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Nom original: Xavier Beulin_0.pdfTitre: Xavier Beulin : un escroc de haut vol Auteur: sadones patrick

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Xavier Beulin et son Diester :
Petite histoire d’une très grosse arnaque.
Ainsi donc, ce 16 décembre 2010, le Conseil d’Administration de la FNSEA a
élu Xavier Beulin à la tête du syndicat , en rupture avec une tradition vieille de 40 ans
qui voulait que la présidence du syndicat soit confiée à un éleveur.
Xavier Beulin n’est pas n’importe qui. Parmi le nombre impressionnant de
responsabilités qu’il cumule, celles de président de la FOP (Fédération des
producteurs d’Oléoprotéagineux) , du CETIOM ( Centre Technique des Oléagineux)
et de SOFIPROTEOL, établissement financier de la filière, ces différentes structures
constituant avec les deux Interprofessions ONIDOL ( pour les oléagineux) et UNIP
(pour les protéagineux) la plate – forme PROLEA, dont la principale « réussite » est
le développement du Diester, Ester Méthylique d’Huile Végétale, utilisé en carburant
automobile en mélange avec le gasoil. C’est sans doute l’aura que lui confère cette
« réussite », à laquelle son nom est attaché, ainsi que celui de Jean-Claude Sabin
auquel il succéda à la tête de SOFIPROTEOL, que Xavier Beulin doit aujourd’hui
d’être devenu le président de la FNSEA.
Pourtant, le pari était audacieux : qui aurait pu penser dans les années 90 que
les graines oléagineuses ( colza et tournesol) allaient pouvoir être valorisées en
carburant pour les automobiles, alors que la production permise par un hectare de
culture plafonne à une Tonne Equivalent Pétrole (1 TEP) , une TEP de gasoil valant
à l’époque entre 200 et 300 €, soit une valorisation 2 à 3 fois plus faible que ce que
permettait le débouché alimentaire ?
Aujourd’hui, le résultat est là. Les véhicules Diesel utilisent comme carburant
un mélange composé de 7% de Diester, et de 93% de gasoil, ceci en valeur
énergétique, soit, en volume, une proportion de Diester légèrement plus forte. Pour
2010, les capacités d’estérification d’huiles végétales installées dans notre pays
atteignent 2 720 000 tonnes par an, dont 2 150 000 tonnes pour les seules usines
de Diester – Industrie, qui en a conservé le monopole absolu jusqu’en 2007. Cela
représente 109% de la récolte 2010 de graines oléagineuses ( Colza + Tournesol) en
France ! Une grande réussite, assurément…
Comment s’est construite cette réussite ? Est-elle pérenne ? Est-elle
transposable à d’autres productions agricoles ? Quel est l’ampleur réelle du soutien
que la Collectivité Nationale accorde à cette filière ? Pour quels services rendus en
contrepartie ? L’objectif de ce document est de rendre compte, de façon aussi
exhaustive que possible, de la réalité de la filière Diester de SOFIPROTEOL, afin
que chaque Citoyen soit en mesure de se faire une opinion en toute connaissance
de cause.
1993 – 2003 : le démarrage
SOFIPROTEOL commence la production de Diester en 1993. Trois éléments
favorables se conjuguent pour faciliter ce démarrage :
-1) Un bilan énergétique objectivement plus intéressant que les filières
métropolitaines d’éthanol. C’est ce que montre la première « étude » que l’ADEME
consacre, en 1992, à cette question. L’éthanol de betterave n’est crédité que d’une
efficacité énergétique de 1,2, alors que l’Ester Méthylique d’Huile de Colza

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présenterait une efficacité énergétique légèrement supérieure à 2 ( 2 fois plus
d’énergie restituée sous forme de carburant que d’énergie fossile primaire mise en
œuvre). Fort de cette étude, SOFIPROTEOL parvient à convaincre les décideurs
politiques de privilégier la filière ester d’huile plutôt que la filière éthanol, alors que
depuis les années 70, le lobby betteravier – sucrier s’était montré très actif auprès du
pouvoir politique pour promouvoir l’éthanol carburant, s’appuyant notamment sur
l’exemple brésilien.
-2) La réforme de la PAC de 1993. Dans un contexte de surproduction agricole
chronique, l’Europe décide la mise en place de jachères à hauteur de 10% des
surfaces en Céréales, Oléagineux, Protéagineux. Sans trop de difficultés, la filière
des oléagineux obtient la possibilité pour les agriculteurs de cultiver sur des surfaces
déclarées en « jachère » du colza destiné à la production de carburant. Les
agriculteurs, recevant des aides pour ne rien produire sur leurs surfaces en jachère,
peuvent se contenter d’un prix du colza énergétique nettement plus faible que celui
du colza alimentaire, seulement un peu supérieur au coût marginal de production. Ce
dispositif permet à SOFIPROTEOL de pouvoir démarrer sa filière Diester avec une
matière première bon marché.
-3) La neutralité, sinon la bienveillance des pétroliers face à l’avènement du
Diester, utilisé en mélange au gasoil. Il s’agit là d’un élément essentiel que ne
connaîtront pas les éthanoliers, perpétuellement en butte à l’opposition des pétroliers
qui ne veulent sous aucun prétexte entendre parler d’incorporation d’éthanol à
l’essence autrement que sous forme d’ETBE, dérivé de l’éthanol dont la synthèse
nécessite de grandes quantités d’isobutène qu’ils sont les seuls à produire… Le parc
automobile en Europe, et tout particulièrement en France, est fortement déséquilibré
en faveur du gasoil, à cause d’une taxation historiquement plus forte de l’essence.
Aujourd’hui, pour un volume d’essence , ce sont trois volumes de gasoil qui sont
consommés. Or, quand une raffinerie distille du pétrole pour obtenir des carburants,
il n’est pas possible d’obtenir plus que 2 volumes de gasoil pour 1 volume d’essence
sans dégrader de façon importante les performances énergétiques, donc
économiques, et les émissions de CO² de la raffinerie. Les pétroliers sont donc
obligés d’importer du gasoil ( surtout de Russie) et d’exporter de l’essence, surtout
vers les USA, ceci avec, selon eux, une marge très faible voire nulle. Ainsi, les
pétroliers voient d’un bon œil l’incorporation d’Esters d’huile au gasoil, ceci réduisant
d’autant les volumes de gasoil à importer de Russie ( et qu’il faut désulfurer), le
mélange ester – gasoil se réalisant techniquement très bien. A contrario, incorporer
le l’éthanol à l’essence accroît les volumes d’essence à exporter. Par ailleurs,
l’incorporation d’éthanol en mélange direct à l’essence pose des problèmes
techniques significatifs, dont la reformulation des bases essences pour le mélange.
A noter également que les constructeurs automobiles sont plutôt favorables à
l’incorporation d’esters d’huile dans le gasoil. En effet, suite à l’effort de réduction
continue de la teneur en soufre dans le gasoil étaient apparus des problèmes de
lubrification des soupapes, qui se trouvent réglés par l’incorporation d’esters d’huile
dans le gasoil.
Pour fluidifier ( comme nous le verrons plus tard, le terme de lubrifier serait plus
approprié) ses rapports avec les pétroliers, SOFIPROTEOL choisit le procédé
industriel d’estérification déposé par l’Institut Français du Pétrole ( IFP), ce qui
génère des recettes très significatives pour cet institut où les pétroliers sont partie
prenante.

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Ainsi, en 1993, les partisans de l’éthanol autour du lobby betteravier – sucrier
regardent partir le train des agrocarburants en restant sur le quai. Ce n’est qu’en
2003 qu’ils parviendront à mettre le pied à l’étrier, avec cependant une bonne
longueur de retard sur SOFIPROTEOL. Ils obtiennent la tenue d’une nouvelle
« étude » de l’ADEME, intégrant cette fois –ci la problématique effet de serre. Cette
étude se déroule en 2002, sous la responsabilité de Claude Roy, et lui sert de
tremplin pour accéder au poste prestigieux de Coordonnateur Interministériel pour la
valorisation de la biomasse, créé sur mesure en octobre 2005 par Villepin, premier
ministre, pour un mandat de trois ans. Mais au terme de ce mandat, le poste est
supprimé, et Claude Roy se retrouve au Conseil Général de l’Agriculture, où il
occupe des fonctions plus obscures.
L’étude est confiée au cabinet ECOBILAN de la prestigieuse société Price
Waterhouse Coopers. O miracle, il en ressort que le bilan énergétique de l’éthanol se
rapproche de celui de l’ester d’huile de colza ( avec une efficacité énergétique
respectivement de 2,05 et de 2,99). Dans les scénarios prospectifs censés refléter la
situation de 2009, le bilan des filières éthanol apparaît même plus favorable que celui
des esters, tant pour la consommation de carbone fossile que pour les émissions de
gaz à effet de serre !
Sur la base de cette « étude », le Plan « Bio »carburants est lancé par le
gouvernement Raffarin, puis amplifié par le gouvernement Villepin.
Pourtant, une lecture un peu attentive du rapport de PWC, certes assez difficile
à obtenir auprès de l’ADEME qui n’autorise que la consultation sur son site de
Vanves, montre que cette « étude » est une véritable imposture, que seule la
modeste association EDEN, ainsi qu’un chercheur de l’INRA proche de la retraite,
Jean-Claude Sourie, dénoncent… Mais la caravane passe… Et les usines se
construisent…
La « défiscalisation », une subvention très élevée qui ne dit pas son nom.
Entre temps, Xavier Beulin a pris le contrôle de SOFIPROTEOL, où il a
commencé à donner sa pleine mesure. C’est que les choses ne sont pas si simples
que cela. Le problème des agrocarburants métropolitains, c’est qu’ils sont produits
avec une efficacité énergétique beaucoup trop faible pour être compétitifs par rapport
aux carburants d’origine fossile, même lorsque le baril de pétrole atteint des niveaux
élevés. En effet, une efficacité énergétique faible signifie que le coût de production
est fortement corrélée au prix de l’énergie fossile, et inversement.
Il a donc fallu trouver un artifice pour vendre le Diester beaucoup plus cher que
ce qu’il vaut du point de vue de son contenu énergétique.
C’est là qu’intervient la « défiscalisation », dont le principe est simple. Les
carburants routiers sont très fortement taxés en France : la Taxe Intérieure de
Consommation ( TIC, ex TIPP) s’élève en effet à 0,59 € par litre d’essence, et 0,43 €
par litre de gasoil. Cette taxe, évidemment majorée de la TVA à 19,6%, est payée à
la pompe par l’automobiliste, et son produit est versé au budget de l’Etat par le
distributeur de carburant qui l’encaisse… S’agissant des agrocarburants mélangés à
l’essence ou le gasoil, l’automobiliste paye rigoureusement la même taxe au litre que
s’il achetait de l’essence ou du gasoil purs, mais l’Etat reverse une partie de cette
taxe, correspondant à la fameuse « défiscalisation », au distributeur de carburant, à
charge pour celui-ci d’apporter la preuve que l’éthanol ou le diester qu’il a incorporé
au carburant vendu provient bien d’un site de production bénéficiant d’un agrément

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de l’Etat. Cette somme correspond pour l’essentiel ( et même intégralement pour le
cas du Diester de SOFIPROTEOL) au surcoût facturé au distributeur de carburant
par son fournisseur d’agrocarburant par rapport au prix du gasoil ou de l’essence
standard. La « défiscalisation » correspond donc à une subvention de l’Etat aux
producteurs d’agrocarburants, subvention qui transite par les distributeurs. Le terme
de « défiscalisation » est trompeur. Il évoque quelque chose qui coûte moins cher
alors qu’en fait l’automobiliste – contribuable paye double : une première fois à la
pompe, au même titre que pour les carburants issus du pétrole, et une seconde par
ses impôts, pour compenser le manque à gagner pour le budget de l’Etat.
Cette « défiscalisation » représente une somme considérable pour les
producteurs d’agrocarburants. En 2003, SOFIPROTEOL bénéficiait d’une
« défiscalisation » de 0,35 € par litre de Diester, soit une subvention d’argent public
d’environ 153 € la tonne de graines de colza destinée à la production de Diester…
Certes, le barème diminue d’année en année, mais comme les quantités
d’agrocarburants produites et bénéficiant d’un agrément augmentent tous les ans, la
facture s’alourdit… A noter toutefois qu’elle est proportionnellement beaucoup plus
salée pour l’éthanol, surtout ramenée au contenu énergétique : au démarrage de
l’usine d’éthanol de blé de Téréos à Lillebonne en 2007, la « défiscalisation »
couvrait largement le prix d’achat du blé et la masse salariale du site…
A noter que cette période a été particulièrement faste pour le cabinet Ecobilan
de Price Waterhouse Coopers. En effet, cette société ayant donné tous les gages
possibles de bonne volonté aux partisans des agrocarburants lors de l’étude ADEME
DIREM 2002 ( pourtant financé par de l’argent public), c’est tout naturellement que
les promoteurs du Diester et des éthanols de blé, maïs et betterave se sont tournés
vers PWC lorsqu’il s’est agi de démontrer que la « défiscalisation » dont bénéficiait
les agrocarburants était très largement compensée pour le budget de l’Etat par les
effets bénéfiques de leurs multiples « externalités positives » ( création ou maintien
d’emplois, économie de pétrole, moindres émissions de GES, etc…).
De la même façon que l’étude ADEME-DIREM 2002 dont elles découlent,
toutes ces « études » sont outrageusement orientées. Néanmoins, l’examen des
débats parlementaires tant à l’Assemblé Nationale qu’au Sénat montre qu’elles ont
été décisives pour l’adoption du plan « Bio »carburants…
De 2002 à 2009, SOFIPROTEOL a été un excellent client pour PWC, avec une
nouvelle « étude » commandée pratiquement chaque année.
Le plan Raffarin, qui prend effet en 2003, génère une forte demande pour le
colza énergétique, dont le prix se rapproche de celui du colza alimentaire. En effet, la
petite Aide aux Cultures Energétiques (ACE) de 45 € par hectare accordée aux
agriculteurs dans le cadre de la PAC 2003, jusqu’en 2008, n’est pas suffisante pour
les motiver à engager suffisamment de surfaces en colza énergétique…
SOFIPROTEOL doit consentir un prix plus élevé pour les graines de colza destinées
au Diester. Parallèlement, la pression se fait de plus en plus forte pour réduire le coût
que représente la défiscalisation, dans un contexte budgétaire qui se tend. En 2006,
celle-ci n’est plus que de 0,25 € par litre de Diester, 10 centimes de moins qu’en
2003…
Le prix des graines de colza qui augmente, la défiscalisation qui baisse, est-ce
la mort annoncée de la poule aux œufs d’or ? Xavier Beulin va devoir changer de
braquet.

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De plus en plus fort : le racket à la TGAP.
Paradoxalement, ce sont les éthanoliers qui vont lui amener la solution sur un
plateau, alors que Xavier Beulin a toujours fait preuve d’un solide mépris pour ses
homologues des filières éthanols, tant en privé qu’en public. Il leur reproche en effet
de vouloir coûte que coûte développer une filière énergétique complètement
dépourvu d’intérêt, ce qui jette le discrédit sur l’ensemble de la production
d’agrocarburants, alors qu’il estime que la sienne est tout à fait pertinente… Sitôt la
promulgation du plan « Bio »carburants en 2003 par le gouvernement Raffarin, les
éthanoliers se lancent dans la construction de nouveaux sites de production,
notamment celui de Lillebonne pour Téréos, et celui de Bazancourt pour Cristal
Union. Mais ils constatent très rapidement que les pétroliers ( pour les raisons
évoquées plus haut ) ne font aucun effort pour augmenter les quantités d’éthanol
incorporées à l’essence. Si rien n’est fait, les objectifs d’incorporation fixés par le
plan Raffarin ne seront pas atteints pour l’éthanol, et les producteurs ne pourront pas
faire tourner les outils qu’ils construisent. Les éthanoliers, via leur officine de com le
Syndicat National des Producteurs d’Alcool Agricole (SNPAA), se tournent vers le
pouvoir politique, et obtiennent que les niveaux d’incorporation prévus deviennent
obligatoires. Ils obtiennent également le pathétique plan « Prost » E85, qui mériterait
quelques développements, mais cela sort du cadre de ce document.
La carotte « défiscalisation » ne suffisant pas, le bâton TGAP est mis en place.
La Taxe Générale sur les Activités Polluantes s’appliquait déjà sur l’achat des
produits dont l’usage génère des déchets qu’il faut traiter. Par exemple, l’huile
moteur est taxée à l’achat, le produit de cette taxe servant ( théoriquement) à
financer le traitement des huiles de vidange. Les carburants n’étaient pas
concernés, puisque leur usage ne génère que des gaz d’échappement qui ne sont
évidemment pas traités. Le dispositif mis en place est fort simple : à partir du 1er
janvier 2005, la TGAP s’applique aux carburants routiers, à hauteur du taux
d’incorporation d’agrocarburants en vigueur, déduction faite du taux d’agrocarburant
effectivement incorporé. Son montant est prohibitif, puisqu’il correspond au prix de
vente hors TVA du carburant. A titre d’illustration, un distributeur de carburant qui en
2010 n’aurait vendu que du gasoil non additivé de Diester se verrait taxer d’un peu
plus de 7% de son chiffre d’affaire hors TVA… Autant dire qu’il mettrait la clé sous la
porte.
Chez SOFIPROTEOL, on a vite compris le parti qu’il allait être possible de tirer
de cette nouvelle disposition réglementaire. SOFIPROTEOL est en effet en situation
de monopole sur un marché devenu captif. Il est donc désormais possible pour la
société de Xavier Beulin de capter une part de la TGAP dont les distributeurs de
carburants s’exonèrent en incorporant du Diester au gasoil qu’ils commercialisent.
Le dispositif m’a été expliqué en marge du colloque Agriculture et Energie que
la Confédération paysanne a organisé à Reims en Novembre 2006, par un opérateur
du secteur de la distribution de carburant, sous réserve que je ne révèle ni son
identité, ni celle de sa société, par crainte de représailles. En 2006, le prix d’achat du
Diester pour les distributeurs de carburants s’est établi comme suit, pour 1000 litres :
- prix de base = prix spot Rotterdam pour le gasoil, soit 360 € environ
- + la « défiscalisation » que réclame en totalité SOFIPROTEOL, 250 €
- + le « Bonus » de SOFIPROTEOL , d’un montant de 270 € correspondant à
une part significative de la TGAP dont les distributeurs de carburants font

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l’économie en achetant un mètre cube de Diester, et qui s’élevait, en 2006,
à environ 780 € ( prix hors TVA , mais avec la TIC, d’un mètre cube de
gasoil). Il s’agit en quelque sorte, pour reprendre une terminologie
spécifique du secteur agricole en France, d’une Cotisation Volontaire
Obligatoire au bénéfice de SOFIPROTEOL, et étendue à l’ensemble de la
population… Il fallait le faire ; Xavier Beulin l’a fait...
Au total, en 2006 les distributeurs de carburants ont donc dû payer le mètre
cube de DIESTER vendu par SOFIPROTEOL à hauteur de 880 € ( dont 250 € de
« défiscalisation » restituée par l’Etat) , contre 360 € pour un mètre cube de gasoil.
Au premier janvier 2008, le gouvernement décide de baisser la défiscalisation
de 250 à 220 € pour 1000 litres de Diester. Aussitôt SOFIPROTEOL augmente son
« bonus » des 30 € qui manquent, conservant ainsi une plus-value de 520 € par
rapport au gasoil.
Alors que la « défiscalisation » n’est pas répercutée à la pompe, puisque l’Etat
la rembourse aux distributeurs de carburants ( l’automobiliste ayant bien payé à la
pompe, comme indiqué plus haut, l’intégralité de la TIC, soit 0,43 € par litre, sur le
volume de Diester acheté), en revanche le bonus de SOFIPROTEOL l’est,
évidemment majoré de la TVA à 19,6%, ce qui génère des recettes supplémentaires
pour l’Etat, celui-ci fermant les yeux sur ce qu’il faut bien appeler un racket.
Evidemment, la condition pour que ce racket fonctionne, c’est que les
distributeurs de carburant soient obligés d’acheter à SOFIPROTEOL. Mon
interlocuteur me précise comment toutes les précautions ont été prises pour qu’il en
soit bien ainsi :
- SOFIPROTEOL ne tolère aucun concurrent sur le territoire national. Ainsi,
l’entreprise DAUDRUY, établie à Dunkerque avait obtenu en 2003 un
agrément pour 80 000 tonnes d’ester méthylique d’huile. Il était prévu que
cet ester soit vendu à la raffinerie TOTAL toute proche, pour y être incorporé
à du gasoil. SOFIPROTEOL a exercé une telle pression sur notre pétrolier
national que celui-ci a préféré boycotter l’ester méthylique de DAUDRUY.
Jusqu’en 2008, cette entreprise n’a pas pu en vendre une goutte sur le
territoire national. Dans le même temps, l’entreprise SARIA, spécialisée
dans l’équarrissage et les coproduits animaux, estérifie des graisses
animales en Allemagne, et en exporte 50 000 tonnes par an vers la France.
C’est SOFIPROTEOL qui achète, puis revend, encaissant « défiscalisation »
et « bonus ». Plus tard surviendra l’affaire CARGILL, qui a permis à Xavier
Beulin de faire la démonstration de ses talents. Le groupe américain
souhaite prendre pied sur le vieux continent dans le secteur en plein essor
des matières grasses végétales estérifiées. Il s’est implanté en Allemagne,
avec plusieurs usines produisant des esters d’huile végétale pour la
carburation automobile. Il a un projet en France, à Montoir. Pour
SOFIPROTEOL, c’est NIET: hors de question de tolérer un tel concurrent
dans sa chasse gardée. Le bras de fer dure plusieurs mois. Finalement,
c’est Xavier Beulin qui l’emporte… CARGILL se contentera de triturer ses
graines oléagineuses, et cédera l’huile à Diester – Industrie qui monte une
unité d’estérification juste à côté du site CARGILL. Xavier Beulin se paye
même le luxe d’exiger de CARGILL la publication d’un communiqué de
presse dans lequel le groupe américain explique qu’en France, la situation
est différente de celle d’Allemagne, avec l’existence d’un acteur majeur dans
le domaine de l’estérification des huiles avec lequel CARGILL souhaite
collaborer… Du grand art… Et sans doute un grand moment d’intense

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-

satisfaction pour Xavier Beulin, lui, l’autodidacte, parvenant à faire plier le
géant américain. Chapeau, l’artiste !
Les distributeurs de carburants n’ont pas la possibilité de s’approvisionner
en esters d’huile ailleurs. D’abord parce que pour bénéficier du
remboursement de la « défiscalisation », il faut acheter à un site de
production bénéficiant d’un agrément. En France, il n’y a que les sites de
Diester Industrie qui ont bénéficié d’agrément jusqu’en 2007, et à l’étranger,
il n’y a rien de disponible. Les USA ont tenté d’exporter vers l’Europe du
B99, ester méthylique d’huile ( de soja essentiellement) mélangé avec 1%
de gasoil, mais SOFIPROTEOL et ses alliés à Bruxelles sont parvenus à
faire interdire ces importations, au motif que la production de soja est
subventionnée aux USA… Concurrence déloyale…

Donc, l’affaire est dans le sac. Elle est tellement juteuse pour SOFIPROTEOL
que selon Henri Prévost, Ingénieur Général du Corps des Mines, et auteur à la
demande du gouvernement d’un rapport sur l’optimisation du dispositif fiscal en
faveur des agrocarburants publié en décembre 2005, où la possibilité du racket à la
TGAP est évoquée en filigrane, les nouvelles usines d’estérification sont amorties en
deux ans… Commence une période extrêmement faste pour SOFIPROTEOL, qui se
lance dans de multiples acquisitions, notamment le groupe d’alimentation animale
GLON – Sanders, avec l’idée de sécuriser le débouché pour les deux coproduits du
Diester, les tourteaux de colza d’une part, et la glycérine, dont on ne sait bientôt plus
quoi faire. Avant 1992, la glycérine brute valait 900 $ la tonne. En 2006, plus
personne n’en veut, même à 20 € la tonne… Il est vrai qu’une usine d’estérification à
200 000 tonnes de Diester par an produit également 20 000 tonnes de glycérine…
De quoi encombrer passablement le marché.
Le 9 octobre 2007, l’association 4D organise un débat sur les agrocarburants,
auquel participent, devant une centaine de personnes, Bernard Chaud, pour Téréos,
Georges Veermeersch , pour SOFIPROTEOL et moi-même, représentant
l’association EDEN. Au cours du débat, j’explique le mécanisme du racket à la TGAP
dont bénéficie SOFIPROTEOL. Georges Veermeersch, visiblement interloqué qu’un
éleveur de chèvres de la Confédération paysanne soit au courant de ce dispositif sur
lequel règne un secret absolu, reconnaît les faits. « En 1992, quand nous avons
démarré le DIESTER, il nous fallait nous contenter du prix que voulait bien nous en
donner TOTAL. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’obtenir de TOTAL le prix
que nous voulons. Juste retour des choses. » dit-il. Georges Veermeersch oublie
juste de dire qu’au final, ce n’est pas TOTAL qui paye, mais bien les automobilistes
roulant au diesel qui doivent s’acquitter de CVO SOFIPROTEOL.
Le retour de bâton ne tarde pas. Mon correspondant qui chaque année
m’informait de l’évolution du prix de vente du Diester devient muet comme une
tombe, son dernier message datant de février 2008. Depuis plus rien… Sans doute
que SOFIPROTEOL a fait passer la consigne : aucune communication sur le prix du
Diester, sous aucun prétexte… La menace est on ne peut plus claire. Les
distributeurs de carburants doivent tenir leur langue, sinon, pas de Diester, et alors,
bonjour la TGAP à payer. Même Michel Edouard Leclerc, pourtant grand
pourfendeur de monopoles, se le tient pour dit.

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Le 3 juin 2010 FNE organise à l’Assemblé Nationale un séminaire « Les
agrocarburants, une question brûlante. » Georges Veermeersch y était cette fois-ci
flanqué de la toute nouvelle Directrice « Développement Durable » de Sofiproteol,
Elisabeth Jaskulke. Une nouvelle fois, j’explique aux participants comment
SOFIPROTEOL parvient à vendre son mètre cube de DIESTER 500 € de plus qu’un
mètre cube de gasoil. Sauf que cette fois-ci, la réponse de Georges Veermeersch est
différente : « Si nous parvenions à vendre le mètre cube de Diester 500 € de plus
que le mètre cube de gasoil, ça se saurait. » A la sortie, Madame Jaskulke me dit
qu’elle n’avait pas été informée par ses collègues de ces particularités du marché du
Diester.
Il est exact qu’à partir de 2008, SOFIPROTEOL a commencé à tolérer quelques
concurrents sur le marché des esters d’huiles végétales : INEOS, à Verdun, avec
200 000 tonnes d’agrément, la Coopérative Ouest Céréales, à Chalandray, pour 120
000 tonnes, et la société BIOCAR à Fos sur Mer, pour 200 000 tonnes. En revanche,
TOTAL, à Dunkerque, associé au géant Neste Oil, exploitant de la plus grosse unité
d’estérification d’huile au Monde ( 800 000 tonnes par an , à Singapour), n’a pas
obtenu du gouvernement les 200 000 t d’agrément qui lui était nécessaire pour
atteindre la taille critique, et a dû renoncer à son projet. Xavier Beulin pouvait-il
tolérer un tel concurrent dans son pré carré ?
SOFIPROTEOL reste de très loin le principal opérateur, avec 2 150 000 tonnes
d’agrément pour les ester d’huiles végétales. 5 autres opérateurs se partagent
quelques miettes, sur les esters de graisses animales (SARIA) et d’huiles
alimentaires usagées (VEOLIA).
Le racket à la TGAP est-il toujours en vigueur aujourd’hui ? Le contraire serait
étonnant. Une tonne de graines de colza coûte aujourd’hui 500 €. Cette tonne de
graine permet de produire environ 430 litres de Diester, et environ 600 kg de
tourteau de colza, vendu 300 € la tonne départ usine, prix dopé par le cours du
tourteau de soja historiquement très élevé. Le prix spot Rotterdam du gasoil est
aujourd’hui ( fin 2010) de 504 € les 1000 litres. Pour 500 € d’achat de graines de
Colza, SOFIPROTEOL vend pour 180 € de tourteau de colza, et 430 litres de
Diester. En comptant simplement le prix spot Rotterdam et la défiscalisation de 110 €
les 1000 litres, la vente des 430 litres de Diester génère un chiffre d’affaire de 264 €
… 264 +180 = 444 € … Il manque 56 € juste pour pouvoir payer les graines de
colza…
Dans la logique de la situation de 2008, SOFIPROTEOL continue de toucher
son racket à la TGAP qui doit avoisiner aujourd’hui les 400 € pour 1000 litres de
Diester vendus. Pas loin de 800 millions d’euro pour 2010, auxquels s’ajoutent 220
millions d’euro de « défiscalisation »…De toute façon, les autres producteurs d’esters
méthyliques d’huile végétales, ou de graisses animales, ne peuvent pas aller prendre
des parts de marché à SOFIPROTEOL, puisqu’ils n’ont à vendre que les quantités
correspondant aux agréments obtenus de l’Etat, dont la somme totale correspond au
volume qu’il est nécessaire d’incorporer au gasoil. La boucle est bouclée…
Le tableau qui suit montre la formation du prix du carburant utilisé fin 2010 par
les véhicules Diesel :

8

Prix total
par litre
TVA à 19,6%
Pour l’Etat
TIC nette
pour l’Etat
« Bonus »
De Sofiprotéol
TIC défiscalisée
Pour Sofiproteol
Marge de
distribution
Prix GO spot
Rotterdam

Fraction Gasoil

DIESTER

1,17

1,64

Mélange à 7% PCI
Soit 7,45% en
volume
1,205

0,19

0,27

0,197

0,43

0,32

0,418

0

0,39

0,029

0

0,11

0,008

0,05

0,05

0,050

0,503

0,503

0,503

Le soutien que la collectivité apporte à la filière Diester de SOFIPROTEOL
représente, pour chaque litre de carburant diesel vendu à la pompe :
- 3,5 centimes d’euro par litre à la charge de l’automobiliste
- 0,5 centime d’euro par litre au budget de l’Etat, le coût de la défiscalisation étant
en partie compensé par les recettes de TVA supplémentaires générées par le prix
de vente élevé du Diester.
A noter que la densité énergétique volumique du Diester ( 32,9 MJ par litre) étant
plus faible que celle du gasoil ( 35,1 MJ par litre) , pour un kilométrage parcouru
identique le volume de carburant de mélange qu’il est nécessaire d’acheter est
majoré de 0,5 % , ce qui génère 0,3 centime d’euro de recette fiscale supplémentaire
pour le budget de l’Etat. A kilométrage parcouru identique, le coût de soutien à la
filière Diester est donc essentiellement supporté par l’automobiliste.
Certaines grosses entreprises effectuant du transport routier communiquent sur
le fait que leurs camions roulent au B30, c’est à dire un mélange comportant 30% de
Diester, ce qui est, de toute évidence, très bon pour l’environnement.
Cela semble contradictoire avec ce qui est expliqué ci-dessus, concernant le prix
du Diester, nettement plus cher à l’achat que le gasoil. Ainsi, une entreprise qui ferait
rouler ses camions au B30 utiliserait plus de Diester qu’elle n’est tenue de le faire,
avec une charge de carburant environ 20% plus forte que ses concurrentes.
En fait, l’explication est fort simple : l’entreprise en question n’incorpore pas plus
de Diester que les autres. Simplement, elle concentre l’utilisation du Diester sur une
partie de sa flotte, l’autre partie roulant au gasoil non additivé. Il s’agit en effet
d’entreprises de grandes tailles qui disposent de leur propres cuves de stockage du
carburant. Comme tout le monde, elles sont tenues de consommer globalement sur
l’année une proportion de Diester correspondant au taux d’incorporation en vigueur,
mais peu importe la répartition entre les différents véhicules.
Je n’ai eu aucune information spécifique sur cette question, mais je veux bien
parier que c’est ainsi que cela se passe.

9

Une catégorie professionnelle était jusqu’à présent dispensée de cracher au
bassinet pour SOFIPROTEOL. Il s’agit des agriculteurs, dont certains sont pourtant
très satisfaits de l’envolée des prix de vente des graines oléagineuses. Ils
consomment chaque année pour leurs tracteurs, moissonneuses – batteuses et
autres automoteurs l’équivalent de 2 millions de TEP en fioul agricole ( contre 36
millions de TEP environ pour le gasoil routier). Cette époque sera bientôt révolue,
avec l’entrée en vigueur , initialement prévue au 1er janvier 2011, mais finalement
repoussée à plus tard, du « fioul traction » à basse teneur en soufre. Ce fioul non
routier contiendra 7% de Diester. Outre divers inconvénients techniques par rapport
au fioul « rouge » actuel ( moindre tenue au froid et au stockage prolongé, mise en
suspension des dépôts en fond et en paroi de cuves et de réservoirs,
surconsommation liée au PCI plus faible…), il sera vendu plus cher. A noter que la
presse agricole inféodée au syndicat majoritaire ou à SOFIPROTEOL impute cette
augmentation de prix par le fait que les distributeurs vont devoir investir dans de
nouvelles cuves… Foutaises ! Il sera vendu plus cher à cause du Diester qu’il
contiendra. Et proportionnellement plus cher que le gasoil routier additivé de Diester,
pour la bonne raison qu’il n’y a pas de « défiscalisation » possible sur le fioul
agricole, celui-ci étant déjà presque complètement détaxé. En effet, en temps
normal, le « rouge » ne supporte que 6,66 centimes d’euro de TIC par litre. Mais
depuis quelques années, les agriculteurs peuvent demander le remboursement de 6
centimes d’euro par litre de fioul rouge consommé. Pas de « défiscalisation », cela
veut dire que les 500 € pour mille litres de Diester de majoration de prix par rapport
au fioul classique, ce sont les agriculteurs qui vont les supporter intégralement… Un
moindre mal pour ceux qui vendent des graines oléagineuses, et qui bénéficient d’un
prix de vente élevé, dopé par la demande sur le colza énergétique. Mais pour les
autres ? Avec 7% de diester en volume dans le fioul « traction », la facture va
s’alourdir de 350€ pour 10 000 litres de fioul achetés, au profit de SOFIPROTEOL.
Mais qu’est-ce qui permet de justifier un tel racket ?
Un grain de sable dans une mécanique pourtant bien huilée, et bénéficiant
de soutiens au plus haut niveau…
Le 3 février 2009, Michel Barnier organise une conférence de presse pour
lancer son Plan de Performance Energétique (PPE) des exploitations agricoles. Pour
l’occasion, 250 personnes sont réunies dans la salle Sully. Son tour de parole venu,
Xavier Beulin déclare que SOFIPROTEOL est tout naturellement partie prenante
dans le PPE, notamment dans le but d’améliorer l’efficacité énergétique du Diester.
En effet déclare-t-il, les agrocarburants ne présentent d’intérêt que s’ils restituent
sensiblement plus d’énergie que celle qui est nécessaire pour les produire. Et en ce
qui concerne le Diester, SOFIPROTEOL peut se prévaloir d’une efficacité
énergétique de 3,5, ceci selon une récente étude de Price Waterhouse Coopers.
Il s’agissait évidemment d’une pierre dans le jardin des éthanoliers. Daniel
Collard, président de CRISTAL UNION prend la parole ensuite pour affirmer
qu’ « avec l’éthanol, nous sommes au même niveau », ce qui suscite une moue de
dédain chez Xavier Beulin… A noter qu’à l’occasion de cette conférence de presse,
Xavier Beulin en profite pour dénoncer le monopole exercé par une seule société sur
le marché français des engrais azotés (en l’occurrence TOTAL), monopole qui selon
lui ne favorise pas l’efficacité énergétique des entreprises agricoles. Ainsi, Xavier

10

Beulin, qui s’était également montré lors de la campagne pour le Traité de
Constitution Européen un ardent partisan des vertus de la concurrence libre et non
faussée, manie le paradoxe avec un talent consommé : alors qu’il se bagarre pour
maintenir son propre monopole, celui des autres l’incommode.
Le démenti concernant l’efficacité énergétique atteinte par nos très chers
agrocarburants viendra une année plus tard, avec la publication de l’étude ADEME
Bio IS le 8 avril 2010, à l’occasion de la visite de Bruno Le Maire sur le site SAIPOL
de Grand Couronne.
Suite à la contestation grandissante de la validité de l’étude ADEME – DIREM
2002, le Grenelle de l’Environnement avait en effet décidé de la tenue d’une nouvelle
étude exhaustive et contradictoire cette fois-ci, chargée d’établir de façon aussi
incontestable que possible les bilans énergétiques et environnementaux des
agrocarburants. C’était du moins le vœux des acteurs du Grenelle… Les ONG
avaient demandé qu’en l’attente des résultats de l’étude, les taux d’incorporation
d’agrocarburants soient gelés au niveau de 2008 ( soit 5,75%, ce qui correspondait à
l’objectif européen pour 2010). Cette proposition n’a pas été retenue lors de l’ultime
table ronde chez JL Borloo, suite à l‘opposition farouche de JM Lemétayer, président
de la FNSEA.
L’étude a été une nouvelle fois confiée à l’ADEME ( était-ce là la meilleure
chose à faire ?). Le bureau d’études Bio Intelligence Service a été retenu, suite à
appel d’offres, pour réaliser l’étude. Un comité de pilotage a été constitué par les
financeurs ( MAAP, MEDAD, ADEME, France AgriMer et IFP), ainsi qu’un comité
technique composé d’une trentaine de membres, pour l’essentiel les « vétérans » de
l’étude ADEME-DIREM 2002 ( Instituts techniques agricoles, filières industrielles,
TOTAL, Renault et Peugeot, ADEME, IFP, Ministères), ainsi que, fait nouveau, deux
ONG, le RAC-F et FNE, ceci pour garantir l’aspect contradictoire de l’étude. Ces
deux ONG ont fait appel à l’association EDEN, qui, en qualité d’expert, a pu
participer à toutes les réunions du comité technique pendant les deux années qu’a
duré l’étude. EDEN a systématiquement vérifié toutes les données fournies par les
industriels et les instituts techniques, notamment en recoupant ces données avec les
informations contenues dans les arrêtés préfectoraux relatifs aux sites industriels de
production d’agrocarburants, et expertisé la validité des hypothèses et modalités de
calculs retenues par le bureau d’études.
A noter que l’ADEME a refusé de prendre en charge le travail effectué par
l’association EDEN, ne remboursant que les frais de déplacement occasionnés par
les réunions. Ainsi, ce travail d’expertise contradictoire, qui a très probablement
permis d’éviter un remake de l’étude ADEME-DIREM 2002, n’a été possible que
parce qu’il s’est trouvé parmi les militants des ONG quelqu’un qui disposait à la fois
des compétences, des disponibilités, de la volonté et de la possibilité matérielle
d’effectuer ce travail à ses frais.
Bien souvent, l’association EDEN a contesté la validité des informations
fournies par les instituts techniques ( en particulier l’Institut Technique de la
Betterave) et les industriels, montrant que ces informations n’étaient pas cohérentes
avec celles contenues dans les études antérieures ou les arrêtés préfectoraux.
Presque toujours, l’ADEME, sans chercher à en savoir plus, a systématiquement
donné raison aux promoteurs des agrocarburants. Les observations formulées par
l’association EDEN et non valablement réfutées par les membres du comité
technique conduisent à invalider complètement les bilans publiés par Bio IS pour les

11

filières éthanol de céréales et de betterave, et pour la filière ester méthylique de
graisses animales.
Cependant, le bureau d’études, à chaque fois qu’il a pu le faire malgré la
censure effectuée par le cabinet de Bruno Le Maire lors de la phase finale de
rédaction du rapport définitif, a fait figurer dans son rapport des éléments qui
permettent de mettre en cause la validité des résultats obtenus ou des hypothèses
calculatoires retenues, et d’approcher la réalité des bilans énergétiques et effet de
serre des agrocarburants, au delà de la communication officielle et des conclusions
finales du rapport sur lesquelles le cabinet du Ministre de l’Agriculture a été
particulièrement attentif à ce qu’elles restent politiquement correctes. L’objectif du
gouvernement Sarkosy était en effet tout à fait clair : en aucun cas le choix effectué
en 2003 par le gouvernement ( avec Sarkosy à l’Interieur) ne doit apparaître comme
une erreur…
Concernant le Diester, la filière de SOFIPROTEOL est créditée par le bureau
d’études d’une efficacité énergétique de 2,16. Ce résultat est nettement en deçà de
celui de 2002 ( 2,99) malgré les progrès techniques effectués depuis cette époque,
et très inférieur au 3,5 annoncé par Xavier Beulin le 3 février 2009. Il s’agit d’un
résultat très médiocre, certes supérieur à celui des filières éthanols métropolitaines
qui, comme le montrent les éléments contenus dans le rapport de Bio IS , ne
génèrent guère plus d’énergie sous forme d’éthanol qu’elles n’en consomment ( voire
même nettement moins quand il s’agit d’incorporation sous forme d’ETBE), mais qui
ne permet d’envisager aucune rentabilité à long terme de la filière Diester. En effet,
cette efficacité énergétique de 2,16 signifie que quand le prix du carbone fossile
( c’est à dire celui du pétrole) augmente de 100%, le coût de production du Diester,
toutes choses égales par ailleurs, augmente de 46,4%… Compte tenu du surcoût de
production actuel du Diester par rapport au gasoil ( qui nécessite un niveau de
soutien public à cette filière très élevé, sous forme de « défiscalisation » et, comme
nous l’avons vu, de racket à la TGAP), même l’augmentation du prix du pétrole au
delà de 150 $ le baril ne rendra pas le Diester compétitif.
Comment s’explique une telle différence de résultat ?
- En premier lieu, la méthode de calcul des bilans est différente. Toutes les
« études » de Price Waterhouse Coopers utilisent une méthode d’allocation
des coûts énergétiques et des impacts effet de serre entre les différents
coproduits selon un pro rata massique. Ainsi, les impacts des étapes culture
du colza, transport et trituration des graines de colza sont majoritairement
alloués au tourteau de colza, puisque l’extraction de l’huile à partir de la
graine produit en masse davantage de tourteau que d’huile. Bio Intelligence
Service, après débat ( houleux) au comité technique, a retenu une
imputation des impacts selon le contenu énergétique de chaque produit,
méthode qui est apparue plus cohérente avec l’objectif de la filière, qui est
de produire de l’énergie. Selon cette méthode, l’huile de colza supporte
environ les deux tiers des impacts, contre un tiers pour les tourteaux.
- L’étude ADEME – DIREM 2002 utilisait des itinéraires techniques culturaux
très « optimisés ». Bio IS a retenu des hypothèses plus réalistes,
notamment concernant les rendements des cultures. A noter toutefois que
les amortissements énergétiques des matériels utilisés (agricoles ou autres)
n’ont pas été pris en compte, alors que selon SOLAGRO, ils représentent en
moyenne 25% du coût énergétique de l’étape culture.

12

-

Enfin, les « études » antérieures omettaient de prendre un compte un
intrant nécessaire à l’estérification, le méthylate de sodium. Ce produit est
très impactant pour le bilan énergétique et effet de serre du diester. C’est
l’examen de l’arrêté préfectoral en vigueur pour le site SAIPOL de Grand
Couronne qui a permis de mettre en évidence l’existence de capacités de
stockage importantes pour ce produit qui n’apparaissait pas dans le schéma
de production fourni par SOFIPROTEOL…

A noter que depuis 2007, SOFIPROTEOL fait valoir qu’une innovation
technologique majeure permet d’augmenter l’efficacité énergétique du Diester. Il
s’agit de la technique du lavage à l’eau qui permettrait de séparer plus
économiquement la glycérine de l’ester après estérification de l’huile avec du
méthanol. Auparavant, cette séparation s’effectuait par distillation, opération qui
permet également de récupérer le méthanol en excès, recyclé dans le procédé. Bio
IS a en effet chiffré que, selon les données fournies par SOFIPROTEOL ( représenté
au comité technique par Georges Veermeersch, déjà présent en 2002) , le lavage à
l’eau permet de porter l’efficacité énergétique du Diester à 2,32… Sur la base de
diverses informations, dont celles fournies par BIOCAR, société concurrente de
SOFIPROTEOL , installée à Fos sur Mer ( voir plus haut) et représentée au comité
technique, l’association EDEN a contesté cette version. En effet, pour être aussi
complète que possible, l’estérification de l’huile s’effectue avec du méthanol en
excès. Cet excès se retrouve dans le mélange final, avec l’ester, et la glycérine. Le
lavage à l’eau permet de séparer l’ester du reste, celui-ci étant hydrofuge, en
économisant une distillation. Mais la valorisation ultérieure de la glycérine nécessite
de la porter à plus de 80% de pureté, et de sortir le méthanol, très toxique, de la
solution. Comme l’indique la thèse d’Anthony Benoist soutenue en 2009 à l’ENSMP
( Chaire Nouvelles Stratégies Energétiques conduite par Dominique Dron), cette
séparation est effectuée par une … distillation. Le principal mérite du lavage à l’eau,
c’est surtout de sortir une distillation énergétiquement coûteuse des limites du
système étudié.
Comme en d’autres occasions, EDEN n’a pas été suivie dans son analyse par
l’ADEME, qui a préféré faire confiance à Georges Veermeersch dont les explications
sur ce point ont été pourtant fort confuses, et pour cause.
La norme que régit désormais les Analyses de Cycle de Vie comme l’étude
ADEME Bio IS prévoit qu’une relecture du rapport soit réalisée avant publication par
un autre bureau d’études, retenu sur appel d’offre. Une revue critique a donc été
réalisée par la société Suisse Ecointésys, basée à Lausanne. L’association EDEN a
fait parvenir à cette société des commentaires circonstanciés sur le projet de rapport
de Bio IS, une bonne vingtaine de pages, dont Ecointésys a accusé réception. Mais
force est de constater que cette société s’est contenté d’un travail superficiel de
vérification des calculs, ne formulant pour l’essentiel que des observations de forme,
sans prendre le temps de vérifier la validité des données, ni celle des hypothèses
calculatoires retenues. Le budget obtenu par cette société pour effectuer le travail
était portant rondelet.
Mais il y a plus grave… beaucoup plus grave.

13

Un impact effet de serre globalement catastrophique.
La production d’énergie d’origine renouvelable n’est pas une fin en soi, du
moins d’un point de vue citoyen ( du Monde). La fin, c’est la réduction des émissions
de Gaz à Effet de Serre (GES), dont l’augmentation de la teneur dans l’atmosphère,
en accélération, génère le changement climatique. En effet, l’Humanité aura disparu
suite aux conséquences du Changement Climatique bien avant d’avoir épuisé les
ressources en carbone fossile qu’elle a sous ses pieds. Si tel devait être le cas, la
concentration en CO² de l’atmosphère atteindrait 2000 ppm ( 2 volumes pour 1000) ,
contre pratiquement 400 aujourd’hui, et 250 en 1800, avant que l’Humanité ne
commence à puiser dans ses abondantes réserves de carbone fossile, d’abord le
charbon, puis le pétrole et le gaz naturel, maintenant le gaz de schistes. La
température moyenne à la surface de la Terre atteindra alors 70 °C… L’espèce
Humaine se sera éteinte bien avant cela.
L’objectif de réduction des émissions de GES devrait donc primer sur celui de
produire de l’énergie renouvelable censé économiser du carbone fossile.
C’est sous couvert de cet objectif, une réduction substantielle des émissions de
GES, que SOFIPROTEOL justifie l’effort de soutien considérable à la filière Diester
demandé à la collectivité nationale ( exigé serait plus juste).
Bio Intelligence Service chiffre en effet une réduction apparente de 57,5% des
émissions de GES permises par la substitution de Diester à une quantité
énergétiquement équivalente de gasoil. Mais c’est sans tenir compte d’un effet
aujourd’hui reconnu comme majeur pour le bilan effet de serre des agrocarburants,
celui de l’impact du changement d’affectation des sols (CAS, ou LUC pour les
anglophones : Land Use Change). Le CAS peut être direct, ou indirect, mais dans
tous les cas, il a lieu, sauf à faire l’hypothèse que la production d’énergie à partir de
biomasse cultivée, ou plus généralement mobilisant des terres agricoles ( comme
par exemple le solaire photovoltaïque installé au sol) peut se faire au détriment de la
sécurité alimentaire de l’Humanité.
Les agrocarburants correspondent à une demande nouvelle pour les produits
agricoles, qui vient donc s’ajouter à la demande alimentaire préexistante, et qui ne
peut elle-même qu’augmenter, compte tenu de l’augmentation de la population
mondiale, et l’occidentalisation de l’alimentation dès que le niveau de vie des
populations augmentent, avec une part accrue des produits d’origine animale dans
l’alimentation. Sauf à imaginer que chaque individu adopte une alimentation plus
végétarienne, ce qui permettrait d’économiser des surfaces agricoles à vocation
alimentaire, la production d’agrocarburants conduit nécessairement à mettre en
culture de nouvelles surfaces, soit directement pour la production par exemple de
canne à sucre ou de palmier à huile derrière défriche de savane ou de forêt, soit
indirectement en déplaçant ailleurs des cultures alimentaires remplacées par des
cultures énergétiques.
Concernant l’impact du CAS direct sur le bilan effet de serre des
agrocarburants, les calculs sont assez simples à faire, et donnent des résultats
concordants: la conversion d’une forêt ou d’une prairie en culture assolée conduit à
un fort déstockage de carbone organique, séquestré dans la végétation pérenne et
dans l’humus du sol dont le taux baisse après la mise en culture, ce carbone se
retrouvant sous forme de CO² dans l’atmosphère. Il faut plusieurs dizaines d’années,
voire plusieurs centaines d’années de « bénéfice » effet de serre procuré par

14

l’utilisation d’agrocarburants en remplacement de carburants fossiles pour amortir
l’impact effet de serre du CAS direct.
Le CAS indirect n’avait jusqu’ici pas été modélisé avec précision. A la demande
des ONG, Bio IS a calculé l’impact effet de serre du CAS pour le colza Diester, en
faisant l’hypothèse qu’un hectare de colza énergétique venait remplacer un hectare
de colza alimentaire, l’huile alimentaire manquante étant produite sur une nouvelle
plantation de palmier à huile, remplaçant elle-même de la forêt. Même en
considérant que l’essentiel du bois défriché est valorisé, et que la production d’huile
de palme s’accompagne de celle de tourteau de palmiste qui permet d’économiser
un peu de tourteau de soja, le calcul de Bio IS conduit à un impact effet de serre
du Diester de colza deux fois plus mauvais que celui du gasoil remplacé !
Bio IS a effectué également un calcul similaire pour un hectare de betterave
éthanol venant remplacer un hectare de betterave à sucre, le sucre manquant
provenant d’une nouvelle plantation de canne à sucre, remplaçant une forêt. Le
résultat est identique : l’impact effet de serre de l’éthanol de betterave est deux
fois plus mauvais que celui de l’essence.
Le cabinet de Bruno Le Maire n’a pas permis que de tels résultats figurent dans
le rapport final de Bio IS. Dans le chapitre de conclusion, l’effet du Changement
d’Affectation des Sols sur le bilan effet de serre des agrocarburants est résumé dans
la phrase qui suit :
Les effets observés au travers des simulations peuvent être très pénalisants, tant
pour les biocarburants d ’importation que pour les biocarburants produits à partir de
ressources agricoles produites en France ,s’il est montré qu’il faut attribuer aux
biocarburants des impacts au niveau de la valeur haute calculée dans l ’étude
sur des scénarios théoriques.
Bio IS a été fermement invité à relativiser la portée de ses calculs. La
valeur haute correspond pourtant à la situation qu’il est possible d’observer
aujourd’hui en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud. Le bureau d’études a
cependant tenu bon autant qu’il a pu, et a fait figurer sur les graphiques de
présentation des résultats ces « valeurs hautes », à savoir 187 grammes équivalent
CO² par MJ de Diester de Colza, contre 91 pour le gasoil, et 181 grammes
équivalent CO² par MJ d’éthanol de betterave contre 90 pour l’essence, en page 210
de son rapport ( mais qui ira les chercher à cet endroit ?). Toutefois, il a fait figurer
sur ces mêmes graphiques des valeurs plus faibles, moins dérangeantes, mais il faut
faire l’effort d’aller chercher dans le rapport d’annexes pour comprendre à quoi elles
correspondent. Et là, surprise !
D’abord la valeur de CAS maximal pour le Diester, qualifiée de « sans
allocation », est immédiatement suivie sur le tableau d’une valeur plus faible ( 128
grammes équivalent CO²/MJ) intitulé sobrement CAS maximal. Combien de lecteurs
non avertis de l’étude comprendront que cette valeur résulte d’une imputation
partielle de l’impact du CAS au tourteau de colza ? Et parmi ceux-là, combien d’entre
eux comprendront qu’il s’agit là d’une véritable imposture, d’une très grave faute de
raisonnement qui a pourtant été dénoncée à plusieurs reprises lors des dernières
réunions du comité technique par l’association EDEN ? En effet, Bio IS modélise
l’hypothèse ( qui correspond d’ailleurs en très grande partie à la réalité) où du colza
énergétique remplace du colza alimentaire. Dans les deux cas, la production de
tourteau de colza est rigoureusement identique. Il n’y a donc aucune raison de
faire supporter au tourteau de colza l’impact du Changement d’Affectation des

15

Sols consécutif à la production d’huile de palme destinée à remplacer l’huile
alimentaire de colza manquante.
A noter que la même « erreur » a été commise pour l’éthanol de betterave, Bio
IS faisant figurer sur son graphique une valeur après allocation aux pulpes de
betterave, alors que la quantité de pulpe produite est rigoureusement identique que
la betterave soit destinée à la production de sucre ou à celle d’éthanol.
Le 17 novembre 2009, Eric Labouze, PDG de Bio IS, puis Virginie Schwartz de
l’ADEME en présence de Jean Louis Bal, Jean-Christophe Pouet et Bruno
Gagnepain, avait pris l’engagement, devant le représentant de l’association EDEN,
que dans le rapport final de Bio IS, l’impact du CAS ne serait pas imputé au
coproduit, reconnaissant qu’il n’était pas correct, et même foncièrement malhonnête,
de le faire. Mais le cabinet de Bruno Le Maire en a décidé autrement. Ca se passe
comme ça, dans notre démocratie exemplaire… La Raison d’Etat, sans doute.
Les autres scénarios modélisés par Bio IS correspondent à des situations où la
production alimentaire manquante n’est pas remplacée en totalité, ou qu’elle est en
partie remplacée par l’augmentation des rendements sur les plantations existantes,
ou que les nouvelles plantations sont faites sur des zones déjà plus ou moins
dégradées… En combinant ces différentes hypothèses, il est même possible de
construire des scénarios, qualifiés d’optimistes, où l’impact du CAS est positif,
améliorant le bilan effet de serre des agrocarburants.
A la demande de SOFIPROTEOL, Bio IS a même modélisé un scénario où il
est considéré que la culture de colza énergétique en France se fait en substitution,
via les tourteaux, à la culture de soja en Amérique du Sud, y permettant la
reforestation de surfaces agricoles, d’où un gain en terme d’effet de serre important.
C’est aujourd’hui la ligne de défense de SOFIPROTEOL : le Diester est un sousproduit du tourteau de colza, qui permet d’économiser du tourteau de soja, donc
d’éviter de la déforestation. Alléluia !
Sur le papier, un hectare de colza à 46,5% de Matière Grasse et 33 quintaux /
hectare produit en effet pratiquement autant de tourteau, et davantage d’huile qu’un
hectare de soja à 21,3 % de MG et 24 quintaux /ha. Mais cette substitution est une
vue de l’esprit, certes bien commode pour les partisans du Diester, mais qui ne
correspond à rien de réel. Un agriculteur qui décide de semer un hectare de colza
énergétique sur sa ferme le fait à la place d’une autre culture de sa ferme, et pas
aux antipodes… Il va faire moins de blé, ou moins de maïs, ou moins de prairie…
L’analyse des statistiques montre qu’en fait le colza énergétique se fait
essentiellement au détriment… du colza alimentaire, car globalement, les surfaces
en oléagineux sont restées à peu stables en France depuis 20 ans, plafonnant à un
peu moins de 2,5 millions d’hectares, alors que chez SOFIPROTEOL, on tablait sur
une augmentation de ces surfaces jusqu’à 3,5 millions d’hectares. Il faut croire que le
bon sens paysan, qui interdit de faire revenir le colza trop souvent sur une même
parcelle, l’emporte encore sur l’attrait du lucre… Et par ailleurs, un éleveur désireux
de produire du tourteau pour ses animaux ne va pas confier ses graines de Colza à
SOFIPROTEOL. Il va les garder pour lui, et faire lui même son huile brute et son
tourteau, donnant du sens et de la cohérence à son travail. A noter toutefois qu’en
terme de réduction des émissions de GES, après prise en compte du CAS, l’HVP
présente elle aussi un bilan fortement négatif.
D’autre part, il ne faut jamais perdre de vue que l’essentiel des volumes de
tourteaux de soja importés en France sont utilisés par les élevages de

16

monogastriques, en particulier les volailles, pour lesquels il n’est pas subtituable par
du tourteau de colza, sauf à rallonger considérablement la durée d’élevage. Les
volailles à croissance rapide ont en effet besoin d’un aliment très riche en protéines,
avec une teneur élevée et Lysine, Méthionine et Triptophane, trois acides aminés
dont le tourteau de colza est insuffisamment pourvu.
Comme chacun peut l’observer, le développement du Diester n’a pas fait fléchir
les importations de tourteaux de soja, et encore moins permis de faire baisser son
prix, qui atteint aujourd’hui des sommets. Au contraire, le développement du Diester
a entraîné une augmentation parallèle des importations d’huile de palme, comme le
montre l’analyse des statistiques douanières.
En aucune manière l’utilisation du Diester de SOFIPROTEOL ne permet de
réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre par rapport à l’utilisation de
gasoil. Au contraire, ces émissions sont doublées. Voilà ce que comprendra le
lecteur attentif des quelques 400 pages constituant les rapports de l’étude ADEME
Bio IS de 2010. Voilà ce que le cabinet du Ministre de l’Agriculture de la République
Française Bruno Le Maire a tenté d’occulter, en faisant pression sur le bureau
d’études Bio Intelligence Service lors de la rédaction du rapport final, de décembre
2009 à février 2010.
La directive « Energies Renouvelables » adoptée à l’arraché en décembre 2008
par le parlement européen à la toute fin de la présidence Française de l’UE prévoit
qu’en 2020 10% d’agrocarburants devront obligatoirement être incorporés aux
carburants routiers. Il était prévu qu’avant fin 2010, la Commission Européenne fasse
des propositions concernant les critères de durabilité que doivent atteindre les
matières premières utilisées pour produire ces agrocarburants. Les ONG
environnementales et de solidarité internationale ont demandé que l’impact du
Changement d’Affectation des Sols, direct ou indirect, soit pris en compte pour établir
le bilan effet de serre des agrocarburants. Au terme d’une bataille que les partisans
des agrocarburants ont livrée avec des moyens considérables, la Commission
Européenne n’a pas tranché… En 2010, les études se sont en effet succédées,
démontrant toutes la catastrophe planétaire vers laquelle nous conduit,
inéluctablement, cet objectif européen de 10% d’agrocarburants dans les carburants
routiers à l’horizon 2020. La décision sera prise plus tard… En attendant, la
déforestation continue, elle s’accélère même…
La raison finira sans doute par l’emporter, un jour ou l’autre. Mais la décision
politique d’arrêter les programmes d’incorporation d’agrocarburants dans les
carburants routiers va être difficile à prendre. D’abord, ce serait, pour le personnel
politique, reconnaître qu’une erreur à été commise. Ce n’est facile pour personne.
C’est quasiment impossible pour un homme politique en fonction.
Et puis, si cette demande artificielle pour des produits agricoles disparaît, les
prix agricoles vont chûter, en particulier celui des graines oléagineuses…
Et puis, les usines sont construites. Elles tournent. Des salariés y travaillent…
Le chantage à l’emploi est devenu une ritournelle chez les promoteurs des
agrocarburants. De grâce, Messieurs ! Combien coûte à la collectivité un emploi créé
ou maintenu par la filière Diester de SOFIPROTEOL, dont celui de Monsieur
Veermeersch, et les émoluments de son président, Xavier Beulin, qui n’a pas
renoncé à son siège, bien qu’ayant accédé au poste de président de la FNSEA
( pourtant très lucratif : « Ce n’est pas moi qui fait les comptes. » répondait JM

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Lemétayer à un journaliste qui lui demandait combien gagnait le président de la
FNSEA)? Selon la propagande de SOFIPROTEOL, il est question de 11 emplois
créés ou maintenus pour 1000 tonnes de Diester produites. Avec un surcoût pour la
collectivité de 500 € la tonne de Diester par rapport à la tonne de gasoil, cela met le
coût pour la collectivité de l’emploi créé ou maintenu par le Diester à 45 500 € par
an ! Maigre consolation, c’est vrai que pour l’éthanol, c’est beaucoup plus cher…
Deuxième, troisième ou quatrième génération ?
Au terme des discussions avec les partisans des agrocarburants, il arrive
souvent que, tous les autres arguments ayant été démolis, apparaisse cet ultime
tentative : « Bon, d’accord, ce que l’on fait aujourd’hui, c’est pas terrible, mais cela va
nous permettre d’accéder aux technologies de génération supérieure. »
Concernant le « bio »diesel, l’argument est particulièrement grotesque. La
technologie de 2ième génération, c’est en effet du diesel de synthèse produit à partir
de biomasse sèche par le procédé Fischer-Tropsch. La biomasse est d’abord
pyrolysée à haute température, sous atmosphère d’oxygène, voire d’hydrogène, puis
à partir des gaz obtenus sont synthétisées par catalyse des chaînes carbonées plus
ou moins longues, selon la nature du catalyseur utilisé. Ce procédé n’a strictement
rien à voir avec la trituration des graines oléagineuses puis la trans-estérification de
l’huile obtenue. On voit donc mal à quoi va bien pouvoir être utile l’expérience
acquise par SOFIPROTEOL… A part évidemment pour ce qui est d’aller prendre un
maximum d’argent dans la poche des gens ( et ça, Xavier Beulin a montré qu’il savait
faire), parce que la deuxième génération, ça va coûter bon !
En effet, les travaux des thésard-e-s de la chaire « Nouvelles Stratégies
Energétiques » de Dominique Dron à l’ENSMP confirment les résultats obtenus dans
les années 80 par l’équipe du professeur Lucas au CEMAGREF. Le procédé
Fischer-Tropsch permet d’atteindre des niveaux de production de carburant par
hectare de biomasse relativement élevés, à condition que tout le carbone biomasse
se retrouve dans le carburant. Pour cela, il faut pour couvrir les besoins énergétiques
du procédé industriel un apport énergétique extérieur équivalent… à la quantité de
carburant produite ! Pour produire les 36 millions de TEP de gasoil consommées en
France chaque année, il faudrait, outre les 6 millions d’hectares ( au bas mot) à
trouver, installer 48 000 MW de réacteurs nucléaires tournant plein pot toute l’année,
soit 37 réacteurs de 1300 MW !
Quant à la quatrième génération ( la troisième a du rester quelque part dans les
limbes), c’est encore plus cher : 6€ le litre en coût de production, soit 12 fois plus que
le prix spot Rotterdam du gasoil… Sur le papier, la production d’huile dans des
bioréacteurs à microalgues est plutôt séduisante. Les besoins en surface sont
relativement raisonnables (même si l’investissement est très lourd) à cause d’un
rendement en huile qui serait 30 fois supérieur à celui d’un champ de colza. Mais la
difficulté technique majeure, c’est d’arriver à extraire de façon énergétiquement
performante un petit volume d’huile d’un grand volume d’eau. On ne sait pas faire…
Au dernier colloque de la chaire NSE à l’ENSMP, il a été dit que l’idée de produire du
carburant à partir de cultures de microalgues en bioréacteurs n’était plus d’actualité.
Ce type de culture présente un intérêt pour épurer des effluents liquides, voire pour
valoriser du CO² issu d’installations industrielles, mais la valorisation énergétique
des algues produites ne peut s’envisager que par méthanisation…

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Alors, pourquoi avoir installé plus de 2 500 000 tonnes de capacité
d’estérification d’huile végétale sur le territoire ?
Conclusion : Xavier Beulin à la tête de la FNSEA, c’est bon pour les
paysans ? ( titre provisoire, en attendant mieux)
Patrick Sadones
Paysan en Seine Maritime

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