Mémoire de Master Cyrille Talla Sandeu Linguistique appliquée 2020 .pdf



Nom original: Mémoire de Master-Cyrille Talla Sandeu - Linguistique appliquée - 2020.pdfAuteur: cyrille sandeu

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i

UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ I

THE UNIVERSITY OF YAOUNDÉ I
FACULTÉ DES ARTS, LETTRES ET
SCIENCES HUMAINES
*******
CENTRE DE RECHERCHE ET DE
FORMATION DOCTORALE EN ARTS,
LANGUES ET CULTURES
*******
UNITÉ DE RECHERCHE DE
FORMATION DOCTORALE EN
LANGUES ET LITTERATURE
*******
DÉPARTEMENT DE LANGUES
AFRICAINES ET LINGUISTIQUE

FACULTY OF ARTS, LETTERS
AND SOCIAL SCIENCES
*******
POSTGRADUATE SCHOOL IN
ARTS, LANGUAGES AND
CULTURES
*******
DOCTORAL RESEARCH UNIT
FOR LANGUAGES AND
LITTERATURE
*******
DEPARTMENT OF AFRICAN
LANGUAGES AND LINGUISTICS

DE LA STANDARDISATION DU KWÁʔ :
D’UNE ESQUISSE MORPHOLOGIQUE À
L’ORTHOGRAPHE
Mémoire présenté en vue de l’obtention d’un Master en Linguistique appliquée

Par

Cyrille TALLA SANDEU
Licencié en Linguistique appliquée

Supervisé par
Etienne SADEMBOUO
Professeur

Février 2020

i

DÉDICACE

la famille SANDEU

ii

REMERCIEMENTS
Nous ne saurons présenter ce travail sans toutefois témoigner notre gratitude à l’endroit
de tous ceux et celles qui ont contribué de près et de loin à sa réalisation.
Nous voudrons exprimer notre reconnaissance particulièrement au Pr Etienne
SADEMBOUO qui nous a inculqué la rigueur du travail scientifique en linguistique. Il a bien
voulu perpétuer cela en acceptant de diriger ce travail. Il a suivi de bout en bout cette étude sur la
langue kw Ɂ. En plus d’être un directeur, il a été vraiment un tuteur.
Nous tenons à remercier aussi de toute évidence la Pr Florence TABE, Chef de
Département de Langues africaines et Linguistique, qui nous a toujours motivé à aimer la
linguistique de part ses enseignements et ses conseils.
Nous ne saurons omettre de témoigner notre reconnaissance à l’endroit de tous nos
enseignants du Département de Langues africaines et Linguistique pour leur apport en tant que
personnes ressources à l’accomplissement de ce travail.
Nos remerciements vont également à l’endroit du Dr Maxime MANIFI, Dr Paul Roger
BASSONG, Dr Gaston BESSALA, Dr Gabriel DJOMENI, Dr Adriel BEBINE, M. Etienne
PONDI, M. Olivier MOUSSA, qui au-delà du soutien, des encouragements, des conseils et des
suggestions, ont accepté de lire partiellement ou totalement ce travail en y apportant des
remarques et suggestions.
Toute notre gratitude est aussi manifestée à l’endroit de M. Lucien BANGMI, M.
Philippe HEYA, M. Patience YESSE, M. Jean NYAMBE, Mme Justine MBUITCHO, nos
informateurs qui n’ont ménagé aucun effort pour nous fournir des données et nous guider dans le
recueil de celles-ci.
Nous témoignons enfin notre gratitude à Maman Alice MAFFO, Maman Béatrice
FOTSING, M. Landry KENGNE, Mlle Myriam MABUGUIA, M. Remy TADJOU, M. Cédric
OTTOU, M. Manassé HEUYA, Mlle Raïssa NKOMO, M. Gervais GANDJENE, M. Pierre
ESSOMBA, M. Éric GUITA, Mlle Lydie KOUESSI, Mlle Tatiana ADJIFACK, Mme Rhoda
AMANDONG, Mlle Gilberte NKAMENI, Mlle Princesse KENFACK ainsi que tous ceux et
celles qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à la réalisation de cette entreprise.

iii

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1: Fiche d’identification des informateurs ....................................................................... 7
Tableau 2: Phonèmes consonantiques selon tientcheu tchameni (2008 :40) ............................... 20
Tableau 3: Phonèmes vocaliques selon tientcheu tchameni (2008 :40) ....................................... 20
Tableau 4: Tonèmes selon tientcheu tchameni (2008 :40)........................................................... 21
Tableau 5: Phonèmes consonantiques .......................................................................................... 29
Tableau 6: Phonèmes vocaliques ................................................................................................. 30
Tableau 8: Combinaisons dissyllabiques ..................................................................................... 38
Tableau 9: Distribution des phonèmes en cv ............................................................................... 45
Tableau 10: Distribution des phonèmes consonantiques en cvc .................................................. 46
Tableau 11: Préfixes des nominaux indépendants ....................................................................... 51
Tableau 12: Structures des thèmes monosyllabiques ................................................................... 53
Tableau 13: Structures des thèmes dissyllabiques ....................................................................... 54
Tableau 14: Structures des thèmes trisyllabiques ....................................................................... 55
Tableau 15: Récapitulatif des préfixes nominaux du kw ʔ ......................................................... 59
Tableau 16: Classification nominale du kw ʔ ............................................................................. 64
Tableau 17: Classes nominales en m d mb .............................................................................. 66
Tableau 18: Classes nominales en ghɔm l ' ................................................................................ 67
Tableau 19: Genres du kw ʔ ........................................................................................................ 70
Tableau 20: Adjectifs possessifs du kw ʔ.................................................................................... 76
Tableau 21: Quantitatifs de la langue kw ʔ ................................................................................. 79
Tableau 22: Pronoms personnels sujet et objet ............................................................................ 80
Tableau 23: Pronoms personnels emphatiques ............................................................................ 81

iv

Tableau 24: Pronoms personnels réfléchis ................................................................................... 82
Tableau 25: Quelques numéraux cardinaux ................................................................................. 84
Tableau 26: Quelques numéraux ordinaux .................................................................................. 86
Tableau 27: Interrogatifs de la langue kw ʔ ................................................................................ 87
Tableau 28: Quelques verbes à l’infinitif ..................................................................................... 89
Tableau 29: Répartition des aspects inhérents ............................................................................. 96
Tableau 30: Graphèmes de l’alphabet du kw ʔ ......................................................................... 127

v

LISTE DES CARTES

Carte 1 : Carte linguistique de la région du Littoral..................................................................... 11
Carte 2: Carte linguistique du département du Nkam .................................................................. 12

LISTE DES PHOTOGRAPHIES

Image 1: Liste de mots à analyser dans le logiciel Cog.............................................................. 117
Image 2: Détails des mots ndàʔndàʔ........................................................................................... 118
Image 3: Fréquences des segments ............................................................................................. 119
Image 4: Matrice de similarité sur le plan lexicale ..................................................................... 119
Image 5: Comparaison entre le kw ʔ et le ndàʔndàʔ.................................................................. 120
Image 6 : Comparaison entre le kw ʔ et le m d mb ................................................................ 121
Image 7: Comparaison entre le ndàʔndàʔ et le m d mb .......................................................... 121
Image 8: Présentation de l’analyse sous forme arborescente ..................................................... 122

vi

SIGNES CONVENTIONNELS ET ABREVIATIONS

#

limite de mot

( )

avec un chiffre indique

CERDOTOLA Centre international de
Recherche et de
Documentation sur les

l’exemple

Traditions et les Langues

/ /

valeur phonologique

[ ]

valeur phonétique

CL

Classe nominale

| |

valeur morphologique

COND

Conditionnel

« »

traduction française

DEM

Démonstratif



indique le résultat

E.G.G

Evaluation globale de Groupe

ACC

Accompli

FUT

Futur

ADJ

Adjectif

I, II, III

Genre (I, II, III)

ADV

Adverbe

IMP

Impératif

AGLC

Alphabet général des Langues

INCH

Inchoatif

camerounaises

IND

Indicatif

et. al.

et autres

INF

Infinitif

ALCAM

Atlas linguistique du

INS

Institut national de la

africaines

Cameroun
ANACLAC

Association nationale des

Statistique
N

Nom

NEG

Négation

NUM

Numéral

international

Ø-

Morphème zéro

ASP

Aspect

PA

Préfixe d’accord

BV

Base verbale

PL

Pluriel

C

Consonne

POSS

Possessif

PRS

Présent

Comités de Langues
camerounaises
API

Alphabet phonétique

vii

PST

Passé

TB

Ton bas

PV

Préfixe verbal

TH

Ton haut

REL

Relatif

UNESCO

Organisation

RTT

Recorded Text Testing

SBJV

Subjonctif

TM

Ton moyen

SG

Singulier

V

Voyelle

SIL

Société

des

Nations

unies pour l’éducation, la

internationale

Linguistique

science et la culture

de

viii

R SUMÉ
Le présent travail porte sur une description du kwa', langue Bantu-Grassfield du
Cameroun. Cette étude voudrait être une contribution à la préservation du patrimoine linguisticoculturel qu’est le kwa', à la standardisation de son écriture et à l’élaboration future du matériel
didactique pour son enseignement, bref c’est une contribution à sa promotion, comme la
politique linguistique du Cameroun le préconise. Il est question pour nous ici de voir dans
quelles mesures nous pouvons continuer le processus de standardisation de cette langue qui est
en grand danger de disparition selon Bitjaa Kody (2004), et suivant les critères de l’UNESCO
(2003). Pour ce faire, nous nous proposons de décrire la structure morphologique de la langue
kwa', dans le but d’élaborer les principes d’une orthographe standard de celle-ci basée sur les
règles qui découlent principalement de la description de la structure phonologique et
morphologique de ladite langue, ainsi que sur d’autres considérations sociolinguistiques et
pratiques. Pour réaliser la description du kwa', nous avons procédé à une collecte de données
constituées de plus de 600 mots et expressions adaptés du questionnaire de Bouquiaux (1976),
transcrits en API. Nous avons eu recourt à l’approche structurale de F. de Saussure à travers ses
branches fonctionnaliste de Martinet (1980) et distributionnelle de Bloomfield (1933) pour
analyser nos données. Après avoir revisité l’esquisse phonologique réalisée par Tientcheu
Tchameni en 2008, nous avons découvert que la langue possède 43 phonèmes (27 consonnes au
lieu de 29, 16 voyelles au lieu de 17) et 5 tonèmes, lesquels constituent la base du choix des
graphèmes de l’alphabet. Nous nous sommes également appuyé sur certains travaux antérieurs
pour mettre en exergue la structure syllabique des mots, identifier les classes nominales (06) et
les morphèmes d’accord des nominaux dépendants, décrire sommairement le système verbal en
ce qui concerne les temps, les aspects et les modes des verbes (05). Concernant la question de la
standardisation du kwa', nous nous sommes servi du processus décrit par Wiesemann et al.
(1983) et Sadembouo (2001) pour présenter la situation dialectale de ladite langue, sa
standardisabilité, sa vitalité ainsi que son unicité basée sur l’intercompréhension entre les
variétés linguistiques de l’aire géographique considéré par opposition au bilinguisme entre le
kwa' et les langues voisines. Ici, le recours au logiciel Cog a permis de comparer les variétés
linguistiques et d’établir le degré de similarité lexicale entre le kwa' et les parlers voisins et
lointains ( nda'nda' 41.5% , m d mbα 40%) qui donne des scores qui font des parlers considérés
des langues distinctes nettement. Pour clore cette analyse, nous avons élaboré et proposé un
certain nombre de principes orthographiques basés sur les conclusions de l’analyse descriptive et
sociolinguistique réalisée en amont, tout en suivant Kay Williamson (1984) sur les qualités d’une
bonne orthographe basée sur la fidélité, la cohérence, la praticabilité/la commodité,
l’harmonisation et la familiarité d’une part, et d’autre part en suivant les principes de l’AGLC
dans Tadadjeu et Sadembouo (1984) pour la graphisation des sons, des tons et des mots. Ces
principes orthographiques développés et proposés incluent aussi l’écriture des préfixes nominaux
/ préfixes de classe et leurs thèmes comme un seul mot, les déterminants des nominaux
(possessif, démonstratif, etc…) comme des mots séparés. Aussi, les mots composés comme un
seul mot (nda = maison + ŋgwɔ' = termites -----> ndaŋgwɔ' = termitière), des mots redupliqués
comme un seul mot (nɛnɛp = entre-eux), l’adoption et l’intégration morpho-phonologique des
mots d’emprunt, les marqueurs de temps, aspects et modes des verbes comme liés au radical
verbal ; c’est-à-dire en un seul mot, mais le marqueur de la négation (ka et ki) est séparé du
verbe. Mais toutes ces propositions faites ont besoin d’être adoptées et pratiquées par les
locuteurs du kwa' afin de s’assurer de la viabilité de l’écriture standard proposé et du système
d’écriture adéquat et fiable pour tous.

ix

ABSTRACT
This work focuses on a description of Kwa', the Bantu-Grassfield language of Cameroon. This
study is intended to contribute to the preservation of the linguistic and cultural heritage of Kwa',
to the standardization of its writing and to the future development of educational materials for its
teaching. In short, it is a contribution to its promotion, as advocated by Cameroon's language
policy. Our objective here is to see to what extent we can continue the process of standardization
of this language, which is in great danger of extinction according to Bitjaa Kody (2004), and
according to the criteria of UNESCO (2003). In order to do so, we propose to describe the
morphological structure of the Kwa' language, with the aim of elaborating the principles of a
standard orthography of this language based on the rules that derive mainly from the description
of its phonological and morphological structure , as well as other sociolinguistic and practical
considerations. To carry out the description of Kwa', we collected data consisting of more than
600 words and expressions adapted from Bouquiaux's questionnaire (1976) and transcribed into
IPA. We used F. de Saussure's structural approach through Martinet's functionalist branch (1980)
and Bloomfield's distributional branch (1933) to analyze our data. After revisiting the
phonological sketch made by Tientcheu Tchameni in 2008, we discovered that the language has
43 phonemes (27 consonants instead of 29, 16 vowels instead of 17) and 5 tonemes, which form
the basis for the choice of graphemes of the alphabet. We have also relied on some previous
work to highlight the syllabic structure of words, identify the nominal classes (06) and the
agreement morphemes of the dependent nouns, and describe summarily the verbal system with
regard to tenses, aspects and moods of verbs (05). Concerning the question of standardization of
Kwa', we used the process described by Wiesemann et al. (1983) and Sadembouo (2001) to
present the dialectal situation of that language, its standardizability, vitality and uniqueness based
on intercomprehension between the linguistic varieties of the geographical area under
consideration as opposed to bilingualism between Kwa' and neighboring languages. Here, the
use of the Cog software made it possible to compare the linguistic varieties and to establish the
degree of lexical similarity between Kwa' and neighboring, distant languages (nda'nda' 41.5%,
m d mbα 40%). It gives scores that make these languages considered as distinct languages. To
conclude this analysis, we developed and proposed a number of orthography principles based on
the conclusions of the descriptive and sociolinguistic analysis carried out earlier, while following
Kay Williamson (1984) on the qualities of good orthography based on fidelity, coherence,
practicability/convenience, harmonization and familiarity on the one hand, and on the other hand
following the principles of GACL in Tadadjeu and Sadembouo (1984) for the graphization of
sounds, tones and words. These orthography principles developed and proposed also include the
writing of the nominal / noun prefixes and their themes as a single word, the determinants of the
nominals (possessive, demonstrative, etc...) as separate words. Also, compound words as a single
word (nda = house + ŋgwɔ' = termites -----> ndaŋgwɔ' = termite mound), reduplicated words as a
single word (nɛnɛp = among themselves), morphophonological adoption and integration of
borrowed words, the tenses, aspects and moods markers of verbs as related to the verbal root; i.e.
in a single word, but the marker of negation (ka and ki) is separated from the verb. However, all
these proposals made need to be adopted and practiced by the speakers of kwa' in order to ensure
the viability of the proposed standard orthography and the adequate and reliable writing system
for all.

1

INTRODU TION G N RALE
Il nous semble judicieux de faire une présentation de la langue que nous allons explorer,
ainsi que sur le sujet. Il nous incombe également de présenter les raisons qui nous ont motivé
pour le choix de ce sujet. Nous poursuivrons par la présentation de la situation géolinguistique
de ladite langue, ensuite nous donnerons un aperçu historique de la communauté linguistique
cible. Nous donnerons après la situation socio-culturelle de la langue, sa situation
économique, sa situation dialectale ainsi que sa classification linguistique. Nous indiquerons
également l’état et l’importance de la recherche sur celle-ci. Un accent particulier sera
évidemment mis sur les approches théoriques et la méthodologie à employer au cours de cette
étude ainsi que sur la méthode de travail et les sources de données. In fine, nous présenterons
une organisation du contenu de ce travail.
1. JUSTIFICATION DU CHOIX DU SUJET
Contrairement à plusieurs langues grassfields, la langue kw ʔ n’a pas fait l’objet d’un
interêt particulier de la part des linguistes. Cette langue a une population très faible et
jusqu’aujourd’hui, elle n’a pas fait l’objet d’un réel projet de standardisation même si chaque
travail éffectué sur une langue participe à sa standardisation. D’après INS (Institut national de
la Statistique (agence du Littoral (2015 :48)), l’arrondissement du Nord-Makombe a une
superficie de 734 km2 et compte 3999 habitants avec une densité moyenne de 7,5 habitants au
km2. La langue de cette localité est ignorée du grand public et risque de disparaitre.
Néanmoins, notons que E. Brye (SIL) et E. Domche Teko (2000) ont mené une
recherche intitulée première évaluation globale de la situation sociolinguistique chez les kwa'
(ALCAM : 990), et Tientcheu Tchameni (2008) a été la première et la seule à jeter les
prémisses d’une étude scientifique de la langue à travers son mémoire de Master intitulée
esquisse phonologique du kw ' (code ALCAM 990) et proposition d’une orthographe.
Compte tenu du statut du kw ʔ relevé par la Société internationale de Linguistique
(SIL), Bitjaa Kody (2004 :513) affirme que : « Les langues camerounaises en grand danger
(GD) ont un nombre de locuteurs inférieur à 10.000. Elles ne sont utilisées, ni à la radio, ni
dans la musique. ». Puisque le kw ʔ est une langue nationale, non écrite et en grand danger,
nous nous sommes engagé à collecter et à analyser les données afin d’en assurer la sauvegarde
et la promotion.

2

Nous avons constaté que Tientcheu Tchameni (2008) a commencé le processus de
standardisation à travers une analyse phonologique et une proposition de l’orthographe de la
langue kw ʔ. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de continuer dans la
même lancée en partant des bases morphologiques de la langue pour améliorer l’orthographe
du kw Ɂ. Cette amélioration tient en compte les délimitations des mots.
L’une des raisons majeures qui nous a poussé à nous intéresser à cette étude
d’amélioration de l’orthographe se situe à trois (03) niveaux, à savoir social, scientifique et
personnel. Sur le plan social, l’élaboration de cette orthographe permettra à la communauté
kw ʔ de pouvoir apprendre à lire et écrire leur langue, de voir celle-ci être enseignée dans
leurs écoles à leurs enfants et participera à la sauvegarde de ce patrimoine. Sur le plan
scientifique, il a été question non pas de s’arrêter au niveau de l’orthographe des graphèmes
(consonnes, voyelles et tons) mais de présenter une délimitation des mots basée sur notre
étude morphologique. Sur ce même plan, notre travail contribue à la documentation
linguistique d’une langue en danger. Au niveau personnel, il a été question pour nous de
participer à la sauvegarde d’une langue camerounaise en grand danger de disparition telle que
relevé par Bitjaa (2004). Nous voudrions contribuer à notre manière au développement des
langues africaines en général, et des langues camerounaises en particulier. Aussi, voudrionsnous confier cette contribution aux locuteurs kw ʔ et aux linguistes chercheurs, pour leur
permettre d’écrire la langue.
Par ailleurs, le contexte sociopolitique actuel qui est le n tre semble être un atout
permettant l’utilisation de la langue maternelle pour enseigner les « cultures nationales ».
L’importance de la langue première dans la confection et la promotion du « bouquet du
multiculturalisme » relevée par Biya (1987 :117) et la mise en place de la Commission
nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme est donc à souligner ici.
Les motivations ainsi présentées, Il est donc important de préciser la question centrale à
laquelle nous allons dans notre analyse apporter quelques éléments de réponse. Il s’agit de la
problématique de notre étude.
2. PRO L MATIQUE
Le kw ʔ est l’une des multiples langues camerounaises qui est restée longtemps sans
réel travail scientifique. Cette situation est certainement due à l’accès difficile à la zone
d’étude qu’est le département du Nkam dans la région du Littoral, Cameroun. Sans réel travail
pour sa promotion et sa sauvegarde, cette richesse du patrimoine linguistique mondial

3

risquerait de disparaitre. Dès lors, nous nous proposons de répondre à la question de savoir
comment parvenir au développement et à la promotion du kw Ɂ, tout en documentant ce
patrimoine en grand danger de disparition ? Ou encore que faire afin de promouvoir et de
documenter le patrimoine linguistique en grand danger de disparition qu’est le kw Ɂ ?
De cette problématique, nous pouvons ressortir l’objectif principal de notre recherche,
et ainsi que les objectifs secondaires qui en découlent.
3. L’O JETIF PRINCIPAL DE LA RECHERCHE
Notre étude s’inscrit dans un processus de standardisation des langues à tradition non
écrite. Il sera question de mener une étude morphologique de la langue kw ʔ afin d’améliorer
la norme de lecture et d’écriture de ladite langue proposée par Tientcheu Tchameni (2008).
Cette amélioration se repose principalement sur la délimitation des mots. Pour finir, nous
allons présenter les bases ou fondements du développement et de l’usage de la forme écrite de
la langue kw ʔ.
Après avoir présenté l’objetif principal de notre étude, il nous incombe de présenter les
objectifs secondaires qui se rattachent à ce « grand » objectif et qui constitueront les
différentes axes du développement de notre étude.
4. OBJECTIFS SECONDAIRES DE LA RECHERCHE
Les objectifs secondaires de cette étude découlent de ce qui précède. Nous avons notre
objectif principal qui est d’analyser la morphologie de la langue afin de faire une amélioration
de l’orthographe avec une emphase sur la délimitation des mots orthographiques kw ʔ.
Notre objectif principal se décline en objectifs spécifiques suivants :
-

vérifier les phonèmes et les tonèmes de la langue kw ʔ ;

-

décrire le comportement des éléments morphologiques dans cette langue ;

-

établir quelques prérequis pour la standardisation du kw Ɂ ;

-

sur la base des caractéristiques d’une bonne orthographe, proposer un alphabet et
les principes orthographiques améliorés de ladite langue ;

L’atteinte de ces objectifs est le but recherché dans notre étude. Pour les atteindre, il
importe de répondre aux différentes questions de recherche proposées ci-dessous.

4

5. QUESTIONS DE RECHERCHE
En fonction des objectifs que nous nous sommes fixés, nous nous proposons d’examiner
les questions découlant de notre problématique. Il s’agit de :
-

Quels sont les phonèmes et les tonèmes retenus pour la langue kw ʔ ?

-

Comment se comportent morphologiquement le nom et le verbe en kw Ɂ ?

-

Sur quels éléments peut-on se fonder pour la standardisation de la langue kw Ɂ ?

-

Quels sont l’alphabet et les normes orthographiques améliorés qu’on peut proposer
en tenant en compte les caractéristiques d’une bonne orthographe ?

Ces questions de recherche n’entrainent pas des hypothèses. Pour répondre à ces
questions, il nous importe d’adopter une méthodologie de travail qui nous mènera à des fins
objectives.
6.

ADRE TH ORIQUE
Il s’agit ici de présenter le cadre d’analyse théorique qui nous a guidé tout au long de

notre étude afin de mieux apprécier et supporter nos analyses. Nous avons donc fait recours à
la théorie structuraliste de Ferdinand De Saussure à travers l’école fonctionnaliste d’André
Martinet (1980) ainsi que l’école américaine de Leonard De Bloomfield (1933). Le
fonctionnalisme nous permet de déterminer la fonction de chaque élément, plus précisément
en phonologie en ce qui concerne l’établissement de la fonction distinctive des sons du
langage. Nous l’avons utilisé pour mieux apprécier les paires minimales des sons que notre
prédecesseure n’avait pas identifié comme phonème de la langue kw Ɂ. D’après ce courant de
pensée, les phonèmes n’ont pas de sens lorsqu’ils sont en isolation, mais permet de
différencier formellement des unités qui ont des sens différents. Prenons en exemple les
phonèmes /ɣ et kx dans d ɣ

« avoir, posséder , d kx « br ler » respectivement. Nous

constatons bien que ces deux phonèmes ont une fonction distinctive lorsqu’ils se retrouvent
dans les paires de mots kw Ɂ présentée. Le distributionnalisme quant à lui d’après JeanPhilippe Soh (2014 :14) permet de « décrire les places des segments les uns par rapport aux
autres, dans un ensemble rigoureusement synchronique d’énoncés et de mesurer les diverses
contraintes systématiques ». Pour ajouter à ce que Soh (2014) affirme, nous précisons que
dans le cadre de notre analyse morphologique, il s’est agit au travers de ce courant de pensée,
de segmenter nos différentes phrases ou éléments de la chaine parlée en unités distinctives en

5

fonction des positions de chaque élément dans l’énoncé c’est-à-dire leur environnement. C’est
donc cet ensemble de principes généraux de l’analyse linguistique structurale et synchronique
qui va nous guider tout au long de notre analyse. Nous avons également eu recours à
l’approche sociolinguistique. Cette approche met en relation les langues et la société car
d’après Sadembouo (2001 :25), « la sociolinguistique aborde les faits linguistiques non pas en
les décrivant, mais plut t du point de vue du rapport qu’ils entretiennent avec la société, les
usagers des langues et, les acteurs de ces faits linguistiques ». Cette approche nous a guidé
lors de l’analyse des représentations et des attitudes linguistiques des locuteurs kw ʔ
recueillies auprès de ceux-ci, dans le développement des aspects sociolinguistiques/pratiques
de l’orthographe et de la diffusion des normes établies.
Le cadre d’analyse sur lequel nous nous sommes appuyé pour présenter nos analyses
étant défini, nous allons donc présenter les différentes méthodes qui nous ont permi à élucider
notre question centrale ; il s’agit du cadre méthodologique.
7. CADRE MÉTHODOLOGIQUE
Pour parvenir à nos fins, nous nous servi d’une méthode bidimensionnelle. La
première est l’adaptation et l’administration du questionnaire d’enquête linguistique extensive
de L. Bouquiaux et al. (1976) pour la vérification phonologique et la description morphologie,
et l’élaboration et l’administration d’un guide d’entretien pour des informations
sociolinguistiques, c’est-à-dire le receuil des représentations et des attitudes de la population
kw Ɂ envers la proposition d’une orthographe de leur langue.
7.1.1. L’enqu te p r le questionn ire d’enqu te linguistique extensive
Nous avons utilisé une liste de mots et de syntagmes adaptée de L. Bouquiaux et al.
(1976). Ce questionnaire est généralement utilisé pour les travaux de descriptions des
langues ; il est beaucoup plus utilisé pour la description phonologique, morphologique et
syntaxique. Dans notre étude, ce questionnaire nous a permi de receuillir les équivalences
dans notre langue d’étude qu’est le kw Ɂ. Ces équivalences ont été receuillies auprès des
locuteurs de la langue kw Ɂ residant dans les villes de Douala et de Yaoundé lors de nos
multiples descentes sur le terrain, et transcrites suivant l’Alphabet phonétique International
(API). Nous l’avons utilisé pour vérifier la phonologie faite précédemment, et pour la
description morphologique (nominale et verbale) de la langue kw Ɂ. Le dépouillement s’est
éffectué de manière mécanique, nous avons analysé ces données manuellement, et plusieurs
de ces données constituent des illustrations dans notre travail ; notamment dans les chapitres

6

portant sur la vérification phonologique et la description morphologique. Donc, ce
questionnaire nous a servi pour l’élaboration des chapitres 1 et 2 de notre travail. Nous ne
nous sommes pas limité au questionnaire d’enquête linguistique extensive, mais nous avons
également faire recours un guide d’entretien pour mieux élucider les questions qui constituent
l’objet des chapitres 3 et 4.
Nous avons également utilisé quelques mots (200) que nous avons receuilli les
équivalences dans les langues kw Ɂ, m d mb et nd ɁndàɁ respectivement. Ces mots ont été
receuillis auprès des locuteurs de ces différentes langues et transcrits suivant l’API. Pour ce
questionnaire de mots portant sur le test de similarité, nous avons fait un dépouillement
automatique grâce au logiciel Cog tout en utilisant la méthode lexicostatistique proposée par
Blair (1987). Communément connue sous l’appélation de la méthode de Blair, elle se fonde
sur la similarité phonétique. Suivant cette méthode, chaque paire de mots a été considérée
comme apparentée ou non selon le degré de similarité entre les paires de sons comparées dans
une paire de mots donnée. Les résultats sont visibles à travers des captures d’écrans des
analyses, que nous avons inséré dans le chapitre 3.
7.1.2. L’enqu te p r le guide d’entretien
Nous avons constitué un guide d’entretien que nous avons reparti en deux parties. La
première partie nous renseigne sur l’identification de chaque répondant. Quant à la seconde
partie, elle porte sur le questionnaire ; lequel comporte sept questions fermées et ouvertes.
Cette phase de l’étude réalisée dans notre zone d’étude visait à déterminer les différentes
variantes de la langue kw ʔ ou encore à déterminer si sa situation linguistique est homogène.
Elle nous a également permis de faire ressortir les attitudes de la communauté linguistique
cible sur une potentielle standardisation de leur langue. Elle a été éffectuée dans les trois (03)
cantons où sont parlées cette langue à savoir le canton Moya, le canton Bakoua et le canton
Tongo, ainsi qu’auprès des locuteurs natifs installés dans les villes de Douala et de Yaoundé
respectivement. Ceci s’est fait généralement par l’administration d’un questionnaire aux
populations de la communauté linguistique cible.
Nous avons eu recours à certaines personnes, locuteurs natifs pour fournir et vérifier
les données pour notre travail.

7

7.1.3. Les informateurs
Lors de nos différentes descentes sur le terrain en février 2018, septembre 2018 et
juillet 2019 respectivement, nous avons été assisté par quelques locuteurs natifs de la
communauté kw ʔ. Le tableau suivant (tableau 1) présente nos informateurs ainsi que des
informations les concernant.
Tableau 1: fiche d’identific tion des inform teurs

NO

Noms et Prénoms

Age

Sexe Niveau d’étude Profession

Résidence

1

Bangmi Lucien

52

M

Universitaire

Contrôleur des postes

Douala

4

Fagnia Mirabelle

52

F

Secondaire

Ménagère

Yaoundé

2

Heya Philippe

65

M

Secondaire

Agent SONEL retraité

Douala

3

Mbuitcho Justine

47

F

Secondaire

Couturière

Yaoundé

5

Ngatchouop Moise

67

M

Primaire

Cultivateur

Fanda

6Nzeungang Roger

56

M

Secondaire

Comptable

Yaoundé

Tokam 25

M

Universitaire

Étudiant

Douala

6
7SM
7

William

Tongo

Dans la section suivante, nous allons passer en revue l’ensemble des travaux qui ont été
faits sur la langue jusqu’ici.
8. RÉVUE DE LA LITTÉRATURE
Nos investigations dans les bibliothèques de l’ANACLAC, du Département de Langues
africaines et Linguistique, du CERDOTOLA et de la SIL ont permis de faire une revue de la
littérature sur la langue kw Ɂ concernant notre sujet. Cette revue a été couronnée par la
découverte d’un travail de sociolinguistique réalisé par les chercheurs de la SIL en 2000. Une
étude réalisée en 2000 pour l’obtention du dipl me de Maitrise en linguistique, portant sur
une esquisse phonologique et les perspectives de la standardisation de la langue màm ny n.
Nous avons découvert également une étude portant sur les étapes vers la standardisation d’une
langue Bantu Grassfield, le k nswéynséy, réalisée en 2000. Une thèse de Doctorat Ph.D en
linguistique appliquée portant sur le thème « a study of the phonological, morphological and
syntactic processes in the standardisation of limbum », réalisée en 2004 nous a aussi
intéressée et enfin un travail de description phonologique réalisé à l’Université de Dschang en

et

8

2008 a été notre point de chute de cette revue. Nous allons à présent exposer ces travaux sur
lesquels nous nous sommes appuyé. Il s’agira de présenter les éléments que nous avons pu
exploiter, tout en présentant les insuffisances et nos apports pour l’amélioration dans le cadre
de notre étude.
Brye, E. et Domche Teko, E., (2000) mènent la première évaluation globale de la
situation sociolinguistique chez les kwa' (ALCAM : 990). Il s’agit là d’un aspect de la
sociolinguistique. Dans cette évaluation, les auteurs donnent un aper u de la situation
linguistique et sociolinguistique de la langue kw ʔ. Ces orientations nous ont aidé lors de
notre descente sur le terrain et nous ont également permis de nous intéresser davantage à cette
langue aux vues de sa situation géographique et de sa proximité linguistique avec les langues
grassfields telle que présentée par ces auteurs.

Notons que cette étude ne va pas en

profondeur comme l’affirment les auteurs, du fait des difficultés d’accès aux locuteurs dans
leurs différents villages, difficultés inhérentes au manque d’infrastructures routières. Ce
travail se veut de donner une vue plus claire de la présentation de la situation linguistique et
sociolinguistique chez les kw Ɂ.
Concernant les travaux portant sur la standardisation plus précisement, nous en avons
retenu quatre. Il s’agit des travaux de Forku (2000), Akeriweh (2000), Tabah Nforgwei (2004)
et Tientcheu Tchameni (2008).
Forku (2000) a mené une étude intitulée a sketch of phonology of màm ny n and
standardization perspectives” qui présente une phonologie structurale de cette langue, les
préliminaires pour la standardisation de celle-ci, ainsi qu’une proposition d’alphabet et des
règles de lecture et d’écriture. L’auteur fait une analyse paradigmatique des sons de la langue
pour en ressortir les phonèmes, une analyse syntagmatique afin de ressortir les combinaisons
syllabiques possible entre les phonèmes attestés. Il met également un point d’honneur sur
l’analyse de la distribution des structures tonales existantes dans la langue. Cette étude qui a
pour objectif principal de proposer un système d’écriture de la langue Bantu, le màm ny n,
est basée uniquement sur une analyse phonologique structurale. L’auteur ne s’interesse guère
à la structure morphologique de la langue, ainsi qu’aux différentes caractéristiques d’une
bonne orthographe proposées tel que nous l’aborderons dans notre travail.
Nous avons eu à explorer en détails l’étude « a step towards the standardisation of
k nswéynséy (a grassfield bantu language) » menée par Akeriweh en 2000. Cette étude se
consacre à poser les jalons de la standardisation dans la langue k nswéynséy. Pour ce faire,

9

l’auteur s’interesse tout comme Forku (2000) à mener une analyse phonologique structurale
de la langue k nswéynséy o il met un accent particulier sur les facteurs linguistiques et
extralinguistiques qu’il présente en un chapitre de son travail. Lors de la proposition de
l’alphabet et des principes orthographiques, l’auteur fait une présentation littérale des règles
de formation des mots sans une base morphologique, ce qui constitue notre apport dans cette
étude que nous menons.
Une autre étude, beaucoup plus étendue que les précédentes exposées, est celle
menée par Tabah Nforgwei (2004). Cette étude intitulée a study of the phonological,
morphological and syntactic processes in the standardisation of limbum” est clairement
décrite suivant l’aspect phonologique, morphologique et syntaxique pour une harmonization
de l’orthographe de la langue limbum. Ici, l’auteur procède par une comparaison des dialectes
Nord et Sud sur la base de la triptyque analytique phonologie, morphologie et syntaxe. Ce
travail a pour but ultime de présenter une norme standard de l’orthographe que l’auteur utilise
pour présenter une grammaire pédagogique. Donc l’auteur, présente une grammaire de
l’enseignement de la langue limbum sur la base des comparaisons issues des analyses
descriptives des différentes variantes de la langue. il ne s’intéresse pas aux préalables à poser
pour la standardisation, ni aux moyens de consolidation de ce système d’écriture standard qui
sont des éléments sur lesquels repose notre système d’écriture de la langue kw Ɂ proposé.
Comme autre étude portant sur notre langue d’étude qu’est le kw Ɂ, Tientcheu Tchameni
(2008) a mené une étude qui porte sur une esquisse phonologique du kw ' (code ALCAM
990) et proposition d’une orthographe. L’auteure fait le tout premier travail de description sur
cette langue non-explorée. Elle fait une analyse phonologique de ladite langue et fait une
proposition de règles de lecture et d’écriture pouvant permettre aux membres de la
communauté ainsi qu’aux éventuels futurs chercheurs d’écrire et de lire aisément celle-ci. Ce
travail nous a servi les phonèmes de la langue et une proposition d’orthographe sur laquelle
nous nous sommes appuyé pour proposer de nouvelles règles. Notons que cette auteure ne
prend pas en compte l’aspect morphologique dans sa proposition d’orthographe. Cet élément
que nous trouvons indispensable pour tout système d’écriture est l’un des points pertinents
que nous explorons dans notre étude. Nous présentons et adoptons nos règles sur la base des
qualités d’une bonne orthographe proposées par Williamson (1984), ainsi que les moyens de
consolidation du système d’écriture proposé.

10

La revue de la littérature ainsi présentée, il nous semble judicieux et indispensable de
présenter la langue kw Ɂ ainsi que la communauté dans laquelle elle est employée.
9. SITUATION G O-LINGUISTIQUE DE LA LANGUE
La langue kw ʔ est l’une des langues bantu parlée au Cameroun dans l’arrondissement
du Nord-Makombé, dans le département du Nkam de la région du Littoral. Elle est parlée
dans trois (03) cantons à savoir le canton Moya, le canton Bakoua et le canton Tongo qui
appartiennent tous à des chefferies de 2ème degré. Chacun de ces cantons regroupe plusieurs
villages ayant des chefferies de 3ème degré, mais très peu de ces villages sont habités. Le
kw Ɂ dont le code ALCAM est [901] est délimité au Nord par le ɓasa [401] et le nd ɁndàɁ
[980], au Sud par le ndemli [502] et le tunen [511], à l’Ouest par le bakoko [402] et à l’Est
encore par le tunen [511]. Les locuteurs de ces zones o le kw ʔ est parlée sont influencés par
les langues majoritaires voisines à savoir le nd ɁndàɁ et le m d mb .
9.1.

Cartes linguistiques
Nous allons présenter tour à tour deux (02) cartes linguistiques du kw ʔ. L’une vue sur

le plan régional et l’autre sur le plan départemental.
9.1.1. Carte linguistique régionale
La carte ci-dessous vous présente la situation de la communauté linguistique kw ʔ dans
la région du Littoral. Cette carte nous permet de situer la langue d’étude dans sa région afin de
voir sa position par rapport aux autres langues de la région. Il s’agit également de présenter sa
position dans la région par rapport à d’autres régions voisines.

11

Carte 1 : Carte linguistique de la région du Littoral Binam Bikoi (éd.) (2012:31)
Nous constatons à travers cette carte que la langue kw ʔ (la zone verte foncée au nord
de la carte) est parlée dans la Région du Littoral. Elle est limitée au Nord par la Région de
l’Ouest et à l’Ouest par la Région du Centre. Il est nécessaire de présenter une carte plus
proche de la situation du kw ʔ.

12

9.1.2. La carte linguistique départementale
Nous présentons ci-dessous la carte linguistique du département du Nkam, département
dans lequel la langue kw ʔ est originaire. Elle nous permettra de mieux ressortir les langues
avoisinantes à notre langue d’étude. Ce qui nous permettra de clarifier la situation linguistique
de certaines d’entre elles qui sont plus proches linguistiquement de notre langue d’étude.

Carte 2 : Carte linguistique du département du Nkam Binam Bikoi (éd.) (2012:37)
la lecture de cette carte, nous constatons que la langue kw ʔ (représentée par la zone
verte foncée sur la carte) dans ce département précis est avoisinnée par les langues bakoko
[402], ɓasaa [401], ndemli [502] et tunen [551].
Les cartes linguistiques du kw ʔ présentées, il est aussi important de présenter sa
généalogie.

13

10. APERCU HISTORIQUE
Lors des recherches faites sur la littérature produite sur la communauté kw ʔ, nous
n’avons pas pu trouver un document qui relate de manière plus ou moins exhaustive l’histoire
de ce peuple.
Selon un de nos informateurs, la communauté kw ʔ aurait quitté la région du Noun pour
s’installer dans l’actuel département du Ndé, limitrophe au département du Noun, suite à
l’invasion islamique menée par le roi Njoya. Après quelques temps de cohabitation avec les
habitants du Ndé qu’ils estiment ne pas être assez propres, les ascendants des kw ʔ vont se
détacher d’eux en deux colonies : la première, dirigée par le nommée Muyuka fonda le
groupement de Milombé et la deuxième, conduite par Tchoutang Nkem Disik qui alla créer
celui de Bakoua. C’est de ces deux (02) groupements que naitront tous les autres groupements
kw ʔ. Par ailleurs, l’aire kw ʔ a été une zone de bataille pendant la guerre des indépendances
au Cameroun. Plusieurs personnes ne se reconnaissent pas dans le terme kw ʔ qui désigne la
langue, mais plutôt dans le terme bàkákán pour certains et m d mà pour d’autres.
La langue kw ʔ est mal connue du grand public probablement à cause de la
méconnaissance du peuple en question, de son état d’enclavement avancé et aussi de sa faible
force numérique. C’est pour cela que nous mettrons en exergue sa situation socio-culturelle.
11. SITUATION SOCIO-CULTURELLE
Il serait important de faire une présentation anthropologique de la communauté kw ʔ
afin de mieux l’appréhender. En dépit de la connaissance qu’elle a de Dieu d’après leur
religion importée (notamment la présence de l’église protestante évangélique), il faut préciser
que la communauté kw ʔ ne bat pas en brèche sa croyance aux forces de la nature.
Cependant, la connaissance de la socio-culture de cette communauté ne se réduit pas
uniquement à la religion, mais beaucoup plus à la culture. Nous pouvons dire de la culture que
c’est l’expression ou la traduction d’un mode de vie propre à une communauté. La
communauté kw ʔ a su garder une partie de ses habitudes evidemment folkloriques. Ceci est
vérifiable à travers la multiplicité des danses traditionnelles notamment le m ŋ

qui est une

danse reservée aux hommes initiés, le mbɔn reservé aux femmes, ainsi le k ŋg l ŋ, le d ʧ ʔ.
Le kw ŋ et le l ŋ reservés à toute personne membre de cette communauté, des rites et rituels
(le culte des cranes, cérémonie de jumeaux, la cérémonie des voyants (ou la divination) et le
culte sous l’arbre) ainsi que certains évènements culturels organisés annuellement dans
certains cantons de la communauté kw ʔ (la célébration de la fille Tongo par exemple).

14

Il est également important noter que la plupart des constructions sont faites en terre
cuite dans ces différents cantons. Les habitudes alimentaires sont beaucoup plus basées sur la
consommation des tubercules accompagnés de la sauce de pistache (graine de courge) qui, est
la céréale le plus consommée par la communauté kw ʔ.
Nous allons également jetter un regard sur les activités économiques pratiquées par les
membres de la communauté kw ʔ.
12. SITUATION ÉCONOMIQUE
La communauté kw ʔ vit en grande partie des activités agro-pastorales telles que la
pêche, la chasse et l’agriculture de subsistance. Ils pratiquent entre autres la culture du
macabo, du cacao, de la banane, du plantain, des arachides, de la pistache, du café, de la
canne à sucre, ainsi que quelques cultures mara chères à l’instar du piment, de la tomate
etc.…Le peuple kw ʔ pratique l’élévage des caprins et de la volaille. Les marchés se font une
fois par semaine et de manière rotative suivant les différents groupements que compte ce
peuple. Certains produits manufacturés comme le sel, le savon, produits de beauté et produits
de friperies sont présents les jours de marché. Le jour du grand marché est le samedi. Notons
également qu’à travers la SOPALTO (Société coopérative des Palmeraies de Tongo) installée
à Tongo depuis 1994, plusieurs jeunes de la localité et d’ailleurs sont recrutés, et travaillent
pour la production de l’huile de palme et ses dérivés. Relevons que certains problèmes se
posent encore avec acuité à savoir le manque d’infrastructures routières, les problèmes
d’électrification, ainsi que les problèmes d’approvisionnement en eau potable.
Cette situation ainsi présentée, nous allons proposer une illustration de la classification
linguistique à travers des cartes.
13. CLASSIFICATION LINGUISTIQUE DU KWÁʔ
Il s’agit dans cette section de présenter la classification de la langue kw ʔ à travers son
arbre généalogique. La classification de Binam Bikoi, éd. (2012) place la langue kw ʔ dans le
phylum Niger-kordofan, sous-phylum Niger-congo, dans la famille Bénoué-congo, de la sousfamille Bantoide, branche bantou, de la sous-branche Grassfields, du groupe Grassfields-Est
et du sous-groupe Bamiléké-central. Nous rendons ceci plus visible à travers la représentation
arborescente ci-dessous :

15
Phylum :

Nilo-saharien

Afro-asiatique

Sous-phylum :

Niger-Congo

Famille :

Ouest-atlantique

Bénoué-congo

Adamawa-oubnaguienne

Sous-famille :

Jukonoide

Cross-river

Bendi

Branche :

Sous-branche:

Bantoide

Mambiloide

Jarawan Tivoide

Ekoide

Groupe:

Grassfield-Est

Sous-groupe:

Ngemba

Langue :kwáʔ [901]

Niger-kordodafanien

nda’nda’[905]

Adapté de Binam Bikoi (éd) (2012)

Bantou

Nyang

Beboide

Ring

Grassfield

Mbam

Momo

Bamiléké-central

ngombale[920]

mengaka[930] ngombà[940]

Equatorial

Zambèze

Menchum

Noun

ngyembòòn[951]

yémba[952]

Nord

ghɔm l ’[960]

fe’efe’e[970]

16

14. PLAN DU CONTENU
Le présent travail se subdivise en deux (02) parties. Chaque partie comporte deux (02)
chapitres. Dans la première partie intitulée rappels phonologiques et esquisse morphologique, nous
allons revisiter la phonologie de la langue kw ʔ tout en confrontant les résultats de nos recherches à
ceux de notre prédécesseure, Tientcheu Tchameni (2008). Ceci fera l’objet de notre premier
chapitre pour cette partie. Le second chapitre de cette partie s’intéressera davantage à l’analyse de
la morphologie nominale et verbale de la langue kw ʔ. Notre seconde partie intitulée les
perspectives de la standardisation de la langue kw ʔ est également composée de deux (02)
chapitres. Le premier s’intéresse aux préliminaires ou prérequis pour la standardisation du kw ʔ. Le
second s’intéresse à l’alphabet et aux principes orthographiques de la langue kw ʔ, et expose les
conditions de la consolidation du processus de standardisation par la mise sur pied d’un comité de
langue.

17

PREMIÈRE PARTIE : QUELQUES ÉLÉMENTS DE LA GRAMMAIRE

18

Cette première partie concerne le rappel phonologique et propose une esquisse
morphologique, composée de deux (02) chapitres, cette partie permettre de faire ressortir le
système phonologique ainsi que la présentation de la morphologie de la langue kw ʔ. Il sera
question de faire un rappel du travail d’esquisse phonologique et de proposition d’orthographe faite
par notre prédecesseure Tientcheu Tchameni (2008). Il s’agira pour nous de présenter les résultats
de son travail et vérifier suivant une opposition complète des paires de sons de cette langue. Nous
nous servirons de l’API pour la transcription de nos données. Aussi, nous nous proposons de faire
un ajout des consonnes, des voyelles et des tons qui se sont revelé pertinents dans la langue kw ʔ
issus de nos données. Étant donné que notre objectif est beaucoup centré sur une potentielle
standardisation de ladite langue, notre second chapitre proposera une esquisse de la morphologie
nominale et verbale de la langue kw ʔ. Ce travail de morphologie sera mené de manière éfficiente
dans des travaux futurs. Dans ce chapitre, nous traiterons de la structure du nom, du syntagme
nominal et des classes nominales particulièrement pour ce qui est de la partie reservée à la
morphologie nominale. Dans la partie reservée à la morphologie verbale, la structure du verbe, du
syntagme verbal ainsi que des modalités spatio-temporelles seront présentées tour à tour.

19

CHAPITRE 1 : RAPPEL PHONOLOGIQUE
Il est question dans ce chapitre de revenir sur quelques éléments de la phonologie de la
langue kw ʔ. Il s’agit de l’analyse sur le plan paradigmatique et sur le plan syntagmatique.
1.1.

L’ANALYSE PARADIGMATIQUE

Cette section de notre chapitre porte sur l’analyse des sons de la langue en opposition entre eux
et/ou suivant leur distribution. Il sera question de ressortir les phonèmes de la langue. Nous nous
proposons de faire un rappel de la phonologie de la langue et apporter un certain nombre
d’amendements. Nous allons tour à tour revenir sur le système consonantique, le système vocalique
et le système tonal. Nous partons d’un corpus de mots en langue kw ʔ ; o nous allons faire un
inventaire de tous les sons et tons que nous propose notre corpus, présenter les différents tableaux
phoniques, relever des paires de mots en contexte identique afin de distinguer les sons distincts de
ceux qui sont allophones. Nous interpréterons également des séquences de sons présents dans notre
corpus afin d’en déterminer les statuts. À la fin de ce chapitre, nous confronterons nos résultats à
ceux de Tientcheu Tchameni (2008).
1.1.1.

Vérification phonologique
Il s’agit dans cette section de revenir sur les résultats de l’analyse phonologique proposée par

Tientcheu Tchameni (2008). Nous allons présenter dans des tableaux ses phonèmes
consonantiques, ses phonèmes vocaliques ainsi que ses tonèmes.
1.1.1.1. Les phonèmes consonantiques
Nous allons les présenter dans un tableau semblable à celui de l’API, mais sans mentionner
les points et modes d’articulation, les différentes consonnes qui ont été reconnues comme
distinctives d’après l’étude faite par Tientcheu Tchameni (2008).

20

Tableau 2: Phonèmes consonantiques selon Tientcheu Tchameni (2008 :40)
P

t

k

B

d

g

M

n

mb

nd

f

ɲ

ŋ



ŋg

ʧ

kx

ʤ

g

s

kf

x

h

ʒ

v
l

j

ɰ

w

Ce tableau laisse entrevoir que Tientcheu Tchameni (2008) a pu inventorier vingt-neuf (29)
phonèmes consonantiques parmi lesquelles quatre (04) consonnes prénasales respectivement /mb/,
/nd/, /nʤ et ŋg . Le tableau suivant porte sur le système vocalique tel que proposé par Tientcheu
Tchameni (2008).
1.1.1.2. Les phonèmes vocaliques
Les phonèmes vocaliques retenus par Tientcheu Tchameni (2008) dans son étude sont
présentés dans le tableau ci-dessous.
Tableau 3: Phonèmes vocaliques selon Tientcheu Tchameni (2008 :40)
ɨ

i
e

ee

ɛ

ɛɛ

ø

u

øø

uu

o
ɔ
a

ɔɔ

aa

Ce tableau indique que Tientcheu Tchameni (2008) a obtenu de ses analyses vocaliques dixsept (17) phonèmes dont dix (10) voyelles simples et sept (07) voyelles longues.

21

1.1.1.3. Les tonèmes
Il s’agit des tons identifiés après une analyse phonologique comme étant distincts des autres
avec lesquels ils ont été opposés. Nous allons également les présenter dans un tableau ainsi qu’il
suit.
Tableau 4: Tonèmes selon Tientcheu Tchameni (2008 :40)

ˊ

ˋ
ˉ

ˆ

ˇ

Dans cette langue, Tientcheu Tchameni (2008) a ressorti cinq (05) tonèmes dont trois (03)
simples et deux (02) complexes ou modulés.
1.1.3.

Propositions issues de nos données
Nous ne présenterons pas toutes les étapes préliminaires d’une analyse phonologique

(inventaire phonique, tableaux phoniques) puisqu’il s’agit juste d’une vérification des résultats d’un
travail antérieur. Par conséquent, nous nous proposons de partir sur la base de quelques
observations faites sur les résultats de l’analyse de Tientcheu Tchameni (2008) et sur la base de nos
données recoltées. Mais avant toute chose, nous allons éclairer le statut des séquences phoniques
que nous avons découvertes dans nos données collectées.
1.1.3.1. Interprétation des séquences ambiguës
Pour Djomeni (2012:43), des séquences ambiguës sont: « those whose interpretation is not
easy to process. ». Il est souhaitable de prime abord d’éclaircir le statut des séquences de
consonnes et de voyelles observées dans notre corpus. Ceci pour une analyse adéquate et fiable de
la phonologie de cette langue. Nous avons fait face aux difficultés liées aux consonnes complexes
notamment les consonnes prénalisées et les successions de voyelles.

22

1.1.3.1.1.

Consonnes prénasalisées

Certaines consonnes recensées en position initiale peuvent avoir une fonction syllabique ou
de prénasale. Dans ce contexte, a-t-on à faire aux prénasales c’est-à-dire NC ou s’agit-il des nasales
syllabiques c’est-à-dire N+C, donc deux syllabes ? À travers notre corpus, nous constatons qu’il y a
une succession de consonnes nasales et consonnes occlusives et fricatives en position initiale et en
position médiane. Nous avons également constaté que ces consonnes-là peuvent apparaître seules.
Ce qui signifie en d’autres termes que les contextes sont mutuellement exclusifs. Étant donné aussi
que la langue n’admet pas de structure CC dans les cas simples c’est-à-dire de succession
quelconque de sons, cette succession ne saurait être des consonnes distinctes. Sur ces bases, nous
pouvons admettre qu’il s’agit des prénasales. Nous allons présenter cela à travers l’exemple (1) cidessous :
(1)
ŋg p

« la peau de l’animal »

b ŋg

« boucle d’oreille »

nd

« le mari, l’époux »

m nd

« l’homme »

mv

« le deuil »

tàmb

« le chapeau »

À travers cet exemple, nous constatons qu’il ne s’agit que des prénasales sonores car les
nasales qui précèdent les consonnes sourdes dans cette langue sont généralement des nasales
syllabiques comme nous le veront plus tard dans l’analyse.
Nous allons maintenant déterminer le statut des différentes successions de voyelles que nous avons
relevées de notre corpus.
1.1.3.1.2.

Les séquences vocaliques

La langue kw ʔ comporte des séquences vocaliques dont nous déterminerons le statut
phonologique afin d’adopter une bonne orthographe de cette langue. Il s’agit des successions
présentées dans l’exemple (2) suivant :
(2)
ua

k ŋ

« bracelet »



k ɔŋ

« la flèche »

ue

ŋg èn

« l’aigle »

u

mɛŋ

« la lune »

23

ui



« fondre »



k ɛ

« quatre »



d b ɔŋɔ

« s’enrouler »





« la tombe »

ia

f àŋndɛ

« le balai »

iu

b ʔ

« neuf »

Au vu de ces groupements, nous pouvons nous poser une question fondamentale : Peut-on
considérer ces groupements vocaliques comme des diphtongues, ou pourrait-on parler d’un
processus de labialisation et de palatalisation ou encore d’un processus de formation de glides ? De
prime abord, nous sommes tenté d’affirmer que la langue kw ʔ fait état de diphtongues. Dubois et
al. (1973 :155) définissent la diphtongue comme étant « une voyelle qui change une fois de timbre
au cours de son émission, de sorte que l’on entend une certaine qualité vocalique au début de la
diphtongue et une autre à la fin . En kw ʔ, on ne retrouve que les voyelles [i] et [u] en première
position dans ces groupements or on s’attendrait à avoir tout type à cette position. Donc il ne s’agit
aucunement des voyelles diphtongues. En revenant sur la liste de l’exemple (2) précédent, nous
nous rendons compte de l’apparition de certaines voyelles basses en deuxième position. Ces
voyelles sont [a, ɛ, ɔ]. Il serait donc impensable d’avoir des consonnes palatalisées et labialisées
devant ces voyelles aussi basses. Car, pour Chumbow et Ejimatswa (1984) cité par Nguendjio
(1989:55), consonants cannot be said to be palatalized or labialized before a vowel as low as [a].
Since both processes of palatalization and labialization involve raising of the tongue it would be
unnatural for a low vowel to condition these processes”.
Les sons [i] et [u] apparaissant en première position dans les groupements vocaliques
subiraient des transformations et deviendraient respectivement [w] et [j]. Ces voyelles peuvent être
suivies de toute autre voyelle, qu’elle soit haute ou basse.
D’o la règle suivante :
u

w/ C___V

et

i

j/ C_____V

Il s’agit donc de CwV et de CjV o Cw et Cj correspondent respectivement à C + W et C + J.
Il est évident qu’il ne s’agit nullement d’un processus de labialisation et de palatalisation, il
s’agit plut t d’un processus de formation de glides. Nous pouvons matérialiser cela dans l’exemple
(3) ci-dessous :

24

(3)
ui



[d ɲw ]

ue

ŋg èn



k ɛ/

[kwɛ]

« quatre »

u

/mɛŋ /

[mɛŋw ]

« la lune »

ua

k ŋ

[kw ŋ]

« bracelet »



k ɔŋ

[kwɔŋ]

« la flèche »



f ɛ/

[fjɛ]

« la tombe »

ia

f àŋndɛ/

[fjàŋndɛ]

« le balai »

iu

b ʔ

[bj ʔ ]

« neuf »



d b ɔŋɔ/

[d bjɔŋɔ]

« s’enrouler »

/

[ŋgwèn

« fondre »
]

« l’aigle »

À la suite de ce processus, il s’en suit directement un processus de perte de segment
(désyllabation) pour reprendre Nguendjio (1989 : 57). Dans notre cas précis, les voyelles [u] et [i]
sont porteuses de tons en structure profonde. Mais, une fois transformées en semi-voyelles, elles
perdent ce ton. Dans la langue kw ʔ, seules les nasales syllabiques et voyelles sont porteuses de
ton, car elles sont des noyaux de syllabe.
1.1.4.

Quelques observ tions sur les résult ts de l’étude ntérieure
Ces observations se situent au niveau des consonnes, des voyelles et des tons. Nous nous

proposons de suivre évidemment cet ordre défini c’est-à-dire commencer par les observations au
niveau des phonèmes consonantiques et au niveau des tonèmes en passant par les voyelles.
1.1.4.1. Au niveau des phonèmes consonantiques
L’analyse antérieure faite par Tientcheu Tchameni (2008) a révélé que les consonnes ci-après
sont des phonèmes distincts de la langue kw ʔ. Il s’agit de : /b, d, m, n, mb, f, v, t, s, n, nd, l, ʒ, ʧ,
ʤ, ɲ, nʤ, kx, j, k, g, ŋ, ŋg, w, h .
Dans la présente étude, nous ne reviendrons pas sur l’analyse de chacun de ces phonèmes, car
notre apport est de relever les insuffisances et de les combler. Pour cette raison, nous essayerons de
montrer dans la suite de notre travail que certains phonèmes présentés par notre prédécesseure ne
peuvent en aucun cas être des phonèmes de cette langue, et après nous montrerons également la
présence de certains phonèmes non-identifiés par celle-ci.

25

1.1.4.1.1.

Les phonèmes /p/ /gɣ/ /ɰ/ /kf/ /x/

Le phonème p identifié par Tientcheu Tchameni (2008) comme étant distinctif ne l’est pas
effectivement. Le son [p] est en distribution complémentaire avec le son [b] tel que présenté dans
l’exemple (4) ci-dessous :
(4)
[p]

[b]

ʧɛp « pressoir »

d bélé « pousser »

ŋkɛp « argent »

bàà

jɛp

bàʔà « maison »

« leur »

« poche »

nɛp « eux »

tàmb « chapeau »

apparait uniquement en position finale

apparait en médiane et en initiale

Nous pouvons donc remarquer que le [p] apparait uniquement en finale de mot et [b] apparait
en initiale et médiane. On pourrait penser qu’il s’agit du [b] qui s’est assourdi en position finale.
Donc [p] et [b] sont deux allophones d’un même et unique phonème b .
Pour le phonème /ɰ , nous n’avons eu aucun mot avec celui-ci dans notre corpus. De plus
c’est un son qui n’est pas aussi attesté dans les langues voisines du kw ʔ.
Quant aux phonèmes /g /, /kf/, /x/, nous estimons qu’ils résultent d’une erreur de
transcription des données, car ils n’apparaissent nulle part dans notre corpus. Nous pouvons
également penser qu’il s’agirait des consonnes

/, /pf/ pour les deux premiers. Et pour /x/, nous

sommes tentés de dire qu’il serait une réalisation contextuelle de / / (telle que nous l’avions
identifié) puisqu’on le retrouve dans un seul mot (xù « tambour ») de l’étude de Tientcheu
Tchameni (2008 :39).
Nous allons présenter les phonèmes que notre prédécesseure n’a pas identifiés comme étant
des phonèmes distincts de la langue kw ʔ.
1.1.4.1.2.

Les phonèmes /ɣ/, /pf/, /bv/, /ʔ/

Les phonèmes / /, /pf/, /bv/ et /ʔ n’ont pas été identifiés par notre prédécesseure. Étant donné
que nous effectuons un travail de vérification sur la base d’un travail antérieur, nous n’avons pas
jugé nécessaire de présenter toutes les oppositions mais uniquement celles des consonnes que notre
prédécesseure n’a pas identifié et dont nous avons établi l’identité phonologique telles que
présentées ci-dessous.

26

1.1.4.1.3.

Le phonème /ɣ/

Cette consonne est phonétiquement perçue comme une fricative, vélaire, sonore. Son identité
phonologique est établie à partir des rapprochements des mots de l’exemple (5) ci-après :
(5)
ɣ/kx

d

« avoir, posséder »

d kx « bruler »
ɣ/k

d àʔ « agrandir »
d kàʔ « éclater de rire »

1.1.4.1.4.

Le phonème /pf/

Ce phonème est une consonne complexe. Sur le plan phonétique, il est réalisé comme une
affriquée, labiodentale, sourde. Son identité phonologique relève des rapprochements des mots de
l’exemple (6) suivant :
(6)
pf/bv

pf « cadavre »
bv « deuil »

pf/f

mpf « cadavres »
mf « défunt, le disparu, feu »

1.1.4.1.5.

Le phonème /bv/

Comme la précédente, ce phonème est une consonne complexe. Sur le plan phonétique, il est
réalisé comme une affriquée, labiodentale, sonore. Son identité phonologique relève de l’exemple
(7) des rapprochements suivants :
(7)
bv/pf

déjà envisagé en pf/bv

bv/v

mbv « les deuils »
mv « le chien »

27

1.1.4.1.6.

Le phonème /ʔ/

Il est phonétiquement réalisé comme une consonne occlusive glottale sourde, ce phonème
tient sa particularité phonologique à travers les contrastes de l’exemple (8) suivant :
(8)
ʔ/h

d wàʔ « jeter »
d wàh « être têtu »

ʔ/k

d wàʔ « jeter
d wàk « voyager »

Avant de passer aux voyelles, nous pouvons constater que l’étude de notre Tientcheu
Tchameni nous révèle cinq (05) consonnes qui ne devraient pas être des phonèmes de la langue
kw ʔ. Et à travers, nos propres analyses, nous avons eu quatre (04) consonnes supplémentaires à
savoir / , pf, bv et ʔ/ que celle-ci n’a pas identifié comme phonèmes distincts.
1.1.4.2. Au niveau des phonèmes vocaliques
Comme précédemment avec les consonnes, nous allons de prime abord présenter les voyelles
qui ne devraient pas être considérées comme des phonèmes et ensuite nous allons présenter les
voyelles distinctives que Tientcheu Tchameni (2008) n’a pas identifiées comme tel.
1.1.4.2.1.

Les phonèmes /ɨ/, /o/, /ɛɛ/, /ə/et /əə/

En observant le tableau (3) qui est celui des voyelles proposées par Tientcheu Tchameni
(2008), nous aboutissons aux remarques suivantes :
Les voyelles /ɨ, o, ɛɛ / ont été proposées dans ce tableau comme étant distinctives or lors de
notre analyse, elles n’ont pas été identifiées comme tel. Mais, en revenant sur la présentation de ces
voyelles faite par Tientcheu Tchameni (2008 :51-52) dans les paires minimales, nous nous
apercevons que ce qu’elle considère comme phonèmes de la langue ne sont en principe que la
résultante d’une transcription inadéquate pour les voyelles [o] au lieu de [ɔ], [ɛɛ] au lieu de [ɛ].
Pour la voyelle [ɨ], elle n’apparait dans aucun mot de notre corpus. En plus, son travail présente un
seul mot dans son analyse o la voyelle apparait, c’est-à-dire le mot [ʧ ŋ] renvoyant à nourriture
que nous avons transcrit par [ʧ ŋ]. Nous avons relevé les items suivants :
(9)
[thɛɛ]

au lieu de

[tɛ]

« père »

[ʧ ŋ]

au lieu de

[ʧwɔŋ]

« vol »

(le seul item avec cette voyelle)

28

[d ʧ ʔ ] au lieu de

[d ʧɔʔ ]

« juger »

[d ʧ ʔ] au lieu de

[d ʧɔʔ]

« déterrer »

Nous constatons également que les phonèmes vocaliques / /, et / / que nous avons identifiés
n’apparaissent pas dans le tableau (3) de Tientcheu Tchameni (2008).
Ces voyelles non-identifiées comme des unités distinctives tirent leur statut phonologique des
oppositions ci-dessous :
1.1.4.2.2.

Le phonème /ə/

Il est phonétiquement réalisé comme une voyelle centrale. Ce phonème a une correspondante
longue. Son identité phonologique relève du contraste présenté dans l’exemple ci-dessous :
(10)
ə/a

l ŋ « chaise »
l ŋ « ananas »

ə/əə

d l « empêcher, prévenir »
dl

1.1.4.2.3.

« cacher »

Le phonème /əə/

(11)
əə/ə

déjà attesté en /

əə/aa

dt

« défricher, déboiser »

dt

« piéger, appâter »

Nous avons relevé et présenté les phonèmes que nous n’avons pas attestés comme
phonèmes distincts à travers nos analyses. Nous avons par ailleurs présenté les phonèmes
supplémentaires que nous avons identifié à travers notre analyse.
1.1.4.3. Au niveau des tonèmes
Pour ce qui est des tonèmes, nous nous accordons avec le nombre et les différents tonèmes
identifiés comme distincts dans la langue kw ʔ tels que présentés dans le tableau (4) ci-dessus. Il

29

s’agit évidemment de cinq (05) tonèmes donc deux (02) complexes et trois (03) simples tels que
présentés dans l’exemple (12) ci-dessous :
(12)
 03 tons simples :
Le ton haut

bɛ « deux »

Le ton bas

kɔlɔŋ « banane plantain »

Le ton moyen

mf « feuille »

 02 tons complexes :
Le ton montant

ŋgw j « lion »

Le ton descendant

mbê « côte (organe) »

Nous pouvons également constater à travers l’exemple (12) ci-dessus qu’en plus des
voyelles, nous pouvons également avoir des nasales comme centres de syllabe : d’o l’appelation
de nasales syllabiques. Elles ne supportent que des tons simples.
Après avoir relevé et présenté les phonèmes qui, d’après nos analyses ne sont pas distinctifs
dans la langue kw ʔ, nous avons également trouvé des phonèmes supplémentaires aux phonèmes
proposés.
Nous pouvons présenter ainsi les phonèmes qui découlent de cette phonologie que nous
avons pris le soin de revérifier. Nous présentons ci-dessous les tableaux de nos résultats concernant
les phonèmes consonantiques et les phonèmes vocaliques.
Tableau 5: Phonèmes consonantiques
t

k

b

d

g

m

n

mb

nd

ɲ

ŋ



ŋg

pf

ʧ

kx

bv

ʤ

f

s

ʔ

h

30

ɣ

v
l
j

w

Au terme de notre analyse consonantique, nous avons identifié vingt-sept (27) phonèmes
consonantiques dont quatre (04) (marqués en gras) qui n’ont pas été identifiés comme distinctifs
par Tientcheu Tchameni (2008) (cf. tableau 2). Nous présentons ci-dessous le tableau contenant les
phonèmes vocaliques que nous avons obtenus après nos analyses.
Tableau 6: Phonèmes vocaliques
i
e

ee

ø

øø

ə

uu

ɔ

ɔɔ

əə

ɛ
a

u

aa

Pour ce qui est des voyelles, nous en avons pu identifier seize (16) comme phonèmes de la
langue kw ʔ. Nous notons également que les voyelles centrales brèves et allongées /ə/, /əə/ du
tableau (06) n’ont pas été identifiées par notre prédécesseure.
1.1.5.

Conclusion
Cette section de notre chapitre 1 était dédiée à une vérification de la phonologie au niveau

paradigmatique. Il a été question pour nous de présenter les résultats obtenus par notre Tientcheu
Tchameni (2008) et de les confrontés aux n tres. Nous n’avons pas jugé nécessaire de revenir sur
les étapes préliminaires de l’analyse phonologique (à savoir l’inventaire phonétique, le dressage
des tableaux phoniques principalement) parce qu’il ne s’agissait que d’un travail de rappel. Nous
avons mené cette vérification à travers des paires minimales du corpus que nous avons constituées.
Nous avons ainsi mis à jour cinq (05) tonèmes, seize (16) phonèmes vocaliques et vingt-sept (27)
phonèmes consonantiques. Le kw ʔ possède au total quarante-trois (43) phonèmes et cinq (05)
tonèmes.

31

1.2.

L’ANALYSE SYNTAGMATIQUE

1.2.1. Introduction
Dans cette section réservée à la syntagmatique, nous nous proposons de présenter les
différentes combinaisons possibles que les phonèmes identifiés lors de l’analyse paradigmatique
admettent entre eux. Dans la section précédente, nous sommes partis des oppositions des paires
minimales de la langue kw ʔ pour vérifier les résultats de l’étude antérieure. Dans cette section,
nous n’allons plus procéder à une vérification puisque nos résultats obtenus à la paradigmatique
divergent de ceux de notre prédécesseure. Nous partirons sur les résultats obtenus de l’étude faite
par Tientcheu Tchameni afin de présenter la manière dont ces phonèmes s’agencent pour former
des syllabes. Nous allons également examiner comment la combinaison des syllabes concourt à la
formation du mot dans la langue kw ʔ. Notre étude sera donc basée sur la syllabation des éléments
de notre corpus et la distribution des phonèmes dans les types de syllabes kw ʔ.
1.2.2. La syllabe
La combinaison que font les phonèmes entre-eux dans la chaine parlée nous pousse à nous
intéresser à la syllabe. La syllabe peut être considérée comme l’unité de son plus grand que le
phonème. Si nous nous appuyons sur Wiesemann et al. (1983 :57), la syllabe est « comme une
unité de séquence de sons comprenant au moins un centre de syllabe qui en est le sommet ou le
noyau. » Étant donné que nous étudions une langue bantu qui est différente, de par ses
caractéristiques, des autres langues indo-européennes, il ajoute en affirmant : « mais les nasales [m,
n, ŋ] et les liquides [l, r] fonctionnent parfois comme des noyaux ou centres de syllabe. » Donc
nous pouvons avoir des consonnes syllabiques dans les langues bantu particulièrement.
D’une manière générale, la syllabe est constituée d’une attaque (généralement une consonne
apparaissant avant le noyau) et d’une rime (constituée du noyau et de la coda). Le noyau représente
le centre de syllabe qui est obligatoire. L’attaque et la coda par contre sont deux extrémités
facultatives. Pour Wega Simeu (2016 :51), la syllabe est « une unité fondamentale dans l’analyse
phonologique ; elle est le domaine d’application des processus phonologiques. » Nous pouvons
avoir comme représentation de la syllabe, la structure canonique ci-dessous :

32

σ (syllabe)

attaque

rime

noyau

coda

D’après les données observées de la langue kw ʔ, la syllabe peut aussi être définie comme
une unité de séquence de sons ayant une voyelle ou une nasale portant un ton. Donc la syllabe
kw ʔ peut être constituée d’une attaque et d’une rime ou tout simplement d’une rime. Il est
important de préciser que dans cette langue, le noyau de la syllabe porte toujours un ton. Nous
allons illustrer ci-dessous la syllabe kw ʔ.
(13)
σ (syllabe)

attaque

rime

noyau

coda

é

t

két

ŋg

p

ŋg p/ « poule »

mb

/

/mb / « cauris »

t

/

t

« app t »

k

« lieu »

/

ɔ

/

/ɔ/

« tu »

/

ɛ

/

/ɛ/

« il/elle »

33

Les syllabes représentées ci-dessus sont quelques illustrations des structures CVC, CV, et V
qui constituent dans cette langue des unités significatives. Nous n’avons pas fait mention des
nasales syllabiques parce qu’elles ne constituent pas des unités significatives isolées dans cette
langue. La syllabe kw ʔ peut se joindre à une autre pour former un mot. De même, elle peut être
ouverte ou libre si elle n’a pas de marge post-nucléaire ou coda, elle peut aussi être fermée ou
entravée lorsqu’elle possède une marge post-nucléaire. Nous allons illustrer ces associations dans
l’exemple suivant :
(14)
σ

σ

attaque

rime

b

è

b

è

bèbè

« chenille »

t

ɔ

nd

ɔ

/tɔndɔ/

« clou »

t

ɔ

tɔ/

/

attaque

rime

« intestin »

Les syllabes présentées dans l’exemple ci-dessus sont quelques syllabes ouvertes combinées
entre elles pour former un mot phonologique dans la langue kw ʔ. Elles ont pour structure CV et
V. Nous avons également des syllabes fermées en langue kw ʔ, c’est-à-dire de structure CVC. Ici,
on note la présence de la coda comme l’illustre l’exemple suivant :

34

(15)
σ

attaque

rime

noyau

coda

ŋg

p

ʧ
k

ʔ
ɔ

/ŋg p/ « poule »
/ʧ ʔ/ « bavardage »

ŋ

/kɔŋ

« flèche »

Dans cette langue, nous avons remarqué une forte présence du coup de glotte /ʔ/ en position
post-nucléaire. Nous avons également noté beaucoup de prénasales en position pré-nucléaire.
La syllabe ainsi présentée en langue kw ʔ, nous allons à présent nous intéresser à sa
structure.
1.2.3. Les structures syllabiques
Nous nous proposons dans cette sous-section de présenter les différentes structures
syllabiques de la langue kw ʔ. Lorsqu’on parle de structure syllabique, on fait référence au modèle
consonne-voyelle o « C » représente la consonne et « V » la voyelle. Il est important de préciser
que nous allons inclure les préfixes nominaux afin de présenter les mots tels qu’ils sont. Dans cette
langue, nous avons principalement quatre types de syllabes à savoir la syllabe V, la syllabe

, la

syllabe CV et la syllabe CVC. Ces types de syllabes nous aideront à dégager et présenter les
différentes structures syllabiques de notre corpus.
1.2.3.1. Les structures des mots monosyllabiques
Les monosyllabes sont des types de syllabes n’admettant qu’un seul centre de syllabe ou
noyau. Dans notre corpus, nous avons recensé les structures V, CV et CVC.

35

1.2.3.1.1. La structure V
Cette structure est très peu représentée en kw ʔ. Nous n’avons pu recenser que deux (02)
mots pour cette structure tel qu’illustré dans l’exemple ci-dessous.
(16)
/ɔ/

« tu »

/ɛ/

« il/elle »

Nous remarquons qu’il s’agit des pronoms personnels sujets de la langue kw ʔ et ces pronoms
portent un ton haut. Il n’est pas possible d’obtenir des verbes et des nominaux avec cette structure.
1.2.3.1.2. La structure CV
Cette structure est fortement représentée dans la langue. Ne contenant pas de marge postnucléaire, elle est considérée comme une syllabe ouverte. Nous donnons dans l’exemple ci-dessous
quelques syllabes de cette structure.
(17)
n

« le champ »



« la machette »

/sɔ : /

« la scie »

Nous constatons à travers l’exemple ci-dessus que les monosyllabes à structure CV dans cette
langue sont variées sur le plan des phonèmes et des tonèmes.
1.2.3.1.3. La structure CVC
Il s’agit ici de la structure des syllabes fermées ou encore entravées d’après Wiesemann et al.
(1983). Dans la langue kw ʔ, on dénombre plusieurs syllabes de cette structure comme le démontre
l’exemple ci-dessous :
(18)
/l ŋ

« la chaise »

ŋg ŋ

« la cloche »

fàʔ/

« le travail »

/kɛp/

« la clôture »

36

Sur la base de notre corpus, il ressort que cette structure est la plus représentée dans la
langue kw ʔ. Elle est d’autant diversifiée de par ses marges et son centre de syllabe.
Nous allons à présent quitter les structures monosyllabiques pour examiner celles
comportant deux (02) syllabes.
1.2.3.2. Les structures dissyllabiques
La langue kw ʔ présente plus de mots à structures dissyllabiques que toutes les autres
structures syllabiques. Nous avons recensé au total sept (07) types de schémas dissyllabiques à
savoir : CV.CV, CV.CVC, CVC.CV, CVC.CVC, CVC.V,

.CV,

.CVC. Nous allons présenter

tour à tour ces différents schémas syllabiques.
1.2.3.2.1. La structure CV.CV
Il s’agit là de la structure la plus recurrente des dissyllabes que nous avons inventoriées.
Elle n’est constituée que des syllabes ouvertes telles que présentées ci-dessous :
(20)
nd ŋg

« le seau »

s ŋgà

« la ficelle »

k ndɛ/

« le lit »



« la vérité »

À travers cet exemple, nous constatons une variation des marges et noyaux des syllabes de
cette structure dans la langue kw ʔ.
1.2.3.2.2. La structure CV.CVC
Cette structure est également représentée parmi les dissyllabiques recensées. Elle est
constituée d’une syllabe ouverte et d’une syllabe entravée. Nous l’illustrons à travers l’exemple
suivant :
(21)
m mb ʔ/

« l’ennemi »

/wɔkét

« la maladie »

v kɔp/

« la mort »

/mɛl ʔ/

« le pouce »

37

Notons que les éléments constituant la marge post-nucléaire dans cette structure sont
généralement des phonèmes sourds tels que présentés dans l’exemple ci-dessus.
1.2.3.2.3. La structure CVC.CV
Cette structure est représentée par une syllabe fermée et une syllabe ouverte telle que
représentée dans l’exemple ci-dessous :
(22)
/ ŋmbè

« la côte »

k ŋt

« le crâne »

/mɔkf

« la veuve »

fàʔnà

« le cultivateur »

Dans cet exemple, la post-marge de la première syllabe est généralement soit une consonne
nasale soit le coup de glotte. Notons également qu’il s’agit des mots composés pour la plupart dans
cette structure.
1.2.3.2.4. La structure CVC.CVC
Nous avons recensé quelques mots dans cette langue comportant cette structure syllabique.
L’exemple suivant nous permet de matérialiser quelques-uns de ces mots.
(23)
tàʔy ŋ

« le chasseur »

nd ʔl ʔ/

« le vin de raphia »

mbàʔmbàʔ/

« le matin »

Tout comme la structure précédente, cette structure est constituée des mots composés. Et,
elle est très peu représentée dans cette langue.
1.2.3.2.5. La structure CVC.V
Cette structure qui comporte juste le noyau dans la deuxième syllabe est également attestée
dans la langue bien qu’elle soit très peu représentée. Nous donnons quelques mots de cette structure
dans l’exemple suivant :

38

(24)
/t ʔ

« le genou »

tàʔà

« l’escargot »

/mɔʔɔ/

« autre »

bàʔà

« maison »

Nous notons à travers cet exemple que dans ce type de structure en kw ʔ, il n’y a que la
consonne /ʔ/ qui se place en position de post-marge de la première syllabe.
L structure

VC et

V

Nous avons relevé dans notre corpus quelques mots de cette langue ayant ces structures.
L’exemple ci-dessous nous permet d’illustrer ce cas.
(25)
ʧ ʔ/

« le vagin »

ŋk ŋ

« le squelette »

/mv /

« le deuil »

s

« l’eau »

Ces structures avec des nasales syllabiques comme première syllabique ne sont pas assez
fréquentes dans la langue kw ʔ.
Nous nous proposons de résumer ces différentes combinaisons des dissyllabiques dans le
tableau suivant :
Tableau 7: combinaisons dissyllabiques
2ème syllabe

V

CV

CVC

V

-

-

-

-

CV

-

+

+

-

CVC

+
-

+
+

+
+

-

1ère syllabe

Tel que annoncé plus haut, nous avons sept (07) combinaisons de types de syllabes
possibles pour la structure dissyllabiques en kw ʔ tel que présenté dans le tableau ci-haut.

39

Dans cette langue, nous avons également des structures contenant trois (03) types de syllabes. Il
s’agit des structures trisyllabiques.
1.2.3.3. Les structures trisyllabiques
Les structures trisyllabiques sont des structures comportant trois (03) syllabes dans un même
mot phonologique. Dans la langue kw ʔ, nous avons dénombré quatre (04) types de trisyllabes. Il
s’agit des structures CV.CV.CV, CV.CVC.V, CVC.CV.CVC, CVC.CV.CV. Nous allons présenter
tour à tour ces différents types de trisyllabiques recensés.
1.2.3.3.1. La structure CV.CV.CV
Elle constitue une partie importante des trisyllabes de la langue kw ʔ. Nous l’illustrons à
travers quelques cas dans l’exemple ci-après.
(26)
/d k h /

« l’aisselle »

/ʧɛlɛk

« la souris »

/t n tàà

« le bananier »

d wèlé

« semer »

Dans cette langue, la grande partie de ce type de trisyllabe se retrouve dans les verbes à la
forme infinitive.
1.2.3.3.2. La structure CV.CVC.V
Cette structure comprend uniquement des verbes à la forme infinitive dans la langue kw ʔ
comme l’atteste l’exemple ci-dessous.
(27)
df ʔ

« chercher »

/ditɔʔ

« commencer »

d ʧwɔʔɔ/

« arracher »

dk ʔ

« grandir »

Nous constatons que la deuxième syllabe de cette structure n’a que le coup de glotte comme
post-marge et la dernière syllabe de la structure est une voyelle portant toujours un ton haut.

40

1.2.3.3.3. La structure CVC.CV.CV
Dans cette structure, la première syllabe est fermée et les deux dernières sont ouvertes.
Cette structure est représentée dans cette langue à travers l’exemple ci-après :
(28)
ŋgwɔŋm k

« le mille-pattes »

mb nmb n

« le cafard »

k ʔnʤ ndɛ/

« le seuil de la porte »

Nous remarquons que ce type n’est pas très fréquent dans cette langue. Il s’agit le plus
souvent des mots composés.
1.2.3.3.4. La structure CV.CV.CVC
Contrairement à la structure précédente, cette structure débute avec deux syllabes ouvertes
et se ferme avec une syllabe entravée. Nous allons représenter quelques mots ayant cette structure
dans l’exemple ci-dessous :
(29)
k m kɛt/

« le riz »

k bàŋgàn

« le crocodile »

Très peu de mots avec cette structure dans la langue. Notons également que les mots de cet
exemple sont des mots composés.
Nous avons également découvert quelques mots tétrasyllabiques.
1.2.3.4. Les structures tétrasyllabiques
Nous avons recensé quelques structures à quatre syllabes. Il s’agit notamment des deux
structures CV.CV.CV.CV, CVC.CV.CV.CV.
1.2.3.4.1. La structure CV.CV.CV.CV
Nous avons pu inventorier trois mots avec cette structure tels que présentés dans l’exemple
suivant :


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