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SÉPARATION PARENTALE, RECOMPOSITION FAMILIALE :
RÉPERCUSSIONS DANS LA CLINIQUE DE L'ENFANT
S. Chraibi et al.
De Boeck Supérieur | Cahiers de psychologie clinique
2008/2 - n° 31
pages 69 à 88

ISSN 1370-074X

Article disponible en ligne à l'adresse:

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2008-2-page-69.htm

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Chraibi S.et al., « Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l'enfant »,
Cahiers de psychologie clinique, 2008/2 n° 31, p. 69-88. DOI : 10.3917/cpc.031.0069

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SÉPARATION
PARENTALE,
RECOMPOSITION
FAMILIALE :
RÉPERCUSSIONS
DANS LA CLINIQUE
DE L’ENFANT
J. Barrère **
R. Lasmolles ***
C.

I

Perrot ****

Introduction - Méthodologie

Depuis plusieurs années, face aux demandes de consultations
d’enfants, nous avions le sentiment d’être de plus en plus souvent confrontés, à travers la séparation du couple parental, à
des motifs relevant plus du registre socio-familial, que d’une
clinique infanto-juvénile. Nous avons alors posé la question
de la manière suivante : existe t-il une nouvelle clinique chez
l’enfant, liée à la séparation du couple parental ? Ceci nous a
conduit à tenter d’objectiver cette interrogation et surtout de

* Psychologue
clinicienne,
psychanalyste, Docteur
en Psychopathologie
Clinique et
Psychanalyse, rattachée
à l’Equipe de
Recherches Cliniques,
pôle toulousain du
Laboratoire de
Psychopathologie
Clinique et de
Psychanalyse, EA 3278,
Université de Provence.
** Psychologue
clinicien, DU de
Psychopathologie du
bébé et DU Autisme.
*** Psychologue
clinicienne.
**** Praticien hospitalier
Pédopsychiatre
CMP enfants/
adolescents, 1 rue
Théophile Gautier,
65000 Tarbes. E-mail :
sofiachraibi@wanadoo.fr

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S. Chraibi *

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

la relier à une élaboration théorique dans une mise en forme
psychanalytique. Il nous a semblé utile d’une part de recueillir
quelques chiffres portant sur ces demandes de consultation, et
d’autre part, d’effectuer une analyse clinique à partir de notre
pratique auprès des enfants.

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Nous avons souhaité au sein de notre Centre Médico-Psychologique, avoir une photographie de ces demandes de consultation pour savoir si en effet, il y avait un lien plus direct entre
la séparation des parents et les symptômes de l’enfant énoncés
dans ces demandes de consultation. Précisons que notre point
de vue n’est pas d’ordre statistique mais bien de donner un
aperçu chiffré des demandes de consultation.
Pour y répondre, nous avons élaboré une fiche renseignant
les événements concernant ces situations familiales. Nous
avons rempli cette fiche pour tous les enfants qui ont consulté
pour la première fois au cours de l’année 2006. Nous avons
ainsi obtenu 195 fiches.
1- Parmi ces 195 enfants, il ressort que pour la moitié
d’entre eux, le couple parental est séparé.
2- La question de l’âge de l’enfant au moment de la séparation de ses parents nous paraissait pertinente, chacun observant que cette séparation intervient de plus en plus tôt dans la
vie de l’enfant.
Dans notre recueil, nous obtenons les répartitions
suivantes :
– Pour 10 % , la séparation du couple est intervenue au cours
de la grossesse
– Entre 0 et 3 ans : 28 %
– De 3 à 6 ans : 40 %
– Entre 6 et 12 ans : 22 %
– S’agissant des adolescents, il apparaît que la séparation soit
intervenue avant 12 ans.
Autrement dit, 78 % des enfants dont les parents sont séparés, ayant consulté au cours de l’année 2006 ont eu à vivre
cette séparation avant l’âge de 6 ans, soit avant l’entrée au
Cours Préparatoire.

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Quelques chiffres

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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Dans ce recueil de nos consultations, parmi donc les 50 %
d’enfants dont les parents sont séparés, 80 % d’entre eux vivent
une recomposition familiale.
Ce point concernant la recomposition familiale est intéressant pour nous, car nous allons voir que cette recomposition
va toucher l’organisation oedipienne de l’enfant et de manière
criante par les symptômes qu’il va manifester.

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Cette nouvelle structuration familiale qu’est la recomposition
familiale, est un phénomène sociétal qui interroge, à des degrés
et des niveaux divers, toutes les disciplines qui s’y rattachent :
les « psy », mais aussi les sociologues, les ethnologues et les
anthropologues, les juristes, les politiques... Il s’agit d’un domaine complexe et passionnel, un champ nouveau qui reste
encore à défricher où chaque situation est particulière, donnant peu de prise à sa modélisation. Les juristes et les politiques
en sont le parfait exemple par la production de propositions de
lois qui tenteraient de structurer ces singularités, à l’instar de
la loi de 2002 sur l’autorité parentale avec la garde ou résidence alternée, loi qui a été élaborée au départ pour préserver
le droit à l’éducation par les pères pour notamment les adolescents et qui s’est étendue de manière plus systématique à ces
situations de séparation familiale. [1] Actuellement et dans
cette continuité, les légistateurs se penchent sur des propositions de loi permettant de donner un « statut » aux beaux-parents, avec par exemple l’idée de leur accorder un « statut du
tiers » comprenant un « mandat d’éducation » dans la vie de
tous les jours, comme aller chercher l’enfant à l’école, le conduire à ses activités extra-scolaires... Là-dessus d’autres voix
se font entendre comme celle de la fondatrice du « Club des
marâtres » qui milite en faveur d’un dispositif par lequel parent et beau-parent signeraient un document en mairie où serait reconnue la coresponsabilité du beau-parent dans la vie de
tous les jours. Quant à « l’Union des familles de France » ou
« SOS Papa », ils s’interrogent sur la pertinence de telles lois
arguant du fait qu’il faudrait définir à partir de quand on est
beau-parent, ou encore si de tels statuts ne risqueraient pas
de semer la discorde entre ex-conjoints... [2]. Les sociologues travaillent également sur ce sujet, et c’est par le domaine

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Etat des lieux sur cette question

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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linguistique qu’ils tentent de circonscrire au mieux, par un
tout, cette complexité des configurations familiales qui se présentent. Ils ont par exemple inventé le terme de « dés-institutionnalisation » de la famille pour signifier la disparition de la
fonction sociale du mariage [3], et récemment, devant l’absence de mot pour qualifier les enfants des conjoints sans
aucun lien de sang entre eux – donc ceux qui ne sont ni frères
ni soeurs, ni demi-frères ni demi-sœurs – les sociologues parlent de « quasi-frère » ou « quasi-sœur » [4][5]. Les anthropologues évoquent eux, non pas une nouveauté sociétale, mais
un retour à des formes de sociétés primitives régies par d’autres
systèmes de parenté et de filiation [6].
Cette panoplie de propositions a l’intérêt de nous montrer
comment chacun, dans son domaine d’exercice respectif,
s’essaye à donner une structure à quelque chose qui n’en a
plus, c’est-à-dire à faire passer ce qui émerge de l’individuel à
une forme collective. Il s’agit alors de recréer une base sociétale où tout le monde s’entendrait en prenant en compte ces
nouvelles exigences individuelles. Pour les différents acteurs,
cette solution consisterait à introduire un tiers par l’intermédiaire de statuts ou de lois, ou encore par le recours à une
nouvelle terminologie qui réunifie, qui puisse faire sens. Et
effectivement, comme nous le verrons plus précisément, c’est
bien le sens qui ici fait défaut.

Fonction sociale du mariage
comme fonction symbolique
La théorie psychanalytique, sensible à cette notion de tiers,
entend donc dans la recherche effrenée de ces différents discours à mettre quelque part un tiers, que c’est bien cette fonction qui manque et qu’il s’agit dès lors de réintroduire. Car
c’est ce tiers qui, par sa valeur structurante, tient les choses. Il
était jusqu’alors assuré par la fonction sociale du mariage dans
sa désignation d’instance symbolique à laquelle on se référait
pour signifier la famille. Le mariage avait en effet cette fonction de préservation du patrimoine, de transmission d’une culture et d’une histoire transgénérationnelle. Il existait une attache
à la généalogie, ainsi qu’une connaissance des proches et des
lointaines filiations (grands oncles, neveux, nièces, cousins ger-

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mains...) arborescence qui, comme le soulignent certains
anthropologues, s’est perdue. D’ailleurs, là-encore pour exemple, à l’arbre généalogique s’est substitué le « génogramme »,
nouvelle appellation d’une sorte d’arbre généalogique avec
bulles et schémas, outil dont certains « psy » se servent pour
prendre en compte les liens génétiques et sentimentaux [7].
Force est de constater à l’instar de nombreux chercheurs
qu’en l’absence de cette loi sociale, ce qui tient du coup, est du
côté de l’amour. Pourquoi pas. Que des couples s’aiment puis
pour des raisons qui leur appartiennent ne s’aiment plus, nous
n’avons absolument rien à en dire. Cela fait partie de la vie,
c’est même le propre de l’amour [8]. Là où le problème surgit
pour les personnes qui sont dans cette dynamique et qui viennent nous voir en consultation, c’est lorsqu’ils sont parents,
c’est-à-dire lorsqu’ils doivent assurer leur fonction maternelle
et leur fonction paternelle alors même qu’il y a disjonction
entre conjugalité et parentalité. La difficulté – et les parents le
savent – est pour l’enfant. Ce dernier est dans un autre schéma
conceptuel et une autre inscription symbolique que celle qui,
au nom d’un certain amour, a uni puis désuni ses parents. Car
l’amour sentimental et l’amour parental ne sont pas identiques, en premier lieu, pourrions-nous dire, à un niveau temporel. En effet, si l’amour entre deux personnes adultes peut avoir
été et donc ne plus être – et ainsi être relégué à un temps passé
– pour l’enfant l’amour des parents est a-temporel, car inscrit
dans une histoire qui pour lui se lit toujours au présent. Cet
amour est la condition même de son existence, et son existence il la vit au présent (notamment chez les jeunes enfants).
En deuxième lieu, si le terme d’« amour » pour qualifier une
relation sentimentale entre deux adultes, peut se décliner en
plusieurs acceptions renvoyant pour chacune d’elles à des
notions différentes – l’amour c’est aussi « le désir », « la
jouissance » – l’enfant lui, ne les entend pas. Il raisonne avant
tout en terme d’amour, ce que nous pouvons repérer dans cette
formulation courante : « l’amoureux de ma mère » pour désigner son nouveau compagnon, relation amoureuse qui pour
l’enfant s’articule sur un même plan psychique que l’amour
parental. De cette superposition, lieu de confusions, s’originent
bien souvent les peurs d’abandon. Rajoutons que les parents,
pour tenter de réassurer l’enfant, vont opérer ce même raccourci par la proposition d’un sens unique prenant appui sur

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

cette valeur générale de l’amour : la séparation des parents s’est
faite au nom de l’amour, mais au nom de l’amour, les parents
n’abandonneront jamais l’enfant. Cette explication n’aura
souvent comme finalité que de souligner cette superposition.
En ce sens, elle se révèlera inefficace pour apaiser les craintes
de l’enfant.

Analyse clinique

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Si l’affaire des juristes, des politiques est pour ce qui nous intéresse, de promulguer des lois afin d’assurer une cohérence et
une égalité démocratique, celle des sociologues, de faire une
lecture sociétale... qu’en est-il pour nous ? Nous pourrions
dire que notre rôle consiste à écouter la souffrance et l’appel à
l’aide des parents et des enfants, et de tenter d’y répondre.
Pour l’enfant, ce sont les symptômes présentés qui vont traduire cette souffrance.
Nous avons dit que lorsque les parents en situation de
recomposition familiale consultaient, ils reliaient dans la plupart des cas les symptômes présentés par l’enfant à leur situation de séparation, soulignant même cette cause à effet.
Quels sont ces symptômes que nous avons relevés, chez des
enfants de plus en plus jeunes ? Globalement nous sommes
face à une symptomatologie de l’agir avec :
– des problèmes comportementaux repérables dès l’école maternelle, s’exprimant généralement par des actes de violence,
d’agressivité ;
– une agitation importante ;
– un désintérêt pour l’école, accompagné de difficultés d’attention et de concentration, même pour ceux qui théoriquement se situent dans la période de latence ;
– des difficultés d’apprentissage dans la lecture et l’écriture ne
relevant pas du registre rééducatif ;
– un processus de régression chez l’enfant avec la survenue de
cauchemars, de peurs autour des thèmes de l’abandon, de la
perte d’amour.

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Présence chez l’enfant d’une symptomatologie de l’agir

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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Cette clinique de l’instable et de l’agir, des troubles cognitifs, de l’insécurité est significative d’une rupture chez l’enfant
dans le processus de symbolisation, de mentalisation. Autrement dit, l’enfant est dans l’acte car il n’est plus dans la parole,
dans une parole qui puisse faire sens pour l’aider à penser ce
qui, pour lui, est fondamentalement de l’ordre de l’impensable, à savoir la séparation de ses parents. Ceci se produit
d’autant plus si cette séparation s’accompagne pour chacun des
parents d’une reconstruction amoureuse sans qu’aucun mot ne
soit mis dessus, si ce n’est au nom de l’amour. L’enfant est en
quelque sorte sidéré, et c’est le corps qui prend le relais par,
entre autre, un déchaînement pulsionnel.

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Cette sidération de la pensée répond le plus souvent à une
dynamique parentale inscrite elle-même dans une clinique de
l’agir. En effet, et c’est le cas pour la majorité des consultants
que nous rencontrons, ces séparations ne sont pas ponctuées
chez les parents par un temps de repos, de respiration, de
réflexion, aussi difficile soit-il, pour faire le point et effectuer
en quelque sorte un travail de deuil indispensable, nous semble t-il, pour écrire une autre histoire. Ce temps, ils ne le prennent pas, ni pour eux, ni pour l’enfant qui ne peut ni se
réorganiser psychiquement ni se repérer. Il y a précipitation,
et les chapitres du livre de leur vie d’adulte s’enchaînent, parcourus par toutes les animosités non travaillées, les regrets, les
déceptions, les souvenirs heureux ou amers... qui traversent
bien évidemment l’enfant. Ce dernier est alors projeté dans un
autre temps, une autre logique à laquelle il doit obligatoirement
s’adapter sans comprendre pourquoi, et qui résonne comme une
sorte de passage à l’acte auquel il ne peut répondre que par
l’acte. C’est ainsi qu’il peut se retrouver très rapidement avec
deux foyers, un beau-père, une belle-mère, des demi-sœurs,
des demi-frères, d’autres enfants, un découpage de la semaine
en deux...
Mais au-delà, ce qui est rompu dans la tête de l’enfant, c’est
bien ce qui unissait ses parents et dont il est issu : s’il continue
à aimer ses parents et à être aimé par chacun d’eux séparement, il ne l’est plus par ce couple fondateur. Un des côtés du
triangle œdipien s’est dé-lié pour l’enfant, triangle qui structure

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Clinique de l’agir parental

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et fonde sa vie psychique par le jeu des liens et des éléments
séparateurs, des attirances et des rivalités, des identifications
conflictuelles. Il ne pourra plus avoir que des relations de face
à face avec chacun de ses parents, eux-mêmes pris par d’autres
liens d’amour, avec un autre adulte, avec d’autres enfants.
Comme nous le remarquons, la complexité de ces situations se traduit par ces allers-retours que nous sommes sans
cesse obligés de faire pour restituer, comprendre et analyser
ce qui d’une part appartient aux parents, à leur logique, leurs
choix et d’autre part ce qui appartient à l’enfant, dans son
vécu, dans son histoire. Apparaît désormais un décalage entre
la vie de l’enfant et celle des parents, comme s’il s’agissait de
deux, voire trois trajectoires existentielles parallèles (celles de
la mère, du père, de l’enfant), qui certes à des moments se touchent, se rencontrent (au travers notamment de l’enfant) mais
en fait s’isolent, avec comme mot d’ordre implicite et unificateur pour pouvoir le supporter, un discours lisse, a-symptomatique du « à la maison, tout se passe bien, tout le monde
s’entend bien », comme si le « mythe d’une famille unie »
s’était reconstruit. C’est ce décalage que l’on nous demande
d’effacer. Et pourtant, décalage il y a, et plus qu’il n’en paraît.
En effet, nous avons dit que la fonction sociale du mariage
agit comme tiers symbolique, ou instance surmoïque, loi morale
selon Kant ou loi de l’éthique selon Lacan [9]. Elle permet à
chacun d’avoir sa place dans la triade oedipienne. Or, lorsque
cette fonction sociale ne tient plus, nous assistons à une sorte
de désarrimage des fonctions maternelle comme paternelle
qui partent un peu comme des « électrons libres », mettant du
coup en exergue les failles de chacune de ces deux positions
devenues intenables sans ce nouage du tiers symbolique que
constitue la loi sociale. On peut assister alors chez le père à
une défaillance de son rôle, et chez la mère à une transgression
de sa fonction du côté incestuel.
Défaillance de la position paternelle : l’errance des pères

Ces situations nous confrontent à la difficile question de :
qu’est-ce qu’un père, qu’est-ce qu’être père, on pourrait aussi
dire : qu’est-ce qu’un père pour l’enfant ? La théorie psychanalytique nous propose plusieurs formules de la fonction
paternelle incluse dans cette triangulation oedipienne et qui

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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Or, dans la séparation parentale puis la recomposition familiale, nous voyons comment ces deux axiomes symboliques
portés par le père sont rompus, deviennent défaillants, d’une
part parce que ce rôle de mise à distance mère/enfant ne peut
plus avoir lieu, et d’autre part, parce qu’il y a rupture pour le
père, avec l’héritage symbolique de ses pères. Le père prend
une autre direction, s’engage dans un autre sens, ce qui souvent le plonge dans un certain désarroi, voire même une forme
d’errance. C’est ainsi que lorsque les pères n’ont pas de compagne, ils reviennent souvent vivre au domicile de leurs parents,
confiant généralement à leurs mères le rôle maternel auprès de
ses propres enfants. Nous entrons alors dans une confusion
des générations quant aux rôles et places de chacun. Lorsque
les pères ont une compagne, et qu’ils obtiennent la garde alternée, c’est la plupart du temps à la compagne que cette fonction
est dévolue, dans les soins de la vie quotidienne par exemple.
Nous rencontrons d’autres cas de figure avec des pères qui
versent dans une position maternelle, presque pourrions-nous
dire, féminine. Le père devient ainsi un « double maternel »,
à défaut d’occuper sa fonction tierce. Il n’est pas rare ainsi de
voir en consultation des pères pleurer avec leurs enfants, quand
ils évoquent ces questions de séparation, alors que cette séparation a été leur choix qu’ils ne remettent d’ailleurs pas en
question, disant être bien avec leur nouvelle compagne. En
fait il semble que ces pleurs s’adressent à leur état présent

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vont dans le sens d’un père porteur de la loi symbolique, et ce,
à double titre. D’une part, il l’est par sa fonction première
d’interdit de l’inceste. « Le père est celui qui dit Non, il interdit la mère à l’enfant, il lui dit la jouissance interdite [...]. Sa
tâche, sa responsabilité ingrate est d’incarner ce rôle d’empêcheur de jouir en rond » [10]. C’est pourquoi, structurellement,
« tout interdit renvoie à l’interdit de l’inceste » [9]. Rajoutons
que c’est cette mise à distance de la mère avec l’enfant qui est
justement la condition de la parole. D’autre part, le père a une
fonction de légataire dans le sens où il a à transmettre ce que
lui-même a reçu en héritage de son propre père, qui lui-même
l’a reçu de son père, et ainsi de suite. On pourrait dire que
c’est « l’oeuvre du père » par laquelle il s’acquitte de sa dette
symbolique (il doit une vie, mais pas n’importe comment). Le
père est donc là pour donner sens, pour montrer le monde,
pour indiquer la direction.

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

comme si, témoins impuissants de leur histoire, ils pleuraient
sur leur propre sort et celui de leurs enfants.
Plus généralement ces diverses situations nous montrent que
le rôle du père, dans sa partie réelle, concrète, ne peut exister
qu’accolé à une fonction maternelle, comme si être père n’existait pas en soi. Il faut dès lors qu’il y ait de la mère, ou une
femme qui permette au père de prendre cette place. Ce pourquoi nous avons parlé d’une défaillance du rôle paternel.
Fonction maternelle et transgression incestuelle [11]

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Pour la mère, la question se pose différemment. La mère est.
Pour exemple, notons qu’elle arrive à assurer cette place de
« famille mono-parentale » seule, c’est-à-dire sans avoir le
besoin de revenir vivre au domicile de ses parents. Pourtant,
au même titre que le père, elle peut être confrontée à la solitude. Elle va cependant y répondre d’une autre manière. Toute
la différence va se jouer là. Elle ne va pas être aux prises avec
cette forme d’errance paternelle décrite précédemment, mais
elle va être dans la quête d’un objet lui permettant d’obturer
définitivement le manque creusé par ce sentiment de solitude,
en retrouvant l’unité perdue. Cette perspective d’obtenir un
« nouveau Graal » s’offre à elle avec l’absence du tiers de la
fonction sociale, du tiers de la fonction paternelle, loi symbolique qui lui permet de la tenir à distance de cet objet interdit.
En ce sens, l’enfant peut incarner idéalement l’accomplissement de cette quête. Le risque est alors qu’elle établisse avec
lui une relation de type fusionnel, par définition incestuelle (à
prendre sur un plan fantasmatique), marquée par l’illusion
d’une complétude enfin trouvée avec l’objet de sa chair. Ceci
engagera ce nouveau couple mère/enfant dans ce que l’on
appelle en pédopsychiatrie une « pathologie du lien ». C’est
ainsi que nous avons nombre de consultantes, qui après leur
séparation souvent voulue, vont laisser dormir leur enfant
avec elles, ou vont construire un type de relation principalement
fondé sur de l’affectif, du sentimental, du pulsionnel avec des
« je t’aime » et des câlins à profusion, des bisous sur la bouche
lorsqu’il s’agit de se séparer ou de se retrouver. Ajoutons que
l’enfant va d’autant plus répondre à cette demande maternelle

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La quête maternelle d’une plénitude originelle

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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qu’il aura aussi en charge de colmater la souffrance dépressive de sa mère en la partageant au plus intime.
Arrêtons nous sur la souffrance dépressive maternelle que
nous qualifierons de mélancolie structurale, ce qui nous permettra de mieux comprendre pourquoi elles construisent ce lien
de complétude avec l’enfant.

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La théorie psychanalytique lacanienne qui se situe dans une
perspective structurale existentielle (elle se demande fondamentalement qu’est-ce qu’est l’homme, quel est son monde...),
s’appuyant notamment sur la philosophie existentielle heideggerienne, a conduit à une véritable révision de la théorie du
deuil. Pour Lacan, l’homme, de par sa naissance, est un être
mélancolique par structure. Autrement dit, « la mélancolie est
foncièrement liée à la condition humaine » [12], à la Loi de
l’existence à laquelle tout être humain est assujetti. En effet,
lorsque tout sujet vient au monde, il est confronté au réel de
l’existence qui fait séparation, puisque cette existence, on la
lui a donnée - il ne l’a ni choisie, ni demandée, ni voulue - elle
est hors de lui. Jeté là dans le monde comme le dit Heidegger
[13], abandonné, exilé, il se découvre d’abord comme étant
« toujours déjà là » et il doit se débrouiller avec ce « là ». Mais
en même temps que cette existence lui a été donnée avec la
vie, elle lui sera retirée tout aussi mystérieusement avec la
mort. En d’autres termes, en même temps qu’il se découvre
comme étant « toujours déjà là », il sait qu’il aura à s’éprouver
comme « jamais-plus-là », et que faisant l’expérience de la
vie, il aura à faire l’expérience de la mort. C’est pourquoi
l’être humain, de par son entrée dans le monde, est marqué
par le négatif, une perte fondamentale, celle de son existence,
l’obligeant à renoncer à l’idée d’une maîtrise, d’une toute
puissance sur cette existence. Autrement dit, il est confronté
au manque radical qui peut être défini par le concept de « solitude originelle » [14]. Face à la vie, comme face à la mort,
dans ses épreuves, dans son questionnement, dans ses choix,
l’homme est et sera toujours seul, face à lui-même. « Nulle
place dès lors pour un quelconque état narcissique originaire
d’une unité qui aurait été perdue » [12] puisque unité il n’y a
jamais eu. Et cette nostalgie universelle d’un objet pouvant
combler ce manque à être, cette solitude originelle, repose sur

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Quête maternelle et solitude originelle

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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une illusion tenace, sans doute indéracinable, partagée par nombre de sujets, dont ces mères qui, tout à coup, se sentant libérées de ce poids symbolique qu’est la valeur morale du mariage,
pensent récupérer une liberté totale sur l’existence, dans un
sentiment d’unification que va leur procurer l’objet de leur
chair qu’est l’enfant. C’est ainsi que, lors de nos consultations, nous pouvons entendre ces propos : « Quand mon fils
est né, j’ai découvert un plus grand amour qu’avec mon compagnon ». Or nous savons que « le nourrisson – l’infans – ne
peut accéder à son être de sujet que parce qu’il est inscrit dans
un système grammatical de la parenté, avec sa loi, ses règles
d’organisation, ses interdits, ses impossibles » [12]. Et c’est
par la parole qui ouvre au sens, que l’enfant pourra faire également le deuil de la jouissance totale au profit d’une jouissance limitée, structurée sur un principe de perte. Ceci lui
permettra de s’inscrire dans le savoir et d’investir l’école.
Nous sommes là dans le processus de sublimation qui
s’oppose au principe d’une jouissance toute, immédiate.
Troubles de l’attachement comme réponse de l’enfant
à la quête maternelle

Intéressons-nous à l’enfant lorsque la mère nie ou refuse en
quelque sorte cette perte, lorsqu’elle n’assume pas la castration symbolique, et qu’elle établit avec l’enfant ce que nous
avons appelé une pathologie du lien. L’enfant y répond bien
souvent par des « troubles de l’attachement » qui s’expriment
par des difficultés de séparation et s’accompagnent de troubles anxieux. Car cette position de complétude du « tout »
maternel va naturellement s’ajuster à celle du petit enfant, puisque dès les premiers instants de sa vie, la mère est déjà inscrite
comme étant ce « tout », objet primordial qui pourvoie à l’ensemble de ses besoins vitaux et de satisfaction pulsionnelle
[15], objet qui est là à tout moment, qui donne sens à sa vie et
à son monde, qui est sa vie et son monde, mère qui le comble
à son tour en lui permettant de ne pas faire l’épreuve de ce déchirement de la vie dont nous avons parlé précédemment.
Mais les choses ne sont que déplacées, car si l’enfant ne fait
pas l’expérience de la séparation avec l’existence, c’est la séparation avec cet objet mythique qu’est la mère qui va être
éprouvée par l’enfant comme un manque à être, une déchirure
insupportable tant pour lui (il n’est plus rien sans elle), que

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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pour elle (il pense qu’elle n’est plus rien sans lui). Sa mère se
substitue à son monde : lorsqu’il quitte sa mère, il quitte son
monde ; et lorsqu’il quitte son monde il n’est plus rien, il est
anéanti. D’où les pleurs, l’état de prostration ou encore la violence projetée sur l’autre identifié comme étant l’agent séparateur-persécuteur. Enfermé dans cette emprise maternelle, il
ne peut que se demander : que veut-elle exactement ? Et s’il la
décevait ? Si elle l’abandonnait comme elle a abandonné son
père ? D’où les « je t’aime » incessants, la profusion de câlins
que l’enfant prodigue à son tour à sa mère.

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Nous l’avons dit, c’est cette transgression incestuelle maternelle qui empêche chez l’enfant le processus de symbolisation
engagé jusqu’alors de se maintenir, d’où les difficultés de concentration, d’apprentissage scolaire, mais aussi agitation, violence car l’enfant est pris dans une relation non plus réglée sur
un désir autre, porté par sa mère, mais au contraire sur une
jouissance maternelle dépendante de son bon vouloir. Ce qui
est barré est le processus de sublimation (la découverte du
monde, le désir de savoir) [16] au profit d’une jouissance pulsionnelle du deux (mère/enfant) fermée à tout principe d’altérité, et par définition à toute parole. Or là où le symbolique se
dérobe surgissent l’imaginaire et le sexuel à travers le regard,
comme seul sens possible. Ceci constitue un leurre puisque,
d’une part le sexuel est hors sens car hors langage (le sexuel
ne peut dire le monde, encore moins l’expliquer), et d’autre
part nous savons que si tout n’a qu’un sens alors rien n’a de
sens.
C’est ce processus que nous allons maintenant envisager par
l’exposition de deux nouvelles configurations souvent présentes dans nos consultations et qui vont convoquer l’enfant à se
tourner face à la scène primitive :
– la mère a un compagnon de passage ;
– la mère et/ou le père « refont leur vie » avec une personne
ayant souvent déjà des enfants. De plus, de cette nouvelle
union, pourront naître d’autres enfants. C’est la survenue des
demi-frères, demi-sœurs.
Premier cas de figure : la mère a un compagnon de passage.

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L’enfant confronté à la scène primitive

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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Bien souvent, lorsque celui-ci vient épisodiquement à la
maison, la mère qui est dans cette dynamique de complétude
que nous venons de décrire et qui dort avec son enfant, va
alors demander à cet enfant de réintégrer son lit. Lorsque le
compagnon s’absente, l’enfant peut revenir dans le lit maternel. L’enfant devient, à l’instar de cet homme, objet de passage.
Et tout sens s’échappe. N’est-il pas l’unique objet d’amour de
sa mère ? Alors pourquoi le rejette t-elle lorsque ce compagnon vient ? Qu’a t-il de plus ? A ce non-sens vient se superposer la donne sexuelle, non pas posée pour l’enfant comme
s’il devait y répondre et donner à sa mère ce que cet autre
homme lui donne – l’interdit de l’inceste est bien là, nous sommes dans la névrose – mais son regard est désormais tourné
vers cette chambre pour un temps interdite où se trouvent sa
mère et ce compagnon. S’impose à lui la question saisissante
de la sexualité de ses parents. Autrement dit, il est mis face à
la scène primitive, refoulé fondamental qui ne peut être symbolisé, car l’enfant ne peut se représenter ses parents s’accoupler et de cet accouplement, l’acte de son engendrement. La
représentation violente de cette scène pour l’enfant est impossible à penser, à dire, elle est source d’une profonde angoisse
et va amener l’enfant à se manifester dans l’agir.
– Cette convocation à regarder quelque chose d’« irregardable », et qui fait acte d’effraction dans la vie psychique de
l’enfant, nous pouvons la retrouver dans le deuxième cas de
figure : l’enfant est en garde alternée dans des familles recomposées. Si un premier discours d’harmonie est prononcé dans
chaque nouvelle famille qui se veut traduire l’entente familiale retrouvée, qu’en est-il de la parole de l’enfant lorsque
nous l’écoutons seul dans nos consultations ? Nous constatons
qu’au fond les enfants ne saisissent pas pourquoi leurs parents
se sont séparés, ne possédant pas de modèle identificatoire
pouvant l’expliquer. Bien que les histoires de pacte, de rupture, de réconciliation avec les copains existent, ils ne peuvent
transférer ces scénarii sur les adultes, encore moins sur les
parents. Ils sont pris en effet dans un autre axiome : lui, il les
aime, alors pour quelles raisons ne peuvent-ils plus s’aimer,
d’autant plus que leurs amours se portent vers d’autres ? La
logique échappant, conjugée à une absence de paroles vraies
échangées avec l’enfant autour de ces séparations – souvent
disent-ils « pour ne pas le traumatiser » – la donne sexuelle va

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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là aussi se présenter comme possible résolution de cette énigme,
sans cependant trop savoir comment ni pourquoi. Ce qu’ils
perçoivent, c’est que tout se passe dans cette chambre mystérieuse, lieu d’une jouissance qu’ils devinent et à laquelle ils
restent suspendus.

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Cette défaillance du symbolique va tout naturellement se reporter sur le langage, sous la forme d’une transgression du mot
et de son sens, s’appliquant notamment aux liens de filiation,
autour des termes de « beaux-parents », « demi-frères » et
« demi-sœurs ». C’est ainsi que dans les situations de recomposition familiale, les parents ne vont quasiment jamais
employer les termes de « belle-mère » ou de « beau-père » pour
désigner l’autre compagnon à leurs enfants, disant « n’aimer
pas ce mot », car « ils le trouvent trop dur ». Il en sera de même
pour les plus jeunes enfants, les termes de « belle-mère » et de
« beau-père » ne signifiant rien pour eux. A cela s’ajoute le
fait que bien souvent du côté maternel, lorsqu’une défaillance
du rôle du père est exprimée (réelle ou non), s’énonce l’idée
que le nouvel homme, qui s’occupe de l’enfant comme un
« vrai père », a le droit d’être nommé « papa » par l’enfant,
étant en quelque sorte plus père que l’autre, le vrai. Du côté
paternel, ce positionnement est plus simple : il y a la mère de
l’enfant, et l’autre femme qui a un rôle maternel, mais qui
aucunement ne peut remplacer la vraie mère, même si l’enfant
usera quelque fois du mot commun de « maman », surtout
chez les tout petits.
L’enfant va reprendre ces nominations parentales pour
s’adapter à ces nouveaux espaces familiaux reconstitués à partir de ce nouveau lexique. C’est ainsi qu’il peut se retrouver
avec autant de pères ou de mères que les parents le décident,
ou encore entendre énoncer que tel père ne l’est plus, au profit
d’un autre, qui lui, l’est. Le cas du jeune Marc, âgé de 6 ans,
illustre ce que nous rencontrons fréquemment dans nos consultations. Vivant dans deux familles recomposées, il nomme
son père « papa Samuel », et son beau-père « papa Eric », les
distinguant par leurs prénoms lorsqu’il est seul avec nous en
entretien. En revanche, en présence de sa mère, il utilisera

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La transgression de la loi du langage
comme destructuration du symbolique

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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le terme générique de « papa » pour désigner son beau-père,
conservant par ailleurs celui de « papa Samuel » pour son vrai
père. Or, au fil des entretiens nous constaterons que cette opération langagière de l’enfant est issue d’une nomination de la
mère, qui désavouant le père de Marc, usera de l’expression
« père biologique » pour le désigner. Ce signifiant « père
biologique », lieu du ressentiment maternel, est dès lors transmis à l’enfant sous la forme de l’ajout du prénom « papa
Samuel » pour former des articulations semblables marquant
une même distance : père/biologique, papa/Samuel. Quant à
ce dernier, il répliquera sur un mode quasi similaire, demandant à son enfant d’appeler sa belle-mère « maman Catherine »,
puisqu’il nomme son beau-père « papa Eric ».
Cet exercice verbal vaut pour la fratrie, aux contours devenus élastiques et mal définis. En effet, l’enfant peut se retrouver avec des (nouveaux) « frères et sœurs ». Ainsi les nommet-il, comme d’ailleurs ses parents. Car comment pourraient-ils
les nommer, les autres enfants du couple ? De toute façon, ils
sont comme des frères et des sœurs pour lui, alors pourquoi ne
pas dire « frère » et « sœur ». Il en sera de même pour les
demi-frères et demi-sœurs, qui seront appelés « frères » et
« sœurs », ce terme de demi n’étant pas « joli » pour les parents.
Et puis, comme nous l’entendons souvent dans le discours
parental, ce sont tout de même des frères et des sœurs, plus
d’ailleurs que les autres enfants existants avant la constitution
du couple qui, eux, ne sont pas des frères et des sœurs. Par
extension, l’enfant pourra nommer à son tour « frère » ou
« sœur », un copain/copine, voisin/voisine avec qui il joue souvent, s’esseyant de lui-même à cette « créativité » langagière.
Nous l’avons dit, cette transgression de la Loi du langage
répond à une destructuration du symbolique, désignée par les
parents comme « a-signifiante ». Qu’est-ce qu’un père, une
mère, un frère, une sœur ? Pris dans cet axiome d’une liberté
totale qu’occasionnent ces situations de rupture et de reconfiguration, nous nous retrouvons face au bon vouloir parental,
avec des parents qui dictent la loi du monde, comme s’ils en
étaient les artisans tout-puissants. Or nous savons que l’assise
du langage est l’assise du symbolique par quoi toute chose
tient, au delà de ses représentations imaginaires. Ainsi une
pomme peut être verte, rouge, violette, elle reste une pomme.
Et si quelqu’un décide de la nommer « poire », elle ne devient

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pas « poire » pour autant. L’objet a une consistance propre qui
n’est pas subordonnée à une pure image ou à une objectivation
personnelle, mais bien à son effet de sens (l’articulation entre
la chose et le mot, c’est à dire la représentation conceptuelle
de la chose nommée donnant corps à l’image) et ce, à condition que le sens réponde à une vérité, celle justement qui est
garantie par le sens donné, justifiant dès lors la raison d’être
de la chose créée pour le monde (une pomme est un fruit du
pommier, le pommier est un arbre fruitier dont le fruit est une
pomme, un arbre fruitier est un pommier si son fruit est une
pomme, et nous pourrions continuer ainsi de suite...). Cette
logique mathématique, garante du sens, vaut pour tous les
liens de filiation (frère, sœur, demi-frère, demi-sœur...) dont le
père, le signifiant « père », qui ne peut être arbitraire. Le
« père » est... parce que d’abord et avant tout il a conçu
l’enfant avec la mère, et, de plus, il peut l’avoir désiré, reconnu,
avoir été présent pour la mère... Il ne peut donc être un autre, il
n’est pas une chimère, s’effaçant à l’apparition d’un autre
homme. C’est la Loi du langage [17] [18] à laquelle tout
homme est là encore assujetti, puisque donnée avec la Loi de
l’existence (l’homme étant lui-même effet de cette Loi selon la
formule de Lacan « de l’entrée du signifiant dans le réel naît le
sujet ») [19]. Et c’est parce que nous sommes hors d’une détermination personnelle, que cette Loi du langage assure la cohérence du monde et son harmonie, permettant que l’on
s’entende. Sinon, nous entrons dans le non-sens, propice à la
cacophonie, au malentendu, au quiproquo, voire à une forme de
mutisme (sorte de sidération du processus de mentalisation)...
Cette perte de sens par transgression de la Loi du langage,
nous la constatons chez l’enfant, avec comme conséquence
directe des difficultés pour entrer dans les mécanismes
d’apprentissage de la lecture ou de l’écriture qui font avant
tout appel à cet effet de sens, et à la Loi du langage.

Conclusion
Au terme de ce travail, nous pouvons dire que nous n’avons
déterminé aucun élément nous permettant d’énoncer que nous
sommes face à l’émergence d’une nouvelle forme de pathologie. Cependant, comme l’ensemble des études sur ce sujet le
montre [6], une majorité significative d’enfants confrontés à

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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la séparation du couple parental présente des troubles ou symptômes caractéristiques de ces situations de rupture. Bien évidemment, ces symptômes peuvent se retrouver de façon isolée
dans toutes configurations familiales comme c’est le cas pour
les angoisses d’abandon, les difficultés d’apprentissage, l’anxiété, l’agressivité… C’est bien plus la fréquence et la conjonction de ces symptômes rencontrés dans les situations de
rupture parentale qui posent la question de la pertinence d’une
clinique spécifique, et ce, au-delà d’un certain nombre de variables certes importantes, comme l’âge et le sexe de l’enfant
au moment de la séparation, la présence d’une fratrie ou la situation d’enfant unique, la force et la violence des conflits qui
se font jour, etc… Cette symptomatologie, qui relève de la clinique de l’agir, se rencontre aussi dans les différents tableaux
du traumatisme psychique. Sommes-nous là dans l’émergence
d’une clinique du traumatisme de nouvelle facture ? La séparation du couple parental pourrait-elle donc constituer un
événement traumatique au même titre que les catastrophes
microsociales décrites par M. De Clercq [20], telles que les
accidents de la route, accidents domestiques, catastrophes naturelles, prises d’otage, etc... et donc s’ajouter à cette nomenclature ? La prise en compte de la dimension traumatique de ces
situations impliquera pour notre travail clinique de permettre à
l’enfant qu’une pensée se fasse jour là où il n’y en a plus, l’acte
venant s’y substituer. Pour les parents, également en souffrance, un sens est aussi à retrouver dans un travail les amenant à questionner leur propre vécu familial et personnel [21].
Références

[1] J. PHÉLIP, Le Livre noir de la garde alternée, Paris, Dunod, 2006.
[2] C. CHARTIER, C. VIGOUREUX, « Un statut pour les beaux-parents ? »
L’express n° 2934, Semaine du 27 septembre au 3 octobre 2007, p. 54.
[3] A. DUCOUSSO-LACAZE, R. Scelles, n°173 revue Dialogue, Editorial, 2006.
[4] I.THÉRY, « Trouver le mot juste : langage et parenté dans les recompositions familiales après divorce », in Segalen M. (dir.), Jeux de familles,
Presses du CNRS, Paris, 1991, p. 137-156.
[5] J-H. DÉCHAUX, Sociologie de la famille, Paris, La Découverte, 2007.
[6] M. GODELIER, Au fondement des sociétés humaines. Ce que nous apprend
l’anthropologie, Paris, Albin Michel, 2007, coll. Bibliothèque idées.
[7] M. ANAUT, Soigner la famille, Paris, Armand Colin, 2005.
[8] P. DE NEUTER, « La passion comme sinthome : pour une topologie de
passions amoureuses », Cliniques Méditerranéennes, « Passion, amour,
transfert », 2004, n°69 coordonné par P. de Neuter.

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[9] A. JURANVILLE, Lacan et la philosophie, Paris, PUF, 1988, p. 200.
[10] A. DEPAULIS, Le complexe de Médée. Quand une mère prive le père de
ses enfants, Paris, De Boeck, 2007, p. 128-129.
[11] P-C. RACAMIER, L’inceste et l’incestuel, Paris, Editions du Collège, 1995.
[12] AN. JURANVILLE, La mélancolie et ses destins. Mélancolie et dépression, Paris, In Press, 2005, Psy-Pocket, p. 63, p. 57.
[13] M. HEIDEGGER, Etre et Temps, Paris, Gallimard, 1986.
[14] S. CHRAIBI, Perversion, Création et Judéo-Christianisme. Les cas de
Pasolini et de Mishima, Thèse de Doctorat de Psychopathologie clinique
et Psychanalyse, Université Sophia-Antipolis, 2004, pp. 61-72.
[15] J. LACAN, Le Séminaire. Livre IV. La relation d’objet, Paris, Seuil, 1994.
[16] S. FREUD, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris, Gallimard,1962, p. 70.
[17] J. LACAN, Séminaire inédit Livre XXIV. L’insu que sait de l’unebévue s’aile à mourre, Séance du 15 mars 1977, du 17 mai 1977.
[18] J. LACAN, Séminaire inédit Livre XXII R.S.I., Séance du 11 mars 1975.
[19] J. LACAN, Séminaire Livre X L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, Séance du
9 janvier 1963.
[20] M. DE CLERCQ, F. LEBIGOT, Les traumatismes psychiques, Paris,
Masson, 2001.
[21] A. THEVENOT, « Les enjeux subjectifs à l’oeuvre dans les recompositions familiales », Cliniques Méditerranéennes, Filiation1, Paris, Eres,
2001, n° 63, 127-141.

Résumé Les auteurs, psychologues cliniciens et pédo-psychiatre dans une Consultation Médico-Psychologique pour enfants
et adolescents, sont confrontés depuis plusieurs années à des
demandes de consultation liées à la question de la séparation du
couple parental et aux éventuelles répercussions que cela entraîne dans la clinique de l’enfant : existe-t-il une clinique spécifique des troubles consécutifs à la séparation des parents ?
A travers quelques chiffres, les auteurs mettent au jour qu’un
enfant sur deux qui consulte a vécu la séparation du couple de
ses parents. Parmi eux, 80 % l’ont connu avant l’entrée au CP,
ce qui ne sera pas sans répercussion sur la vie psychique de
l’enfant et le rapport aux apprentissages. Puis à travers l’élaboration clinique des contenus de leurs consultations, ils font
l’hypothèse que la séparation du couple parental met l’enfant
face à la question de la sexualité de ses parents, question qui,
chez l’enfant jeune, peut faire effet de traumatisme. La représentation de ses origines vacille, à savoir celle de l’union de ses
père et mère. Il peut arriver à la mère d’établir alors avec son
enfant une relation de grande proximité à caractère incestuel, et

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

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Séparation parentale, recomposition familiale : répercussions dans la clinique de l’enfant

au père une relation de substitut maternant. L’enfant ne baigne
plus désormais que dans du « maternel », qu’il soit avec sa mère
ou son père, la fonction tierce disparaît. Une nouvelle clinique
apparaît chez l’enfant, clinique de l’instable et de l’agir, clinique de « l’inattention », clinique des troubles cognitifs, clinique
de l’insécurité, clinique de l’éphémère.
Mots-clés séparation du couple parental, sexualité des parents,
pathologie du lien, relation incestuelle, recomposition familiale.

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Through statistical analysis, the authors reveal that one out of
every two children seen in consultation has experienced the
separation of his parents. Among them, 80 percent experienced
their parents’ separation before first grade, which has repercussions on the psychical life of the child as well as on his ability
to learn. Then, while examining the clinical content of their
consultations, the authors form the hypothesis that parental separation can affect the child’s views on their parents’ sexuality,
a question which can have traumatic effects, especially on
young children. The representation of their origins becomes
uncertain, and precisely the one of the union of their mother and
father. The mother may then establish a very close relationship of « incestuous » nature with her child, and the father
may become a maternal substitute. The child then only evolves
in a « maternal »environment, whoever he lives with his mother
or his father, and consequently the third role disappears. A new
clinical practice will then be seen in the child : symptoms of
instability and of acting out, of a lack of attention, some inability to learn, a sense of insecurity and of ephemera.
Keywords separation of the parental couple, parents’ sexuality, pathology of relationships, incestuous relationships, family
recomposition.

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Summary The authors, clinical psychologists and child psychiatrists in a medico-psychological consultation for children
and teenagers, have for several years been faced with requests
for consultation linked to the issue of the separation of the parental couple and the possible effects in the child’s clinical
method : are there specific clinical symptoms or disorders due
to the separation of parents ?



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