ANFA HOTEL ALEXANDRE NEIGER PLAZA 1 2014 .pdf



Nom original: ANFA_HOTEL_ALEXANDRE_NEIGER_PLAZA_1_2014.pdfAuteur: Nadia et Nicolas

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Nicolas ALEXANDRE – Emmanuel NEIGER – Pascal PLAZA

ANFA HÔTEL
CASABLANCA

CASABLANCA – HISTOIRE ET ARCHITECTURE

Document gratuit - réalisé par nos soins et publié sur le mur privé du Groupe « Casablanca Histoire et Architecture » sur Facebook
© Emmanuel NEIGER - Nicolas ALEXANDRE - Pascal PLAZA - Mars 2014

Par Nicolas ALEXANDRE & Emmanuel NEIGER

ANFA SUPERIEUR ...UN HISTORIQUE
Construit au sommet de la colline d’Anfa face à l’océan Atlantique et face à la ville, l’Anfa-Hôtel fait partie dès ses origines d’un vaste projet immobilier de villas développé à partir du milieu des années 1910 à l’écart de la ville pour faire
de cet espace un lieu de villégiature pour la haute société casablancaise.
Cette butte face à la mer est baptisée « Anfa-Supérieur » par les premiers lotisseurs français. Cette dénomination
d’Anfa n’est pas traditionnelle. « Les Marocains l’appelaient [avant] d’ers el-kebir, « la grande colline »1.
Le lotissement est donc projeté au début du premier conflit mondial :
Selon Joseph Goulven, « certains voient là le futur « quartier chic » de Casablanca, assurés que les favorisés de la fortune ou les gros industriels du pays aimeront à venir prendre le frais sur les hauteurs d’Anfa-Supérieur aux journées
chaudes de l’été. Au fait pourquoi, dans quelques années, tous ces terrains aujourd’hui incultes et non lotis ne seront-ils
pas recouverts de coquettes villas perdues dans des jardins enchanteurs ?2 »

Ainsi, le quartier se met en place au début des années 10 (voir cartes ci-dessus) et les voies circulaires qui épousent les
formes de la colline d’Anfa-Supérieur apparaissent sur le plan Prost de 1915.
Lorsqu’il est imaginé, le lotissement est très éloigné de la ville et est destiné à répondre à une clientèle très luxueuse.
Jean-Louis Cohen et Monique Eleb rappellent que « l’aménagement de la colline donne un contenu concret à la notion
formulée par Prost de « quartiers de plaisance », où « l’homme d’affaires vient se reposer dans son logis familial entouré
de verdure »3.
1

Schultz, « L’effort économique à Casablanca et en Chaouïa », Bull. de la Soc. de Géogr. Commerc. de Paris, 1914, pp. 117-8, cité
par André ADAM, Essai sur la transformation de la société marocaine au contact de l’Occident, Paris, Ed. du CNRS, 1968 p. 55 : « Le
mot d’ers, pl. d’rûs (classique d’irs, pl. d’urûs signifie une « molaire » (dent) et sert aussi à désigner une « butte », une « hauteur abrupte » (…). La colline d’Anfa n’a
rien d’abrupt et culmine à 60 m, mais dans un paysage plat, elle marque ».
2

Joseph GOULVEN, « Villes d’Afrique ; Casablanca la commerçante », Renseignements coloniaux, Bulletin du Comité de l’Afrique
française, 1914, pp. 74-81, cité dans Jean-Louis COHEN, Monique ELEB, Casablanca. Mythes et figures d’une aventure urbaine, Paris, Ed. Hazan, 2004, p. 47
3
J.L. COHEN, M. ELEB, Casablanca…, op. cit., p. 138. On peut comparer le tracé d’urbanisme du quartier d’Anfa avec celui de Palmiers et de Belvédère, où les formes arrondies des voies de circulation sont caractéristiques des « quartiers de plaisance » imaginés
par Jean-Claude Nicolas Forestier à Rabat puis par Henri Prost pour l’ensemble des grandes villes du Maroc.

1

Dès 1914, pour cette « ville de plaisance et de luxe », une « grande salle de spectacles » et un « Palace-Hôtel » sont
déjà imaginés4. L’acquéreur initial des terrains est un certain Léonard Julien – d’origine algéroise5 – du moins en ce qui
concerne la partie haute de la butte d’Anfa. C’est lui qui va donner le nom d’ « Anfa Supérieur » au lotissement, « évoquant le club d’Anfa, lieu de la sociabilité élégante dans la ville, et le quartier algérois de Mustapha Supérieur »6.
La réclame du lotisseur Léonard Julien en dit long sur les ambitions du quartier projeté en termes de situation et
d’équipements promis : « Terrains de villas soignées dans un parc planté avec panorama splendide sur la mer et sur
toute la ville. Hôtel, restaurant, chalet, buvette, jeux divers, tennis, jardin avec pièce d’eau. Service de transports par
autobus et omnibus, distribution d’eau dans tout le lotissement, construction de guinguettes et de cabarets interdite,
[…] ristournes pour les acquéreurs construisant et plantant de suite »7.
Nous le voyons dans cette publicité, il s’agit d’ouvrir cette
partie ouest de la ville à la détente, aux loisirs, au sport, à la
villégiature mais de bien laisser le centre, la médina, la place
de France et son port au travail et à d’autres activités. Nous
voyons également grâce à l’extrait du Plan Prost ci-contre
que l’objectif était aussi de multiplier les aménagements
récréatifs (hippodrome par exemple) et de garder une place
importante à la nature par la référence aux « cités jardins »
ou aux « terrains à boiser ». Le trait de côte est encore au
cours des années 10 quasiment inoccupé mais il ne faudra
pas attendre longtemps pour que Laprade présente un
premier projet d’aménagement du littoral calqué sur la Riviera française d’Aïn Diab à El Hank, une « promenade de la
Croisette »8.
Si ce projet ne se concrétise finalement pas, le lotissement
d’Anfa-Supérieur et son Palace-Hôtel sont, bien entendu,
dans une configuration très favorable.
Partie ouest de Casablanca (Extrait du Plan Prost – 1915)

En effet, la position géographique en surplomb, avec vue sur la mer, est mise en valeur par le lotisseur et sera systématiquement reprise par les propriétaires de l’Anfa-Hôtel, vantant la vue du restaurant panoramique. Mais surtout,
l’entrée dans les années 1920-30 pour une partie très aisée de la population casablancaise, la révolution des loisirs et
le désir du rivage, la multiplication des automobiles vont donner énormément de valeur à ce quartier.

4

Expressions tirées de « L’essor industriel de Casablanca, Enquête sur les entreprises industrielles de Casablanca faite par la « Vigie
marocaine », Casablanca, Editions de la Vigie marocaine, 1914, p. 118, cité dans Jean-Louis COHEN, Monique ELEB, Casablanca, op.
cit., p. 47.
5
André ADAM, Essai sur la transformation de la société marocaine au contact de l’Occident, Paris, Ed. du CNRS, 1968 p. 25 : « un
lotisseur français d’origine algéroise, qui avait la nostalgie de « Mustapha Supérieur » ».
6

J.L. COHEN, M. ELEB, Casablanca, op. cit., p. 138.
Réclame de Léonard Julien, in Léon GUIGUES, Guide de l’Exposition franco-marocaine, 1915, p. 120 cité par J.L. COHEN, M. ELEB,
Casablanca, op. cit., p. 138.
7

8

Ibid., p. 248.
2

Dès la mise en vente du lotissement par Léonard Julien, les terrains sont hors de portée des Marocains, juifs ou
musulmans9. Seuls quelques aristocrates influents feront exception comme Si El Hadj Mohamed El Mokri, grand
vizir du Sultan qui commande une somptueuse villa à Marius Boyer en 1928.
Pourtant, dès les origines du projet, la Première Guerre mondiale semble dans un premier temps freiner la réussite
du lotissement.
Est-ce la raison de l’arrivée de nouveaux investisseurs sur une
autre partie du lotissement ?
En tout cas, les frères Maurice et Théo Teste, banquiers, se mêlent du projet et se chargent de lotir la partie basse de la butte.
Ils se font construire des villas sur Anfa-Supérieur, comme la
villa L’Escale qui est l’un des premiers édifices construits sur la
colline, villa réalisée par l’architecte Robert Lièvre10 pour l’un
des frères Teste et qui détonne avec sa couleur ocre.
R. LIEVRE, villa Teste dite L’Escale, c. 1925,
Anfa-Supérieur (Photo tirée de : J.L. COHEN, M. ELEB,
Casablanca. Op. cit., p. 143)

Cet architecte est aussi à l’origine d’ « un groupe de douze villas
de maître à Anfa-Supérieur »11 situées, semble-t-il, dans la deuxième auréole au nord de l’aire d’Anfa (voir ci-dessous)

Colline d’Anfa 1921 Extrait d’une photographie aérienne - Photo Flandrin

A partir de 1915, la Colline d’Anfa devient beaucoup plus luxueuse.

9

Ibid., p. 139.

10

Né en 1890 à Charleval (Eure), formé à l’Ecole des Beaux-Arts et à l’Ecole nationale des Arts décoratifs, Robert Lièvre est affecté de 1919 à
1924 au service spécial d’architecture de la Résidence générale de Rabat. A ce titre, il réalisa des parties d’aménagement du plan Prost de
Casablanca ,Tribunal, place administrative par exemple. Il construit ensuite des hôtels comme le Georges V, des bâtiments publics comme La
Casablancaise et des immeubles et de villas pour des particuliers (Informations tirées de « Le Maroc en 1932 : 20 années de Protec-

torat Français », Afrique du Nord Illustrée, 21 mai 1932, n°577, p. 61.
11
« Le Maroc en 1932… », Afrique du Nord Illustrée, op. cit. p. 64.

3

A. Soubreville évoque en 1931 « la colline aux villas polychromes entourées de barrières blanches, de pelouses gazonnées, fleuries de bougainvillées, ornées de jardins où les
mimosas, les grenadiers et le squinus molle, semblable à
nos plus beaux saules pleureurs de France, composent des
massifs auxquels le palmier et le rigide aloès ajoutent leur
note d’exotisme. Ce compromis que réalise la végétation, la
floraison des villas le réalise aussi heureusement. Et c’est
bien ce qu’il y a de plus remarquable à Anfa : la grâce de ces
lieux est faite d’un rappel de cottage et de la persistance
12
heureuse d’une couleur locale, judicieusement alliés » , une
bonne description des « cités jardins » souhaitées par JeanClaude Nicolas Forestier puis Henri Prost.

M. BOYER, villa El Mokri, 1928, Anfa-Supérieur

Les villas se multiplient alors sur la colline et les plus grands
architectes casablancais sont sollicités par les propriétaires :
Marius Boyer, Jean Michelet, Robert Lièvre, Erwin Hinnen,
Charles Abella et bien d’autres doteront Anfa supérieur des
plus remarquables villas de Casablanca.

J. MICHELET, villa Payant, 1931, Anfa-Supérieur

E. HINNEN, villa Besson-Maufrangeas (Dar es-Saada),
c.1935, 2, aire d’Anfa, Anfa-Supérieur

C. ABELLA, villa Pierre Mas, 1937, Av. du Golf, Anfa
(Photo de 1943 tirée de : J.L. COHEN, M. ELEB, Casablanca.
Op. cit., p. 195)

E. AZAGURY, villa Schulmann, 1951

12

Chantiers nord-africains, sept. 1931, cités par J.L. COHEN, M. ELEB, Casablanca, op. cit., p. 139.

4

LA COLLINE D’ANFA EN 1921

Photos de M. Flandrin

5

LA COLLINE D’ANFA EN 1928

Villa El Mokri
M. BOYER
c. 1928

Photo de M. Flandrin

Photo de M. Flandrin tirée de : J.L. COHEN, M. ELEB, Casablanca, op. cit.,p. 139

6

LA COLLINE D’ANFA APRES 1940

Photo M. Flandrin au lendemain de la guerre (47 – chantier de l’Anfa-Résidence) -Extrait

Photo de M. Flandrin – après 1950

7

Photo de M. Flandrin – après 1950

8

L’ANFA HOTEL…une trilogie méconnue
Collectif

Première Version : années 1910
De type manifestement néo-classique, la première version de l’hôtel nous est encore assez mystérieuse, avec
cependant une ligne très épurée. En l’état actuel des données à notre disposition, l’architecte et sa date
exacte de construction nous sont inconnus.
Le Palace-Hôtel étaient prévu dès la création du lotissement avec d’autres équipements de loisirs et de plaisance qui devaient donner de la valeur au quartier.

L’hôtel et son implantation sur l’aire d’Anfa.

Bassin
et jardins » de
La décoration intérieure (Restaurant) est relativement hétéroclite qui peut se résumer à un
« habillage
panneaux muraux (bois-stuc) dont les motifs semblent empruntés au gothique, au roman à l’Art Nouveau ou
encore au Néo-Mauresque. Notons les chaises bistrot Thonet alors en vogue à l’époque. Le sol fait penser
aux carreaux ciment cube, qui n’a rien à voir avec la déco Art Nouveau ou Néo–Mauresque que l’on pourrait
attendre de ce type d’établissement.

9

Jardin, bassin et Annexe. Cette bâtisse ressemble quelque peu par ses matériaux à celle du bâtiment qui faisait office de quartier général au Général d’Amade (anc. Place Administrative)

Bassin et jardins

Publicité des années 1920 qui utilise l’immeuble du Café National construit à
partir de 1919 (angle des actuels Bd Lalla Yacout et rue du Prince Moulay Abdallah) et l’Anfa-Hôtel 1ère version dans sa communication.

10

Seconde Version : 1927 ?

Dans son quartier, en haut de la butte d’Anfa.

Bassin et jardins

Anfa Hôtel seconde version – Marius Boyer – 1927 ?

Bassin et jardins

11

L’Architecte
*Né à Marseille en 1885 – décédé à Casablanca en 1947
*Entre à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris en 1904, élève de Gabriel Héraud
(1966-1941). Reçoit plusieurs prix, entre autres, en 1910, le prix de reconnaissance des
Architectes Américains et en 1913, le prix Deschaumes (décerné par l’Institut de France,
Académie des Beaux-Arts).
*Mobilisé en 1914, engagé dans le Génie jusqu’en 1919.
*Arrivé à Casablanca au lendemain du 1er conflit mondial en 1919
*Chef de service à la chefferie du Génie de Casablanca

Marius BOYER

*Participe au concours pour la construction du théâtre municipal en 1919 obtient le second prix. Le théâtre sera réalisé par Hippolyte Delaporte.
*Associé à Jean Balois de 1925 à 1929. Emile Duhon reprend son agence à sa mort.
*Professeur d’architecture à l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca.

Bassin et jardins
Eléments biographiques
tirés de :
E. NEIGER, “Marius Boyer”, Facebook “Casablanca – Histoire et patrimoine”, Coll. Architectes du Maroc, Juillet 2013, p. 7.

Les transformations par Marius BOYER
La transformation essentielle réside dans l’ajout d’un niveau supplémentaire ouvert de manière panoramique sur l’océan grâce une
loggia qui s’étend sur trois façades.
Le 1er étage existant a été renforcé d’une série de piliers surmontés
de chapiteaux à redents. Toutes les fenêtres sont protégées de
balcons dont certains sont courbes, en aplomb des tourelles pour
donner de la verticalité à la composition.
Enfin, l’entrée principale de l’hôtel a été retravaillée.

12

L’entrée, et la pompe à essence (à main) pour les grands itinérants…

Bassin et jardins

13

…Influences Art Déco

Dans la 2e moitié des années 1920, lorsque les propriétaires de l’hôtel
viennent chercher Marius Boyer, ils décident d’agrandir nettement leur
établissement et de lui donner un nouveau cachet dans le style nouveau à
la mode dans les constructions du centre-ville, le style architectural art
déco.

Anfa-Hôtel 2

ème

version (M. BOYER 1927 ?)

L’architecte a été notamment marqué dans son travail sur l’hôtel et sur
d’autres de ses réalisations par l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris de 1925. « La presse spécialisée reprend donc les principales
réalisations de cette exposition, et rien d'étonnant à ce que l'on retrouve
par exemple les Tours de Charles Plumet (…) et leur influence dans le paysage architectural casablancais. Jusqu'aux années 30, Boyer et Balois vont
réaliser un certain nombre de bâtisses où l'on note cette influence : l'extension de l'Hôtel Anfa (2ème version), l'immeuble place du 20 Août, l'immeuble El Glaoui démarré en 1922 (et probablement modifié après 1925 !),
Villa El Mokri » 13 .
On retrouve donc ici les tourelles de l’hôtel également présentes sur la
colline d’Anfa dans la villa du vizir El Mokri.

Tour, Plumet architecte, Exposition internationale des arts décoratifs, Paris, 1925

13

Pascal PLAZA, “Marius Boyer”, Facebook “Casablanca – Histoire et patrimoine”, Coll. Architectes du Maroc, Juillet 2013, p. 26.

14

Par Pascal PLAZA

…Influences locales
Outre la thématique des tourelles présente avec les tours Plumet, Boyer reprend également les redents dans la
décoration des chapiteaux des colonnes extérieures au premier étage de l’Hôtel.
Si nous les retrouvons presque partout dans l’architecture des pavillons de l’Exposition internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925, les redents sont présents depuis longtemps dans l’architecture casablancaise, en particulier dans la structure des chapiteaux de colonnes.
Cette décoration tire son origine dans les bâtisses anciennes marocaines, comme par exemple les medersas de Fez
du XIVème siècle. On retrouvera plus tardivement cette structure mais de manière plus simplifiée dans de nombreuses réalisations des années 10 à inspiration néo-marocaine (comme l’Immeuble du Petit Poucet à Casablanca,
ou l’hôtel Lincoln sur le boulevard Mohammed V).

Ci-dessus : Medersa Ben Youssef à Marrakech – XVIème siècle - Hôtel Lincoln –
Hubert Bride – 1916
Ci-contre : Medersa Attarin à Fez – XIVème siècle
Clichés début du XXème siècle

C’est Adrien Laforgue qui va être le premier architecte à dessiner des chapiteaux à redents sur 2 plans dès 1918
comme ceux des colonnes intérieures de la Grande Poste de Casablanca , conférant ainsi à la décoration un caractère très avant-gardiste par leur sobriété et leur géométrie.
En 1925 à Paris, outre la présence de fronton de bâtisses en redents, c’est l’architecte Victor Horta qui va sublimer
avec de petits volumes à redents le pavillon de la Belgique à deux pas de l’entrée générale de l’Exposition. Pionnier
de l’Art Nouveau en Europe, Horta semble rompre en délicatesse avec ses influences en exploitant au mieux des
volumes plutôt cubistes assez inattendus.
A Casablanca, en 1932, Aldo Manassi dessine dans la même lignée l’immeuble Bennarosh (Place du 16 novembre),
qui en plus de la décoration en redents sur deux axes reprendra également, comme Boyer avant lui (Immeuble
Glaoui), le jeu de colonnes du salon Primavera (Levard archi) ou celui du Pavillon de la Compagnie Asturienne des
Mines (Tronchet archi.).

15

Casablanca :
Ci-dessus : Immeuble Bennarosh – Aldo Manassi – 1932
Ci-contre : Colonnes - Grande poste – Adrien Laforgue – 1918-1920

Exposition Internationale des Arts Décoratifs – Paris – 1925 : Pavillon de la Belgique – Victor Horta archi.

Il semblerait donc que Boyer va plus largement s’inspirer des travaux de Laforgue concernant ces colonnes,
ce qui est pour l’occasion un excellent rappel de cette architecture du Casablanca des années 20. Si la Poste
de Laforgue est dans cette mouvance que l’on a appelé le néo-marocain, Boyer reste pour cette bâtisse plus
dans un « Art-déco » d’inspiration parisienne, dont seule la décoration intérieure rappellera par quelques
touches artisanales que nous sommes au Maroc.

16

Anfa Hôtel - Vue sur les salons – Version 2 – Marius Boyer – 1927 ?

Concernant la décoration intérieure, les rares documents nous permettent en effet de retrouver les grands
classiques du moment : fauteuils club à la Ruhlmann et vasques lumineuses façon Degué, Muller ou Lallique.
Néanmoins la touche « locale » est apportée par les tables polygonales marocaines en bois marquetées ainsi
que des tapis de différentes régions du Maroc et de différentes tailles sur le sol composé de grands carreaux
à deux tonalités (marbre ou granito). Les vasques lumineuses en avant plan semblent être en cuivre de facture locale. Sur les tables on peut noter une poterie fleurie façon vasque qui n’est pas sans rappeler également l’une des grandes thématiques de l’époque. Sur la partie basse murale de ces salons, le mur semble
couvert de carreaux de deux formats (zelliges ?) dont la couleur ne peut malheureusement être appréciée.
Plus en hauteur, les tringles à rideaux semblent masquées de boiseries laquées à décoration relativement
sobre. Au plafond les poutres de béton semblent avoir une couverte de stuc également travaillé en sobriété
avec de rares frises et sculptures en bas relief ; touches décoratives qui s’inscrivent dans la pure tradition
marocaine.
En nous intéressant à d’autres Hôtels contemporains, nos recherches nous ont rapproché du célèbre établissement La Mamounia à Marrakech qui va probablement être la source d’inspiration pour partie de la décoration de cette version de l’Anfa Hôtel.

17

Pensée dès 1923 par les Architectes Marchisio et Prost, la Mamounia ouvre son écrin en 1925 et devient très rapidement la référence hôtelière du Maroc. De style véritablement néo-marocain, sa décoration est fortement inspirée des
traditions marocaines dignes des plus grands palais, tout en offrant un extraordinaire compromis Art-Déco. Il est plus
que certain que Boyer ait pu visiter très tôt cette bâtisse et être séduit par sa décoration. Néanmoins, il ne dispose
pas du même budget alloué à la Mamounia par la compagnie ferroviaire, la CTM et la Transatlantique. Il va donc aller
sur plus de sobriété, tout en reprenant certains motifs de décoration, jusqu'à certain mobilier.

La Mamounia – Marrakech : on peut remarquer les vasques
au plafond en avant-plan. Les mêmes que l’on retrouvera à
l’Anfa Hôtel. (Collection Bernard Delgado)

La Mamounia – Marrakech : Boyer reprendra en bas relief
ces motifs sphériques au plafond , assorti d’une frise
(Collection Bernard Delgado)

La Mamounia – Marrakech : Salon typiquement marocain. Il sera retenu une décoration un peu moins typée pour l’Anfa Hôtel
(Collection Bernard Delgado)

18

Un autre document de la version 2, nous donne d’autres détails sur l’intérieur de cette bâtisse

Ci-dessus : Anfa Hôtel Version 2 : zone centrale façon puits de lumière
Ci-dessous : damier en marbre et escalier – 139 rue Allal Ben Abdellah – Anc. Rue de l’Horloge – Casablanca (Photo Emmanuel Neiger)

Ce document nous montre plus qu’un atrium, une véritable référence à l’architecture traditionnelle marocaine façon riad avec son patio ouvert et sa fontaine
centrale ou bassin. L’ouverture ou le puits de lumière
est symbolisé par ce luminaire en verre dépoli bordé de
métal croisé en motif géométrique typiquement ArtDéco et largement usité à Casablanca.
Le bassin est bordé de plantes vertes, le tout serti de
zelliges probablement de couleur bleue.

Au sol on note un assemblage en damier de marbre
caractéristique de ce que savent faire les artisans du
moment au Maroc, et que l’on retrouve dans de nombreuses bâtisses. L’escalier de marbre est également
paré de zelliges sur les contre marches. A gauche de
l’escalier un beau guéridon Art Déco contraste avec le
mobilier marocain du salon mitoyen. Un jeu de miroir
intermédiaire accentue la profondeur et la lumière.

19

Place du 16 Novembre - Immeuble Ben Dahan – Edmond Brion – 1935 (Photo Emmanuel Neiger)

Rue Ibn Batouta – Grel et Renaudin – 1935 -(Photo Emmanuel Neiger)

Rue Ichbilia (de Nancy) (Photo Emmanuel Neiger)

La décoration n’est donc complètement néo-marocaine ou complètement Art-Déco mais plutôt mixte. On peut
d’ailleurs se poser la question de ce choix, peut être en écho du succès plus que mitigé de l’artisanat marocain à
l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris deux ans auparavant ? Le public européen ayant été en effet
plus réceptif aux réalisations de Jacques Majorelle, alors mandaté par Tranchant de Lunel au pavillon du Maroc, qu’au
mobilier artisanal présenté, jugé trop typé, trop «ethnique » s’inscrivant difficilement dans la mouvance internationale du moment.
20

Par Pascal PLAZA

Troisième Version : 1938
A l’heure même ou l’Allemagne nazie s’apprête à rentrer en guerre, Marius Boyer de nouveau va signer un bâtiment
qui sort totalement de la lignée de ce qu’il a l’habitude de faire. Nous avons vu pour d’autres réalisations qu’il a marché sur les pas de Mallet Stevens en terme de volumes cubistes : ici c’est précisément sur ceux du Bauhaus qu’il va
dessiner l’ultime version de l’Anfa Hôtel.
Paradoxalement, il va ériger sur l’un des plus hauts points de Casablanca, une architecture dédiée à l’origine au mouvement social et à l’établissement de cités-jardins selon les concepts mis en œuvre par de nombreux partisans du
Bauhaus et plus largement par le courant moderniste. Boyer aurait pu choisir une architecture en résonnance avec
l’Exposition Internationale de Paris de 1937, il semble préférer au « bateau » remarqué de Van de Velde à l’exposition
de Paris ,les formes rondes et fenêtres bandeaux des réalisations de May et Rudloff ; en particulier celles de l’une des
bâtisses de la cité jardin de Francfort Rommerstadt (réalisée en 1929). Cité jardin largement commentée dans les
ouvrages spécialisés de l’époque.
C’est à Anfa au milieu d’une cité-jardin pour nantis qu’il va réaliser une quasi copie de ce que le troisième Reich qualifiait d’architecture dégénérée. Boyer va donc chercher à la source même de cette architecture épurée que l’on surnommera « streamline moderne » et plus largement « architecture paquebot », assez caractéristique des années 3040 et initiée probablement dans ses formes par Erich Mendelsohn à la fin des années 20.

Anfa Hôtel – Vue générale – Le Restaurant panoramique sur le «pont » supérieur

21

Streamline de May et Rudloff – Cité Jardin de Francfort Rommerstadt – (Photo Wikipédia)

Inspirations - Assemblage comparatif

Pavillon de la Belgique – Van De Velde Archi.- Exposition Internationale de Paris - 1937

22

A Casablanca et plus largement au Maroc, si nous retrouvons des « streamlines » jusqu’en 1950 avec par exemple
l’immeuble Liberté, nous en avons des traces en 1928-1929 avec l’immeuble Trémolède de Jabin qui en reprend
toutes les caractéristiques, et qui fait de cet architecte un précurseur (indépendant ?) au même titre que certains
auteurs du Bauhaus. Plus proche de l’Anfa Hôtel , George Renaudin réalisera en 1937 à Aïn Diab, « la Réserve »
curieux compromis entre navire et aéronef qui semble survoler les vagues de l’océan. Bien d’autres encore seront
construits et deviendront le style emblématique de la ville.

La Réserve – Aïn Diab - Georges Renaudin Archi. – 1937
(Photo Flandrin)

Streamline – Carrefour Mers-sultan – Archi ?- Années 40
(Photo Emmanuel Neiger)

Immeuble Liberté – Carrefour Lemaigre Dubreuil - e Léonard René
Morandi Archi. – 1949-1950
(Photo Flandrin)

23

Immeuble Trémolède– Avenue des F.A.R. – Jabin Archi. – 1929

Si le style se développe particulièrement dans la ville blanche, et plus généralement au bord de l’océan, on le retrouvera presque partout au Maroc, surtout dans les villes nouvelles qui se développent dans ces années-là (Meknès anc. Avenue Mézergues, Tanger, Agadir…). Rien d’étonnant alors de retrouver ce style « paquebot » même en
pleine zone continentale comme ci-dessous à Marrakech.

Streamlines – Marrakech Gueliz- Années 40 ?- (Photos Pascal PLAZA)

24

La décoration intérieure de l’Anfa Hôtel (troisième version) nous rappelle la sobriété du style architectural qu’est le streamline moderne. Outre les grands damiers du sol, on retrouve les arrondis extérieurs sur les bords des maçonneries intérieures. Un alignement de petits hublots virtuels sur le
muret de l’ilot central confirme le style « paquebot ». Comme dans la version précédente, Boyer a
retenu un jeu de miroir pour accentuer volume et luminosité. Des appliques murales suffisent manifestement à l’éclairage nocturne de la pièce. Le Bar à l’américaine est dans la même philosophie et
n’est pas sans rappeler les bars des paquebots de la Transatlantique qui font régulièrement escale
dans le port de Casablanca. Petit clin d’œil également à ces navires avec les ferronneries façon Raymond Subes qui perdureront jusqu’aux années 50.

25

Tour arrière façon « timonerie » et « coursives » du bâtiment

26

Anfa Hôtel – Image tiré d’un film couleur de 1943 – Source : Archives de l’Armée Américaine

Anfa Hôtel – Vue depuis le Restaurant panoramique - Panorama réalisé par nos soins à partir d’images d’un film
couleur de 1943 - Source : Archives de l’Armée Américaine

27

Par Nicolas ALEXANDRE & Emmanuel NEIGER

…Anfa, un lieu qui a marqué l’histoire de Casablanca et l’histoire du monde
C’est dans l’Anfa-Hôtel, mais également dans d’autres lieux de la
colline d’Anfa comme Dar es-Saada qui accueille Roosevelt, que s’est
jouée la conférence d’Anfa au cours du mois de janvier 1943.
L’établissement est choisi par l’armée américaine pour accueillir
l’ensemble des délégations anglo-américaines et françaises lors de la
conférence. Le site du palace-hôtel est privilégié car il permet, outre
la proximité de l’aérodrome d’Anfa, une sécurisation plus facile et
une réquisition de quelques somptueuses villas1 pour les personnalités essentielles de la conférence dont les plus importantes, le président des Etats-Unis Roosevelt et le Premier ministre britannique
Churchill. Ce dernier raconte ainsi dans ses Mémoires de Guerre son
arrivée à Casablanca et sur les lieux de la conférence :
"En arrivant à Casablanca, nous constatâmes que tout avait été
somptueusement préparé. Un grand hôtel du faubourg d'Anfa avait
amplement de quoi loger les délégations britanniques et américaines, tout en étant pourvu de vastes salles de conférence.

Roosevelt et Patton , lors de la conférence- 01. 1943

Autour de cet hôtel se trouvaient un certain nombre de villas extrêmement confortables, l'une étant réservée au président, une autre à
moi-même, une troisième au Général Giraud, et enfin une quatrième au Général De Gaulle, pour le cas où il viendrait ; le tout était
clôturé d'un réseau de barbelés étroitement surveillé par des soldats
américains.

Etat-Major allié dans l’une des ailes de l’Hôtel durant
la conférence

Arrivé avec mon état-major deux jours avant le président, je fis
quelques jolies promenades sur les rochers comme sur la plage,
avec Pound et les autres chefs d'état-major. Des vagues magnifiques déferlaient en projetant d'énormes embruns, ce qui amenait
à s'émerveiller du fait que nos hommes aient réussi à prendre pied
lors du débarquement. Il n'y eut pas un seul jour d'accalmie. Des
rouleaux de 4 m 50 de haut se brisaient en mugissant sur de redoutables rochers. Rien d'étonnant à ce que tant de péniches de débarquement et de chaloupes aient chaviré avec tout leur équipage.
Mon fils Randolf était venu du front tunisien ; les sujets de réflexion
ne nous manquaient pas, et les deux jours passèrent avec rapidité.
Entre-temps, les chefs d'état-major tenaient chaque jour de longues
conférences ».2

1

« La D.C.A. américaine, sous les ordres de Railly, avait choisi Anfa comme plus facile à protéger. Elle avait fortifié un camp qui comprenait
l'hôtel d'Anfa, la villa de notre confrère marocain Pierre Mas, qu'occupait depuis le débarquement le général Patton, Dar-es-Saada, la propriété
de Mme Besson, destinée au président Roosevelt, et la villa Miranda, résidence de M. Churchill. Ce groupement facilitait les entretiens particuliers et les conférences d'état-major, II fut ceint d'un réseau de barbelés et hérissé de défenses anti-aériennes. A l'usage, le dispositif se révéla
parfaitement adapté à ses buts » (René RICHARD, « Les entrevues d’Anfa », Maroc, Terre d’avenir, Revue de la France d’Outremer, 1948, p. 138
2
Winston CHURCHILL, Mémoires de guerre, Tome II, 1941-1945, Paris, Ed. Taillandier, Coll. Texto, 2012, p. 434-435.

28

Ainsi, Winston Churchill réside dans la villa Miranda1, Harry Hopkins, principal conseiller diplomatique de Roosevelt dans la villa Pierre Mas de
l’architecte Abella construite en 1937 et déjà
occupée par Patton et Franklin Delano Roosevelt
dans la villa Dar es-Saada de l’architecte Erwin
Hinnen terminée en 19352.
C’est d’ailleurs cette dernière qui devient le véritable cœur battant de la conférence où
s’effectueront les principales discussions et négociations puisque Roosevelt, malade de la polio,
se déplace très peu et sa maladie doit rester secrète.
La plupart des photographies conclusives de la
conférence sont ainsi prises dans les jardins de la
villa dar es-Saada (voir photographies page suivante).

HINNEN, villa Besson-Maufrangeas (Dar es-Saada),
c.1935, 2, aire d’Anfa, Anfa-Supérieur.
Cette villa accueille Roosevelt.

Roosevelt et Churchill dans les jardins de Dar esSaada.
Correspondants et photographes viennent assister à
la conférence de presse marquant la fin de la conférence d’Anfa (24 janvier 1943)

1

Architecte inconnu.
J. W. HUSTON, American Airpower Comes of Age. General Henry H. “Hap” Arnold’s Wold War II Diaries, vol 1, Air University Press, 2002, p.
464.
2

29

Erwin HINNEN, villa Besson-Maufrangeas (Dar es-Saada), c.1935, 2, aire d’Anfa, Anfa-Supérieur.

JL. Cohen, M. Eleb, Les mille et une villes de Casablanca, Paris, ACR Edition, 2003, p. 214.

30

…Mémo : LA CONFERENCE D’ANFA
Conférence réunissant Roosevelt et Churchill, du 14 au 24 janvier 1943, dans une villa d'Anfa à huit kilomètres de Casablanca.
Ces derniers auraient souhaité une rencontre à trois, mais Staline déclina l'invitation. Ils prirent un certain nombre de décisions d'ordre militaire, rendues urgentes par le succès du débarquement en Afrique du Nord : l'organisation de la conquête
de la Sicile et des opérations en Méditerranée. Une tentative
pour régler le conflit Giraud-de Gaulle échoua. L'importance
politique essentielle de la conférence résida dans l'énoncé par
Roosevelt du principe de la reddition inconditionnelle de l'Allemagne, de l'Italie et du Japon. Churchill, prévenu, mais en
termes, semble-t-il, assez vagues, en accepta le principe malgré
certaines réticences concernant en particulier l'Italie. Le but de
Roosevelt était d'éviter de se lier par des conditions d'armistice
(en raison du mauvais souvenir que laissait l'expérience des
quatorze points de Wilson de 1918) et de convaincre les Soviétiques que les Occidentaux ne recherchaient pas une paix séparée avec l'Axe.
Georges-Henri SOUTOU, « CASABLANCA CONFÉRENCE DE (1943) », EncyclopædiaUniversalis .

Pour les nationalistes marocains et pour le sultan Sidi Mohammed Ben Youssef, la conférence d’Anfa a été une occasion privilégiée de négocier la cause de l’indépendance marocaine auprès de la première puissance mondiale.
L’argumentaire s’appuyait largement sur le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » directement inspiré de la
Charte de l’Atlantique signée par Roosevelt et Churchill en 1941. C’est le 22 janvier 1943 qu’a lieu la rencontre entre
Roosevelt et le Sultan au cours d’un repas. La question de l’indépendance y est directement abordée au grand dam
de Churchill qui participe lui aussi au dîner et qui se voit confronté à ses contradictions, signataire de la Charte de
l’Atlantique et en même temps à la tête du plus grand empire colonial de la planète.
Deux témoins privilégiés évoquent ce dîner. Eliott Roosevelt
évoque ainsi l’entrevue dans ses mémoires (Mon père m’a dit,
1947) : « Ce fut un dîner tout à fait charmant. Tous les convives, à
l'exception d'un seul, passèrent une heure très agréable. Comme
nous sortions de table, le Sultan assura mon père que, dès que la
guerre serait terminée, il ferait appel à l'aide des États-Unis pour
donner à son pays un plein essor. Tandis qu'il parlait, ses yeux brillaient de joie. Un nouvel avenir pour mon pays, dit-il ».
L’autre témoin direct n’est autre que le fils de Sidi Mohammed Ben
Youssef et futur roi Hassan II. Il apporte dans son ouvrage Le Défi,
publié en 1976, ce commentaire sur les intentions américaines : «
Non seulement les États-Unis ne mettraient aucun obstacle à l'indépendance marocaine, mais, affirme-t-il, cette indépendance
serait favorisée par une aide économique convenable ».

31

22 juillet 1943 – Conférence d’Anfa

Au 1er plan de gauche à droite, le Sultan du Maroc Sidi
Mohammed Ben Youssef, le Président américain Roosevelt et le Premier ministre britannique Churchill.

L’Anfa Résidence: 1938
L’hôtel s’agrandit une nouvelle fois au lendemain du second conflit mondial. On opte cette fois pour la construction
d’une annexe, « l’Anfa Résidence » (voir ci-dessous). Les travaux sont une nouvelle fois confiés à Marius Boyer.
C’est Emile Duhon qui achèvera le chantier en 1948. L’annexe est édifiée en respectant la ligne architecturale «
streamline » tracée par Marius Boyer en 1938 mais en structurant le bâtiment sur deux ailes en assemblage cordiforme.

L’annexe et l’Anfa Hôtel (cliché des années 50)

32

Ci-dessus : La colline d’Anfa (Photo Flandrin - années 50)
ci-dessous : Publicité de 1953

33

RECAPITULATIF
Première
Version :
de 1910 à
1927 (?)

Seconde
Version :
de 1927 (?)
à 1938

Troisième
Version :
de 1938 à
1977 ?
destruction

Annexe :
1948

Début des années 2000 – restauration de l’ « Anfa Résidence »
Villa en remplacement de l’Hôtel (photos © Manuel Bléron – déc. 2013)
34

CONCLUSION
Si la colline d’Anfa semble être restée longtemps sans habitat, il n’est pas rare au gré des travaux de fondation ou
de surface de trouver du matériel préhistorique que nous pouvons rattacher aux industries acheuléennes anciennes, similaires à celles des carrières voisines de Sidi Abder Rhaman ou Thomas. Nous avons pu également confirmer la présence plus récente de pièces Atériennes dans le hamri de surface. L’homme primitif a donc fréquenté
très tôt cette colline en devenir. Rien d’étonnant donc à ce qu’il ait pu apprécier ce haut point d’observation et sans
doute sécurisant.
Ce dernier point ne semble pas pour autant avoir attiré des établissements antiques. Jusqu’à preuve du contraire
aucune trace de vestiges amazighs, carthaginois ou romains n’a été trouvée à ce jour.
Il faut attendre le XXème siècle pour voir apparaitre de manière timide les premières constructions par les européens. Si le bord de mer est préféré, la colline d’Anfa devient rapidement un lieu paisible favorable aux grandes
demeures bourgeoises loin du tumulte de la Casablanca naissante.
C’est en pleine période Art Nouveau que s’ouvre le premier Hôtel de la colline, probablement antérieurement à
l’arrivée de Prost et pas encore soumis à une règlementation architecturale précise. La révolution Art Déco va apporter avec Marius Boyer une personnalité et un luxe plus marqué aux prestations associées. Un premier restaurant panoramique va être valorisé par la vue large et profonde sur l’océan, coté Ain Diab et coté ville. Avec les années 30, c’est l’arrivée du dynamisme du style « streamline moderne » qui va profondément marqué le style de
nombreuses demeures de la colline. Choisi par les alliés peu de temps après l’opération Torch, l’Anfa Hôtel va devenir en 1943 la bâtisse symbole d’où ont été décidées les mesures pour libérer le monde du joug nazi. L’Anfa Hôtel avec ses trois versions résume à lui tout seul l’histoire architecturale de Casablanca.
Plus tardivement, Les architectes vont pouvoir magnifier leurs créations dans des espaces et un cadre toujours
préservés. Anfa devenant un véritable musée architectural à ciel ouvert que l’on pouvait découvrir en empruntant
les rues larges et calmes de la colline. La colline d’Anfa va donc progressivement connaître une urbanisation importante tout en conservant son cadre privilégié de villas et jardins.
Malheureusement la spéculation immobilière importante semble marquée ces dernières années par la disparition
progressive de cette cité jardin au profit d’un quartier de villas ou seule l’optimisation de l’espace est recherchée au
détriment des qualités de réalisations architecturales. L’Anfa Hôtel va rapidement en subir les conséquences puisqu’il est rasé dans les années 70 malgré la valeur historique de cette bâtisse, d’autres villas exceptionnelles disparaitront dans la foulée.
Nous pouvons espérer dans le cadre de mesures de protection et de classement que cette colline retrouve sa destination initiale, en préservant de manière définitive ce qu’il reste du mariage réussi entre paysage et architecture.

35

Bibliographie :
André ADAM, Histoire de Casablanca (Des origines à 1914), Aix-en-Provence, Publications des Annales de la Faculté des Lettres, Ed. Ophrys, 1968.
André ADAM, Essai sur la transformation de la société marocaine au contact de
l’Occident, Paris, Ed. du CNRS, 1968.
Winston CHURCHILL, Mémoires de guerre, Tome II, 1941-1945, Paris, Ed. Taillandier,
Coll. Texto, 2012.
Jean-Louis COHEN, Monique ELEB, Casablanca. Mythes et figures d’une aventure urbaine, Paris, Ed. Hazan, 2004.
Jean-Louis COHEN, Monique ELEB, Les mille et une villes de Casablanca, Paris, ACR Edition, 2003.
Emmanuel NEIGER, Pascal PLAZA, “Marius Boyer”, Facebook “Casablanca – Histoire et
patrimoine”, Coll. Architectes du Maroc, Juillet 2013.

Sitographie :
Georges-Henri SOUTOU, « CASABLANCA CONFÉRENCE DE (1943) », Encyclopædia Universalis
[en ligne], consulté le 17 janvier 2014.
URL : http://www.universalisedu.com/encyclopedie/conference-de-casablanca/
Rick Atkinson, The epic story of the liberation of Europe in World War II, consulté le 24 février
2014. URL : http://liberationtrilogy.com/books/army-at-dawn/historical-photos/slideshow/

36

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