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Contributions de Carl schmitt a la polémologie
Author(s): Piet Tommissen
Source: Revue européenne des sciences sociales, T. 16, No. 44, Miroir de Carl Schmitt (1978),
pp. 141-170
Published by: Librairie Droz
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40370742 .
Accessed: 08/06/2013 08:31
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PIET TOMMISSEN

CONTRIBUTIONS DE CARL SCHMITT A LA POLEMOLOGIE

C'est surtoutdans les milieux francophonesque C.S. x a fait et
continuek faire l'objet d'un ostracismeintellectuelqu'il faut de*plorer.
Ceux qui s'interessentk une explicationplausible peuventutilementlire
bizarre2. Bien
les pages que j'ai consacre*esk ce phe'nome'ne
et me*diter
sur, apr6s la Deuxteme Guerre mondiale quelques savants frangais,
RaymondAron (1905) en premier
) et Julien Freund (1921au silence
des
d'ordre
incitant
ne
sont
soit
soucie*s
mots
se
lieu,
guere
soit au denigrement.Et ces derniers temps, d'autres auteurs, ne se
des id6es de C.S. dans leur proprepens6e,
genentplus du toutd'inte*grer
le collectif
e.a. Alain de Benoist (1943)3 et, moins explicitement,
du Club de l'Horloge4, ou bien de discuter serieusementla doctrine
commec*estle cas de Jean-William Lapierre(1921schmittienne,
)5.
Que Tignorancereste,n^anmoins,de rigueurresultedes deux exemples
suivants.D'abord d'un livre de Pierre Legendrej'extrais cette phrase :
« Les formulations
occidentalesde la dictaturesont un tout,commePa
montrerouvrage-temoinde ThistorienCarl Schmidt,lui-mSmedirectementmel6 a Tavancementdu fascisme en Allemagne (ancien ministre
de Hitler)...» 6. Or, Carl Schmift(et non Carl Schmidt),juriste de formationau lieu d'historien,n'a jamais ete ministre; aussi fut-ilhostile
1 C.S. = Carl Schmitt.Je me sers toujours de Tabreviationpour designer
le nom du savant.
2 Cf. mon introduction
a la traductiond'uh texte importantde C.S. in Res
Publica, vol. 17 n° 1, 1975, pp. 99-105.
3 A. de Benoist, Vu de droite.- Anthologiecritiquedes idees contemporaines,Paris : Ed. Copernic,1977,626 p. ; cf. pp. 97, 105, 221, 223, 256 et surd'un texteparu
tout216-219(La notionde politique; il s'agit de la reproduction
d'abord in Valeurs actuelles du 13 mars 1972).
4 Club de l'Horloge, Les racines du futur.- Demain la France, Paris :
Masson, 1977, 266 p. ; cf. surtoutle chapitreSouverainete: le ressourcement
(pp. 99-121).
s J.-W. Lapierre Vivre sans Etat ? - Essai sur le pouvoir politique et
Vinnovationsociale, Paris : Ed. du Seuil, 1977, 380 p., dans la collection« Esprit» ; cf. pp. 266, 274-279.
« P. Legendre,Jouir du pouvoir. - Traite de la bureaucratiepatnote,
Paris: Ed. de Minuit,1976, 275 p., dans la collection« Critique» ; cf. p. 123
note 7. Voici ce que disentGuy Lardreau et ChristianJambetde ce livre dans
leur propre ouvrage UAnge. - Pour une cynegetiquedu semblant (Paris :
Grasset, 1976, 233 p., dans la collection« Figures»), p. 38 note 5 : « Nous lui
reconnaissonsl'importanced'etre le premierlivre lacanien ouvertementpolitique».

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P. TOMMISSEN

142

au nazisme avant 1933T. II y a, ensuite,le porte-parolepar excellence
des soi-disant Nouveaux Philosophes Bernard-HenriLevy (1948)
qui s'interrogeainsi : « ..., il semble que le choix ne nous soit plus
la mieux adapt£eau
laisse qu'entretelle ou telle formede totalitarisme,
destin qu'on nous prepare. Sera-ce celui de Carl Schmidt(sic) ou celui
de JosephStaline? ... » 8. Le moins que Ton puisse dire, c'est qu'il faut
avoir un certaintoupet pour oser faire imprimerune comparaisonqui
trise le ridicule.
Face a la situationdeconcertante,Tidee m'est venue de contribuer
a une meilleureappreciationde la significationdu savant
modestement
allemand, en ecrivantune introductiona trois Merits,tous traduitsen
francais, qu'on est en droit de considerercomme des contributions
authentiqueset valables a la polemologie.Mon but precis explique que
je ne me contentepas de resumerces Merits,mais que je donne, en
sur Torigine,la resonanceet les prolongements
outre,des renseignements
de leur contenu9.Pour en faciliterla lecture,voici le plan g6n£ralde
mon expose :
1. La notiondu politique
des variantesdu texte
1.1. Le probleme
du raisonnement
schmittien
1.2. La quintessence
1.3. La reception
de l'ecrit
2. L'ere des neutralisations
et des depolitisations
3. Theoriedu partisan
du probleme
etudie
3.1. Un essai d'encadrement
du raisonnement
schmittien
3.2. La quintessence
3.3. La suitede Fanalysede 1963.
1. La notion du politique
1.1. Le problemedes variantesdu texte.
La conferencesur la notiondu politiqueque C.S. (1888) a faite
le 10 (ou le 20?) mai 1927 dans le cadre d'un cycle organise par la
7 Cf.dans ce liberamicorum
la contribution
de JosephWilliamBendersky
in theSummer
(1946- ), CarlSchmitt
of 1932.- A Reexamination.
8 B.-H. L6vy,La barbariea visagehumain,Paris: Grasset,1977,236 p.,
dansla collection
« Figures» ; cf.p. 177.C.S. y est encorecitep. 156et p. 177.
9 Ma tentative
est basee surunepremiere
versionparueen langueneerlandaise dans monlivreOver en in zake Carl Schmitt,
Bruxelles
: Economische
« EclecHogeschoolSint-Aloysius,
1975,171 p., n° 21-22-23dans la collection
rica» ; cf.pp.36-56et les notespp.74-81.Ainsique,quanta la premiere
partie
//concettodi politico
(1. La notiondu politique)sur une versionitalienne,
secondoCarlSchmitt,
in « Rivistadi storiadel diritto
vol.
1978
contemporaneo
»,
n° 1 (annonce).

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ET LA POLfiMOLOGIE
SCHMITT

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Deutsche HochschulefitrPolitik10 a ete publiee encore la meme annee
dans une revue specialisee. Plus tard, Tauteura revu et corrige,voire
remaniece texte en vue d'une publicationsous formede
partiellement
livre. De ce dernier,plusieurs renditions,soit conformessoit adaptees,
ont vu le jour au fil du temps.Par ordre chronologique,il y a lieu de
distinguerles variantes suivantes:
BP 1 1927

Der Begriffdes Politischen
in : ArchivfiirSozialwissenschaftund Sozialpolitik,vol. 58 n° 1,
sept. 1927,pp. 1-33,
- on cite,parfois,erronementaout 1927 commemois de parution (cf. BP 3 p. 82, et BP 6 p. 96).

BP 2

1928

BP 3

1932

Der Begriffdes Politischen
in : Problemeder Demokratie.- Erste Reihe (Berlin: W. Rothschild,1928,XI + 97 p., n° 10 dans la collection« Politische
der Deutschen Hochschule
Wissenschaft.- Schriftenreihe
furPolitikund des InstitutsfiirAuswartigePolitik in Hamburg»), pp. 1-34,
- il s'agit d'une reproductionpure et simple de BP 1.
- le chapitre5 a et6 reproduitdans le journal Germania, n°
186 du 21 avril 1928, sous le titreDer Staat und das Recht
auf dem Krieg.
Der Begrifdes Politischen.- Mit einerRede iiberdas Zeitalter
und Entpolitisierungen,
der Neutralisierungen
Munich/Leipzig: Duncker & Humblot,1932, 82 p., n° 10 dans
la collection « WissenschaftlicheAbhandlungenund Reden
zur Philosophic,Politik und Geistesgeschichte
»,
- le livre a £te mis dans le commerceen octobre 1931,
- dans la postface,datee d'octobre 1931, on lit: « Comparee
aux publicationsque Ton vientde citer (sc BP 1 et BP 2),
de
la presenteEditioncomporteune s£rie de formulations,
notes et d'exemplesnouveaux,mais la demarchedu raisonnementlui-memen'est ni modifiee,ni developpee» (p. 82),
- il y a une dedicace : « A la memoirede mon ami August
Schaetz, mortau combat le 28 aout 1917 devant Moncelul»
(P. 5),
- le textejoint (pp. 66-81) est celui d'une conferencefaiteen
octobre 1929 a Barcelone lors du 6° Congres annuel de la

10 Apres la PremiereGuerre mondiale la Staatsbiirgerschule,
une creation
du politicieninfluentFriedrichNaumann (1860-1919), devait faire face a des
difficultess<§rieuses.Elle fut transformeepar Ernst Jackh (1875-1959) en la
Deutsche Hochschule fiir Politik, le pendant allemand de YEcole Libre des
Sciences politiques,creee en 1871 a Paris par Emile Boutmy(1835-1906). La
nouvelle Haute Ecole a su profiterdu renomde professeursde la trempedu
politologueAdolfGrabowsky(1880-1969) ainsi que de la protectiondu ministre
prussienCarl HeinrichBecker (1876-1933),le meme qui a rendu possible l'instaurationde la sociologie en tant que science autonome dans les universites
d'outre-Rhin.En hommage au maire berlinois Otto Suhr (1894-1957), PEcole
et est affilieea l'Universitelibre de
s'appelle actuellementVOtto-Suhr-Institut
Berlin.

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P. TOMMISSEN

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-

BP 4

1933

Federation Internationaledes Unions Intellectuelles
; il a
paru d'abord sous le titre Die europaische Kultar im
Zwischenstadiumder Neutralisierungdans la Europaische
Revue de Karl AntonprinceRohan (1898-1975),vol. 5 n° 8,
nov. 1929, pp. 517-530H,
cette editiona £te traduiteen :
a) BP 3e = espagnol par Francisco Javier Conde (1909)sous le titreEl conceptode la politica,pp. 109-189
dans un recueil de textes traduitsde C.S. sous le titre
Estudios politkos,Madrid : Culturaespanola, 1941,189 p.
b) BP 3j = japonais, pp. 179-241dans un recueilde textes
traduits de C.S., Tokyo : Nagaro <& C°, 1973, XII f
394 p,
) sous
c) BP 3a = americainpar George Schwab (1931le titre The Concept of the Political, New Brunswick
(N.J.) : Rutgers UniversityPress, 1976, IX + 105 p. ;
cette edition ne contientpas une traductiondu discours
ila.
de 1929, et quelques notes ont et£ supprim£es

Der Begriffdes Politischen
Hambourg: Hanseatische Verlagsanstalt,1933, 61 p.,
- cetteeditiona connu quelques renditionsinchang£es,e.a. en
1935 et 1940,
- vis-a-vis de BP 3 on constate quelques omissionset changements,ainsi que la suppressiondu discoursde 1929, mais
par contre,il y a quelques nouvellesnotes (p. ex. p. 10 notes
1 et 2),
- cetteeditiona ete traduiteen :
a) BP 4i = italienpar Delio Cantimori(1904-1966) sous le
titreSul concettodelta politica,pp. 43-108 dans un recueil
de textes traduitsde C.S. sous le titrePrincipiipolitici
del nationalsocialismo,Florence: Sansoni, 1935, X +
231 p. ;
BP
4f = frangaispar William Gueydan de Roussel sous le
b)
titreConsiderationspolitiques,Paris : Librairiegenerate
de droit et de jurisprudence,1942, VIII + 96 p. ; cette
traductionincompleteet mediocre a la fois comporte,
neanmoins,le discours de 1929 selon la version parue
in L'Annee politique francaise et etrananterieurement
gere, vol. 11 n° 4, dec. 1936, pp. 274-289.

11 Repris,ensuite,commetexten° 15 dans un recueil de 36 etudes de C.S.,
e im Kampfmit Weimar,Genf,Versailparu sous le titrePositionenund Begriff
les, Hambourg: HanseatischeVerlagsanstalt.1940. 322 p. : cf. pp. 120-132.
11a Je signale a toutesfinsutiles qu'anterieurement
quelques pages de BP 1
avaient ete deja traduitespar William Ebenstein(1910) et publiees dans
son anthologieMan and the State.
ModernPolitical Ideas, New York : Rinehardtand Co., 1947, XVI + 78I p. (cf. pp. 299-302: Politics. - The Straggle
withthe Enemy). Ces pages figurentegalementdans l'anthologiedue a Samuel
N. Eisenstadt (1923), Political Sociology. - A Reader, New York/Londres : Basic Books, 1971,XVI + 632 p. (cf. pp. 459-460: The Conceptof « The
political»).

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SCHMITTET LA POLfcMOLOGIE
BP 5 1940

BP 6 1963

Der Begrifdes Politischen
in : op. cit.,(cf.supranote11),texten° 8, pp. 67-74,
- il s'agitdes pp. 11-21de BP 1,
- dans le livrese trouvea la p. 314 la justification
suivante:
« ... Cettereproduction
les pages correprendtextuellement
de l'annee1927 (sc BP 1),
de la publication
respondantes
de certaines
a leurjustevaleurles tentatives
afind'apprecier
en vue de clouerau piloriquelquesameliorevuesd'emigres
rationsque j'ai apportees(sc BP 4) commedes changements
» 12.
d'opinionopportunistes
Der Begriffdes Politischen.- Text von 1932 mit einem
Vorwort
unddreiCorollarien
Berlin: Duncker& Humblot,
1963,124 p.,
- cetteEditioncontient
une prefacenouvelledat£emars 1963
(pp. 9-19),le texteintegralde 1932(sc BP 3), quelquesrede ponctuation
d'alineaset rectifications
misesa
partitions
part(pp. 20-78),le textedu discoursde 1929 selon BP 3
de
(pp. 79-95),la postfacede BP 3 (p. 96), troiscorollaires
nou1931,1938et 1950(pp. 97-115)13,noteset references
velles(pp. 116-124); la dedicacede 1932figuredes
a la p. 5 et dansla tabledes matieres
(p. 7) chaquechapitre
a l'editionBP 3)
est (pourla premiere
fois,donecontraire
intitule,
- cetteversiona ete traduite
en :
=
BP
6f
Marie-Louise
Steinhauser
sous le
frangaispar
a)
titreLa notionde politique.- Textede 1932avec une
prefaceet deux corollaires,pp. 39-206dans un livre
deux textestraduitsde C.S. sous le titreLa
contenant
notionde politique/ Theoriedu partisan,Paris: Cal« Libertyde
1972,331 p., dans la collection
mann-Levy,
» ; la traduction
nouvelledu discoursde 1929
TEsprit
in Exit,n° 3,
qui y figurea ete repriseulterieurement
6te 1974,pp. 83-95,
b) BP 6i = italienpar PierangeloSchiera sous le titre
- Testo del 1932 con una pre//concettodi 'politico*.
messae trecorollari,
pp. 87-208dansle recueilde textes
traduits
de C.S. sous le titreLe categorie
del 'politico'.
teoria
cura
di
di
a
e
Gianfranco
Saggi
politico,
Miglio di
PierangeloSchiera,Bologne: II Mulino,1972,361 p.,
dans la « Collezionedi testie di studi.- Scienzesociali
» 14.
e politiche

12 II s'agitd'unetraduction
librede ma part.
13 Les deux premierscorollaireshgurentdeja dans le recueilprecite(cf.
supranote11),pp. 158-161(texten° 18) et 244-251(texten° 30). Le troisteme
au livrefondamental
est emprunte
que C.S. a publicen 1950,Der Nomosder
Erdeim Volkerrecht
des jus Publicum
Berlin: Duncker& Humblot,
Europaeum,
entre
1974,308 p. ; cf.pp. 183-185(maisun nouveauparagraphea ete intercale
deuxet trois).
les paragraphes
originaux
14 Quanta la superiority
de Br 3i vis-a-vis
de bP 6i, ou viceversa,cf.1avis
autorisede FrancescoMercadante
(1926- ), p. 70 note7 danssonlivreimporMilan: Giuffre,
tantLa democraziaplebiscitaria,
1974,315 p.
10

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P. TOMMISSEN

Cette Enumerationaride necessite quelques avertissementset mises
au point:
a une declarationpersonnellede C.S., rarementcitee
1) conforme*ment
d'ailleurs,BP 2 {ou ce qui revientau meme: BP 1) fut le fruitde
s6minairesqu'il anima durantles anne*esacade"miques1925 et 1926
a TUniversitede Bonn15;
2) quoique C.S. ait essays de minimiserles choses (sc supra sous BP 3),
il n'en reste pas moins vrai que quelques raturesopportunistesont
ete pratique*esdans BP 4, sans que l'essentiel de l'expose en soit
compromispour autant16;
3) lorsqu'on se reverea Tecrit,il est hautementsouhaitable d'indiquer
T6ditionutilised,car le savant
- a perfectionne"
son analyse entrela parutionde BP 1 (ou BP 2)
et celle de BP3 (ou BP6), fait importantqu'un JoachimMorgenthau(1904) n'a pas manque*de signaleren tempsopportun« ;
- considereapparemmentBP 3 comme la version definitive,puisPe*dition
de 1963, done
qu'elle lui a servi de base en pre*parant
BP6;
4) C.S. n'ignorepas que sa performanceest imparfaiteet incomplete
ne lui sembleguere
(BP 6f,p. 54), mais la conjuncturecontemporaine
^laborer
suite
si
une
necessaire
soit-elle(BP 6f,
propicepour
logique,
pp. 53-56) ; il en rfeultequ*il s'est contented^diter une th6oriedu
partisan(cf infra),de soulignerque ce n'est pas TEtat mais le parti
politique qui peut devenirtotal (cf infra),d'accentuersa conviction
les Etats souverainssont depassees par
d61imitant
que les frontieres
les 6ve*nements
18.
Quant au contenude l'6crit,C.S. nous a facilitela besogne en donnant lui-memeen 1963 des titresaux diff
eventschapitres(BP 6, p. 7).
Voici (a) ma traductionlitterale; (b) la traductiondue a Steinhauser
(BP 6f, p. 330) ; (c) la propositionde Gueydan de Roussel (BP 4f,
p. VIII), les pages cities 6tant celles de BP 6f :
ch. 1 (pp. 59-65):

entrel'£tatique
et le politique
;
(a) la relation
(b) etatiqueet politique
;

15 C.S., op. cit (cf. supra note 11), p. 313.
16 BP 4 contient10 chapitrestandis que BP 3 n'en a que 8 ; le premier
chapitrede BP 3 manque completementin BP 4. Les autres differencessont
plutotd'ordretactique.
17 J. Morgenthau,La notiondu 'politique*et la theoriedes differends
internationaux,Paris : Sirey,1933,92 p. ; cf. p. 35 note 2. Sur ce livreet son auteur,
cf. BP 3a p. 26 note 2.
18 C.S., op. cit. (cf. supra note 17), pp. 21-22.

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SCHMITTET LA POLfeMOLOGIE
ch. 2 (pp. 65-68) :

ch. 3 (pp. 68-77) :

ch. 4 (pp. 77-86) :

ch. 5 (pp. 86-97) :

147

(a) la distinctionami-ennemicomme le criteredu politique ;
(b) la distinctionami-ennemi,criteredu politique;
(c) la politique definiea Taide du critere'ami-ennemi';
(a) la guerre comme une manifestationd'hostilite;
d'hostilite;
(b) la guerre, phenomfcne
des
termes
'ami1 et 'ennemi'; III. Role
II.
(c)
Analyse
politique de la guerre;
(a) la remise en question de l'Etat comme forme de
1'unitepolitiquepar le pluralisme;
(b) l'Etat, formede Tunite politique,remis en question
par le pluralisme;
(c) la lutte politique,placee sous le signe 'ami-ennemi',
est indispensablea la formationde 1'unitepolitique;
(a) la decision de faire la guerre ou la paix ;
(b) la decision de guerreet la designationde l'ennemi;
(c) V. L'unite politique comportea son tour la faculty
de designer librementl'ennemi en vue d'une lutte
politiquetoujourspossible,VI. Causes de rupturede
l'unitepolitique: meconnaissanceou d£placementdes
termes 'ami-ennemi';

(a) le monden'est pas une unitepolitique,mais un 'pluriversum' politique;
(b) le monden'est pas une unitepolitique,il est un 'pluriversum'politique;
(c) le pacifismehumanitaire,dont le succes reside apparemmentdans la negation de la politique, est un
retoura la luttepolitiquesous une autre forme;
ch. 7 (pp. 103-116): (a) le fondementanthropologiquedes theories politiques;
(b) les fondementsanthropologiquesdes theories politiques ;
(c) le pacifismeest le resultat d'une fausse conception
anthropologique;
de la polariteench. 8 (pp. 116-129): (a) la depolitisationpar le truchement
tre ethiqueet economie;
(b) la depolitisationpar la polarite ethique-Sconomie
;
(c) IX. Le liberalisme,issu lui aussi de la negation de
la politique,ouvre la voie a des preoccupationsnettementpolitiques; X. L'ceuvrede Marx fut pr£cisementde donner au liberalismeune portee politique.
ch. 6 (pp. 97-103) :

1.2. La quintessencedu raisonnementschmittien.
Avant d'entrerdans le vif du sujet, il importede dire que C.S. ne
s'occupe pas du tout du problemede la politique,mais bel et bien de

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P. TOMMISSEN

celui du politique19. De surcrolt,il n'envisage nullementune definition
a Pabri de tout reproche20,mais, au contraire,il cherchea degager un
criterevalable, done permettant
de decider si une action ou un mobile
sont politiques ou ne le sont pas. Or, le savant retientla distinction
entre ami et ennemicomme le criterele plus adequat en Poccurrence
(BP 6f,p. 66). II lui attribuela memevaleurque celle qu'ont acquise des
distinctionssimilaires dans d'autres domaines, comme bien-mal en
morale, beau-laid en esthetique,utile-nuisibleen economie politique
(BP 6f, p. 66). Suiventalors deux precisionscapitales : il s'agit premierementd'un critere autonome - « L'ennemi politique ne sera pas
n£cessairement
mauvais dans Pordrede la moraliteou laid dans Pordre
le role d'un concurrentau niveau
esthetique,il ne jouera pas forcement
il se cache derriere
de Peconomie,... » (BP 6f,p. 66) - et deuxtemement,
ce critere« le degre extremed'unionou de desunion,dissociation ou de
dissociation» (BP 6f, p. 66). Par la force des choses, nous voila cona leur
fronts avec un nouveau probleme: commentfaut-il interpreter
?
d'ennemi
d'ami
valeur
les
notions
et
juste
En ce qui le concerne,C.S. concentresa perspicacitesur la notion
d'ennemi.II insistesur les deux significationsdu vocable ; en latin,par
exemple,hostis (Pennemide la collectivite)et inimicus(Pennemipriv£)
(BP 6f, p. 69 et note p. 187), ou en anglais foe et enemy(B.P 6f, p. 169
et notep. 194) 21.C'est regrettable,
dit-il,que la langue allemandeignore
« ce qui rend
cettedistinctionentrePennemipolitiqueet Pennemiprive*,
» (BP 6f, p. 69).
possible bien des malentenduset des falsifications
D'autre part,C.S. n'exclutpas Phypotheseque la consonner de Freund
(ami) pourraitetre un infixe,insuredone dans le mot Feind (ennemi)
(BP6f, pp. 194-195). II cite quelques cas interessantsqui prouventque
certaineslangues designentPennemicommele non-ami(BP6f, pp. 168169) 22. Jean Baechler (1937) a pris ce raisonnementpour son
compte,tout en suggerantqu' « En frangais,il faudraitimposerla dis-

19 Le premiertraducteurfran^aisGueydande Roussel s'est tromp£constammenten parlant de la politique au lieu du politique. II lui arrive d'ailleurs de
faire d'autres bevues, p. ex. la dernierephrase in BP 4f p. 3. - Le savant
iialien Cantimoria commisla meme erreur comme il resulte deja du titrede
sa traduction(BP 4i p. 43). Aussi Conde (BP 3*).
20 Par inadvertance,sans doute, C.S. a p£ch£a trois reprise: BP 6f p. 65
(« On ne saurait arrivera d^finirla politique...»), p. 73 (« La definitionque
nous donnons ici du politique...»), p. 75 (« ..., il est sans importancepour la
definitiondu politique, ... »). II est dommage que ni Steinhauser,ni Schiera
(BP 6i pp. 108, 116, 119), ni memeSchwab (BP 3a pp. 25, 33, 35) n'aientcorrige"
la terminologie
defectueuse.
21 G. Schwab, Enemy oder Foe. - Der Konfliktder modernenPolitik,
pp. 665-682 in Epirrhosis. - Festgabe fur Carl Schmitt,Berlin: Duncker
<& Humblot,1968, 2 tomes = 778 p.
22 II y a plusieursremarquesinteressantesa ce sujet dans Pouvraged'Emile
Benveniste (1902-1976), Le vocabulaire des institutionsindo-europeennes.I. Economie, parente, societe, Paris : Ed. de Minuit, 1969, 376 p., dans la
collection« Le sens commun» ; cf. pp. 92-96,361.

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SCHMITTET LA POLfeMOLOGIE

149

tinctionentre' ennemi' et ' adversaire' » 23. Le senateurflamandLode
Claes (1913) a fait une propositionanalogue pour la langue neerlandaise24. A noter,en outre,que le politologuesuisse ArminMohler
(1920) distinguaitrScemmententre deux concepts d'ennemi,Tun
chaud parce qu'il est Smotif,forttenace et peut degenSreren agressivite, l'autre froidpuisqu'il se tientk la r6aliteet de ce fait n'est pas
durable25.
Pour revenira C.S., il affirmeque ce n'est pas le rival,done l'adversaire en g6n6ral ou le concurrentpriv6 en particulier,qui sont vises.
Non, Tennemine peut etre dans son optique particuliereque l'ennemi
public: « ... un ensemblede memenatureet engage dans une luttepour
le moins virtuelle,c'est-&-direeffectivement
possible » (BP 6f, p. 69).
Plusieurs consequencessont inh6rentesa cette pSriphraseet quelquesunes m^ritenta coup sur d*etrerelev^es:
1) « tous les concepts,notionset vocables politiques ont un sens polemique» (BP6f, p. 71), car ils serventen fonctionde la volonte de
combattre,de contesterou de refuterd'autres concepts,notions et
vocables politiques^ ;
d'ennemiinclutla possibilityd'une lutte,meme
2) le conceptschmittien
d'une lutte armee (BP 6f, p. 72) ; cette eventualitevaut sur le plan
exterieursous la formede la guerre(BP 6f, p. 73) et sur le plan
interieursous la formede la guerrecivile (BP 6f, p. 72) ;
3) « Tout antagonismereligieux,moral, economique,ethique ou autre
en antagonismepolitiquedes lors qu'il est assez fort
se transforme
effectifdes hommes en amis et
pour provoquer un regroupement
ennemis» (BP 6f, pp. 77-78) ;
schmittien
presupposeTexistencesimultaneede plu4) le raisonnement
sieurs entitessouverainesou etats,puisque « L'humaniteen tant que
telle ne peut pas faire la guerre,car elle n'a pas d'ennemi,du moins
23 J. Baechler, Qu'est-ce que Videologie?, Paris : Gallimard, 1976, 405 p-,
n° 345 dans la collection« Idees » ; cf. p. 373. Cet auteurparle,ensuite,du ^enie
les ennemisen adversaires,et renvoieau Juspublicum
occidentalde transformer
europaeum(autre influencede C.S. ; cf. supra note 13). Les passions creantdes
ennemiset les int£retsdes adversaires (influenceparetienne?), et FidSologie
ayant transformela politique« en pr£textea discordes interieuresirr£ductibles
et a aventuresexterieuresimbeciles» (p. 378), Baechler pense que « les seuls
regimescontemporainsqui echappentencore a la maledictionsont les regimes
pluralistes» (p. 379). Neanmoins,il tient« pour plus que probable que le traitementrationneldes interetstend a eliminerles combats entreennemisau profit
des concurrencesentre adversaires» (p. 375). Ce qui prouve que son liberalisme est egalementune ideologic.
24 L. Claes, Tegenstandersen vijanden,in Trends.- Financieel-ekonomisch
magazine,vol. 3, n° 60, 1/12/1977,p. 178.
25 A. Mohler,Zu : In eigenerSache, in Cnticon.- [Conservative
Zeitschnft,
vol. 8, n° 45, janv.-fevr.1978, pp. 46-48 ; cf. p. 48.
26 JulienFreundest du memeavis dans son grand iivrel essence au pouuque, Paris : Sirey, 1965, IV + 764 + 47 p., n° 1 dans la collection« Philosophie politique» ; cf. p. 446 : « Dire d'une chose qu'elle est politique,c'est dire
qu'elle est polemique».

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150

P. TOMMISSEN

sur cetteplanete» (BP 6f, p. 98) ; ainsi s'expliquela phrase-cle
:
« Le conceptd'Etat presupposele conceptde politique
» (BP 6f,

p. 59)27;

5) chaque theoriepolitiqueconcretepostule « un hommecorrompu,
c'est-&-dire
un etre dangereuxet dynamique,
parfaitement
probl6matique» (BP 6f,p. 107)28.
Pour appreciermieuxce canevas,un certainnombred'indications
supme semblent
:
pl&nentaires
indispensables
actuelle
la situation
1) toutle mondea le droitle plusstrictde regretter
et de pronerla desirability
d'unesituation
ou memeidSale,
meilleure
et raisonnedelib6r6ment
mais C.S. exarteces aspirations
normatives
a partirde la r6alit6hie et nunc(BP 6f,pp. 68-69et 97-98);
et
2) le politiquen'a pas de domainepropre,mais designeseulement
d'une associationou d'une dissociatoujours« le degr6d'intensit6
tiond'etreshumainsdontles motifspeuventetred'ordrereligieux,
ou autre,
ou au sensculturel),
national(au sensethnique
6conomique
et des
et provoquent,
a des 6poquesdiffe*rentes,
des regroupements
scissionsde typesdiff6rents
» (BP 6f,p. 79) ;
decoulelogiquement
:
3) du pointpr6c6dent
- que le critereschmittien
est dynamique,
d'autantplus qu'il « ne

27 a) C.S. parle de trois deiiv£s de polis notammentpolitique police et
politesse, cette derniere £tant la petite politique du social (BP 6f p. 184).
Cependant,il se peut qu'il y ait un quatriemederiv£puisque JohannWolfgang
von Goethe (1749-1832) a propose Politur,les mceurspolicees,commeantith^se
de Kultur; en vain Stant donn^ qu'a partir de 1775 le vocable Civilisation
s'est rSpandu en Allemagne.Cf. Alain de Benoist,Culture,in Nouvelle Ecole,
n* 25-26, hiver 1974-75,pp. 80-109 (voir p. 85).
b) Le 9 mars 1977, J. Freund a fait a Lille une conferencesur l'oeuvrede
C.S. dans laquelle il a aborctele sujet epineuxde la finde l'Etat ; cf. le compte
rendu de cette conferencein La Voix du Nord, du 9 mars 1977.
28 L'anthropologiephilosophiquede C.S. a et£ etudtee par Heinz Laufer
Handelns. (1933) dans sa these de doctoratDas Kriteriumpolitisc/ien
Versuch einer Analyse und konstruktiven
Kritik der Freund-Feind-Unterscheidung auf der Grundlage der AristotelischenTheorie der Politik, Francfort:
Bernecker,1961, XXVIII + 311 p.; cf. pp. 222-245. Cette these est citee par
C.S. a propos de Thomas Hobbes (1588-1679) (BP 6f p. 191 note). - J.-W.
Lapierre,op. cit. (cf. supra note5), p. 278 : « ... Tanthropologie'de Carl Schmitt
ne sort jamais des limitesde l'etude des civilisationsd'Europe occidentale...
N'est-il pas alors outrecuidantde pretendrefournirun criteresp£cifiquedu
politiqueen general,et non pas seulementd'une conceptionde la politiquequi
fut dominancependant cette 'grande 6poque de la republiqueeurop^enne'qui
est le paradis perdu de Carl Schmitt,
... ? » II va de soi que ce commentateur
commetune erreur qu'il aurait pu facilementeviter en etudiantpar exemple
la Theorie du partisan (cf. infra). De surcrott,cette polemique manque de
s£rieuxpuisqu'elle se base sur une seule phrase emprunteeau discours de 1929
(BP 6f p. 136) qui est limits expressis verbis a TEurope occidentale,ce qui
n'est pas le cas de l'ecritde 1927.

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ET LA POLfrVlOLOGIE
SCHMITT

151

signifienullementnon plus qu'un peuple donne sera e"ternellementl'ami ou l'ennemid'un autre peuple donne*
» (BP 6f, p. 74) ;
- qu'un mondecompletement
est
concevable,bien qu'il serait
pacific
de Tami et de Tennemiet
alors « un monde sans discrimination
par consequentun monde sans politique» (BP 6f, p. 75) *• ;
4) C.S. ne dit nullepart qu'il fautliquiderdes gens ; il parle uniquement
de la « possibilityde provoquer la mort physique d'un homme»
(BP6f, p. 73) 30;
5) le savant est d'avis que la presuppositionanthropologiquesusmentionnSen'est pas pessimistemais plut6t re*aliste(BP6f, p. 112) et
il cite toute une pleiade d'auteurs politiques (BP6f, p. 107) et le
dogme thSologiquedu p6ch6 (BP6f, pp. 110-111) pour 6tayer sa
positiondoctrinale81.
1.3. La riceptionde V&crit.
Grace a un avertissementcamouflesous Papparence d'une restriction, C.S. a cru pouvoir couper d'avance le souffleaux contradicteurs
eVentuels: « Mais il n'y a pas lieu d'examinerici si Ton juge reprehenune survivance atavique
sible ou non (en y trouvantSventuellement
d'epoques barbares) le fait que les peuples persistentk se situer tres
reellementles uns par rapport aux autres selon qu'ils sont amis ou
ennemis,si Ton esp£reque cette discriminationdisparattraun jour de
la Terre,et s'il ne serait pas bon et juste de feindre,pour des raisons
d'ordre£ducatif,qu'il n'y a pas d'ennemisdu tout» (BP 6f, p. 68). Or,
servi k rien.II y a eu constamcettemesurede prudencen'a strictement
ment des opposants pour critiquerVicrit en g6n£ralet/ou le critere
ami-ennemien particulier,argumentsscientifiques(BP6f, p. 49) ou
m6ta-scientifiques
(BP 6f, p. 52) a l'appui. L'histoirede cettecontroverse
affirmer
restea 6crire,mais d'ores et d6ja on peut tranquillement
qu'elle
ordinaire.
d'une
les
limites
monographic
d^passera
29 SteinhausertraduitUnterscheidungpar discrimination,
bien que distinction soit plus conformeaux intentionsde C.S.
30 Voici une mise au point de 1963: « ... le concept d'ennemiqui est a la
base de notreetude ne signifiepas que cet ennemidoit etre an£antimais qu'il
y a defense,epreuvede forceet etablissementd'une frontierecommune.Mais il
existeaussi un conceptd'ennemiabsolu qui est explicitement
repousse ci-dessus
» (BP 6f pp. 187-188).II en resulteque TArgentin
en raison de son inhumanite...
Saul Taborda s'est gravementtrompeen insinuantque C.S. aurait pr£tenduque
» ; cf. son etude El fendmeno
« l'amitie est un concept d£riv£de Tinimiti^
politico,pp. 65-95 dans le recueil d^tudes en Homenaje a Bergson, C6rdoba
(Argentine): UniversidadNacional, Institutode Filosofia, 1936, V + 191 p. ;
la citationp. 75 (librementtraduitepar moi).
3i A noterque C.S. a d£fendudes 1922 la these que tous les conceptsvitaux
de la th£oriepolitiquesont des conceptstheologiquessScuralises; cf. son ouvrage Politische Theologie. - Vier Kapitel zur Lehre von der Souverdnitdt,
Munich/Leibzig: Duncker & Humblot 21934^84 p. (voir p. 49). C'est a juste
raison que Schwab signale la chose (BP p. 42 note) a propos de BP 6f p. 83.

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152

P. TOMMISSEN

Dans sa tres sympathiqueprefacek la traductionfran£aisede 1963,
JulienFreund(1921)
- ironisesur une grossieresottise,le soi-disant caracterepre*-nazide
l'e"crit(BP6f, pp. 26-27)32;
- discute deux objectionsmajeures: que C.S. aurait cherchea difinir
Pessence du politique(BP 6f, p. 23) et qu'il aurait donne*priorityk
de la politiqueinterieure(BP 6f,
la politiqueexte*rieure
au detriment
pp. 24-25) ;
- pose deux questionspertinentes
: Tune sur la validitydu parallelisme
entre la distinctionami-ennemiet les autres distinctionssimilaires
citees par C.S. {BP 6f,p. 23) et Tautresur la conceptionschmittienne
du liberalisme« dans la mesure ou elle se fonde sur les ouvrages
d'auteurs plutot r£centscomme Laski et moins sur des classiques
commeBenjamin Constant» (BP 6f, pp. 23-24).
George Schwab, de son cote\a
- fait remarquera juste titreque C.S. distingueclairemententrela et
le politique(BP 3a, p. 12) ;
- rejete*
Taffirmation
de Walter Laqueur (1921) que la philosophic
un 61£ment
nihiliste(BP 3a, p. 7 note 13)83 ;
schmittienne
contiendrait
- attir6 l'attentionsur des allusions aux forces centrifugesagissant
dans la R6publique de Weimar (BP3a, p. 12) 34.
Des representants
de plusieursdisciplinesscientifiquesse sont occup6s des theses formulas par C.S. dans son ecritsur La notiondu poliseulementdes auteursdont la reputationInternationale
tique. J'enum£re
est hors de doute, tout en sachant fortbien que je ne mentionnepas
ainsi des discussions fondamentalesd'intellectuelsmoins r6put6s:
32 Les doctrinairesnazis diff£rerent
d'opinion quant a Torthodoxiedu critereschmittien
; cf. H. Laufer op. cit. (cf. supra note 28) p. 306. Un avis favorable a ete formulapar Otto Dietrich(1897-1952),Neue Sinngebungder Politik,
Munich: Eher Verlag, 1934, 18 p. ; cf. p. 8. Aussi par WilhelmGlungler,Theorie
der Politik,Munich/Leipzig: Voglrieder;1939, VIII + 744 p. ; cf. p. 31 note 3.
Par contre,un avis n£gatifa £tepropage par le juristeinfluentOtto Koellreutter
(1883-1972), Volk und Staat in der Weltanschauungdes Nationalsozialismus,
Berlin: Pan Verlag, 1935,24 p. ; cf. pp. 8-9 (cities par J. Freund,BP 6f p. 26).
33 w. Laqueur, Weimar.- A CulturalHistory1918-33,Londres: Weidenfeld and Nicolson, 1974, XI + 308 p. ; cf. p. 100. Karl Lowith a deja avancS
Tidee d'un pole nihilistedans la pensee schmittienne
; cf. son etude de 1935
{infranote 39).
34 A signaler que George Schwab est l'auteur du seul ouvrage jusqu'a present contenantbeaucoup de renseignements
biographiquessur le savant, The
Challenge of the Exception.- An Introductionto the Political Ideas of Carl
SchmittBetween 1921 and 1936, Berlin: Duncker & Humblot,1970, 175 p.
Pourtant,il me semble que Pauteurexagere lorsqu'il nommeson ouvrage « une
de Schmitt» (BP 3a p. 4 note 5).
esquisse biographiqued£taille*e

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153

SCHMITTET LA P0LEM0LOGIE

-

les historiensJohanHuizinga(1872-1945)35et AugustNitschke(1926-

-

les politologuesDolf Sternberger(1907-

-

les philosophes Karl Lowith (1879-1973)3», Martin Buber (18781965)40,Theodor Haecker (1879-1945)41 et Dietrichvon Hildebrand
(1889-1977)42;
le theologiencatholiqueJoseph-ThomasDelos o.p. (1891-1974)43 et
son collegue protestantHelmutThielicke(1908)44.

-

)36.

)37 et Kurt Lenk (1929-

)38.

Cependant,deux reactionsfortimportantessont venues du cote*profane, de Willy Haas (1891-1973), intellectualde gauche et e*diteur-enchef de la LiterarischeWelt™,et d'Ernst Junger(1895), homme
35 J. Huizinga a combattula positionschmittienne
dans deux ouvrages :
Incertitudes.- Essai de diagnosticdu mal dont souffrenotretemps,Paris :
Librairiede JVtedicis,
1939, 237 p. ;
- Homo ludens. - E.ssai sur la fonctionsociale du jeu, Paris : Gallimard,
1951, 343 p., n° 47 dans la collection« Les Essais >.
Dans sa brochureDas historischeWerkJohanHuizingas, Leyde : Universitaire
) a sugg£r6,sans
Pers, 1947, 37 p., l'historiensuisse WernerKaegi (1901fournirla moindrepreuve,que la vente de la traductionallemande du premier
ouvrage de Huizinga aurait ete interditeen Allemagne nazie en vertu de la
de l'auteur (cf. p. 28).
diatribeanti-schmittienne
36 A. Nitzschke,Der Feind. - FormenpolitischenHandelns im 20. Jahrhundert,Stuttgart: Kohlhammer,1964, 268 p. ; cf. pp. 77-82.
37 D. Sternberger,Der Begnff des Politischen.- Der tnede als Urttna
und als Merkmalund die Norm des Politischen,Francfort: Insel, 1961, 40 p.
II existe une traductionpartielleen frangaisdue a Maurice Patronmierde Gande la notionmime du politique,
dillac (1906), De la paix commefondement
in La Table ronde,n° 190. nov. 1963, pp. 65-77.
38 K. Lenk 'Volk und Staaf. - Strukturwandel
politischerIdeologien im 19.
und 20. ]ahrhundertt
Stuttgart: Kohlhammer,1971, 196 p. ; cf. pp. 120-131.
39 K. Lowith,GesammelteAbhandlungen.- Zur Kntik der geschichtltchen
Existenz, Stuttgart: Kohlhammer,1960, VI + 256 p. ; cf. pp. 93-126 (Der
okkasionelleDezisionismusvon C. Schmitt).Ce texte a paru pour la premiere
en italienet en allemandsous le pseudonymeU. Fiala (1935).
foissimultanement
4o M. Buber, Die Schriftenfiberdas dialogische Pnnzip, Heidelberg: L.
Schneider.1954. 307 p. : cf. pp. 238-242.
4i Th. Haecker, Was ist der Mensch?, Francfort: Ullstein, 1959, 172 p.,
n° 232 dans la collection« UllsteinBucher» ; cf pp. 62-69. Ce textea paru pour
la premierefois en 1934. Durant de longues annees, Haecker et C.S. furentlies
d'amitie.
42 D. von Hildebrand,Die Menschheitam Scheideweg. - Gesammelte
Abhandlungenund Vortrdge,Regensburg: J. Habbel, 1959,659 p. ; cf. pp. 285294 (Zur Begrenzungdes Staates). Ce texte a paru pour la premierefois en
1929.
43 J.-in. Delos o.p., La Jinproprede la rounque. - Le tsiencommunternporel, pp. 215-235 dans les Actes de la 25e Semaine Sociale de France, Lyon :
Vitte,1933,648 p. ; cf. pp. 217-219.
44 H. ThielickeTheologischeEthik.- Band II, Ted 2 : tthik des Politischen,
Tubingen: Mohr, 1958, XXIII + 787 p. ; cf. pp. 149-164.
45 Cet hebdomadaire fut lance en 1925 par Pediteur bien connu Ernst
franRowohlt(1887-1960) commele pendantallemand des Nouvelles litte'raires
chises. A lire de W. Haas, Die LiterarischeWelt. - Erinnerungen,Munich:
List, 1960,309 p., n° 174-175dans la collection« List Bucher», cf. pp. 162-198.

-

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154

P. TOMMISSEN

de droiteet ecrivainrenomme.Haas £taitd'avis que L&nine(1870-1924),
s'il avait ete encoreen vie, aurait lu et annot£l'ecritde C.S. de la meme
manierequ'il a lu et annotenaguere le chef-d'oeuvre
Vom Kriege (183234) du general prussien Carl von Clausewitz (1780-1831)46,47.Junger
r6digea une lettrepersonnelle,une perle stylistiquesoit dit en passant,
dont le texte integralvient d'etrepublie et d'ou je cite : « Le dSbarras
ces trentepages du bavardage sterilequi envahitl'Europe
qu'effectuent
est tellementirreparablequ'on peut passer a l'ordre du jour. J'ai trop
d'estimepour le motpour ne pas apprecierla precisionparfaite,le sangfroidet la mechancetede votre coup de poignard qui transpercetoute
parure... vous avez r£alis£une inventionmilitairesp6ciale : une mine
qui fait explosion sans fairedu bruit.On voit commepar enchantement
s'Scroulerles ruineset la destructionest deja chose faite avant qu'elle
ne devienneadorable.» 48
En sus, il y a quelques savants que C.S. mentionnelui-memeparce
que leur « participationa beaucoup approfondiet encourage la discussion sur le conceptde politique» (BP6f, p. 185). Je crois qu'il vaut
mieuxles grouperselon leur specialite,puisque C.S. distingueSgalement
des sp6cialistes « auquel il (sc l'ecrit) £taitproprementdestine(BP 6f,
p. 49) :
1) des historiens: C.S. cite Otto Brunner(1898) dont il dit que,
bien qu'il considereLa notiondu politiquecommele termefinal de
la doctrinede la Raison d'Etat,et reprochePaccentuationde l'ennemi
au detrimentde 1'ami, il a n£anmoins« apporte une importante
contribution
historiquek la verificationde mon criteredu politique»
(BP6f, p. 50) 4*;
2) des juristes: C.S. loue avec reconnaissancele pacifistesuisse Hans
Wehberg(1885-1962) pour « deux articlesde droitinternational
qui,
tout en critiquantet en recusantmes id£es, maintiennent
un point
de vue objectifrelativement
au sujet» (BP 6f, p. 49) 50;

46 Berthold
C. Friedl,Les fondements
de la guerreet de la paixen U.R.S.S.,
suividu Cahierde Leninesur Clausewitz,
Paris: Ed. de Atedicis,
1945,205 p. ;
ct. pp. 47-48.
47 W. Haas, Eine neue politischeLehre.in Die Literarische
Welt vol. 8
n<>21, 20 mai 1932,pp. 1-2.
48 Johannes
- WiederGross
, VomFeindundderFeindschaft.
fDerBegriff
des Politischen'
pelesen: Carl Schmitt
Allegemeine
, in Frankfurter
librede ma part.
Zeitung,n° 271,22 nov.1977,p. 23. II s'agitd'unetraduction
49 O. Brunner,Land und Herrschaft.
- Grundfragen
der territorialen
Siidost-Deutschlands
im MittelalterBaden-lez-Vienne
:
Verfassungsgeschichte
1939,II + 512 p. ; cf.p. 11 note4.
Rohrer,
50 Void les references
de ces deuxtextesde Wehberg:
bibliographiques
- Universales
odereuropdisches
Volkerrecht
? - Eine Auseinandersetzang
mit
Carl Schmitt,
in Die Friedenswarte,
vol. 41 n° 4, 1941,pp. 157-166;
- VomJusPublicumEuropaeum,in Die Friedenswarte,
vol. 50 n° 4, 1951,
pp. 305-314.

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SCHMITT ET LA POIJ&MOLOGIE

155

les protestantsFriedrichGogarten(18873) des theologiens,notamment
51
et
Wunsch
Georg
(1887-1964)52et les catholiquesFranziscus
1967)
Strathmanno.p. (1883-1971)53, Werner Schollgen (1893)64 et
WernerBecker (1904) 55 (BP 6f, p. 185) 5« ;
4) des philosophes: Leo Strauss (1899-1973)57 est compteparmi « les
lecteursattentifsde notre etude» (BP 6f, p. 187) 57a;
avec le precite Strauss est cite
5) des politologues: simultan£ment
HelmutKuhn(1899)58 (BP 6f, p. 187).
Le savant annonce incidemment
que JulienFreund « travaille a une
these sur la notionde politique» (BP 6f, p. 185). Ce travail de longue
haleine a paru en 1965 et contientcet aveu significatif
: « J'ai eu deux
k
et
»
savoir
maltres
C.S.
En
ce qui concerne
Aron.
69,
grands
Raymond
la difference
d'optiqueet de dessein entreLa notiondu politiquede C.S.
et U essence du politiquede JulienFreund,il fautsoulignerque le savant
la distinctionami-ennemicomme
allemand a declare qu'il interpretait
un simplecritere,tandis que Freund avait intercatecettememedistinction ami-ennemicomme un des trois presupposes d'une th£oriesyst6et de l'ob&ssance,
matiquedu politique: « la relationdu commandement
la relationdu priveet du public,la relationde l'ami et de l'ennemi» 60.
Le critereschmittienmontre« la possibilitypour une oppositionquel51 Fr. Gogarten, Politische Ethik. - Versuch einer Grundtegung,Jena:
Diederichs.1932. 220 o.
52 Q. Wunsch,EvangelischeEthik des Politischen,Tubingen: Mohr, 1936,
XVI + 668 p.
53 Fr. Strathmanno.p., urn erne cnnstlicheAussenpohtik,in uer tneaenskampfer,vol. 4 n° 5-6, mai-juin1928.
w W. Schollgen,AktuelleMoralprobleme,Dusseldorf: Patmos Verlag, 1955,
473 p.
55 w. Becker,Nochmais zu Lari scnmitts'Begriffaes routiscnetv
, in uer
vol. 5 n° 1, Janvier1929, pp. 1-6. II s'agit d'une replique a
rriedenskdmpfer,
l'adresse du P£re Strathmann,art. cit. (cf. supra note 53).
56 C.S. cite encore son ami Erich Przywara s.J. (1889-1972). II aurait pu
citeregalementle protestantAlfredde Quervain(1896-1968),Die theologischen
Voraussetzungender Politik.- GrundlinieneinerpolitischenTheologie,Berlin:
Furche Verlag, 1931, 188 p. - Pour le th£meproprementdit, cf. Touvrage de
RichardHauser (1903), Autoritdtund Macht. - Die staatlicheAutoritdtin
Ethik und in der katholischenGesellschaftslehre,
der neuen protestantischen
Heidelberg: L. Schneider,1949,431 p.
57 L. Strauss, Commentson Carl Schmitfs'Der Begriffdes Politischen',in
BP 3a pp. 81-105. L'original allemand date de 1932.
57a C.S. e eu raison de ne pas citerJacquesMaritain(1882-1973),qu'il avait
connunagueremais qui a rompua un certainmomentles liens d'amitiS; cf. son
opuscule Le crepusculede la civilisation,Montreal: Ed. de TArbre,21941,95 p.
(surtoutpp. 51-55). Cet opuscule est le texted'une conferenceprononc£ea Paris
le 8 fevrier1939.
58 H. Kuhn,Der Staat. - Eine philosophise
he Darstellung,Munich: Kosel
Verlag 1967,479 p., dernierchapitre.Ce texte a paru pour la premierefois en
1933.
59 I. Freund,op. cit. (cf. supra note 26), p. 6.
w j. Freund,op. cit. (cf. supra note 26), p. 94.

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156

P. TOMMISSEN

conque d'evoluer vers un conflitextrememettantaux prises des ennemis » (BP 6f, p. 23), tandis que les presupposes de Freund sont « des
de comprendrece qui fait que la politique
conceptsqui nous permettent
ce
est la politique, ce qui fait qu'elle est toujours et n£cessairement
qu'elle est et non autre chose » 61. Bien entendu,ces deux perspectives,
au contraireelles
ces deux approches ne s'excluentpas mutuellement,
se completenta merveilleet prouventla fecondited'une distinction61ementaire,simple et originale a la fois.
2. L'£re des neutralisations et des depolitisations
C.S. a qualifieLa notiondu politiquede tentativedidactique(BP 6f,
p. 49), touten specifiantque son seul but futl'echafaudaged' « un cadre
theoriquea un problemenon delimitable» (BP6f, p. 155, mais aussi
p. 49). Plusieurs de ses publicationsulterieurestraitentde sujets divers
mais elles se rapportentde Tune ou de Pautre fagon au grand th&me
de 192762. II va de soi que ce Leitmotivest egalementpresentdans le
livre sur le nomos de la terre(sc supra note 13). Quoi qu'il en soit,
T6ditionde La notion du politique de 1932 est enrichied'un discours
importantde 1929 et l'6ditionde 1963 apporte encore trois corollaires,
encore que la presence du troisiemesurprennequelque peu. Dans sa
prefacede 1963,le savant effleureTapparitionde phenomenesnouveaux
qui bouleversentde fond en comble « les distinctionsclassiques entre
guerre,paix et neutralityentrepolitiqueet economie,militaireset civils,
combattantset non-combattants
» (BP 6f, p. 55). Dans ces cas - par
la
la
et
froide
guerredes partisans- il n'y a que la
exemple, guerre
distinctionentreami et ennemiqui survit.C.S. a consacre un ouvrage
special a la figuredu partisan; il fera robjet du chapitresuivant(cf
infra 1.3.). Mais comme le discours susmentionnede 1929 nous initie
au probtemesous-jacent du « contrasteentre l'usage officiel,qui s'en
tient aux concepts classiques, et la realite effectivedes buts et des
m&hodes de la revolutionmondiale» (BP 6f, p. 53) et qu'il sert en
quelque sorte de transitionentreLa notion du politique de 1927 et la
Theorie du partisan de 1963, force nous est d'y consacrer quelques
paragraphes.
Dans ce fameuxdiscours,C.S. introduitla notionde Zentralgebiet
(= domaine central),une espece de plate-formepermettantdes speculations et des actions sans heurts violents aussi longtempsque le
consensus tacite n'est pas mis en discussion et que son remplacement
61 J. Freund,op. cit. (cf. supra note 26), p. 84.
62 Ainsi Mercadantequalifie Staat, Bewegung, Volk. - Die Dreigliederung
der politischenEinheit,Hambourg: Hanseatische Verlagsanstalt,1933, 46 p.,
n° 1 dans la collection« Der deutscheStaat der Gegenwart», de « texteindissoluble de 'La Notion de politique'» (op. cit., cf. supra note 14, p. 70 note 7).
Pour autant que je puisse en juger, Tecrit Ueber die drei Arten des rechtswissenschaftlichenDenkens, Hambourg: Hanseatische Verlagsanstalt, 1934,
67 p.; dans la collection« Schriftender Akademie fur Deutsches Recht», doit
etre egalementlu dans la perspectivede l'ecritsur La notiondu politique.

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SCHMITT ET LA POLftVlOLOGIE

157

ne devientinevitable(BP6f, pp. 135-136). Selon le savant, Thistoire
sont exclues k la fagon
europeenne- les civilisationsnon-europeennes
de VilfredoPareto (1848-1923)63 - aurait connu pendant les quatre
siecles derniersquatre domaines centraux,successivementdominespar
la metaphysique,la morale humanitaireet Teconomiepolila the"ologie,
tique (BP6f, p. 135). Toutefois,cet ordrede successionne doit pas etre
confonduavec un essai de classificationet il ne camouflepas non plus
un jugementde valeur en termesde progres ou de decadence (BP6f,
p. 136). La seule chose qui compteest le fait que « ces quatre siecles
d'histoireeurop6enneont vu, de facon repetee,une releve des Elites
dirigeantesentralnantle changementdes convictionset des arguments
de leur
tenuspour Svidents,celui de leurs centresd'interetsintellectuels,
principed'action, du secret de leurs succes politiques,et modifiantla
dispositiondes masses a se laisser impressionnerpar des suggestions
determines» (BP6f, pp. 136-137)64. C'est dire qu'on a successivement
promuDieu (cujus regio ejttsreligio),la nation(cujus regio ejus natio),
reconomique(cujus regio ejus oeconomia) au rang d'instancesupreme
(BP 6f, p. 143). Toute une cascade de neutralisationset de d£politisations allait de pair avec cette evolution(BP6f, p. 144).
Cette cascade a atteintson apogee le jour ou la supr£matiede
l'economiquedevenaitvisible, c'est-&-direpeu apres la PremiereRevolution industrielleet la victoireanglaise sur Napoleon Ier (1769-1821)
(BP 6f, p. 73). C.S. renvoieexpressis verbis au catalogue des neutralisations et des depolitisationsque nous devons a Benjamin Constant
(1767-1830). Dans son traits De I'esprit de conquete (1814), « ce chef
de file de tout le mouvementintellectuelliberal du xixc si&cle» (BP 6f,
realise*
p. 123) tire la conclusionsuivantedu degre de perfectionnement
en matiered'armements
: « La guerrea done perdu son charme,comme
ni
son utility.L'hommen'est plus entrain^a s'y livrer,ni par int£ret,
par passion » 65. Une ere nouvelle s'annonga: « Nous sommes arrives
a l^poque du commerce,6poque qui doit necessairementremplacercelle
de la guerre,comme celle de la guerre a du n^cessairementla pr6ceder» 66. Rien d'anormaldes lors k ce que les liberaux se soient hardimentefforc^sd'amalgamerTEtat et la societe, de remplacerla lutte
armee par la concurrenceeconomiqueet de substituerla discussion a
«3 V. Pareto, Traite de sociologie generate Geneve/Paris: Droz, 31968,
XXIX + 1818 p., tome 12 des «Oeuvres completesde Pareto » ; cf. p. 1308
par. 2065 : « Afin de diminuerencore les difficultes,nous bornerons notre
expose aux peuples de TEurope et du bassin de la Mediterran^e,en Asie et en
Afrique.» Cf. Fobjection contre Lapierre, supra note 28, et que Heinrich
Wohlgemuthaffirmedans sa thesede doctoratDas Wesen des Politischenin der
Staatslehre(Emmendingen: Dolter Nachf.,
heutigendeutschenneoromantischen
1933,XI + 235 p.) que « Surtoutl'influencede Spengler et de Pareto sur C.S.
cst evidente» (p. 83 note 22).
64 L'influencede Pareto se faitde nouveau sentir.A noterque le sociologue
italo-suisseest cite par C.S. : BP 6f p. 198, note 3.
05 B. Constant,De I'espritde conquete,Neuchatel: Ides et Calendes, 1945,
131 p. ; cf. p. 29.
°e b. Constant,op. cit. (ct. supra note do;, p. ^4.

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158

P. TOMMISSEN

la confrontation
ouverte sur le plan des ictees (BP 6f, p. 119). Mais
bientotune nouvelle antithesebinaire lourde de consequencesconflictuelles allait troublercette atmosphereidyllique: Karl Marx (18181883) langa Tidee d'une lutte des classes sans merci (BP6f, p. 122).
On aurait grand tortde croireque l'optimismede Constantet/oule defi
marxienequivaudraienta la primautede l'economique: « II serait plus
juste de dire que ce (sc notre)destin demeurepolitique commedevant
et qu'il s'est simplementproduit ceci que reconomie est devenue un
phenomenepolitique,et partant,destin» (BP 6f, p. 127).
La foi aveugle dans la scienceconsid£reea la longue commeredemptrice,a joue le role de levain dans revolutionesquissee ci-dessus, car
elle a engendrSl'illusion du salut par la techniquedechalnee (BP6f,
p. 146). Ce ph^nomenerepose tant sur la nostalgie occidentale d'une
plate-formeneutreque sur la convictionque la techniqueest le domaine
neutrepar excellence (BP 6f, p. 146). Heias, il s'agit d'une illusion
et qu'une
optique puisque « La techniquen'est jamais qu'un instrument
arme,et du fait m£mequ'elle est au service de chacun,elle ne saurait
etre neutre» (BP 6f, p. 147). Vollk ce qui explique la non-realisation
de certains reves, y compris celui d' « un ordre social dirig6 par des
techniciens
» (BP 6f, p. 148). La techniquen'etantdone pas un terrain
neutre,les plus fortsvont s'en emparerau detrimentdes plus faibles
(BP6f, p. 152). Autrementdit, C.S. constate in temporenon suspecto
la faiilited'une eschatologiefallacieuseet la findu « processus de neutralisationprogressivedes diversdomainesde la vie culturelle» (BP 6f,
p. 152). Deux exemples amers lui serventd'illustration:
-

« Les inventionstechniques d'aujourd'hui sont l'instrumentd'une
extraordinairedominationsur les masses » (BP 6f, p. 149) ;
« ... nous savons aujourd'hui que e'est toujours au nom de la paix
qu'est men£ela guerre la plus effroyable,que l'oppressionla plus
terribles'exerce au nom de la libertyet l'inhumanitela plus atroce
au nom de l'humanite» (BP6f, pp. 152-153).

La clairvoyancede C.S. en d£nongantdes 1929 le caractereengage de
la techniquemodernevient d'etre confirmeede fagon inquietantepar
Martin Heidegger (1889-1976) dans l'interviewqu'il accorda en 1966 a
l'hebdomadaireDer Spiegel, sous conditionde n'en faire etat qu'apres
sa mort.On y lit que la techniquea realise le deracinementtotal de
l'hommeet que ni l'art ni la philosophicni le poete ne montrentles
bien que
cheminspour sortirde l'impasse67.Non moinssymptomatiques
moins pessimistesme semblentetre les theoriescontroverseesdu Canadien Marshall McLuhan (1911)<*.
67 M. Heidegger,Reponses et questionssur Vhistoireet la politiquefParis :
Mercurede France, 1977, 82 p. ; cf. pp. 74-75.
68 M. McLuhan,Pour comprendreles media. - Les prolongementstechnologiques de I'homme,Paris : Ed. du Seuil, 21977,409 p., n° 83 dans la collection
« Points».

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SCHMITTET LA P0L&M0LOGIE
3.

159

THfeORIEDU PARTISAN

3.1. Un essai d'encadrementda problemeetudie.
Joseph Slabey Roucek (1902) a parfaitementraison : « Nous
sommesentrSsdans Vive de la guerre de partisans, une des caracteristiquesles plus frappantesde notre monde en rapide Evolution» 6*.
Ce phSnomenepritpour la premierefois des proportionss£rieusesapres
la bataille de Saragosse (1809), lorsqueles partidos(= partisans)comme
la guerrilla(= petite guerre)
ils s'appelerenteux-memes,pratiqu£rent
contreles armies de JosephBonaparte (1768-1844) et les afrancesados
(= les collaborateursde l'epoque)70. Cette manierede faire la guerre
est devenuerapidementpopulaireapr£sla DeuxiemeGuerremondiale71;
elle a 6te*perfectionnee,systematise et codifiee par des theoriciens
commeMao Tse"-toung(1893-1976)72, Vo Nguyen Giap (1912)73,
Ernesto Che Guevara (1928-1967)74, Abdul Haris Nasution (1918) 75,Lin Piao (1907-1971)™et autres,et elle a et£exercfeavec grand
succes par des strategesdepuis le colonel grec Georgio Grivas (1898). Afinde se rendre
1974)77 jusqu'au gin^ral Tran Van Tra (1918comptede Timportancede cette nouvelle metamorphosede la guerre,
rappelons-nousque, selon Plutarque(46-120), les Tartares furentobliges
de graver leur nom dans leurs flechespour que Pennemisache le nom
de son vainqueur; c'est ainsi que Philippe II roi de Mace"doine(368-336
a.C.) s'est apergu un beau jour qu'un certain Aster Tavait bless6 au
69 J.S. Roucek,GuerrillaWarfareand Counterinsurgency
in Global Politics,
in Sociologia internationalis,vol. 10 n° 2, 1972,pp. 213-228; cf. p. 227.
70 II y a eu, pourtant,des precedents,e.a. les brigands flamandscontreles
sans-culottesfrangais(1798) et les actions d'Andreas Hofer (1767-1810),Joseph
Speckbacher(1767-1820) au Tirol contreles armees napoleonniennes(1809). A
consulterl'<§tudede Walter Laqueur, The Origins of Guerrilla Doctrine, in
Journalof Contemporary
History,vol. 10 n° 3, juillet 1975, pp. 341-382.
71 Immediatement
apres la revolutiond'octobre 1917, le proc&ie a 6t6 enviMikhael Frunze (1885-1925).
sage et mis au pointpar le strategeanti-trotzkyste
A consulterpp. 10-18 et l'etude de Sergei Kamenev (1881-1936) pp. 72-84 in
Die Rote Armee.- Ein Sammelbuch,Hambourg: Carl Hoym,1923,IV 4- 134 p.
Pendant la Deuxieme Guerre mondiale,des resistantsont oper£ en partisans
dans les pays occupes par les Allemands.
?2 Mao Tse-toung,La guerre revolutionnaire,
Paris : U.G.E., 1962, 186 p.
73 Vo Nguyen Giap, Guerre du
peuple, armee du peuple, Paris : Maspero,
1972, 190 p., n° 14 dans la « Petite collectionMaspero ».
74 Sur les conceptionsde ce doctrinaireet activiste a la fois, cf. l'Stude
fouille"e
de Leopoldo Decamili,Hombre y sociedad en Ernesto Che Guevara, in
nationalis,vol. 9 n° 1 et n° 2, 1971, pp. 33-69 et 129-165.
Sociologia inter
75 A.H. Nasution tundamentals of uuerilla Warfare,Londres: Pall Mall
Press, 1965,324 p.
7« Lin Piao, Vive la victorieuseguerre du peuple, Pekin : Ed. en langues
etrangeres,31967,72 p.
77 G Grivas General Grivas on Guerrilla Warfare,New York : Praeger,
1965, 109 p.

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P. TOMMISSEN

160

combat78. L'anecdote est fort utile puisqu'elle nous permetde mieux
mesurerla distancehistoriqueque nous avons parcouruepour etre confrontedde nos jours avec un styleautre: la guerreclandestineincarnee
dans le partisan anonymeou - dernierchalnon - le terroristeinternational. Cette evolutiona d6j& fait couler beaucoup d'encre mais la
literature disponible est en general par trop descriptive: inventaires
des faits79,discussions du pour et du contre,Evaluationsdes theories
strategiques,elaborationde mesuresde riposte.Quant k C.S., j'estime
qu'il a deplace le centrede gravityde la recherchevers un plan superieuret, en agissant de la sorte,il a depasse memele stade atteintpar
a l'intentionde
Rolf Schroers (1933)*°. En effet,contrairement
tantd'auteurshautementqualifies,il veut penetrerau coeurdu probleme.
En vue d'une evaluation correcte,voici d'abord la liste de ses publications ad hoc :
TP 1 1962

TP 2

1963

Teorias modernassobre el partisano
in : Defensa Nacional. - Publicaciones de la Catedra 'General
Palafox' de Cultura militarde la Universidadde Zaragoza,
vol. 3, 1962, 422 p. ; cf. pp. 327-359,
- il n'existe pas de traductionde ce texte,mais son contenu
est incorporein TP 2.
Theoriedes Partisanen.- Zwischenbemerkung
zum Begriffdes
Politischen
Berlin: Duncker& Humblot,1963,96 p.,
- contientl'essentielde TP 1 (cf. p. 7),
- il y a une decidace : « A Ernst Forsthoffpour son 60 anniversaire, 13 septembre1962 » (p. 5),
- cette editiona ete traduiteen 81 :
a) TP 2s = espagnol par la fille unique du savant Anima
Schmittde Otero (1931) sous le titre Teoria del
partisano.- Acotacion de lo politico,Madrid : Instituto
de Estudios politicos,1966, 131 p.,
b) TP 2i = frangaispar Marie-Louise Steinhausersous le
titre Theorie du partisan. - Note incidenterelativeau
conceptde politique,pp. 211-326 dans un livre contenant
deux textes traduitsde C.S. sous le titreLa notion de
politique / Theorie du partisan, Paris : Calmann-Levy,
1972, 331 p., dans la collection« Libertyde l'Esprit»,

78 de Montesquieu (1689-1755), Oeuvres completes (ed.
Roger Caillois),
Paris : Gallimard,1951 tome 2 = 1809 p. ; cf. p. 453 (dans le chapitre24 du
livre 12 du celebreDe Vespritdes lois de 1748).
79 Le meilleurouvrage a ce sujet est celui de W.
Laqueur, Guerrilla..4 Historical and Critical Study, Londres: Weidenfeldsand Nicolson, 1977,
XIII + 462 p.
so R. Schroers,Der Partisan. - Ein
Beitrag zur politischenAnthropologie,
Cologne : Kiepenheuer& Witsch,1961,344 p.
81 A signaler qii'une traduction
americaine,due a JonDavid Moulton(1934), auteur d'une these sur C.S., est annonceepour 1979.

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ET LA POLfeMOLOGIE
SCHMITT

161

c) TP 2p == portugaispar ClarisseTavares sous le titre

TP 3

1967

TP 4

1970

TP 5 1975

Teoria da Guerrilha.- Observagoespara esclarecimento
politico,Lisbonne: Arcadia, 1975, 173 p.
Clausewitzals politischerDenker.- Bemerkungenund Hinweise
in : Der Staat, vol. 6 n° 4, 1967, pp. 479-502
- il existe une traductionincompleteanonyme en espagnol
sous le titreTP 3a = Clausewitz como pensador politico o
el honor de Prusia,
in : Revista de Estadios politicos,n° 163, 1969, pp. 5-30 (y
comprispp. 27-30 des resumesen frangaiset en anglais).
Gesprdch iiber den Partisanen (Carl Schmitt und Joachim
Schickel,1969)
Partisanen.- Theorieund Praxis (ed. Joachim
in : Guerrilleros,
Munich
: Carl Hanser, 1970, 22 p., n° 42 dans la
Schickel),
collection « Reihe Hanser » ; cf. pp. 9-29 et les notes pp.
207-208.
zum Begriffdes
Theoriedes Partisanen.- Zwischenbemerkung
Politischen
Berlin: Duncker <& Humblot,1975, 96 p.,
- il s'agit d'une reeditioninchangeede TP 2.

Jusqu'& present, il n'y a eu que peu de discussions a propos de la
theorie schmittienne. En voici les r6f£rencesbibliographiques les plus

interessantes:

a TP 2
a) se rapportantexclusivement
TP/c 1 1963 Victor Leemans (1901-1971),De veranderendemaatschappij
en de welvaart
in : Tijdschriftvoor filosofie,vol. 25 n° 4, dec. 1963,pp. 779817 ; cf. pp. 808-810.
TP/a

2

1964

TP/a

3

1965

TP/a

4

1965

TP/a

5 1965

TP/a

6

1966

TP/a

7

1967

JohannesGross (1932), Theorie des Partisanen,
in : Deutsche Zeitung,n° 74 du 28-29-30-31mars 1964,p. 32.
Hasso Hofmann (1934), Feindschaft.- Grundbegriff
des Politischen?
in : Zeitschrift
furPolitik,vol. 12 n°l, fevr.1965, pp. 17-39.
JurgenFijalkowski,Das politischeProblem der Feindschaft
vol. 6 n° 1, mars 1965,
in : Polilische Vierteljahrsschrift,
pp. 105-111; traiteegalementde BP 6.
Leo Picard (1888), Ondergrondseen verzet
in : De Standaard der letteren,du 17 juillet 1965, p. 1.
Hans Ulrich Scupin (1903), recensionde TP 2
in : Der Staat, vol 5 n° 2, 1966, pp. 245-250.
Helmut Ridder (1919), SchmittianaII. - Die FreundFeind-Doktrin,der Begriffdes Politischen,Theorie des Partisanen
in : Neue politischeLiteratur,vol. 12 n° 2, 1967, pp. 137145 ; cf. pp. 142-145.
11

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162

P. TOMMISSEN

TP/a

8

1968

TP/a

9

1969

TP/a 10 1972

TP/a 11 1973

TP/a 12 1976

Piet Tommissen (1925), Ueber Carl SchmittsTheorie
des Partisanen
in : op. cit. (cf. supra note 21), pp. 709-725.
Herv<§Savon, Uennemiabsolu
in : Guerres et paix, vol. 4 n° 2, 1969, pp. 76-79.
Pierre Avril (1930), recensionde TP 2f
in : Contrepoint,n° 7-8, aofit-nov.1972, pp. 283-287; traite
6galementde BP 6f.
Jean-ReneTreanton(1925), recensionde TP 2f et d'un
livrede J. Freund
in : Revue francaisede sociologie, vol. 14 n° 3, juillet-sept.
1973, pp. 420-423; cf. pp. 421-423.
RaymondAron, Penser la guerre,Clausewitz. - II. L'dge
planetaire
Paris : Gallimard, 1976, 365 p., dans la « Bibliothfcque
des
sciences humaines» ; cf. pp. 210-222 (4. Carl Schmittet
la figuredu partisan)

a TP 4
b) se rapportantexclusivement
1
1971
JulienFreund,recensionde TP 4
TP/b
in : Der Staat, vol. 10 n° 3, 1971, pp. 412-415.
a TP 2 et TP 4
c) se rapportantsimultanement
TP/c 1 1973 Piet Tommissen,De guerillatheorievan Carl Schmitt
in : Recht in beweging.- Opstellenaangeboden aan Prof.
Mr. Ridder Rene Victor,Deurne/Anvers
: Kluwer,1973,
2 tomes = XLII + 1377 p. ; cf. pp. 1021-1032.

3.2. La quintessencedu raisonnementschmittien.
C.S. a fait en mars 1962 aux universitesde Pampeluneet Saragosse
- « en Espagne franquiste» pour citer Jean-WilliamLapierre82 une conferencedont le textea 6t6 presque immidiatement
publi6(TP 1)
et de laquelle est issu le petitlivre TP 2. Le savant a eu soin de soulignerqu'il ne s'agit pas d'un corollaire,mais d'« un travailindependant
dont le sujet rejointin6vitablement
le probtemede la discrimination
de
I'ami et de Pennemi» (BP6f, p. 211). Comme le sous-titreparle de
note incidente,il y a lieu de pr6ciserque ce travail garde tous les
avantages et tous les d£fautsd'une esquisse. En outre, le lecteurest
pri£ de prendreen considerationque le savant delimitela notion de
partisan.En effet,on parle aussi bien de partisandans un sens figure,

82 J.-W.Lapierre,
op. cit (cf. supra note 5), p. 278. Cette precisionest un
autre exemplede la prevention
de l'auteurvis-a-visde C.S. (cf. supra note 28).

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SCHMITTET LA P0U&M0LOGIE

163

c'est-a-direde pretres83 ou de penseursengages 84. Or, C.S. ecarte cet
usage metaphorique(BP6f, p. 228) comme i-1ecarte aussi le resistant
illegal qui s'appelle en allemand egalement Partisan (BP6f, p. 316
note 13) 85. II definitla guerrede partisans commeune techniqueguerrtere« Telle qu'elle s'est d6velopp6e,tout d'abord au cours de la guerre
sino-japonaise depuis 1932, puis dans la Seconde Guerre mondiale et
enfin,apr£s 1945, en Indochineet dans d'autres pays » (BP 6f, p. 55).
Dans cetteguerres'amalgamentpour ainsi dire deux formesd'hostilite
divergenteset memeopposes : « d'une part une resistanceautochtone,
de nature defensive,que la population d'un pays oppose k Tinvasion
etrangere,et, d'autrepart,le soutienet le teieguidagede cetteresistance
par des tiers int6ress6s,des puissances degression jouant au plan
mondial» (BP 6f, p. 55).
Avant d'examinerles faits,le savant isole quatre criteresde nature
de distinguerun partisan d'un soldat regulier(BP 6f,
k nous permettre
pp. 223-231 et TP4, pp. 11-29). Ce sont plutot des traits dont l'entrelacementest tellementfortque C.S. a pu declarer dans son entrevue
avec le maoTsteallemand JoachimSchickel (1924) que : « II m'est
apparu clairementau cours de cetteconversationque ces quatre entires
- rirrggularite,
la mobility^engagementpolitique et le caractere telque la premieredivision et
lurique- sont k tel point interdependants
distinction6tait exacte » (TP 4, p. 19) 8687.Voici ces entires:
83 Des exempleschez NorbertMartin,Ideologic und Mythosdes Partisanen,
in Zeitschrift
furPolitik,vol. 16 n° 3, sept. 1969, pp. 365-373.
84 C.S. lui-m£mea design^ trois penseurscommedes « partisansde PEsprit
universel» :
a) Lorenz von Stein (1815-1890) dans son etude Die Stellung Lorenz von
in Schmollers Jahrbuchfur
Steins in der Geschichte des 19. Jahrhunderts,
im Deutschcn Reiche, vol. 64
Gesetzaebung, Verwaltungund Volkswirtschaft
n° 6. 1940,pp. 641-646; cf. p. 64 ;
b) Bruno Bauer (1809-1882) dans un discours prononc£en 1944 a Madrid
et qui figuredans son recueil d'etudes Donoso Cortes in gesamteuropdischer
Sicht, Cologne : GrevenVerlag, 1950, 114 p. ; cf. p. 100 ;
c) Jean-JacquesRousseau (1712-1778) dans son articleDem wahrenJohann
Jakob Rousseau, in lurcher Woche, vol. 14 n° 26, du 29 juin 1962, p. 1 ; cet
articlea provoquela hargnede Hans Felix Pfenninger(1886), Carl Schmitt
und der 'Partisan*Rousseau, in Neue ZurcherZeitunq,du 27 juillet 1962, p. 5 ;
contrePfenningera 6t£ripostepar Hans Fleig, Erwiderungan den 'SchweizerischenBeobachter',in Neutralist, vol. 6 n° 2, fevr.1968, pp. 6-10.
85 Pour cette raison, C.S. ne mentionneni la guerre des Boers en Afrique
du Sud (1899-1902)ni les raids de David HerbertLawrence (1885-1930)en Asie
la resistancedes Ethiopienscontreles
mineure.Mais il cite occasionnellement
Italiens (1935-36), restee infructueuse« pour avoir tente de mener une guerre
de troupesregulteresau lieu d'une guerrede partisans> (BP 6f p. 319 note 23).
86 II s'agit d'une libre traductionde ma part.
8? Voici ropinion de RaymondAron, IP/a 12 p. 211 : « Ur il saute aux
yeux que les deux premierstraitssont le plus souventlies, sinon indissociables,
alors qu'ils n'appellentpas les deux derniers.Bien plus, l'engagementpolitique,
bien loin d'expliquerle caractfcre
tellurique,tend plutota l'exciure.Ou encore,
selon
Tengagementpolitiquerevetune significationdifferente
plus precisement,
que l'irregulierest ou non encoreenracinedans la glebe ». Cf. infranote 92.

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164

P. TOMMISSEN

des actionseffectuees
1) l'el&nentjuridique= l'irrggularite*
par le parest reperableparce qu'il
tisan88.- Tandis qu'un soldat re*gulier
et qu'il lui est officiellement
portel'uniforme
permisd'etrearme,le
de tousles jours et 11camoufle
partisancombatdans ses v§tements
tantbienque mal ses armeset les outilsde sabotage: « son irregulariteest sa marquedSpose'e
» ™;
=
Fil&nent
la
mobility
du partisan.- Bienque dependant
2)
pratique
d'unebase, le partisanfaitpartied'un petitgroupe,d'une cellule,
calculeses chances
attaqueau moment
qu'iljuge le plusavantageux,
de pouvoirs'end'e"vasion
et de survie; Mao a dit: « La possibility
fondamentale
du partisan» 90;
fuir,voila la caract6ristique
du
3) Pe*le"ment
id^ologique= Tengagement
politiquesans restrictions
le partisanest un volontaire,
partisan.- En principe,
quelqu'unqui
est convaincude la n^cessite*
d'agir pour une cause sainte; C.S.
exclutde son
de
critere
ce
souligneTimportance
et,par consequent,
avides de butinou de beneficespersonnels
analyseles mercenaires
ainsi que les unite'sditespara-militaires
(BP 6f, p. 226) ;
4) l'e'le'ment
tactique= la conditiontelluriquedu partisan.- Aussi
le partisanreslongtemps
qu'il y aura des guerresanticolonialistes,
tera « un typespecifiquement
terrien
» (BP 6f, p. 230) ; c'est pour
se rapportant
ante*rieure
cetteraisonque C.S. rectifie
uneaffirmation
re capitaliste(BP 6f,
aux corsaireset aux flibustiers
du d^butde Pe*
p. 240)91.
Quatreremarquespeuventeclairerla penseedu savant:
6tudietr^sau s6rieuxet s'^tonneque Raymond
1) il prendle phenom^ne
Aronait pu de"fendre
une positiondiff6rente
(TP4, p. 19)92;
d'uneevolution
rapidedes chosessous
2) touten acceptantI'eventualit6
l'influence
du progrestechniquetentaculaire
(BP 6f, p. 230), il se
demandait
de 1963seraientencored'acdej& en 1969si les criteres
tualite(TP4, p. 10)9*;
88 Irregularityet non illegality: la nuance est importanteen l'occurence.
89 Edgar McPherson Howell, Guerrilla Warfare,in Encyclopaedia Britannica, ed. 1964,tome 10, pp. 996-1000; cf. p. 996. 11s'agit d'une libre traduction
de ma part.
w>Cite d'apres Peter Paret (1924),
) et JohnWillard Shy (1931Guerrillasin the 1960% New York : Praeger, 21962, IX 4 98 p. ; cf. p. 14. Ce
livre est dedie au celebre specialiste militaireanglais Basil HenryLiddell Hart
(1895-1970). II s'agit d'une libre traductionde ma part.
91 Cf. C.S., op. cit. (cf. supra note 13), p. 145.
92 R. Aron,Paix et guerre entreles nations,Paris : Calmann-Levy,31962,
794 p. ; cf. p. 556 : « Les Etats industries et les regimes liberaux doivent
employerles armees regulieres,les pays sous-developpeset les partis revolutionnairesrecourentspontanementau terrorismeou a la guerilla». Le meme
scepticismequant a l'avenir de la guerre de partisans est exprime par Fritz
Rene Allemann(1910), Macht und Ohnmachtder Guerrilla,Munich: Piper
Verlag, 1974, 532 p.
°s II est dommagequ'Aronn'ait pas tenucomptede TP 4 ; cf. supra note87.

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SCHMITTET LA POLfeMOLOGIE

165

3) il declare ne pas etre H6 k ses quatre criteres(TP4, p. 20) et'surtout p. 28) ;
ont £teproposes pour cernerdavantage
4) des crit&ressupplementaires
la figuredu partisanw, mais il ne les a pas retenus(TP 4, p. 11).
Puis, C.S. decritles grandes Stapes qui ont conduitfinalementa la
95:
guerre de partisans contemporaine
1) Texperienceespagnole, improviseeet presque exclusivementexScutee
par des analphabfetes
(BP 6f, pp. 215-216), a produiten Prusse une
th6orie(BP6f, p. 254) qui s'est cristallisSe dans deux documents
de premierordre,un memoiredu marSchalNeidhardtvon Gneisenau
III
(1760-1831) d'aout 1811 et destine au roi Friedrich-Wilhelm
95
du
et
livre
de
Vom
ClauseKriege
quelques chapitres
(1777-1840)
witz ; mis a part TSdit invraisemblablede mars 1813 - trois mois
plus tard humanise et rests lettremorte (BP 6 f, pp. 254-255) ;
1etat-major prussien et son successeur, FGtat-majorallemand, se
sont months par la suite allergiquesk la guerilla et k sa repression
(BP 6f, pp. 245-246)w ;
2) Tutilitepratique du discours de Clausewitz a St6 saisie par L6nine
(BP6f, pp. 260-265)98 et, durant la Deuxieme Guerre mondiale,
appliquee par Staline (1879-1953) (BP6f, p. 267) et par Josip Broz
dit Tito (1892) ;
Mao
Ts6-toung s^tait dej& distinguecomme un stra3) entre-temps,
; ses conceptionssur la violence {« Avec le
tege post-clausewitzien
fusil,on peut tout obtenir») et sur la paix (« ... Mais on ne peut
»4 J'ai propose,par exemple,Tattitudespeciale face au mal physiqueet face
a la mort(TP/a 8 p. 714).
ss je ne suis pas rigoureusement
le plan de l'auteur et j'exclus le chapitre
techniquesur la situationdu point de vue de droit internationalpublic (BP 6f
pp. 231-244),ce qui ne veut pas dire que je sousestimecet aspect .
96 Hans G. Helms (1932) D& Ideologic der anonymenGesellschaft.SelbstbewusstMax Stirners'Einzigef und der Fortschrittdes demokratischen
seins vom Vormdrzbis zur Bundesrepublik,Cologne : Du Mont Schauberg,
1966,III 4- 619 p. ; cf. p. 30 note59 : « ... Les idees de Gneisenau,apparemment
ignorees des theoriciensde la guerilla et seulementcomprises par Friedrich
Engels, depassent parfois dans leurs consequences politico-organisationnelles
- _ - de loin ce que Mao avance dans ses ecritstheoriques». II s'agit d'une
libre traductionde ma part.
97 C.S. attribuecette indifference
manifestoet 6tonnantea la fois au culte
dontNapoleon I«rfutl'objet en Prusse. FriedrichHegel (1770-1831)ne s'indigna
pas de la defaitede Iena (1806), Ludwig von Beethoven(1770-1827)dedia originairementsa TroisiemeSymphoniea l'Empereur,Goethe fitencore une ode a
rimperatricependantles operationspenibles en directionde Moscou (1812), il
y en a qui pensent que l'lmmortelqu'evoque FriedrichHolderlin (1770-1843)
dans son ode Der Friede aurait et£le PremierConsul. Ni le drameDie Hermanschlacht(1809) de Heinrichvon Kleist (1777-1811)ni les Reden an die Deutsche
Nation (1808) du militantJohannGottliebFichte (1762-1814) n'ont pu Sbranler
l'attractionqu'exerga l'Empereursur Intelligentsia prussienne(cf. TP 3).
98 Cf supra note46.

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166

P. TOMMISSEN

abolir la guerreque par la guerre») " sont devenuesd£terminantes
pour la fagon de penser et d'agir de millions d'gtres humains en
Asie et en Afrique(BP6f, pp. 268-271) : le g6ne*ralfrangaisRaoul
Salan (1899), lecteurassidu de Clausewitz,l'a eprouvek deux
reprises,d'abord en Indochine(Dien-Bien-Phu,1954), plus tard en
Alg6rie(1961) (BP6f, pp. 275-280)10°.
La dernierepartie de l'ecritsur le partisan traitede quatre aspects
du grand theme(BP6f, pp. 280-295) et culminedans
interdSpendants
quelques conclusions (BP6f, pp. 295-311). Un paragraphe important
s'occupe du tiers interessi (BP6f, p. 290). En effet,ce tiers int£ress6,
qui ne se contentepas de fournirdes armes, de l'argentet des vivres,
procure aussi la 16gitimit6indispensable aux partisans et leur evite
d'Stre trait6s un jour comme des criminelsde droit commun: « Les
repercussionssont celles d'une amiti6politiqueet constituentune sorte
de reconnaissancepolitiquememes'il n'y a pas reconnaissancepublique
» (BP 6f,
et formellecommepartiebellig6ranteou commegouvernement
du partisans'accentue,
p. 307). Au furet a mesureque la modernisation
il devientde plus en plus tributairedu tiers intSresse,dont le pouvoir
acquiert ainsi des « proportionsplanStaires» (BP 6f, p. 290). Cette
dimensionplan^taireetant conditionn£e
par le progres technique,il ne
faut pas etre un lecteurde romansd'anticipationpour s'imaginerdans
un avenir plus ou moins proche Interventionde cosmopirateset peutetre meme de cosmopartisans(BP 6f, p. 295). C.S. pr6voit,sans doute,
de nouvelles formesd'hostilit6,car « l'arme supraconventionnelle
sup» (BP 6f, p. 309) 101.Celui qui utilise
pose Thommesupraconventionnel
cette arme contreses concitoyensest force*de detruiremoralementle
camp adverse,sous peine d'etre lui-mememis hors la loi : « La logique
99 Mao Ts£-toung,Ecrits choisis en trois volumes,Paris : Maspera 1973,
tome 3 = 189 p., n° 4 dans la « Petite CollectionMaspero » ; cf. p. o7. Ces
citationsdatentde 1938.
ioo a) J'exclus ici FexposS que C.S. consacre au sort de Salan (BP 6f
pp. 275-280).
de traiterde la meme
b) Certainsauteursont contestele procede schmittien
commela reactionprussiennecontreNaposi diff^rents
fagon des 6v£nements
leon et l'action du general Salan. Mais IngeborgMaus est au contraired'avis
qu'il n'a pas touta faittort: BiirgerlicheRechtstheorieund Faschismus.- Zur
sozialen Funktionund aktuellenWirkungder Theorie Carl Schmitts,Munich:
WilhelmFunk. 1976, 195 p. : cf. p. 86 note 14.
ioi a) Cetteidee a ete miseen doute par Scupin : TP/a 6 p. 248.
) pretendque Tescalade du danger d'aneantisb) HenningJade (1948sementpar le biais d'armes de plus en plus sophistiqueesne provoquenullement
un changementqualitatifde l'hommeet/oude sa conduite; il cite le cas 6ventuel
de Tintoxicationde l'eau d'une yille modernea l'aide de bact^ries. A lire son
Felnd. - Ueber eine Kategorie des politischen
etude Vom unentbehrlichen
Ueberlebens,pp. 78-93 dans le recueilFriedensforschung-Kriegsforschung.
Bereiten wir den falschenFrieden vor ? - Vom Gestaltwandelinternationaler
Konflikte,Fribourg: Herder, 1976, 192 p., n° dans la collection« Initiative».
je pense que le terrorismeinternationalest un stade nouveau
Personnellement,
en directiondu pantoclastedont parle C.S.

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SCHMITT ET LA POLfeMOLOGIE

167

de la valeuret de la non-valeur
deploiesa pleinerigueurdestructrice
et k des d6pr6k des criminalisations
et contraint
k des discriminations,
ciationstoujoursnouvelles,
toujoursplus profondes,
jusqu'i rexterminationde toutsujetsans valeur,indignede vivre» (BP 6f,p. 310)102.
si Ton ne mentionnait
seraitincomplet
Ce r6sum£
pas la conviction recentedu savant: « ce n'est pas, de nos jours, TEtat en tant
en tantque tel qui
que tel mais bien plutotle partirevolutionnaire
diteet, k toutprendre,
totalitaire
Torganisation
proprement
represente
la seule» (BP 6f,pp. 224-225)103.Le vocablede partiest assez ambigu,
e.a. MauriceDuverger
les politologues,
comme
le d&nontrent
(1917- ) la4.
Qu'un parti politique(du Latin pars - partie)ne pourraitStreque
d'une fractiond'un toutplus vaste ne correspond
l'Smanation
pas k
de
la r6alitequotidienne.
Pire, les partispolitiquesont la prevention
fournir
la solutionau lieud'unesolutionparmid'autres,ou ils prennent
- l'expression
est de GiovanniSartori
les alluresde partitiantisistema
voulant
detruire
ce
en
tout
existe,se pr6parent
et,
qui
(1926- )
leuragathocratie,
la formule
a imposerune,c'est-a-dire
pouremprunter
la nuance
de BorisMirkine-Guetzevitch
(1892- ). Si nous reprenons
et
mot
allemand
Partisan
le
nous
constatons
que
s&nantiqueprecise,
de la memeracineparti,d'ou il rtsulte
le motfrangais
partisand£rivent
cetteconclusiondecisive: « Est partisancelui qui a pris parti cent
a centpour
le partipeutcompter
pourcent» (BP 4, p. 23). Invers6ment,
du partisan; par le biais
et la disponibilit6
centsur le denouement
en accusation
de son engagement
total,ce partiest a memede mettre
toutun ordreetabli,peuts'eleveren tantque partied'untoutau-dessus
» (TP 4, p. 24).
de ce tout,et « rSaliserVunitepolitiquenouvelle
Aussi devient-ilEvidentque cet ecritde C.S. reprendbel et bien
La
des themeset des theseschersau savantdepuisde longuesanne*es.
phrasefinaleen dit long: « La theoriedu partisandebouchesur la
de Tennemir6elet d'un nouveau
notionde politique,sur la recherche
102 C.S. s'est s6rieusementoccupy du problemedes valeurs (cf. infra note
aussi depuis peu. Lors du colloque sur
107). En France on sembles'y int£resser
AntoninArthaud(1896-1948) et Georges Bataille (1897-1962) (Cerisy-la-Salle,
du 29 juin au 9 juillet 1972), Roland Barthes (1915) a dit ceci : « Quoi,
absolument,le mot valeur lui-memeest un mot burlesque et c'est presque pour
cette raison que je l'ai garde malgr6 les risques extraordinairesde contresens
qu'il comporte,puisque a Foriginec'est un mot militaire.Valore, c'est le soldat
qui est valeureux,qui est le plus fortet puis il y a eu un glissementyersle sens
economiquedu valant-pour,de J'£quivalenceet du signe. L'ontologie du signe
commence.» La repliquede PhilippeSollers (1936) est memorable: «Mais
alors, c'est proprementune plus-vaiue.» A lire Bataille, Paris : U.G.E., 1973,
318 p., n° 805 dans la collection« 10/18».
103je rappelle a toutes fins utiles que C.b. a ete un theoncien de lEtat
total dans les annees trente.Je recommandevivementla lecture du livre de
MartinJanicke: TotalitdreHerrschaft.- Anatomieeines politischenBegriffes,
Berlin: Duncker & Humblot,1971, 282 p., n° 13 dans la collection« Soziolo» ; cf. surtoutle premierchapitre,lit. 2, pp. 36-48.
gische Abhandlungen
i04 M. Duverger,Les partispolitiques.Fans : Lolin, 1951, XI + 476 p. ; ci.
p. 1. Sur la bevue de Duverger vis-a-vis de C.S., cf. JulienFreund: BP 6f
pp. 8-9.

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P. TOMMISSEN

168

nomos de la terre» (BP6f, p. 311)105. Dans une autre analyse, j'ai
developpe commenttrois notions schmittiennesse retrouventen filigrane dans cet ecrit: la distinctionami-ennemi,le declin du Jus Publicum europaeum,Thistoricitedu concept d'Etat106 (TP/a8, pp. 720den a
724). Mais on y rencontreaussi des idees qui n'ont directement
voir avec le droit internationalpublic,e.a. :
-

le problemeepineux des valeurs107(BP 6f, p. 293 et la note 50,
aussi p. 310) ;
la dialectique entre legalite et legitimite(BP 6f, pp. 295-300) ;
la problematiquede la distributionet de la redistribution108
(BP 6f, pp. 294-295) ;
la pe*rennite
des deux questionsposees par Thomas Hobbes (1588?
Quis
judicabit? Quis interpretabitur
1679):

3.3. La suite de Vanalyse de 1963.
Apres son entretienavec JoachimSchickel(TP 4), C.S. ne s'est plus
occupe de la th£oriedu partisan. Par contre,en 1970 il a public de
nouvelles reflexionssur l'agressivitecomme suite logique du progres
technique: dans la postfaced'un nouveau livre109et dans un articleno.
Le savant affirmequ'a l'heure actuelle on formuledes exigences legitimes,bien qu'on ne vise que des exigences legales. Par ce procede
les bien-pensantsesperentpouvoir contournerle probleme
intentionnel,
de la legality bien qu'ils savent pertinemment
que l'Etat modernevivote
grace a Une legislationa la fois eiastique (done : facilementadaptable)
et motorise'e(done : a peine absorbable par le pouvoirexecutif).D'autre
part, Penseigne pluraliste cree Tillusion que Phostiliteserait un atavisme vaincu et que tout serait au mieux dans le meilleurdes mondes
105 L'intentiond'Aron coincide avec celle de C.S. sur ce point: T.P./a 12
p. 210.
i°« La these que rhtat est une notion liee a une penode histonque bien
determin6e
a ete formuleepar C.S. pour la premierefois en 1941 a Nurnberg; le
texte se trouve maintenantdans son recueil d'etudes Verfassungsrechtliche
Aufsdtzeaus den Jahren1924-1954.- Materialienzu einer Verfassungslehre,
Berlin: Duncker<&Humblot,21973,517 p. ; cf. pp. 375-383et les notes pp. 383385.
107 v.A., Sdkularisationund Utopie. - Ebracher Studien,Stuttgart/Berlin
:
Kohlhammer,1967, 382 p. ; cf. pp. 37-62 (Die Tyranneider Werte).
!<>8V.A., Rechtsstaatlichkeitund Sozialstaatlichkeit,Darmstadt: WissenschaftlicheBuchgesellschaft,1968, VIII + 618 p., n° 118 dans la collection
- Ein Ver«Wege der Forschung» ; cf. pp 95-113 (Nehmen/Teilen/Weiden.
vom 'Nomos' her
such, die Grundfragenjeder Sozial- und Wirtschaftsordriung
richtigzu stelleri).
109 C.S., Pohtische Theologie II. - Die Legende von der Erledigungjeder
PolitischenTheologie, Berlin: Duncker & Humblot,1970, 126 p. ; cf. pp. 109126.
110 C.S., Von der TV-Demokrahe.- Die Agressivitdtdes Fortschntts,in
Deutsches AllgemeinesSonntagsblatt,vol. 23 n° 26, du 28 juin 1970, p. 8.

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SCHMITT ET LA POLfiMOLOGIE

169

possibles... Mais, neanmoins,ce monde politique paisible a premiere
ce troublevue est gravementmenace*par le progres.Pour contrecarrer
feteon procede de tous cotes a la planification: « C'est l'antagonisme
immanententrela contraintedu progreset le desir aussi fortde repos,
paix, securiteet ordre» nl. Personne ne veut Pabandon du progres et
personnene s'interessea l'hostilite.Et c'est pourtantpar le vehiculedu
progres que se formeun syndromede liberte qui est essentiellement
agressif: a moins que la notiond'agressivite- remarqueC.S. - soit
devenue entre-tempsaxiologiquement neutre (wertfrei),c'est-a-dire
a-scientifiqueet denude de sens112.
En ce qui concerne le tiers interesse,nous disposons dorenavant
de JulienFreund.II rappelleque Georg Simmel
d'une elude introductrice
a
(1858-1918) deja propose des 1908 une typologiebasee sur le role
du tiers en cas de conflit: le tiers neutre,le tertiusgaudens, le type
du principedivide et impera113.Elle n'a guere connu de resonanceen
Europe pendantde longue decennies,mais a l'heurepresenteelle vient
d'etre redecouverteen Italie par Carlo Mongardini (1938), aux
Etats-Unis par Theodore Caplow (1920), AbrahamKaplan (1918). Selon le sociologue
) et surtoutLewis AlfredCoser (1913le problemesous-jacent
frangais,la solutionde Simmelest insuffisante,
etant infiniment
plus complexe: « l'analyse polemologiquede la notion
du tiers est encore a faire» 114.II souscritd'ailleurs a la these de C.S.
et attend beaucoup de la theoriedes catastrophesque Ren£ Frederic
*
'
115.De son cote, le politoThorn(1923) a inventee recemment
Dror
Yehezkel
israelien
), promoteurd'une approche
(1928logue
du partisan.
nouvelle116,a reussi a generaliserla theorieschmittienne
aussi
En effet,il introduitla notion de crazy states, qui comprennent
m et aussi bien
bien les £tatsclassiques que les partis insurrectionnels
de masse qui se distinguent
les mouvements
par un fanatismeoutrancier
que les bandes qui excellent en criminalitepolitique118. Les crazy
states ont le memeschemede conduitecaract£risepar cinq traits:
- des buts agressifs et axes sur Teliminationd'un ordre social ;
- un engagementpersonnelet organise en fonctionde ces buts ;
111 C.S.. art cit. (cf. supra note 110), p. 8.
1:L2C.S., op. cit. (cf. supra note 109), p. 126.
113G. Simmel,Soziologie. - untersuchungentiberdie Formen der VergeLeipzig : Duncker & Humblot,1908, 782 p.
sellschaftung,
i1^ J. Freund,Le role du tiers dans les conflits,in Etudes polemologiques,
vol. 5, n° 17, juillet 1975, pp. 11-23; cf. p. 17.
110 . rreuna, an. at. ici supra note ii4j. p. iy.

116 R. Thorn Modules mathemahquesde la morphogenese.- Recueil de
textessur la theoriedes catastropheset ses applications,Paris : U.G.E., 1974,
320 p. n° 887 dans la collection« 10/18».
i" Notammentles policy sciences, a ne pas coniondre avec la politoiogie.
a l'amSliorationsystematiquede modeLe but en est de fournirune contribution
les de decision tant sur le plan national que sur le plan international.11s'agit,
autrementdit,d'une entrepriseinterdisciplinaire.
118Y. Dror, Crazy States. - A Counterconventional
Strategic Froblem,
Lexington : Heath Books, 1971, 118 p.

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170

P. TOMMISSEN

-

la tendanced'agir malgre le risque, qui n'exclutpas le martyre
et Tauto-destruction
;
(en cas d^urgenceextreme)Pabandon des entires logiques : lors
du choix des methodeset des tactiques & employer;
une predilectionpour des mesures supraconventionnelles
(interpr6teespar fadversairecommebarbares et macabres): le genocide, Pattaque k main armeed'ecoles, la prise dJotages,le d£tournementd'avions, etc.

-

II va de soi que ce raisonnement
est conguen fonctiondu terrorisme
mais cela n'empechepas qu'il est aussi un prolongement
international,
de la th6orieschmittienne.
C.S. et Dror annoncentune avalanche de
terreuret de contre-terreur,
ou plus correctement
: de terrorismeet de
terreurlle.

Economische Hogeschool Sint-Aloysius
Bruxelles

119Je crois, en effet,qu'une terminologiesolide s'impose: « La terreurest
du pouvoir de l'intimidationpar les puissants,le
1'applicationde l'instrument
terrorismeest limitationet la pratique des methodesde terreurpar ceux qui
sont encore provisoirement
impuissantset qui croientque le terrorismeest le
seul moyen pour etre pris au serieux.» Ainsi FriedrichHacker (1914),
Terror. - Mythos,Realitdt,Analyse, Reinbek-lez-Hambourg
: Rowohlt,1975,
333 p., n° 680 dans la collection« ro-ro-ro» (cf. p. 17). II s'agit d'une libre
traductionde ma part.

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