité naturelle conduit une grande masse de la
population à la famine et à l'émigration vers d'autres pays. Les populations
souffrent de la malnutrition, des maladies et de l'analphabétisme. L'aide
étrangère fournie ne bénéficie qu’à certains, et les équipements sociaux de
base et installations éducatives font défaut dans ces pays. Il existe peu
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d'écoles, d'universités et d'instituts techniques, lesquels sont dotés d'un nombre
insuffisant d'enseignants qualifiés et de laboratoires mal équipés. Les actions
suivantes sont nécessaires :

i) Mettre tout en œuvre pour collecter, de façon régulière, les données qui
peuvent servir à une planification future fondée sur des bases
scientifiques ;

ii) Identifier les domaines prioritaires du secteur agricole et utiliser des
produits agricoles pour le développement des industries axées sur
l'agriculture ;

iii) Accroître la base R&D agricole, d'une part pour pratiquer la culture
d'autres produits vivriers, au lieu de se concentrer sur la production d'une
culture unique, et d'autre part, pour favoriser la recherche adaptive et les
services de sensibilisation ;

iv) Compte tenu du fait que plus de 80 pour cent de la population vit dans
les zones rurales, il est indispensable d'établir des programmes intégrés
qui prennent en considération la situation socioéconomique et l'éthique
religieuse tout autant que la science moderne et les questions
d'ingénierie ;
v) Sauvegarder et protéger les droits nationaux des pays ainsi que les
juridictions nationales concernant la diversité biologique et le savoir
traditionnel, en particulier vis-à-vis des multinationales et des entreprises
grainetières ;

vi) Conclure des accords bilatéraux avec d'autres pays islamiques pour la
formation de la main d'œuvre, l'échange d'information et l'utilisation des
connaissances et matériaux actuels ;

vii) Établir un cadre pour la conception, l'exécution et l'évaluation des
projets de création d'instituts, en fonction du potentiel et de l'expertise
nationaux.

De tous les pays islamiques, seuls dix pays s'insèrent dans la catégorie du
développement élevé, les 47 autres pays appartenant, de façon générale, aux
catégories du développement moyen et faible (Chapitre 3 du présent
document). Le développement élevé de certains pays islamiques n'implique pas
nécessairement, cependant, que ces pays possèdent une infrastructure S&T
adéquatement développée. Pas plus qu'il ne signifie d'ailleurs qu'ils sont des
producteurs de processus et de produits reposant sur les nouvelles technologies.
Ils ne sont, en réalité, que les consommateurs de produits et de procédés de
haute technologie. Et en dépit d'un IDH élevé et d'indicateurs économiques
enviables, surtout en termes de PIB par habitant, il reste à mettre en place une
infrastructure S&T de niveau acceptable. Or dans la plupart des pays islamiques
en développement, l'infrastructure S&T exige des améliorations radicales, et ces
modifications sont freinées par la modicité des ressources financières. Les trois
catégories nécessitent un plan différent pour le développement économique,
compatible avec les mutations technologiques. Il existe dans ces pays, à ne pas
douter, une forte volonté de changement technologique.

12

Compte tenu de cette situation, et du fait que plus de la moitié des pays
islamiques possèdent à peine une base scientifique et industrielle, l'on propose
que les pays ayant des universités et instituts R&D conviennent d'aider des
nations sous-développées à améliorer leurs capacités S&T. Les pays de la

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première catégorie peuvent offrir des bourses universitaires et post-universitaires
en priorité aux étudiants des pays de la troisième catégorie. Ils peuvent, en
outre, fournir le savoir-faire nécessaire à la mise au point d'une politique
nationale en matière de science et de technologie ainsi que d'un plan d'action
pour sa mise en œuvre.

1.7 Quelques réflexions sur la coopération S&T

Les pays islamiques peuvent réaliser leur développement futur en S&T à travers
la coopération bilatérale et multilatérale. À cet égard, les différents organes de
l'OCI, l'Organisation islamique pour l'Éducation, les Sciences et la Culture
(ISESCO), la Banque islamique de Développement (BID), le Comité permanent
de l'OCI pour la coopération scientifique et technologique (COMSTECH) et
d'autres organisations subsidiaires de l'OCI peuvent assumer un rôle très positif,
dans la mesure où les Etats membres de l'OCI conjuguent leurs efforts pour
soutenir et consolider leurs initiatives.
Le présent document s'efforce délibérément de mettre l'accent à la fois sur le
présent et sur le futur afin de maintenir le caractère précis et succinct de son
contenu. Une attention moindre a été sciemment accordée à la technologie
classique afin que les pays islamiques ne perdent pas un temps inutile à
"réinventer la roue", et nous gardons l'espoir que les nouvelles capacités
technologiques leur permettront d'adapter et d'utiliser les nouveaux systèmes
technologiques afin d'accélérer la croissance dans les secteurs économiques
et sociaux. Il existe, en effet, un potentiel pour impulser la croissance
technologique simultanément en amont et en aval, mais celui-ci demeure
tributaire de l'identification de marchés à créneaux, de la disponibilité des
ressources financières et la volonté d'aboutir au ratio recommandé par millier
de population active dans le domaine S&T (voir Chapitre 3).

De ce qui précède on peut essentiellement conclure que : (a) la science, la
technologie, le capital intellectuel et l'innovation sont historiquement présents
chez les peuples des pays islamiques ; (b) le processus de développement
intellectuel qui a impulsé la "science de haut niveau" entre les 7ème et 14ème
siècles de l'ère chrétienne est le résultat d'une prise de conscience
transcendante d'hommes de foi qui les incita à atteindre l’excellence. Le
pouvoir devenait, ce faisant, l'allié naturel de ces éléments. La chute de ce
sommet constitue une perte de ces capacités, et (c) nous devons désormais
redévelopper ces capacités tout en les conjuguant.

Les nouvelles technologies, leur diffusion rapide et l'utilisation des produits et
procédés qui en découlent grâce à l'investissement intensifié dans l'éducation,
associées à l'élimination des barrières commerciales, peuvent donner aux pays
en développement un avantage économique sans précédent. Les pays
islamiques, consommateurs de la nouvelle technologie, sont confrontés à un
défi certes élevé, mais pas insurmontable, pour peu qu'ils mettent en place un
programme réalisable fondé sur le principe que le changement technologique
est un auxiliaire du développement socioéconomique. Les ressources naturelles
sont sans conteste très nombreuses (Chapitre 2). Dans ce contexte, une
initiative intégrée et conjointe de l'ISESCO, de la BID et du COMSTECH peut servir
d'avant-projet pour ce changement.

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13

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Page 14

Références

1. Daghestani, F.A. (1996). Future of the transfer of science and technology
in the Muslim world. A document présenté à la 21st Century Studies: Islamic
Ummah 2025, Kuala Lumpur, Malaisie.

2. Qureshi, M.M. (1993). State of S&T Manpower of the Muslim World from 2nd
to 12th century Hijra. Islamic Thought and Scientific Creativity, Vol. 4, N°: 2.
3. Solomon, Bayet (1984), Modern Science and Co-existence of Nationalities.
Biogènes (Paris)
4. Rapport du Développement humain - 2007/2008, PNUD
5. Rapport des Sciences de l'UNESCO 2005

6. Etude comparée sur l’état des sciences et de la technologie dans les
pays islamiques (2006)

7. État de la recherche scientifique dans les Etats membres de l'OCI,
COMSTECH, 2005

14

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CHAPITRE 2

CONSTRUCTION ET PROMOTION DU CAPITAL
HUMAIN DANS LES PAYS ISLAMIQUES

2.1. Examen du rapport IDH :

Dans un monde où les changements structurels se succèdent à un rythme
accéléré, il est incontestable que le développement du capital humain (en ce qui
concerne la promotion et la multiplication du potentiel et des capacités humaines)
revêt une importance capitale pour la croissance économique d'une nation. A titre
d'exemple, les canaux traditionnels générateurs de croissance et de richesse sont
passés du produit à la connaissance, du tangible à l'intangible et, partant, la terre,
la main d'œuvre et le capital ont été remplacés par le savoir, la technologie et
l'innovation. Aussi, pour atteindre le développement socioéconomique durable
dans le monde contemporain, les nations doivent-elles disposer des moyens leur
permettant d'exploiter la connaissance actuelle ; de créer et d'innover les nouvelles
technologies ; et d'utiliser des technologies productives et rentables, telles que les
technologies de l'information et de la communication (TIC).
Mais pour que la science, la technologie et l'innovation contribuent efficacement
au développement durable, les pays doivent posséder les compétences et
l'expertise scientifiques de base. On attribue le succès économique des pays
avancés, en grande partie, aux investissements durables réalisés par ces pays pour
construire et renforcer leurs capacités éducatives, scientifiques et technologiques
(S&T). Cette capacité demeure, néanmoins, tributaire de la quantité et de la qualité
du capital humain disponible dans un pays. Or le capital humain se compose, tout
à la fois; du savoir, du potentiel, du moteur, des aptitudes et de tous les autres
attributs essentiels innés à l'individu. Ainsi, les principales conditions qu'il faut
obligatoirement satisfaire pour relever les défis du XXI° siècle sont-elles intrinsèques
au développement du capital humain ; en d'autres termes, le renforcement
continu des connaissances, des compétences et des valeurs d'un peuple.
D'après le Rapport du Développement humain 2007-2008 du PNUD, les pays de la
planète ont été classés selon trois niveaux de développement humain, à savoir :
• Un développement humain élevé

• Un développement humain moyen
• Un développement humain faible

Dans les pays islamiques, seuls dix pays se classent parmi les pays ayant un
‘développement humain élevé’ (IDH supérieur ou égal à 0,800). Ces pays
comprennent : Brunei Darussalam, Koweït, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis,
Jamahiriya arabe libyenne, Oman, Arabie saoudite, Malaisie et BosnieHerzégovine. Dans la plupart de ces pays, le développement humain élevé est
atteint essentiellement grâce à l’abondance des ressources naturelles, telles
que le pétrole et le gaz, qui leur ont permis d’investir fortement dans le secteur
social et rehausser la qualité de vie de leurs populations. Or ces pays disposent
de très peu d’infrastructures S&T. Même les universités et les instituts de
recherche ne peuvent prétendre à l’excellence, comme dans d’autres pays à
développement humain élevé. Ils sont, par contre, de grands consommateurs
de technologie d’emprunt, qu’ils sont en mesure d’acquérir, même à prix élevé.
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La situation n’est pas tellement différente pour les pays islamiques classés dans la
catégorie du ‘développement humain moyen’, et qui sont au nombre de 24 pays.
Le Kazakhstan, la Turquie, la Jordanie, le Liban, l’Iran, le Pakistan, la Tunisie, l’Algérie,
l’Indonésie, l’Egypte et le Maroc s’insèrent dans cette catégorie. Les données
relatives à l’IDH de l’ensemble des pays islamiques figurent au Tableau 2.1 cidessous.

La majorité des pays islamiques a été classée dans la catégorie de
‘développement humain faible’ (IDH inférieur à 0,500). Le développement
économique étant en partie lié au développement humain, ce classement
dénote un faible développement économique et une infrastructure S&T
marginalement développée. La plupart des pays africains appartiennent à ce
groupe (Tableau 2.1), ce qui atteste clairement d’un manque de volonté politique
et de détermination à améliorer ou à renforcer leur capital humain, ou encore à
promouvoir les S&T afin de favoriser un développement axé sur la science. Ces
pays doivent fournir un effort énergique et sincère afin d’améliorer cette situation.
Les pays des catégories à développement humain moyen et faible ont un long
chemin à parcourir avant d’atteindre la moyenne mondiale. Les données du
Tableau 2.2 font apparaître cependant que la situation économique des pays
islamiques à faible développement humain d’Asie, du Moyen Orient et d’Afrique
ne peut pas permettre à ces pays d’investir dans le développement humain (voir
également le Tableau 1 en annexe). Le groupe des pays islamiques africains est
parmi le plus démuni, comme le décrit le Rapport du Développement Humain
2007 sur la base de l’Indice de pauvreté humaine (IPH).

2.2. Moyens permettant de développer le capital humain dans les
pays islamiques

La faible priorité accordée au développement du capital humain (compétences
et capacités humaines) est le principal facteur qui entrave le développement de
la plupart des pays islamiques. Or bien que certains pays du monde islamique se
classent parmi les nations les plus riches de la terre, la pauvreté et
l’analphabétisme continuent de sévir dans bon nombre de pays islamiques, les
contraignant ainsi à dépendre de l’aide étrangère. À cela s’ajoutent les problèmes
politiques, économiques et sociaux, qui viennent compliquer encore davantage
cette situation. Ceci explique pourquoi la majorité des pays musulmans restent à
la traine sur le plan technologique, investissant peu dans l’éducation, en particulier
dans le domaine de la science et de la technologie.
Bien que l’on admette dans certains cas la nécessité de développer le capital
humain, l’absence de méthodes et de politiques appropriées freine toute action
permettant le développement des ressources humaines. Il est en effet un besoin
impérieux d’établir, dans ce marché mondial hautement compétitif, des stratégies
appropriées pour le développement du capital humain. Et quels que soient les
détails, il est généralement admis que, pour progresser réellement, ces politiques
doivent être fondées sur trois principes : "la foi, les valeurs et les objectifs".

2.3. Développement du capital humain dans les pays axés sur
l'agriculture

20

Comme l'indique le Tableau 2.2, l'Indicateur de pauvreté humaine (IPH) est de
44,38% pour l'Afrique, 20,34% pour l'Asie et d'environ 20,33% pour les Etats arabes.
Ces données ont une certaine corrélation avec l'IDH et le PIB par habitant. Pour les

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pays africains, il s'agit d'indicateurs décourageants pour la croissance S&T. En
réalité, l'un conduit à l'autre, et inversement. Il y a de bonnes raisons de croire,
comme on le verra dans les chapitres qui suivent, qu'un investissement judicieux
en matière de main d'?uvre S&T et R&D peut conduire à une croissance
économique rapide et, par voie de conséquence, au développement humain.
Dans les pays islamiques, et en dehors des pays pétroliers nantis, d'autres
indicateurs économiques révèlent une déficience générale des taux relatifs à la
santé, à l'éducation et à l'alphabétisation, ainsi qu'au développement des
femmes. Ces déséquilibres se reflètent dans le faible développement humain des
pays africains et d'un certain nombre de pays asiatiques. Mais en dépit des
diverses indications négatives, il est des choix qui s'offrent néanmoins aux pays
islamiques pour accélérer le processus de développement économique. Le
Tableau 2.3 présente des données sur les vastes ressources naturelles de terres
arables et de terres irrigables, ainsi que du pourcentage de leur utilisation
productive. Les pays islamiques africains, par exemple, possèdent des terrains
d'une superficie de 840 millions d'hectares dont seulement 14,35% (2003), soit
3,5% du total, servent à la production agricole. Dans l'ensemble, la contribution de
l'agriculture au revenu national dans ces pays est de l'ordre de 36,37% (2005). Il
s'agit là d'un taux significatif du PIB de ces pays, et l'application des
biotechnologies de l'agriculture et des programmes alimentaires leur permettra
d'obtenir de meilleurs résultats.

2.4. La recherche et la technologie appliquées comme outils de
développement

Cet aspect, ainsi que d'autres alternatives, sera traité au Chapitre 5. Pour ces pays
islamiques, les impératifs sont évidents, à savoir, la planification économique pour
le développement, associées à l'avancement technologique dans ces zones "à
créneaux" pertinents aux (a) domaines de besoins alimentaires de base
(biotechnologie), soins de santé, etc., et (b) au secteur de production industrielle,
de préférence dans le secteur en aval, qui leur permettra de promouvoir leur
capacité technologique.

Ce faisant, il faut procéder à l'identification et au développement des éléments
essentiels à la recherche appliquée, soit de façon endogène ou en
collaboration avec les pays islamiques frères, afin d'optimiser au maximum
l'utilisation économique des ressources naturelles. Les ressources naturelles
actuelles des pays islamiques sont abondantes. S'agissant des pays pétroliers
riches, il faut reconsidérer l'investissement destiné à la recherche S&T en matière
d'énergie, la R&D relatif à la défense, voire à certaines nouvelles technologies.
Ces questions sont traitées plus loin.

Références :

1. Rapport du Développement humain, PNUD, 2007 / 2008

2. http://www.studentsoftheworld.info/infopays/rank/PNB1.html

3. www.sesrtcic.org (Rapports spéciaux sur des indicateurs choisis)

N.B : Les plus récentes données datent de 2002.

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2. chapitre 1-2

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Tableau 2.1. Valeurs de l'Indice de développement humain (IDH) et classement
IDH des pays islamiques
Pays
Pays africains
Bénin
Burkina Faso
Cameroun
Tchad
Comores
Gabon
Gambie
Guinée
Guinée Bissau
Mali
Mozambique
Niger
Nigeria
Sénégal
Sierra leone
Ouganda
Zanzibar(1)
Pays arabes
Algérie
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Irak
Jordan
Kuwaït
Liban
Libye
Mauritanie
Maroc
Oman
Palestine
Qatar
Arabie saoudite
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Emirats arabes unis
Yémen
Moyenne

22

Classement
IDH
1997
155
171
134
162
139
124
163
161
168
166
169
173
146
153
174
158
156

109
37
157
120
125
94
35
69
65
149
126
89
41
78
142
111
102
43
148

Valeur IDH
1997
0,421
0,304
0,536
0,393
0,506
0,607
0,391
0,398
0,343
0,375
0,341
0,298
0,450
0,426
0,254
0,404
0,421

0,665
0,832
0,412
0,616
0,586
0,715
0,833
0,749
0,756
0,447
0,582
0,725
0,814
0,740
0,475
0,663
0,695
0,812
0,449

Classement
IDH
2005
163
176
144
170
134
119
155
160
175
173
172
174
158
156
177
154

Valeur IDH
2005
0,437
0,370
0,532
0,388
0,561
0,677
0,502
0,456
0,374
0,380
0,384
0,374
0,470
0,499
0,336
0,505
0,453

104
41
149
112
86
33
88
56
137
126
58
106
35
61

0,733
0,866
0,516
0,708
0,773
0,891
0,772
0,818
0,550
0,646
0,814
0,731
0,875
0,812

147
108
91
39
153

0,526
0,724
0,766
0,868
0,508

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Pays asiatiques
Afghanistan
Azerbaïdjan
Bangladesh
Brunei Darussalam
Indonésie
Iran
Kazakhstan
Kirghizstan
Malaysia
Maldives
Pakistan
Tadjikistan
Turquie
Turkménistan
Ouzbékistan

103
150
25
105
95
76
97
56
93
138
108
86
96
92

0,695
0,440
0,878
0,681
0,715
0,740
0,702
0,768
0,716
0,508
0,665
0,728
0,712
0,720

98
140
30
107
94
73
116
63
100
136
122
84
109
113

0,746
0,547
0,894
0,728
0,759
0,794
0,696
0,811
0,741
0,551
0,673
0,775
0,713
0,702

Données manquantes : 1. Zanzibar(1), 2. Palestine, 3. Somalie, 4. Afghanistan,
5. Iraq.
Tableau 2.2. Population, Produit intérieur brut (PIB) et Indice de pauvreté
humaine (IPH) des pays islamiques - 2005.
Pays

Population (en
millions) 2005

Pays africains

Classement

Valeur

Bénin
Burkina Faso
Cameroun
Tchad
Comores
Gabon
Gambie
Guinée
Guinée Bissau
Mali
Mozambique
Niger
Nigeria
Sénégal
Sierra leone
Ouganda
Zanzibar(1)
Moyenne

163
176
144
170
134
119
155
160
175
173
172
174
158
156
177
154
-

8,5
13,9
17,8
10,1
0,8
1,3
1,6
9,0
1,6
11,6
20,5
13,3
141,4
11,8
5,6
28,9
-

Indice de pauvreté
humaine (IPH-1)
Classement Valeur en %

100
106
64
108
61
49
94
103
99
107
101
104
80
97
102
72
-

Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

47,6
55,8
31,8
56,9
31,3
20,4
40,9
52,3
44,8
56,4
50,6
54,7
37,3
42,9
51,7
34,7
44,38

Produit intérieur brut
(PIB)
$US
(Milliards)

Par habitant
(US$)

155
171
134
162
139
124
163
161
168
166
169
173
146
153
174
158
156

0,421
0,304
0,536
0,393
0,506
0,607
0,391
0,398
0,343
0,375
0,341
0,298
0,450
0,426
0,254
0,404
0,421

23

2. chapitre 1-2

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Pays arabes

Algérie
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Irak
Jordan
Kuwaït
Liban
Libye
Mauritanie
Maroc
Oman
Palestine
Qatar
Arabie saoudite
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Emirats arabes
unis
Yémen
Moyenne

104
41
149
112
86
33
88
56
137
126
58
106
35
61
147
108
91
39

32,9
0,7
0,8
72,8
5,5
2,7
4,0
5,9
3,0
30,5
2,5
3,8
0,8
23,6
36,9
18,9
10,1
4,1

51
59
48
11
18
87
68
9
13
69
31
45
17

21,5
28,5
20
6,9
8,5
39,2
33,4
6,6
7,8
34,4
13,6
17,9
8,4

153

21,1

82

98
140
30

8,4
153,3
0,4

107
94
73
116
63
100
136
122
84
109
113

226,169,4
15,2
5,2
25,7
0,3
158,1
6,6
73,0
4,8
26,6

89,6
10,3
81
92,9
187
13,5
59,1
22,1
32,4
1,72
52,3
23,0

2727
14187
1020
1255
2771
2426
23423
6186
5527
560
1694
8999

15,0
289
1,12
23,3
26,4
29,0
112

18212
11764
136
643
1384
2889
24213

38
20,34

12,7

604

93
-

40,5
-

6,96
10,4
66,2
8,54

222
1241
467
21675

47
30
16
42
77
22
-

18,2
12,9
8,3
17
36,2
9,2
-

282
187
44,4
2,29
126
0,79
107
2,18
342
6,63
13,5

1279
2771
2942
445
4963
2401
689
335
4704
1371
508

2446,85

188140

Pays asiatiques

Afghanistan
Azerbaïdjan
Bangladesh
Brunei
Darussalam
Indonésie
Iran
Kazakhstan
Kirghizstan
Malaysia
Maldives
Pakistan
Tadjikistan
Turquie
Turkménistan
Ouzbékistan
Moyenne
Total pays
islamiques

20,33
1328,4

Données manquantes : 1. Zanzibar(1), 2. Somalie, 3, Afghanistan.

24

STRATEGIE POUR LES SCIENCES, LA
TECHNOLOGIE ET L’INNOVATION...

2. chapitre 1-2

19/09/08

14:58

Page 25

Source :
Rapport sur le Développement humain, PNUD, 2007/2008 pages 243-246
(Population)
Rapport sur le Développement humain, PNUD, 2007/2008 pages 238-240 (IPH)
http://www.studentsoftheworld.info/infopays/rank/PNB1.html (PIB Milliards $US)
http://www.studentsoftheworld.info/infopays/rank/PNBH1.html (PIB par habitant en $US)
Tableau 2.3. Terres arabes et irriguées et Production agricole des pays islamiques
Terres
Pays
Pays africains
Bénin
Burkina Faso
Cameroun
Tchad
Comores
Gabon
Gambie
Guinée
Guinée Bissau
Mali
Mozambique
Niger
Nigeria
Sénégal
Sierra leone
Ouganda
Zanzibar(1)
Total
Pays arabes
Algérie
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Iraq
Jordan
Kuwait
Lebanon
Libye
Mauritanie
Maroc
Oman
Palestine
Qatar
Arabie Saoudite
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Emirats arabes
unis

Superficies
(1.000 Ha)

Arables % de
superficie

11 262,00
27 400,00
47 544,00
128 400,00
223,00
26 767,00
1 130,00
24 586,00
3 612,00
124 019,00
80 159,00
126 700,00
92 377,00
19 672,00
7 174,00
24 104,00
94 509,00
839 638,00

1970
12,7
13,00
12,50
2,50
35,00
1,10
15,90
2,5
8,30
2,00
3,70
2,80
32,30
11,80
6,80
21,40
3,20
11,03

2003
23,53
17,66
12,54
2,80
35,87
1,21
27,88
4,47
8,31
3,87
5,43
11,43
33,02
12,50
7,94
21,57

3,17
2,94
0,04
2,90
13,12
1,97
0,84
16,35
1,03
0,48
19,00
0,17
-1,64
1,67
1,64

16 361,00

3,10
1,50
-2,40
12,00
3,50
0,30
20,80
1,00
0,20
20,70
0,10
-0,60
1,70
1,60
5,10
27,60
18,30
0,30

8 360,00

2,60

238 174,00
68,00
2 320,00
100 145,00
43 832,00
8 921,00
1 782,00
1 040,00
175 954,00
102 552,00
44 655,00
21 246,00
-1 100,00
214 969,00
63 766,00
250 581,00
18 518,00

Produits et
Production
services
agricoles
%
Irriguées % de
importations %
du PIB 2005 du PIB 2005
superficie

1970
0,70
0,60
0,40
0,40
-1,40
8,30
15,20

2003
0,35
0,23
0,28
0,06
-0,14
0,26
0,76

5,70
3,10
4,00
1,80
3,20
3,00
6,00
0,20
5,00
3,47

1,53
0,60
0,24
0,19
0,39
1,47
1,05
0,07
-0,51

-32,12

35,93
41,65
41,83
27,16
-36,37

7,60
---48,60
20,00
40,00
39,80

1,42
40,00
0,06
100,00
35,18
7,47
8,44
31,61

8
1
4
13
8
2
0
6

23,6
-53,5
32,61
78,30
93,40
30,35
45,12

3,04
0,12
4,76
6,67
-18,31
0,93
0,45
1,38
9,20
4,03
13,60

5
21
16
2
-0
5
60

-95,71
44,33
--

6,78
25,16
17,05
0,76

25,90
23,90
13,60
---11,90
18,00
15,10
17,70
12,90
17,20

46
25
13
3

50,64

2,91

26,20

3,10

14

76,31

-14,38

Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

36
27
22
34
40
8
32
24

26,11
-25,38
39,49
34,72
22,89
65,39
30,42

57
36
22
44
33
15
51
33

50,78
37,99
41,48
24,27

68,19
33,45
26,39
1,68
27,61
--

25

2. chapitre 1-2

19/09/08

14:58

Yémen

Page 26

--

52 797,00
6,49

Total
Pays asiatiques
Afghanistan
Azerbaïdjan
angladesh

5,98

22,56

14,49

14,00
48,82

1 367

65 290,00
8 660,00
14 400,00
Brunei Darussalam
577,00
Indonésie
190 457,00
Iran
164 800,00
Kazakhstan
271 730,00
Kirghistan
19 850,00
Malaysia
32 975,00
Maldives
30,00
Pakistan
79 610,00
Tadjukistan
14 310,00
Turquie
77 945,00
Turkménistan
48 810,00
Ouzbékistan
44 740,00
Total 1 034 184,00
Total général
(Pays
3 240 963,00
islamiques)

12,10
18,50
65,560
0,50
9,90
10,00
12,70
3,50
3,20
3,30
26,10
5,70
31,40
2,90
9,20
14,31

12,11
21,23
55,37
2,25
12,08
10,24
8,30
6,77
5,46
13,33
27,10
6,50
29,98
4,51
10,50
15,05

37,90
62,50
32,80
33,00
24,30
56,50
6,40
7,10

7,15
30,60
52,39
4,17
9,45
12,14
1,71
9,89

35
10
22
3
13
11
8
34

55,60
52,87
23,29
27,29
28,63
30,16
44,63
56,78

32,70
10,00
82,30
78,90
15,00
92,90
97,60
44,66

4,64
-66,95
16,97
12,83
5,46
15,70
17,86

8
9
22
28
10
23
33
17,93

99,86
111,44
19,32
72,77

SOURCE :
www.sesrtcic.org (Rapports spéciaux sur des indicateurs choisis)
N.B : Les plus récentes données datent de 2002.

26

33,98
47,79
28,66
48,85

1. chapitre3

19/09/08

15:03

Page 27

CHAPITRE 3

L'ETAT ACTUEL DES S&T DANS LES PAYS ISLAMIQUES

3.1. Introduction

Le développement économique repose principalement sur une base S&T et sur
son application sur les secteurs clés de l'agriculture, du transport, de l'industrie,
de l'éducation, de la santé et de l'environnement. La distinction existant entre
les nations avancées et les pays en développement est une résultante de ce
postulat universellement admis et qui procède essentiellement de l'état de
développement de leur S&T et main d'œuvre technique. Mais il s'agit aussi
d'une réalité pratique qu'avec une volonté politique associée à un apport S&T
optimisé, les pays en développement peuvent amorcer et renforcer leur essor
économique. Dans ce contexte, l'Allemagne en Europe et le Japon et la Corée
en Asie en sont les meilleurs exemples.
Mais il est une autre réalité évidente, à savoir que les pays islamiques
appartiennent à la catégorie des pays en lent développement, quand bien
même ils s'efforcent, depuis une ou deux décennies, de mettre en œuvre des
plans de développement, mais sans succès significatif. Cet état de fait a
suscité beaucoup de préoccupations ces dernières années amenant ces pays
à prendre conscience de la situation, bien que tardivement. Ce signe est, à
l'évidence, très encourageant, mais la tâche en perspective est gigantesque.
En effet, les deux principaux ingrédients de cette "prescription de prospérité",
que sont la main d'œuvre qualifiée (en particulier dans le domaine R&D) et les
dépenses affectées à ce secteur, font cruellement défaut partout dans le
monde islamique.

3.2. Les composantes S&T

Les pays islamiques, qui comprennent 57 Etats indépendants et s'étendent de
l'Indonésie au Maroc, compte plus de 1,2 milliards d'habitants sur une population
mondiale de 6,176 milliards. En moyenne, seuls 55% de la population est
entièrement alphabétisée bien que ce chiffre varie d'un pays à l'autre.

Le monde a consacré 1,7% de ses dépenses intérieures brutes à la Recherche
et Développement (DIRD) en 2002, soit 134,4$ par habitant en DIRD. Les ÉtatsUnis dépensent 2,8% du PIB sur la R&D avec 1005,9$ de DIRD par habitant ;
dans les pays en développement, ce pourcentage est inférieur à un pourcent
et seulement 42,8$ par habitant. À titre comparatif, l'Egypte dépense 0,2 de
son PIB, soit 6,6$ DIRD par habitant. (Le Tableau 1 pour 2002, du Rapport des
sciences de l'UNESCO 2005, page 4). Cela démontre les grandes variations
dans le niveau de financement affecté par les différents pays à la Recherche
et Développement. Ce niveau demeure particulièrement très bas dans les pays
islamiques, qui disposent à peine d’une base scientifique et industrielle. Or
aucun pays islamique n'a mis en application les recommandations des
différentes agences onusiennes et organismes de l'OCI demandant d'affecter
au moins 1% du PIB aux dépenses portant sur le développement scientifique
et technologique.
Les chercheurs dans le monde sont au nombre de 894,0 par million d'habitants,
et si dans les pays avancés ce chiffre est de 3272,7, pour les pays en
développement il est de l'ordre de 374,3 et, pour les pays les moins avancés, il
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

27

1. chapitre3

19/09/08

15:03

Page 28

est aussi bas que 4,5 (comparé à 4373,7 aux USA). Pour le Bangladesh il est de
51 par million d'habitants, contre 493 pour l'Egypte. La moyenne pour les pays
arabes est de 116. Cela indique que la base S&T dans les pays islamiques
repose sur des ressources humaines S&T relativement faibles. (Tableau 2 pour
2002, du Rapport des sciences de l'UNESCO 2005, page 6).

Par ailleurs, les industries du secteur privé dans les pays avancés assument la
part du lion au R&D national. À titre d'exemple, en l'an 2000 l'industrie US a
financé 66% et réalisé 72% du secteur R&D. Les pays nouvellement
industrialisés affectent à présent 40 à 60% de leurs dépenses globales à la R&D,
le reste étant pris en charge par les industries du secteur privé. Dans les pays
islamiques, ce sont les institutions R&D gouvernementales et les organismes du
secteur public qui en supportent principalement la charge.
Il est évident que les pays avancés continuent d'avancer et réalisent encore
plus de progrès grâce à l'implication d'un grand nombre de chercheurs et
l'investissement d'un pourcentage plus élevé du PIB dans la Recherche et
Développement. L'examen de ces faits et chiffres révèlent que l'assise R&D
dans la plupart des pays islamiques est faible et qu'elle doit être renforcée si l'on
veut qu'elle devienne la base du développement local.

3.3. Étude comparative des ressources humaines S&T et R&D

Les pays islamiques sélectionnés varient par leur niveau de développement
industriel et comprennent le Bangladesh, l'Egypte, l'Indonésie, l'Iran, l'Irak, la
Jordanie, la Malaisie, le Nigeria, le Pakistan, le Soudan et la Turquie. Les données
relatives à ces pays sont nombreuses et procèdent de différentes sources, y
compris les annuaires de l'UNESCO. Les statistiques S&T et R&D de ces pays sont
résumées aux Tableaux 3.3 et 3.4. Nonobstant les quelques améliorations
constatées dans la force numérique au cours des deux dernières décennies,
l'ensemble de l'infrastructure est encore largement inadéquate et ne répond
pas aux normes internationales recommandées pour une croissance
économique et technologique souhaitable. Le nombre de chercheurs par
million d'habitants est extrêmement bas dans tous les pays islamiques comparé
aux pays avancés où, par exemple, il est de 4.373 aux USA, de 3.208,5 en
Allemagne et de 5.084,9 au Japon.

3.4. Culture et environnement R&D

28

DLa plupart des pays islamiques se caractérisent, en outre, par l'absence d'une
culture et d'un environnement R&D appropriés. Leur petit nombre d'articles sur
la recherche publiés dans les revues internationales en est la preuve. Cela
s'explique aussi par le manque de soutien que les gouvernements accordent
aux chercheurs scientifiques. Les dépenses R&D, en tant que pourcentage du
PIB dans les pays islamiques, est aussi de loin inférieures à la moyenne
mondiale (Tableau 3.5). Ce taux varie entre 0,1 à 0,7% du PIB, alors que les
pays avancés dépensent plus de 2,5% de leur PIB sur la R&D. On accorde
beaucoup moins d'égards aux fonctionnaires civils et militaires qu'aux savants
et ingénieurs, contrairement aux pays avancés où les gouvernements
accordent beaucoup d'estime aux chercheurs et universitaires, et où un
professeur est très respecté par tous. Si les publications scientifiques produites
dans les pays avancées sont beaucoup plus élevées, celles-ci sont, à
l'évidence, suscitées par une culture favorable à la recherche dans ces pays. Il

1. chapitre3

19/09/08

15:03

Page 29

est révélateur de constater que l’ensemble des articles publiés par les pays
islamiques est inférieur à la part d'un seul petit pays européen, à savoir, la
Belgique.

Un autre indicateur sur l'avancement du secteur de la science et de la
technologie est le nombre de publications scientifiques. En 2001, le nombre
mondial total des publications scientifiques se chiffraient à 598.447, comparé
à 455.315 en 1991. La part des pays en développement dans le nombre total
des publications était de 92,31%. Les USA ont contribué à hauteur de 32,79%
du total des publications scientifiques, contre 10,8% pour le Japon et 9,3% pour
le Royaume Uni. La part de l'Egypte du total mondial des publications
scientifiques était de 0,3% (Fig. 3.1 pour 2001 du Rapport des sciences de
l'UNESCO 2005, p. 9 ; et l'état de la recherche scientifique dans les Etats
membres de l'OCI 2005 du COMSTECH). Le Tableau 3.5 indique le nombre total
de documents scientifiques publiés par certains pays islamiques pendant la
décennie 1995-2005. Le plus grand nombre a été publié par la Turquie et se
chiffre à 82.407 articles, suivi par l'Iran (19.114), et le nombre le plus petit publié
pendant ces dix années est attribué à la Somalie (22) et à l'Afghanistan (55).
La prospérité économique influe manifestement sur l'état de développement
S&T d'un pays et les quelques pays où les ressources naturelles (pétrole) sont
abondantes constituent naturellement une exception. Ceci reflète à son tour
l'importance des ressources humaines R&D dans le domaine S&T ainsi que les
dépenses R&D du secteur scientifique et technologique se rapportant au bienêtre économique des populations.

3.5. Formation des ressources humaines S&T

Un coup d'œil rapide aux données figurant au Tableau II en annexe montre que
les niveaux S&T des ressources humaines sont au-dessous du seuil critique dans
plupart des pays islamiques. Le monde islamique, avec une population
supérieure au milliard, ne possède qu'un total de 650 universités, quelques unes
étant aux premières étapes de leur création, et qui ne sont d'ailleurs que des
établissements d'enseignement supérieur remis à niveau. Dans leur intégralité,
les universités du monde islamique ne produisent pas plus de 4000 doctorats
par an ; et le nombre de scientifiques par million d'habitants est de loin inférieur
à la moyenne des pays avancés (3270 ou plus), voire même de quelques pays
en développement.
Des études ont été effectuées par différents auteurs sur la base des données
disponibles sur les ressources humaines S&T, les dépenses R&D, les publications
S&T et les institutions S&T. Et bien que les chiffres soient lamentablement bas
comparés à ceux des pays occidentaux, il n'en demeure pas moins que la
situation s'est quelque peu améliorée au cours de ces vingt dernières années.
Pour répondre à ses besoins de développement d'ici l'an 2020, il a été
recommandé que le monde islamique dispose d'au moins 10 millions de
savants et d'ingénieurs, desquels 10% doivent s'engager dans des activités R&D.

3.6. L'enseignement scientifique et technique

L'enseignement scientifique et technique est un facteur crucial et déterminant
qui pèse fortement sur la croissance et le développement d'un pays. Or dans
la majorité des pays islamiques la qualité de l'enseignement aux différents
cycles (primaire, secondaire et universitaire) est manifestement médiocre.
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

29

1. chapitre3

19/09/08

15:03

Page 30

L'enseignement des sciences doit contribuer au développement des aptitudes
d'observation rationnelle et critique des phénomènes naturels ; il doit doter les
étudiants de capacités mentales leur permettant d'élaborer des théories sur les
phénomènes naturels fondées sur l'observation des données. Mais il doit aussi
permettre aux individus de s'appuyer sur les connaissances antérieures et de
collaborer ensemble à la découverte des lois de la nature.

Il est impératif que l'enseignement primaire soit, dans la mesure du possible,
obligatoire et gratuit, de sorte à atteindre d'ici 2020 la scolarisation totale et
globale. Il faut également introduire les cursus intégrés (comprenant à la fois les
Islamiyat et les Sciences), assurer la formation des enseignants et mettre
l'accent sur les nouvelles méthodes, les travaux pratiques et l'approche
collective. Dans les zones rurales, nombreux sont les étudiants qui ont suivi un
enseignement traditionnel basé sur le Coran et la Sunna, et ne nécessiteront
donc qu'une formation aux sciences fondamentales.

Mais si l'enseignement primaire et secondaire est obligatoire pour tous,
l'enseignement universitaire et supérieur doit être hautement sélectif, donnant
ainsi aux étudiants talentueux la priorité d’intégrer l'enseignement supérieur. Les
disciplines professionnelles, telles que l'électronique, la réfrigération, la
menuiserie, la mécanique automobile, l'information doivent être obligatoires
dans les deux cycles secondaires afin que les étudiants passant les examens
du baccalauréat ou du brevet soient en mesure de gagner leur vie. A titre
d'exemple, le Pakistan dispose de 28 instituts polytechniques et de 7 instituts
monotechniques avec une capacité combinée pour dispenser des cours
qualifiants à environ 17.500 paraprofessionnels et à 17.000 étudiants du niveau
de technicien. Il faut, par ailleurs accroître le nombre de ces institutions et en
améliorer la qualité d’enseignement.
Les pays islamiques ayant peu ou prou une base scientifique et industrielle
doivent prendre l'attache des autres pays musulmans avancés qui pourront les
aider dans les domaines suivants :
1. L'élaboration des cursus intégrés, en mettant l'accent sur l'enseignement
scientifique et l'enseignement islamique ;

2. La révision des cursus afin qu'ils soient compatibles avec les exigences des
nouvelles connaissances ;

3. L'établissement d'instituts de formation professionnelle pour la formation de
techniciens qualifiés ;
4. L'échange de programmes d'étudiants et d'enseignants ; et

5. La formation des enseignants dans les matières professionnelles, en
fonction des besoins spécifiques de chaque région.

3.7. L'enseignement universitaire

30

Les universités sont les sources des connaissances, de l'éducation, de l'érudition,
de la recherche et du développement technologique. Dans la majorité des
pays islamiques, cependant, leur rôle se confine dans l'enseignement, et à une
échelle restreinte encore. À titre d'exemple, au Pakistan il existe 111 universités
et institutions délivrant des diplômes (57 dans le secteur public et 54 dans le
secteur privé), mais aucune n'est classée parmi les institutions de niveau
mondial. Le malaise généralisé de nos universités est attribué directement à la

1. chapitre3

19/09/08

15:03

Page 31

médiocre préparation, tant de l'enseignement que de la recherche, ce qui
affecte négativement la qualité de l'enseignement et le produit de la
recherche. Il faut donc doter les enseignants et les chercheurs d'outils de travail
et d'incitatifs supplémentaires aux fins d'améliorer la qualité de l'enseignement.
Les enseignants universitaires doivent être encouragés à participer activement
aux activités de recherche auxquelles ils devront consacrer au moins le tiers de
leur temps. Il est tout aussi essentiel que les instituts techniques, les universités
professionnelles et les départements scientifiques et techniques des universités
générales soient étroitement reliés aux instituts de recherche spécialisée et à
l'industrie afin de favoriser la promotion de technologies et de produits
améliorés. À cela s'ajoute la nécessité de mettre en place les installations
scientifiques et technologiques adéquates permettant la poursuite de
l'enseignement supérieur. En instaurant des conditions attrayantes à l’attention
du personnel hautement qualifié, les pays islamiques peuvent inciter leurs
ressources humaines à rester dans le pays, ou à y retourner, et à contribuer au
développement de leur pays ou leur région. Les pays islamiques disposant
d'une assise scientifique et industrielle appréciable, peuvent offrir les facilités
suivantes à d'autres pays islamiques :
1. Fournir aux pays moins développés un enseignement postuniversitaire
dans des domaines spécifiques ;
2. Réaliser des programmes conjoints de recherche, utilisant leur expertise et
infrastructures de recherche ;

3. Engager des enseignants à long terme dans les technologies nouvelles et
émergeantes ;
4. Inviter les chercheurs à présenter leurs documents de recherche aux
conférences et séminaires internationaux ;

5. Fournir l'espace nécessaire à l'utilisation d'équipements de recherche
hautement sophistiquée.

Les données de l'UNESCO sur l'alphabétisation et les inscriptions scolaires
montrent qu'il faut passer au quadruple pour combler l'écart actuel qui nous
sépare des pays industrialisés, et ce, dans une période raisonnable de, vingt
ans environ. La culture du mérite doit être renforcée dans toutes les disciplines.
Il faut alors mesurer le niveau de l'université, en plus de l'évaluation de mérite
interne, assortie de l'évaluation des diplômés selon des critères internationaux
de haut niveau, en particulier les titulaires du doctorat. Pour produire des
ressources R&D de qualité, nous devons faire des calculs judicieux du nombre
des doctorats requis. Dans les pays avancés, le nombre est d'environ 3000
doctorats par million d'habitants, et il serait logique que nous, dans les pays
islamiques, ciblions le même nombre pour atteindre ces niveaux. Avec ce
nombre par million d'habitants, la Oumma aurait besoin d'environ 3,5 millions
de doctorats, objectifs que nous devrions atteindre d'ici 15 à 20 ans. Mais pour
disposer de ce nombre, nous devons mettre en place d'autres universités et, à
cette fin, prévoir une université par million d'habitants. Or les pays islamiques, en
particulier les pays surpeuplés ont beaucoup moins d'universités.

3.8. L'enseignement S&T au profit des femmes

L'enseignement scientifique et technique des femmes est un autre aspect
important du problème. L'enseignement supérieur des femmes en Science et
Technologie est susceptible d'apporter des avantages productifs ou
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

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1. chapitre3

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économiques à la communauté, ainsi que d'autres avantages à long terme. Il
peut faire en sorte, que ces membres de la Oumma - qui constituent la moitié de
la population adulte, qui passent beaucoup de temps avec les enfants - soient en
mesure d'insuffler aux jeunes générations non seulement les qualités habituelles de
caractère mais aussi le respect véridique et solide de la connaissance et de
l'apprentissage, ainsi que la motivation nécessaire pour leur acquisition. Des efforts
doivent donc être déployés pour la formation et l’intégration des femmes dans les
activités S&T, en particulier dans les entreprises R&D. Il convient d'introduire, par
ailleurs, des programmes de bourses aux femmes talentueuses pour leur
permettre d'obtenir la formation scientifique et technique nécessaire.

3.9. La fuite des cerveaux

Si les pays en développement sont en général affectés par le phénomène
d'exode des cerveaux et continuent de perdre leurs ressources humaines
techniques et scientifiques au bénéfice des pays avancés, ce sont les pays
islamiques qui sont le plus sérieusement touchés par ce phénomène. Au cours
des vingt dernières années, des pays comme le Pakistan, l'Egypte, l'Iran, la Syrie,
le Bangladesh, la Turquie, le Liban et la Jordanie ont perdu un effectif
considérable de personnes hautement qualifiées, y compris des savants et des
chercheurs qui sont passés au monde industrialisé, entraînant ainsi, en termes
d'économie, des pertes pouvant s'évaluer à des milliards de dollars. D'autres
pays musulmans moins développés s'ajoutent à la liste et, tôt ou tard, ce
phénomène finira par affecter l'ensemble du monde islamique.
L'on peut estimer le nombre de personnes hautement qualifiées du Tiers Monde
ayant émigré vers le monde industrialisé au cours de ces deux dernières
décennies à environ un million de personnes. La majorité est partie aux USA,
mais une grande partie s'est installée en Europe occidentale, au Canada et en
Australie. L'Asie a contribué à cette perte à hauteur de 55%. Trois pays en Asie
se classent parmi les grands perdants du monde islamique, à savoir l'Iran, le
Pakistan et la Turquie ; quant aux trois grands perdants du groupe arabe, se sont
la Syrie, la Jordanie et le Liban. Le Pakistan, par exemple, perd environ 60% des
médecins de chaque promotion, alors que l'Iran et la Syrie perdent
respectivement 40% et 30%. Pour le groupe africain, les pertes s'orientent plus
spécifiquement vers l'Europe occidentale. Depuis 1975, environ le tiers de la
main d'œuvre hautement compétente de l'Afrique du Nord a migré vers la
France. L'on constate, par exemple, que dans les pays africains, la plupart des
enseignants des sciences sont paradoxalement des Français, alors que la
majorité des ingénieurs et scientifiques nationaux sont allés travailler ailleurs.

On croit erronément que ce sont les salaires élevés proposés aux pédagogues
et scientifiques de haut niveau qui induisent leur migration vers les pays
avancés ou industrialisés. Or un environnement favorable à la recherche, la
reconnaissance des mérites et la structuration appropriée de la carrière
professionnelle sont autant de facteurs qui influent sur la performance de
l'activité scientifique. C'est, en effet, le recours à d'excellents ingénieurs et
savants, tant au plan de la qualité que de la quantité, et l'amélioration de la
qualité de l'enseignement dans les universités, qui ont grandement contribué à
la promotion des technologies high-tech japonaises et coréennes.

32

Le drainage continu des travailleurs hautement compétents est un phénomène
que les décideurs ne doivent pas perdre de vue. Les organisations concernées

1. chapitre3

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de l'OCI doivent identifier les domaines de déficiences des ressources
humaines en matière de qualité, et là où la qualité requise est disponible dans
le monde islamique. Aussi les savants, ingénieurs et pédagogues qualifiés
doivent-ils être encouragés à aller travailler dans les autres pays islamiques à
faible potentiel scientifique et industriel plutôt que d'émigrer vers l'Occident.

3.10. Le transfert de la technologie et le développement

Le transfert de la technologie est en passe de devenir une activité à grande
échelle axée sur le marché, où les anciens secrets commerciaux et méthodes
de formation des guildes sont désormais remplacés par les systèmes modernes
de propriété intellectuelle, les chambres de commerce et les centres de
formation et de recherche technologiques. Aucun pays industrialisé ne peut, à
lui seul, être entièrement autonome pour satisfaire ses besoins en savoir-faire
technologique. Même les États-Unis, longtemps considérés comme le chef de
fil technologique mondial, est tributaire de sources externes dans bon nombre
de ses progrès technologiques. Les pays en développement sont
proportionnellement beaucoup plus dépendant des sources extérieures et des
nouvelles connaissances techniques que les pays industrialisés.
L'acquisition de la technologie venant des pays industrialisés exige la
conclusion des meilleurs termes et conditions possibles d'utilisation, ainsi que la
possession des compétences et ressources nécessaires pour l'optimisation de
cette utilisation. En outre, le transfert efficace et l'utilisation de la technologie
importée nécessitent que les pays concernés élaborent, simultanément et
localement, les autres ingrédients critiques indissociables au processus de
transfert et d'utilisation. Aussi, et pour atteindre les objectifs de transformation
technologique, il est essentiel de mettre au point un cadre efficace de
politique institutionnelle et économique qui stimule l'innovation
technologique et favorise le développement des ressources humaines.

Le processus de transfert de technologie (TT) est multilatéral. Les inventions et les
innovations continuent de générer la technologie, laquelle est absorbée,
appliquée, utilisée, adaptée, diffusée, échangée, achetée, vendue,
redéveloppée et améliorée par toute une variété de moyens. La question de
l'acquisition de la technologie et des services étrangers doit être examinée à la
faveur des besoins technologiques. Elle doit par ailleurs être en symbiose avec,
d'une part la sélection de la technologie appropriée et de ses fournisseurs et,
d'autre part, les négociations et la détermination des termes et conditions
acceptables de fourniture de cette technologie.

Les pays considérés d'ores et déjà comme développés, ont connu une
croissance sans précédent de leur Produit national brut (PNB) et, par voie de
conséquence, du volume de leurs exportations et leurs importations. Par contre,
les performances des pays islamiques en développement pendant cette
même période n'étaient pas aussi encourageantes, et ce, en raison de la
déficience de leurs transferts de technologie et de son faible impact (ainsi que
pour de nombreuses autres raisons). Le Tableau 3.7 présente des données sur
la population, le PNB par habitant et le pourcentage du PIB consacré aux
exportations et importations des pays islamiques. Il montre que l'Arabie
Saoudite, qui a le PNB le plus élevé par habitant, a consacré un pourcentage
plus important de son PIB au commerce, en termes d'exportations et
d'importations, comparé aux pays ayant un faible PNB par habitant, comme le
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

33

1. chapitre3

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Mali et le Niger qui dépensent un pourcentage plus élevé de leur PIB pour les
importations. Des pays comme la Malaisie, l'Indonésie, l'Arabie Saoudite et
l'Egypte ont peu de déséquilibre commercial et tendent davantage vers
l'exportation. Ceci est dû à la disponibilité des ressources naturelles, à une pléthore
de main d'œuvre technique et à des industries de base assez bien établies.
Le Rapport sur le Développement humain

Comme indiqué au Chapitre I, les données relatives aux facteurs essentiels
affectant les conditions économiques, présentées dans le Tableau 3.8,
proviennent du Rapport sur le Développement humain du PNUD (2007/2008)
pour les quatre pays sélectionnés au hasard et représentant les trois catégories
de pays islamiques. Outre les grandes variations dans le PIB et le PNB par
habitant, le taux d'alphabétisation des adultes varie également, passant de
99,5% au Kirghizstan à 39,3% en Mauritanie. Les dépenses affectées à
l'enseignement, en tant que pourcentage du PIB, varient également entre 7,1%
pour le Sénégal et 2,3% pour les Maldives.
En 2005, le PIB par habitant dans les pays islamiques variait entre 213 $US pour
le Burkina Faso et 28.161 $US pour Brunei Darussalam. Dans le groupe OCDE, le
revenu le plus bas par habitant est de 32.119 $US pour la Belgique, atteignant
60.228 $US, le plus élevé, au Luxembourg. La moyenne du revenu par habitant
était de 6.716 $US pour les pays arabes et de 29.197 $US pour le groupe de
l'OCDE. La moyenne mondiale du PIB est de 9.543 $ par habitant. Les valeurs
moyennes sont calculées après élimination des chiffres divergents les plus
élevés et les plus bas. Rapport DH PNUD 2007/2008). Dans la majorité des pays
islamiques, le PIB par habitant est inférieur à 5.000 $US, indiquant une faiblesse
tant dans l'activité humaine que dans la capacité S&T. Ces pays sont
caractérisés par l'insuffisance de leurs ressources naturelles et la déficience des
ressources humaines hautement qualifiées.
Au cours de ces deux dernières décennies, l'on constate dans le monde une
nette tendance vers l'établissement de vastes groupements régionaux de
coopération économique en termes de politique, de commerce, de transfert
de la technologie, de R&D et autres composantes technologiques qui ont
permis le progrès technique de tous les pays coopérants. Les pays islamiques
se sont rendus récemment à l'évidence quant à la nécessité d'impulser la
coopération entre eux, mettant en place à cet effet différents Comités
permanents de l'OCI en vue de promouvoir la coopération dans des domaines
aussi variées que "l'économie et le commerce", "la science et la technologie",
et "l'information et la culture". Chacun de ces comités a établi des plans de
coopération portant sur leurs domaines respectifs, et ces plans ont été
approuvés aux différentes réunions des Sommets de l'OCI. Des actions ont en
effet été accomplies aux fins de promouvoir cette coopération, mais les
politiques et ressources disponibles pour la mise en œuvre de plans de
coopération approuvés restent en deçà des besoins réels.

3.11. Centres d’excellence islamiques en sciences et technologie

34

L’un des principaux objectifs de l’ICPSR est de se concerter avec les centres
d’excellence et les instituts de recherche dans les Etats membres afin d’établir
des liens entre eux et mettre en place de nouveaux centres d’excellence
communs dans différents domaines et différentes régions des pays islamiques.
Cette initiative doit être soutenue par les pays islamiques.

1. chapitre3

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Le Comité permanent pour la coopération scientifique et technologique
(COMSTECH) a élaboré d'excellents programmes de coopération S&T
comprenant, notamment, la création d'un certain nombre de centres S&T
d'excellence. Ces programmes comprennent également la mise en place de
centres R&D qui fourniront aux pays islamiques des services en matière de
transfert de technologie, de normes de qualité et de quantité, d'information
S&T, de technologie informatique, ainsi que dans les domaines de
l'océanographie, de la science spatiale et de la biotechnologie. Parmi les
centres proposés, la priorité absolue doit être accordée au Centre islamique de
transfert de la technologie.
Il serait opportun d'indiquer ici que l'économie de la plupart des pays islamiques,
étant fondée essentiellement sur l'agriculture, un grand nombre de centres
d'enseignement agronomique et d'instituts R&D ont été créés à cet effet. Mais
cela ne les a pas empêchés d'importer des millions de tonnes de céréales
vivrières et d'autres produits agricoles pour nourrir une population sans cesse
croissante. Le Pakistan, par exemple, qui possède un grand nombre d'instituts
agronomiques répartis dans tout le pays, et plus de 70% de la population est
impliquée dans l'agriculture et les industries agroalimentaires, importe depuis des
années du blé, de l'huile alimentaire, du lait et autres produits laitiers. Il s'agit là
d'un problème grave qu'il faut traiter au niveau régional.

3.12. Les domaines de coopération

La coopération entre les pays islamiques en R&D industriel et dans d'autres
domaines S&T n'est pas une affaire de complaisance mais une condition sine
qua non pour rompre les cercles vicieux de la dépendance économique et
technologique. Il convient donc de soutenir pleinement les programmes de
coopération S&T, en particulier ceux que le COMSTECH et autres organisations
de l'OCI ont d'ores et déjà élaborés.

Par ailleurs, la nature changeante des nouvelles technologies exige désormais
une formation continue tant au niveau de la formation que des services et de
leur développement, ce qui affecte le concept de transfert de technologie. Or
ce transfert, qui était considéré comme une transaction autonome passée
entre producteur et consommateur, est devenu un processus continu. Le
concept de transfert de technologie a été remplacé par celui du
développement technologique conjoint. Aussi, les pays en développement,
dont les pays islamiques, doivent-ils prendre cette réalité en considération lors
de la détermination de leurs besoins technologiques et la mise en place de
leurs systèmes de transfert de technologie. Dans ce contexte, les projets et
plans d'action peuvent être conjointement élaborés, avec le concours et
l'implication des organisations régionales et internationales.

Si l'on considère la position technologique des pays musulmans pendant ces
deux dernières décennies, l'on constate clairement que ces pays sont
principalement des 'acheteurs' de technologie, acquérant par le biais de
transactions technologiques avec le marché international les technologies
nécessaires à leurs programmes industriels et de développement. L'expérience
démontre, par ailleurs, que l'acquisition par les pays musulmans de la
technologie se passe au moyen de transactions technologiques proches du
type «clés en main» ou autres formes forfaitaires.
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

35

1. chapitre3

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15:03

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Plus encore, et compte tenu de la position de force des fournisseurs de
technologie dans les négociations, les transactions technologiques des pays
musulmans sont souvent assorties de nombreux termes déloyaux et de clauses
restrictives. Ces clauses restrictives réduisent sérieusement la capacité des pays
à assimiler, adapter et diffuser la technologie importée. Les coûts directs, en
termes de versement de redevances, de droits de permis et d'honoraires des
consultants étrangers, sont généralement élevés. Tout aussi déloyaux sont les
coûts cachés sous forme de biens d'équipement, de matériaux de démarrage
et de services des intermédiaires après-vente. D'autres pratiques déloyales ont
été fréquemment constatées, notamment la fourniture de technologies
périmées, l'incompatibilité avec l'environnement, etc. L'on peut, par ailleurs,
supposer que très peu d’assimilation et de diffusion ont vraisemblablement eu
lieu. En d'autres termes, la technologie a été beaucoup plus facilement
commercialisée qu’assimilée et/ou diffusée dans les pays islamiques.

Les pays musulmans sont très défavorisés dans le choix de la technologie à
acquérir du fait que les conditions prévalant dans ces pays sont différentes de
celles des pays développés. Qui plus est, la majorité des pays islamiques ne
disposent pas de l'infrastructure humaine et institutionnelle nécessaire à
l'examen et l'évaluation des différentes technologies disponibles. Souvent, ils ne
disposent pas non plus de l'information nécessaire relative aux technologies
disponibles pour une fonction particulière.
Les capacités de conception et d'ingénierie de la plupart des pays musulmans,
encore très faibles, doivent être remises à niveau et consolidées. La majorité de
ces pays ont admis au cours de ces dernières décennies l'importance que les
institutions R&D revêtent sur le plan du développement technologique. Mais en
raison de l’insignifiance des rapports établis entre ces organismes et l'industrie,
il s'en est suivi que la contribution de la R&D locale à la création, l’assimilation
et la diffusion de la technologie est restée très limitée.

3.13. La Communauté économique islamique

L'économie est l'une des principales composantes d’un pays. Pour bénéficier
mutuellement des points forts des pays islamiques, il faut instituer un
mécanisme sous forme d'une organisation appelée la Communauté
économique islamique. Les fonctions de cette organisation peuvent être
définies à l'instar de ceux de la Communauté économique, qui s'est avérée fort
avantageuse pour les pays européens. La Communauté européenne
islamique sera certainement très utile pour l'économie des pays islamiques.

Mais si le rôle de cette Communauté consiste à gérer le partage d'expérience
au niveau multinational, les pays devront être, individuellement, encouragé à
partager leurs expériences mutuelles au niveau bilatéral. Il faut exploiter toutes
les approches permettant de tirer profit des efforts de coopération. Les
avantages éducationnels et scientifiques de la S&T devront être cependant
partagés à travers l'ISESCO ou le COMSTECH lesquels devront alors renforcer
leurs activités dans ce sens.

3.14. Modèles de développement économique axés sur la S&T

36

Il existe différents modèles de développement économique axé sur la science
et la technologie utilisés dans divers pays. Les pays occidentaux avancés ont
donné la priorité à l'élaboration de S&T de haut niveau qu'ils ont exploité

1. chapitre3

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Page 37

efficacement pour récolter, ce faisant, des avantages économiques
considérables assortis d'une puissance politique qui leur ont permis de dominer
l’économie mondiale.
Des pays tels que Singapour, la Corée et la Malaisie ont eu recours, dans un
premier temps, aux investissements multinationaux axés sur la technologie pour
réaliser leur développement économique et apporter la prospérité. Puis ils ont
focalisé l'attention sur le développement S&T local de haut niveau en affectant
un pourcentage plus important des fonds générés par le développement
économique. Bien que ce modèle soit un succès, il n'en demeure pas moins
que la dépendance vis-à-vis pays avancés reste un paramètre incertain, car il
peut servir à ces derniers de tremplin pour dicter leurs politiques. D'où la
nécessité pour ces pays d'atteindre un niveau leur permettant de minimiser
cette dépendance, grâce au développement des capacités R&D locales.

Le troisième modèle s'applique aux pays dont les ressources naturelles sont
considérables et le niveau de vie élevé. Ces pays font appel aux pays avancés
pour l'exploitation de ces ressources, lesquels utilisent dans ce cas de figure
leur propre S&T. Mais là encore, la profonde dépendance vis-à-vis des S&T des
pays avancés constitue un facteur d'incertitude et l'absence d'une S&T locale
une grande faiblesse.

Pour les pays où les ressources naturelles font défaut, l'idéal serait de focaliser
l'attention sur l'enseignement et le développement des ressources humaines
en matière de S&T. Cette action doit être également assortie de la mise en
œuvre d'un programme systématique et équilibré de développement
économique combinant différents modèles, et permettant la création de
richesses au moyen de l'investissement et de l'aide des multinationales.

3.15. L'exemple de Singapour

Singapour est un tout petit pays d'une population de seulement quatre millions
d'habitants, mais qui a réussi à mettre en place des institutions d'enseignement
de renommée mondiale et des industries fondées sur le savoir. La chute de la
marge bénéficiaire de l'industrie des semi-conducteurs, qui était à l'origine de
son succès économique, a amené Singapour à élaborer un plan destiné à
rehausser la chaîne des valeurs, et ce, en se concentrant sur les industries à fort
rapport économique que représentent les sciences biomédicales, la
nanotechnologie et l'énergie. Le gouvernement a adopté à cet effet un plan à
double objectif, à savoir, attirer les chercheurs scientifiques hautement qualifiés
pour travailler à Singapour dans des laboratoires de recherche de pointe mis
en place à cet effet, et l'élaboration de programmes d'enseignement
universitaire permettant de doter de savants et d'ingénieurs hautement qualifiés
une industrie axée sur la recherche et le développement. Depuis l'an 2000,
Singapour a injecté plus de 2 milliards $US dans la promotion de la seule
industrie de la recherche biomédicale, et plus d'un milliard dans le
développement de la main d'œuvre qualifiée. Les laboratoires de recherche,
de niveau mondial et dotés de chercheurs scientifiques spécialisés, ont
accéléré les activités de recherche dans le pays. Il suffit, pour constater
l'évidence, de mesurer le nombre de brevets enregistrés à Singapour, qui est
passé de 800 en 2000 à 2100 en 2006. Plus encore, le programme universitaire
cible la formation de mille chercheurs titulaires d’un doctorat d'ici 2015. Selon
le Dr Philip Yeo, Conseiller au développement économique, "l'économie de
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

37

1. chapitre3

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15:03

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Singapour a évolué successivement d'une économie à forte main d'œuvre à
une économie à haut degré de technicité, puis à forte intensité capitalistique,
avant de devenir une économie à forte composante technologique. Cette
dernière phase passe par une haute teneur en savoir qui se traduit par la
création de nouveaux produits et services". Nous pouvons tirer maints
enseignements du développement rapide de ce petit pays qui n'a pour
ressources naturelles que les eaux de l'océan.

3.16. L'exode des cerveaux et les compétences expatriées

Dans les pays en développement (y compris les pays islamiques), les
opportunités académiques sont tout aussi insuffisantes que les installations
nécessaires pour l'enseignement supérieur et la formation, en particulier au
niveau de la recherche postuniversitaire. Aussi les scientifiques doivent-ils être
envoyés dans les pays avancés. Bon nombre de ces étudiants ne retournent
pas chez eux, surtout les bons éléments qui possèdent tous les atouts pour
rivaliser avec les critères de qualité de ces pays avancés. Ces étudiants
s'installent donc dans ces pays, quand bien même ils continuent de conserver
des relations étroites avec leur pays d'origine. Cet exode des cerveaux
constitue une perte considérable des ressources humaines des pays
islamiques. Ceux-ci devront donc déployer des efforts particuliers afin de
minimiser cette fuite de cerveaux tout en recherchant les moyens permettant
de les attirer chez eux, en leur proposant des incitatifs salariaux et de meilleurs
postes, en fonction de leurs qualifications. Un effort international au niveau des
sciences physiques destiné à prévenir l'exode des cerveaux a été entrepris par
le savant pakistanais, le Professeur A. Salam (Prix Nobel de Physique en 1979)
qui a créé le Centre international de Physique théorique (International Centre
for Theoretical Physics - ICTP) à Trieste en Italie. L'ICTP a été créé en 1964 et, au
cours des années qui ont suivi, le Centre a mis en œuvre différents plans
destinés à minimiser l'exode des cerveaux. L'un des principaux aspects
pratiques dans ce sens fut l'institution de bourses à court terme à l'ICTP pour les
éléments brillants titulaires de doctorats qui avaient du mal à "respirer la
science" une fois retourné dans leurs pays d'origine. Pendant cette période de
bourse à l'ICTP, un scientifique peut entreprendre des travaux de recherche de
son propre choix et collaborer avec d'autres scientifiques de sa spécialité, en
particulier des pays avancés, avant de retourner à son pays. L'ICTP a ainsi
permis à des milliers de scientifiques des pays en développement, y compris
beaucoup de pays islamiques, d'en tirer profit, surtout les physiciens. Le centre
a, ce faisant, contribué dans une grande mesure à la prévention de cet exode
des cerveaux.

38

Divers autres moyens ont été utilisés, à titre complémentaire, pour tirer profit
des expatriés restés à l'étranger. Par exemple, le gouvernement pakistanais a
élaboré un programme en vertu duquel les expatriés peuvent se rendre pour
de courts séjours au Pakistan et s'impliquer dans des conférences, des
séminaires et des discussions consultatives. Les per diem et les frais de voyage
sont dans ce cas de figure payés par le gouvernement. L'objectif de ce
programme TOKTEN est de faire appel aux prestations de consultants expatriés
hautement qualifiés, œuvrant ainsi au transfert du savoir-faire et des
technologies de pointe des pays avancés vers le Pakistan. Les missions TOKTEN
sont réalisées à travers un processus de besoin et de fourniture. Il s'agit d'un
programme financé par le PNUD, opérant depuis 1977 dans 37 pays en

1. chapitre3

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développement. L'Egypte et la Turquie ont également bénéficié de ce
programme. D'autres pays islamiques peuvent conclure un accord avec le
PNUD pour profiter des services de leurs savants et ingénieurs travaillant à
l'étranger. Le Pakistan (HEC) a lancé avec succès un programme de
recrutement, à court et long terme, dans les universités étrangères avec des
salaires plus élevés.

3.17. Conclusion

L'échec actuel des pays islamiques en matière de S&T peut être attribué au
manque d'intérêt accordé par les dirigeants politiques à la science, à
l'insuffisance des budgets alloués à l'enseignement et à la science, à
l'inadéquation du système de soutien R&D et à la dégradation des normes
pédagogiques. Dans l'état actuel des progrès technologiques, les pays
islamiques devront, dans leur ensemble, consentir les efforts nécessaires à
l'amélioration de leur économie, et ce, par l'application de la science et de la
technologie au processus de développement. Aucun pays ne peut
cependant, tout seul, réaliser des progrès substantiels. Le monde est un village
planétaire, et la survie tient à la compétitivité et à une meilleure performance
dans le commerce mondial.
Les pays islamiques doivent abriter des programmes de coopération destinés
au renforcement des instituts R&D, à l'amélioration de l'enseignement et à
l'échange d'experts et d'universitaires. La priorité doit donc être accordée, sur
le plan national et régional, au lancement de programmes de coopération
en matière de formation de main d'œuvre de haut niveau et des projets R&D,
tout en gardant présent à l'esprit le caractère essentiel du développement
durable.

Références :

1. Rapport sur le Développement humain du PNUD - 2007-2008
2. Rapport des Sciences de l'UNESCO - 2005

3. État de la recherche scientifique dans les Etats membres de l'OCI 2005,
COMSTECH.

Concernant les tableaux et graphiques suivants, il convient de noter que,
comme d'habitude, les données du dernier rapport datent d'il y a 3 ou 4 ans.

Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

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Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

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2. tab 3.3

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15:05

99.430

118.202

--

Page 1

46.430

1990

--

164.630

1985

495 012 12.204.44

1995

2005

829.678 5 198.07

74.999

203.40

--

64.70 46 022(1991)

--

--

--

--

--

--

68.25

220.56

74.03

141.82

--

--

--

--

--

--

--

207

493

51

Par
million
106.507

189.955 1 060.40

--

Par Population
Nombre
million millions

54.591

--

64.60 44 360(1994)

Nombre

179.136

489.289 8 862.32

Population
millions

55.210

Iraq
10.390

2.300

106.000 1 748.89

20.108

737.95

351.43

42.019 4 044.18

8.119 3 530.00

40.090

15.730

70.900

67.670

11.900

2.700

11.120

274.300 6.842.11

12.872

162.000 2.284.91

24.947

818.31

368.66

45.279 3.804.96

11.019 4.081.11

48.240 4.338.13

44.470

18.680

82.580

80.560

13.700

2.920

13.240

601 230 13 519.90

18 453

219 000 2 651.97

23 210

987.85

288.11

24 670 1 800.73

11 985 4 104.45

--

245 689 6 251.63

50.230

21.820

96.180

95.690

15.680

3.410

15.580

47.820

800 000 15926.76

21 792

259 800 2 701.19

27 219

--

284.45

30 968 1 975.06

1 892

998.76

554.84

57.170

25.462

106.014

106.018

17.350

3.508

931 759 16 298.00

26.011 1 021.56

105.963

329.597 3 108.99

999.48

36.858 2 124.43

32.350 9 191.00

--

63.40 17 460(1995)

27.70

144.00

103.90

21.20

--

--

21.00 3 288(1992)

6.10

--

--

--

--

--

--

--

--

72/07

36.23

155.77

141.36

25.35

5.41

940.85

--

--

--

--

--

--

3 393

341

--

75

--

299

1927

--

Jordan
57.220

10.228

--

842.70

--

730.345 3 045 459 4 169.89

--

122.70

717.99

613.218 13207.37

19.379

Malaysia
60.610

221.410 6 268.69

572.18 1826797 3 192.70

--

Nigeria
13.860

505.12 1496472 2962.55

704.17

--

335.284 7 011.38

Par
million

Tableau 3.3 Main d'œuvre S & T dans 11 pays musulmans

1980

88.680

187 548 1 271.60

1975

40.560

1970

321.68

147.490

Pays

25.400

773.94

619.887 16.749.18

Par
Population
Nombre
million
millions

78.960

105.000

Population
Nombre
millions

37.010

Par
million

--

135.670

Population
Nombre
millions

610.37

Par
million

68.120

71.950

441.000 13 223.29

Population
Par
Nombre
millions
million

33.350

167.528 5.018.81

Population
Nombre
millions

Bangladesh
117.880
33.380

39.300

--

Egypte
28.660
37.495 3 971.93

139.687 4 873.94

Pakistan
35.320
1098016 2 511.76

--

Indonésie
9.440

Soudan
437.15

--

Iran

Turquie

656.90 2 208 375 3 361.81

Total

Source : Annuaires statistiques de l'UNESCO, 1971-1991 & 1998
Rapport sur le Développement humain, PNUD, Université De
Boeck, 1999, pp. 197-200
Rapport sur le Développement humain, PNUD, 2007-2008
www.sesrtcic.com, 2005.

42

3. tab 3.4

19/09/08

15:06

Page 1

1995

2005

--

74.03

141.82

--

--

--

--

77

1990

122.70

220.56

1985

Tableau 3.4. Main d'œuvre R & D dans 11 pays musulmans

1980

55.58

--

0.70

1975

5 919

64.70

1970

106.507

203.40

Pays

41.38

692.51

Par
million
4 114

189.24

Par Population
Nombre
million millions
99.430

37 804

Nombre

26.07

33 899

Population
millions

2 311

54.591

Par
million

88.680

179.136

Par
Population
Nombre
million
millions

21.59

344.60

Population
Nombre
millions

1 704

128.53

Par
million

78.960

15.999

Population
Nombre
millions

--

21.159

Par
million

--

46.430

Population
Par
Nombre
millions
million

68.120

164.630

Population
Nombre
millions

Bangladesh

471.15

207

105.22

--

1 279

19 109

--

15 518

--

40.560

--

68.25

147.490

--

0.70

45.88

64.60

284.46

21.20

10 527

144.70

37.010

127.19

259.52

7 988

8 645

2 464

33.350

55.210

Egypte

19.379

164.76

56.33

6 224

115.21

5 499

2 693

33.380

1 794

135.670

47.820

27.75

15.580

3 271

--

356

2 636

28.660

111.78

--

117.880

--

--

Indonésie

1 479

5.41

39.300
13.240

25.35

29.22

0.10

324

0.20

11.120

6.10

13.13

21.00

104.91

911.81

134.83

123

472

3 006

15 819

9.440

3.508

Iraq

17.350

2.920

117.30
13.700

747.89

87.03

399
471.26

11 727

234

3.410

5 607

15.680

2.700

94.52

11.900

510.90

69.56

275

384.50

6 999

159

--

3 994

86

2.300

--

10.390

141.36

Jordan

0.10

29.68

103.90

2008

8.65

67.670

917

57.220

106.018

Malaysia

15.83

1 997

1 514

80.560

95.690

24.97

24.80

1 428

394

Nigeria

--

61.85

155.77

5 107

0.10

82.580

144.00

63.15

91.96

4 477

9 749

70.900

106.014

60.64

68.62

3665

6 599

60.610

21.820

96.180

Pakistan

50.230

378

256.85

-251.74

--

4 797

36.23
11 194

72/07

18.680

-44.470

0.30

243.29

27.70
209.40

63.40

3 826

322.12
8 394

259.13

15.730

8 201
40.090

14 814

238.67

25.462

175.16

57.170

3 307

220.90

6 186

83 490

293.21

13.860

656.90

6 397

35.320

120.21

11 095

Soudan

68 786

5 413

572.18

940.85

572.18

940.85

48 824

--

505.12

842.70

77.30

189.01

33 793

138 046

437.15

730.345

Turquie

Source : Annuaires statistiques de l'UNESCO, 1971-1991 & 1998
Rapport sur le Développement humain, PNUD, Université De Boeck, 1999, pp. 197-200
www.sesrtcic.com, 2005.

Total

127.09

Iran

43

4. tab 3.5

19/09/08

15:07

1970
1975
0,2
0,6
0,3
0,4
0,2
0,5
0,3
0,3
0,3
0,2
0,6
2,1
2,4
2,6

1980

0,2
0,1
0,5
0,3
0,3
0,6
0,3
0,3
0,4
0,3
0,7
2,7
2,6
0,4

1985

0,2
0,3
0,4
0,4
0,3
0,6
0,4
0,4
0,4
0,4
1,0
2,8
2,7
0,6

1990

-0,5
0,1
0,5
--0,4
---0,6
2,9
2,5
0,6

1995

0,6
0,2
0,1
0,7
--0,7
-0,2
0,3
0,7
3,1
2,7
1,0

2005

Page 1

Tableau 3.5. Dépenses R&D et pourcentage du PNB dans 11 pays musulmans

Pays
0,2
0,8
0,2
0,3
0,2
0,4
0,2
0,4
0,2
0,6
0,7
1,9
2,2
0,8

(Comparées aux dépenses R&D au Japon, aux U.S.A. et au Brésil)

Bangladesh
Egypte
Indonésie
Iran
Iraq
Jordan
Malaysia
Nigeria
Pakistan
Soudan
Turquie

-0,6
0,2
0,2
0,2
0,3
0,2
0,4
0,2
0,5
0,5
1,7
2,0
0,4

Source : Annuaires statistiques de l'UNESCO, 1971-1991 & 1998
Rapport sur le Développement humain, PNUD, 2007-2008, pp. 273-276.

44

5. tab figure2

19/09/08

15:08

Page 1

45

6. tab 3.6
19/09/08
15:09
Page 1

Tableau 3.6. Part des articles dans les principales revues scientifiques (1995-2005)

46

Pays

Total des documents publiés (1995-2005)

Egypte
Turquie
Malaysia
Arabie saoudite
Nigeria
Pakistan
Maroc, Algérie, Libye, Tunisie
Iran
Kazakhstan
Jordan
Bangladesh
Indonésie
Bahreïn
Mali
Niger
Soudan
Somalie
Cameroun
Ouganda
Yémen
Oman
EAU
Afghanistan
Irak
Syrie

22723
82407
10684
17475
9105
7832
10113
19114
2386
6384
4745
5118
853
588
611
1107
22
2343
1975
387
254
4389
55
819
1348

7. tab 3.7
19/09/08
15:10
Page 1

Tableau 3.7. Population, PNB par habitant, et Volume de marchandises
commercialisées dans une sélection de pays musulmans, 2005.

Pays

Population
(par Millions)

PNB par habitant
$US

Exportations
(Millions) $US

Importations
(Millions) $US

Sierra Leone
Ouganda
Tchad
Bangladesh
Guinée Bissau
Burkina Faso
Niger
Mali
Nigeria
Benin
Pakistan
Mauritanie
Egypte
Indonésie
Sénégal
Cameroun
Maroc
Jordan
Tunisie
Turquie
Algérie
Iran
Malaisie
Gabon
Oman
Arabie saoudite
Émirats arabes unis

5,53
-9,75
141,82
1,59
13,23
13,96
13,52
141,36
8,44
155,77
3,07
74,03
220,56
11,66
16,32
30,14
5,41
10,03
72,07
32,85
68,25
25,35
1,38
2,57
23,12
4,53

218
-396
467
177
396
240
379
564
514
689
560
1255
1279
708
1009
1694
2426
2889
4704
2727
2771
4963
5007
8999
11764
24213

158,5
-3032
9297
99
347
500
1135
42276,9
569
16051
564
10654
86179
1535,83
2829
11190
4301,76
10493,6
73476,41
46001,4
56252
140949
4860
18691,8
180737
115453

344,69
-1117
13889
119
1280
805
1632
17702
894,03
25357,3
750
19819
74935
3197,04
2890
20790
10506,1
13177
116774
20357
38238
114603
1370
8815,58
59409
80822,33

Source : www.sesrtcic.com
http://www.studentsoftheworld.info/infopays/rank/PNBH1.html (PNB par habitant $US).

47

8. tab 3.8

19/09/08

15:11

Page 1

10,1
3,0
11,3
0,3

32,9
2,5
18,9
15,2

728
257
730
236

Total
Population
en Millions

5,5
1,9
8,2
0,8

102,3
24,3
26,3
2,4

824
130,3
362,5
309,8

PIB en
milliards
$US

1427
2234
1792
5261

7062
15602
3808
7857

4337
10882
8407
15711

PIB $ par
habitant

25,7
51,2
39,3
96,3

69,9
81,4
80,8
99,5

71,4
88,7
87,4
82,9

2,1
2,3
5,4
7,1

5,1
3,6
3,9
4,4

3,9
6,2
3,7
6,8

-

0.2

0.2
0.7
0.7
-

-

54
457

493
299
241
140

Dépenses sur la
Taux
Dépenses sur
Chercheurs
Recherche et
d'alphabétisati l'éducation
en R&D / par
Développement
on des adultes % du PIB
million
% du PIB

Tableau 3.8. Important indicateur du développement scientifique et technologique dans une sélection de pays islamiques
Pays et Catégories
Pays avec une base
scientifique et industrielle
significative
I Egypte
Malaisie
Turquie
Arabie saoudite
Pays possédant une base
scientifique et industrielle
Algérie
II
Oman
Syrie
Kirghizstan
Pays ayant à peine de base
scientifique et industrielle
Tchad
III
Maldives
Mauritanie
Sénégal

Source : Rapport sur le Développement humain PNUD 2007-2008
www.sesrtcic.org (S&T Pays membres de l'OCI).

48

4. chapitre4

19/09/08

15:12

Page 49

CHAPITRE 4

ACQUISITION DES CAPACITES TECHNOLOGIQUES
POUR L'AVENIR

4.1. Les capacités technologiques

LNous avons vu dans les chapitres précédents que le développement
socioéconomique des pays islamiques varie considérablement d'un pays à
l'autre. Ce constat se fait encore davantage sentir lorsqu'on prend en
considération les données S&T. Les pays islamiques se divisent, comme il a été
noté, en trois catégories distinctes, à savoir (a) ceux qui possède un
développement humain élevé mais une infrastructure S&T insuffisante ; (b) ceux
dont le développement humain est moyen ou faible mais possèdent une
infrastructure S&T relativement avancée ; et (c) ceux qui se caractérisent par la
faiblesse autant de leur développement humain que de leur infrastructure S&T. La
majorité des pays islamiques africains appartiennent à cette dernière catégorie.
Si, à l'exception de Djibouti, de la Mauritanie et de la Somalie, les Etats arabes
se classent à un niveau confortable dans l'indicateur du développement
humain (Tableau 2.1, Ch. 2), les données font état d'un niveau supérieur de
dénuement économique pour les pays islamiques asiatiques et africains, en
particulier pour les moins développés parmi ces derniers (IDH 0,32). Ce constat
est valable aussi pour la science et la technologie. Les déficiences sont on ne
peut plus apparentes dans la faiblesse des infrastructures S&T, la distorsion des
implications politiques, l'allocation inadéquate des budgets pour la recherche
S&T, le peu d'attention accordée à la promotion des entreprises, et l'absence
de liens entre les instituts de recherche et l'industrie. Tout ceci contribue
évidemment au sous-emploi des ressources, notamment des capacités
scientifiques et technologiques disponibles.
On néglige aussi le fait que la recherche scientifique et technologique, pour peu
qu'elle soit judicieusement associée à des plans économiques pertinents, peut
générer un développement économique remarquable dont les avantages
peuvent, dans la mesure où ils sont correctement exploités, contribuer tout
autant à ce développement économique remarquable. Il est donc grand
temps de corriger cette défaillance dans la planification économique. Pour y
parvenir, cependant, il est indispensable que chaque pays prenne des mesures
stratégiques efficaces permettant la construction des capacités
technologiques. Mais il n'y a pas de plan passe-partout convenant à tous les
pays : chaque pays doit élaborer son propre plan d'action et ses projets de
développement. Ceci est manifeste dans les différentes options offertes, tant
pour le choix de la technologie que de la construction des capacités (Tableau
4.1). Selon une étude des Nations unies (1987), la construction des capacités
technologiques comporte trois aspects majeurs, à savoir :
a) La sélection des équipements et matériels nécessaires à la production
de biens et services spécifiques ;
b) L'assimilation et la diffusion de ces technologies dans l'économie
d'accueil ; et
c) La mise au point des capacités locales pour l'innovation (Huq, 1999).
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

49

4. chapitre4

19/09/08

15:12

Page 50

Dans les pays où l'agriculture, par exemple, est la principale source de revenu
national, le choix technologique devra manifestement porter sur les
biotechnologies agricoles et les systèmes alimentaires (ce point est examiné en
détail plus loin). D'autres pays qui ont une forte économie et ne dépendent que
marginalement du revenu de l'agriculture, peuvent souhaiter l'acquisition de telles
technologies pour accroître la valeur ajoutée de leurs produits agricoles, tant sur le
plan de la production, du conditionnement et de la commercialisation et, partant,
leur permettre d’intégrer les industries en aval, comme ce fut le cas de la Malaisie.
Tableau 4.1.

Les éléments de capacité technologique
Source : Technology acquisition and Domestic learning, 2007.
http://www.scidev.net/en/policy-briefs/technology-acquisition-and-domesticlearning.html.

4.2. Obstacles à la construction des capacités scientifiques et
technologiques

La plupart des pays islamiques, qu'ils soient de la catégorie du développement
élevé, moyen ou faible, doivent examiner prudemment les obstacles qui
entravent le développement S&T. Ces obstacles peuvent revêtir diverses
formes, notamment :
- Manque de partage des connaissances : Il n'est pas recommandé de
faire des comparaisons avec les pays avancés qui mènent
actuellement la troisième révolution technologique. Nous sommes
confrontés maintenant à un nouveau paradigme technique, à savoir
que cette nouvelle connaissance n'est pas à partager avec les pays en
développement.

- Technologies à forte intensité capitalistique : Si, à ce stade, les pays
islamiques pensent à la "technologie de pointe", ils doivent savoir que
celle-ci est trop exigeante en investissements. La National Science
Foundation des USA a classé celles-ci comme des technologies "hightech", dans lesquelles les dépenses R&D représentent 10% de la valeur
ajoutée par produit. En 1990, les dépenses sur ces industries
(pharmaceutiques, matériels de bureau, équipements électriques et
électroniques, aérospatiale, missiles et satellites) aux USA constituaient
23% de leurs revenus (contre 7,5% pour l'ensemble de l'industrie).
50

4. chapitre4

19/09/08

15:12

Page 51

- Insuffisance de l'investissement dans le capital humain : Le
développement de la main d'œuvre S&T exige une longue période de
gestation ainsi qu'une part importante des ressources financières, tant
publiques que privées. Cet obstacle disparaît, cependant, dès lors que
l'investissement dans l'enseignement s'inscrit dans le cadre de la
construction du capital humain, avec des taux de rendement privés et
sociaux élevés, et où la valeur ajoutée est exprimée par le renforcement
des capacités technologiques, (pour peu que la qualité de
l'enseignement soit adéquate) et, par l’orientation du tertiaire vers
l'entreprise.

- Insuffisance de la coopération internationale : Toute importante que
soit la construction des capacités technologiques nationales, elle restera
peu efficace sans la coopération internationale. Les opportunités de
coopération ne manquent pas, même au sein des pays islamiques, et
continuent de croître rapidement. L'idéal serait, dans ce contexte,
d'intégrer les plans de Recherche et Développement sous l'ombrelle des
organisations de l'OCI.

- Insuffisance du financement : Dans certains pays islamiques, des
sommes considérables sont consacrées à l'acquisition des équipements
de défense (annexé au tableau IV). La construction des capacités
technologiques requiert qu'une partie de ces fonds soit confiée aux
secteurs public et privé à des fins de R&D. En effet, la recherche en
matière de défense peut collatéralement bénéficier aux industries, tant
en amont qu'en aval.
- Insuffisance de la promotion des entreprises : La promotion des
entreprises ne doit pas non plus être négligée. Des incitatifs doivent être
introduites, au niveau des directions, pour la promotion des fonctions
entrepreneuriales dans des domaines technologiques pertinents. Cette
action sera d'autant facilitée si l'on parvenait à assurer le lien entre les
entreprises d’une part et les instituts de recherche et les universités,
d’autre part.

4.3. Quelques principes directeurs pour la construction des capacités
technologiques
Les paragraphes qui suivent sont fournis à titre d'illustration et proposent des choix
qui, en fonction des circonstances, peuvent servir de principes directeurs :

Conception d'une politique S&T cohérente susceptible de promouvoir le rôle
de la science et de la technologie : La toute première mesure pour la
construction des capacités scientifiques et technologiques est d'identifier les
besoins nationaux et de consolider son assise, à la faveur des besoins identifiés.

Développement du capital humain : Il est essentiel d'assurer un enseignement
et une formation S&T de grande qualité, à tous les niveaux, à même de forger
une main d'œuvre durable et continue susceptible de répondre aux besoins
nationaux. Tout doit être mis en œuvre pour attirer, promouvoir et retenir les
talents scientifiques et technologiques de la nation. Cette initiative doit
commencer dès le début des études jusqu'à l'enseignement supérieur. Une
attention particulière doit être accordée aux techniciens de haut niveau
(formation professionnelle) ainsi qu'à l'enseignement supérieur et à la
recherche locale.
Stratégie pour les Sciences,la Technologie et l’Innovation ...

51

4. chapitre4

19/09/08

15:12

Page 52

Assurer la collaboration régionale et internationale : Des réseaux virtuels de
centres d'excellence doivent être mis en place dans le but d'assurer, au moyen
des technologies de l'information et de la communication (TIC), le lien entre les
professionnels en différents endroits travaillant sur des questions similaires. Ceci
permettra d'accroître l'efficacité potentielle des centres individuels et donner un
accès équitable à la connaissance actuellement disponible. Par ailleurs, il faut
promouvoir la coopération régionale entre les pays, sous forme de coopération
Sud-Sud, ainsi que les systèmes des échanges. Il convient aussi de favoriser
l'utilisation de la coopération Nord-Sud.
Le partenariat public - privé : Le secteur privé est désormais une force
mondiale primaire dans la recherche et le développement S&T, bien qu'il ne
soit pas possible de dépendre entièrement du secteur privé. Les partenariats
public-privé doivent être encouragés au moyen de financements qui
rapprocheront les principaux partenaires et favoriseront la recherche conjointe.

Le financement : Des fonds sont nécessaires pour soutenir le financement de
la recherche et développement national de haut niveau dans les secteurs
d'importance stratégique. De nouveaux mécanismes innovateurs et créatifs
sont nécessaires pour compléter les initiatives nationales et s'assurer un
financement international adéquat pour la construction des capacités
technologiques.

4.4. L'enseignement et la recherche

On n'insistera jamais assez sur l'importance de l'enseignement et de la
recherche pour le développement des capacités technologiques.
L'investissement dans la construction du capital est, en réalité, synonyme de
l'investissement dans la construction des capacités technologiques, car les taux
de rendement social seront élevés. Le groupe africain des pays islamiques lutte
âprement pour relever le niveau d'alphabétisation et les taux de participation
dans les cycles du primaire et du secondaire. Mais il reste encore beaucoup à
faire aux niveaux tertiaires, en particulier dans le domaine de la recherche
scientifique et technologique. Le groupe asiatique des pays islamiques, qui a
investi dans l'enseignement scolaire, a réussi à mettre au point un ensemble
intellectuel substantiel de disciplines S&T.

52

Ces pays islamiques, qui se classent parmi les nations à développement
humain élevé, ont mis en place de bonnes institutions du secteur tertiaire, mais
les excellents programmes d'enseignement ne sont pas généralement assortis
d’une recherche fondamentale ou appliquée de haut niveau. Les universités
n'ont pas, globalement, réussi à servir de moteurs de développement. Et
compte tenu de l'invasion des nouvelles technologies, la demande pour les
universités s'accroît considérablement. Cet état de fait exige de profondes
réformes dans (a) les affectations budgétaires pour l'enseignement, (b) les
budgets consacrés à la recherche dans les universités et les instituts de
recherche, (c) les crédits alloués aux instituts R&D, et (d) l'élaboration de cursus
pour les différents cycles de l'enseignement, en particulier l'enseignement
scientifique, sans négliger cependant les besoins en technologies de
l'information. La recherche scientifique et technologique dans l'enseignement
supérieur (études universitaires du niveau troisième cycle et doctorat) doit être
soutenue par l'industrie, qui est, en définitive, l'utilisateur final.


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