Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère. .pdf



Nom original: Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdfAuteur: Amirouche CHELLI

Ce document au format PDF 1.5 a été généré par Microsoft® Word 2010, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 26/04/2020 à 10:53, depuis l'adresse IP 109.14.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 145 fois.
Taille du document: 272 Ko (9 pages).
Confidentialité: fichier public
🎗 Auteur vérifié


Aperçu du document


Le schwa ou voyelle neutre [ǝ] en berbère.
Par Amirouche CHELLI

Le mot "schwa" vient de la langue hébraïque et peut se traduire par "néant", "vide",
"rien" en français. En linguistique, ce mot, s'écrivant également "chva", désigne la voyelle
neutre ou zéro [ǝ], appelée familièrement "e" muet ou encore "e" caduc en français. Cette
voyelle ne relève que de la phonétique ; la phonologie qui est, comme nous l'avions déjà écrit
antérieurement, une phonétique fonctionnelle, ne lui reconnait pas de statut distinctif ou
oppositif à l'image de tous les autres sons vocaliques car, en général, il n'existe pas de paires
minimales qui permettent de la distinguer et l'opposer aux autres phonèmes de la langue. Elle
ne s'oppose à aucun autre son, ni même à son absence. Autrement dit, il n'existe aucun mot
susceptible de changer de signification selon que cette voyelle sera présente ou absente dans
son signifiant.
Phonétiquement, cette voyelle ne présente aucun des traits articulatoires, spécifiques
qui caractérisent les autres voyelles pleines. C'est la plus instable et la plus facile à articuler
vu qu'elle n'exige aucune tension musculaire et donc aucune déformation des organes
articulatoires dont la position est quasi-inerte. C'est une voyelle centrale, de timbre indéfini,
qui n'est ni très fermée, ni très ouverte, ni franchement antérieure ni vraiment postérieure, ni
rétractée, ni arrondie. Elle se réalise la langue au repos au bas de la cavité buccale avec la
bouche légèrement ouverte et les lèvres immobiles. C'est une sorte de lubrifiant qui permet le
maintien du rythme général de la parole en allégeant les rencontres indésirables et fâcheuses
de consonnes difficilement prononçables successivement. C'est généralement aussi cette
voyelle vide que l'on articule (l'interjection euh !) quand on ne trouve pas ses mots ou quand
on est étonné
1- La syllabation.
Une syllabe est une unité phonétique intermédiaire entre le phonème et le monème,
pouvant être articulée d'un seul trait et en un seul groupe de souffle. Elle n'est pas porteuse de
sens en tant que telle même s'il existe, dans toutes les langues du monde, des mots
monosyllabiques. La reconnaissance syllabique se fait intuitivement par les locuteurs natifs
d'une langue donnée, mais reste parfois difficile pour les allophones. Elle est constituée d'un
ou plusieurs phonèmes dont, le plus souvent, une voyelle qui constitue le noyau de ladite
syllabe. Les consonnes restantes, au nombre variable, entourent facultativement le noyau
vocalique. La structure de la syllabe est différente d'une langue à une autre, mais on rencontre
généralement les formes :
V, CV, VC, CVC, CCV, VCC, CCVC, CVCC, CCVCC, CCCV, VCCC, CCCVC,
CCCVCC, etc. (V = voyelle et C = consonne)
La syllabe la plus lourde théoriquement et dans toutes les langues peut aller jusqu'à
cinq consonnes avant ou après le noyau, mais jamais les deux en même temps. En français, il
est vraiment rarissime de trouver plus de trois consonnes avant ou après le noyau vocalique.
La seule syllabe attestée avec quatre consonnes postposées est "dextre", un mot vieilli qui
veut dire "main droite", que l'on retrouve aussi dans l'adjectif "ambidextre" qui qualifie
quelqu'un qui se sert indifféremment de ses deux mains pour faire certaines actions, comme
écrire par exemple.

Structure de la syllabe française.
Structure
V
CV
VC
CVC
CCV
VCC
CCVC
CVCC
CCVCC
CCCV
VCCC
CCCVC
CCCVCC
CVCCCC

Mot
eau
tas
île
fil
plat
orme
place
caste
tract
strie
arbre
strate
strict
dextre

Prononciation
[o]
[ta]
[il]
[fil]
[pla]
[ɔRm]
[plas]
[kast]
[tRakt]
[stRi]
[aRbR]
[stRat]
[stRikt]
[dɛkstR]

En théorie, une syllabe est composée de trois parties : l'attaque, le noyau et la coda.
L'attaque est la première partie de la syllabe. Elle est composée d'une ou de plusieurs
consonnes situées à gauche du noyau généralement vocalique. Le noyau est la partie centrale
et essentielle de la syllabe. Il est composé obligatoirement du phonème le plus sonore
acoustiquement, correspondant, la plupart du temps et dans beaucoup de langues, à une
voyelle qui devient le sommet de la syllabe. La coda est la partie finale de la syllabe, et elle
est composée de consonnes succédant à la voyelle formant le noyau. Si le noyau est
obligatoire dans la constitution d'une syllabe, l'attaque et la coda ne sont pas essentielles, une
syllabe peut très bien s'en passer et n'avoir qu'un noyau, comme pour les mots "eau", "en",
"ou", "est", "un", etc. Certains usages désignent sous le nom de "rime" le noyau vocalique et
la coda d'une syllabe quand elle existe. Ce qui ramène la composition d'une syllabe à une
attaque et une rime, composée à son tour d'un noyau vocalique et d'une éventuelle coda. Une
syllabe est dite ouverte quand elle n'a pas de coda, et fermée quand elle en a une.
Syllabe → attaque + noyau vocalique + coda.
Syllabe → attaque + rime (noyau vocalique + coda).
Le découpage syllabique ou syllabation est l'opération qui consiste à segmenter un mot
ou un énoncé d'une langue donnée en syllabes. Cette opération peut se faire aussi bien à l'oral
qu'à l'écrit. Cependant, dans une langue comme le français où l'orthographe ne reflète pas
toujours ce qui est réellement prononcé, les syllabations orale et graphique peuvent être
différentes et ne pas se superposer.
Dans toutes les langues, en raison de phénomènes phonétiques qui se produisent aux
frontières monématiques, comme les enchainements consonantiques ou vocaliques, les
liaisons, les épenthèses, les amuïssements, les élisions, etc. la syllabation d'un mot n'est
valable que quand ce mot est pris isolément. Une fois inséré dans un énoncé, ses différents

phonèmes peuvent former des syllabes avec ceux de leur voisinage immédiat et avoir, par
voie de conséquence, un découpage syllabique différent.
Machine → ma – chine : 2 syllabes.
Machine à coudre → ma – chi – na – coudre : 4 syllabes.
À l'exception des mots monosyllabiques pour lesquels les choses sont très simples et
claires puisqu'il suffit de mettre toutes les consonnes antéposées au noyau vocalique dans
l'attaque de la syllabe et celles qui lui sont postposées dans la coda, dans les mots ou les
énoncés polysyllabiques, il est difficile de déterminer, surtout quand on n'est pas locuteur
natif de la langue en question, si une consonne appartient à l'attaque d'une syllabe ou à la coda
de la précédente, autrement dit, il est difficile de déterminer la frontière ou la coupe
syllabique. Doit-on segmenter un mot comme "atlas" en deux syllabes, comme ceci : "a –
tlas" ou comme cela : "at – las" ?
Les phonéticiens qui se sont penchés sur la question et après avoir étudié plusieurs
langues du monde, ont conclu qu'il y a toujours un principe qui est respecté dans la formation
des syllabes, et donc dans le découpage syllabique. Ce principe se base sur la sonorité des
sons de la langue, c'est-à-dire l'ouverture de la bouche lors de l'émission dudit son. Plus la
bouche est grande ouverte, plus le son est sonore. Les phonèmes ne sont donc pas alignés
aléatoirement dans la chaine parlée, mais agencés de manière à décrire, en fonction du temps,
une suite de courbes croissantes et décroissantes sur un axe de sonorité, dont les sommets sont
les noyaux syllabiques, et les creux, les frontières.
Les phonèmes rentrant dans la constitution d'une syllabe se sonorisent crescendo, de la
première consonne de l'attaque jusqu'au sommet de la syllabe correspondant au noyau
vocalique, et suivent le chemin inverse jusqu'à la dernière consonne d'une éventuelle coda. Le
degré de sonorité est donc croisant avant le sommet syllabique et décroissant après celui-ci.
Ce qui revient à dire que les consonnes se rangent automatiquement et naturellement de la
moins sonore à la plus sonore avant le sommet et de la plus sonore à la moins sonore après le
même sommet syllabique représenté le plus souvent par l'un des phonèmes les plus sonores
que sont les voyelles.
Parallèlement à cette échelle de sonorité et sur la base d'un second principe dit de
maximisation, les consonnes contiguës et successives comprises entre deux sommets
syllabiques sont à considérer comme appartenant à l'attaque de la syllabe qui suit plutôt qu'à
la coda de celle qui précède, tant que cette hiérarchie sonore n'est pas rompue. En d'autres
termes, on ne rattache une consonne à la coda de la syllabe précédente que si elle est plus
sonore que sa voisine subséquente.
En appliquant ce qui vient d'être dit à propos des principe de sonorité et de
maximisation, on déduit que la bonne segmentation syllabique du mot "atlas" est "a – tlas" et
non pas "at – las", car l'occlusive dentale /t/, étant moins sonore que la liquide /l/, appartient
donc à l'attaque de la seconde syllabe et non pas à la coda de la première. En revanche un mot
de même schème morphologique tel que "alsace" sera segmenté, conformément aux mêmes
règles, toujours en deux syllabes, mais "al – zas", car la consonne liquide /l/ est plus sonore
que la fricative /z/. De ce fait, elle fera donc partie de la coda de la première syllabe. Ceci dit,
une consonne intersyllabique s'ajoute à l'attaque de la syllabe suivante ou à la coda de la
syllabe précédente selon qu'elle est moins ou plus sonore que la consonne qu'elle précède ou
qui la suit. Enfin, quand deux ou plusieurs consonnes ont le même degré de sonorité, elles ont

le même statut et sont donc séparées par la coupe syllabique. Un mot comme "obtus" se
décompose en deux syllabes "ob – tu" et se réalise couramment, à cause du phénomène
d'assimilation déjà vu, "op – tu".
Voici les phonèmes français, du moins sonore au plus sonore : consonnes occlusives
(p, t, k, b, d, g), consonnes fricatives (f, s, ch, v, z, j), consonnes nasales (m, n, gn, ng),
consonnes liquides (l, r), semi-voyelles ou glides (w, y, ui) et enfin toutes les voyelles orales
et nasales de la plus fermée à la plus ouverte.
2- La voyelle neutre en français.
Dans le système phonétique du français, il existe trois voyelles très proches mais
légèrement différentes sur les plans articulatoire et acoustique. Il s'agit du "e" fermé noté [ø]
comme dans le mot "peu", du "e" ouvert noté [œ] comme dans le mot "peuple" et enfin du "e"
central appelé voyelle neutre et noté [ǝ] comme dans le mot "petit". Bien que ces trois sons se
réalisent différemment sur le plan articulatoire, les paires minimales qui les opposent les uns
aux autres sont vraiment rarissimes, pour ne pas dire inexistantes. La seule opposition
qu'évoquent la plupart de linguistes est pelage/plage, dans laquelle on remarque aisément que
le shcwa ou voyelle neutre, dont la prononciation est obligatoire, s'oppose parfaitement à son
absence, c'est-à-dire que le mot change de signification juste par sa seule présence ou absence.
La phonologie parle d'un archiphonème [Œ] produit ouvert ou fermé selon le contexte
phonique ou encore la région géographique. Quant à la voyelle neutre, elle reste une voyelle
instable et très fluctuante, complétement muette dans certains environnements phoniques ou
régionaux et certains registres de la langue, facultative et obligatoire dans certains autres cas
de même nature.
Contrairement aux autres voyelles pleines du système phonologique français qui se
prononcent dans tous les contextes où elles apparaissent, la voyelle neutre est susceptible de
s'effacer et disparaitre complétement sans rien changer au sens du mot ou de l'énoncé. Que
l'on prononce ou pas le "e" compris dans le mot "petit" ne change rien au sens du mot, et il en
est de même pour le "e" de la préposition "de" dans la phrase "un sac de sable". Dans les cas
où la voyelle neutre est obligatoire, elle se réalise alors, selon les contextes phoniques
immédiats, comme l'une ou l'autre des deux réalisations de l'archiphonème [Œ], à savoir le "e"
fermé noté [ø] ou le "e" ouvert noté [œ]. On prononce aujourd'hui "de" (la préposition)
comme "deux" (le chiffre) avec un "e" fermé. On prononce, à moins de faire vraiment
attention, "demain" comme "deux mains", le pronom personnel "je", pris isolément, comme le
nom "jeu", l'adjectif démonstratif "ce" comme le pronom du même nom "ceux", etc.
Par ailleurs, on enregistre également des différences régionales et stylistiques relatives
au registre et au niveau de la langue. Les natifs du Sud de la France prononcent plus la
voyelle neutre que leurs compatriotes du Nord ou les Québécois. Aussi, les Parisiens réalisent
couramment les mots "poêle" et "poil" sans aucune nuance phonétique notable, alors que les
Occitans produisent le premier mot avec une voyelle neutre finale bien articulée, presque
égale au "e" ouvert. Sur le plan stylistique, la prononciation de la voyelle neutre est
proportionnelle au registre de la langue utilisé, plus le registre est soutenu, plus la voyelle
neutre est bien réalisée phonétiquement, et vice-versa.
Sur le plan graphique, la voyelle neutre [ǝ] correspond à la lettre "e" de l'alphabet
orthographiée le plus souvent sans accent. Cependant, il arrive que cette voyelle soit marquée
par "ai" (faisais) ou "on" (monsieur), et aussi que cette même lettre "e" rende les réalisations

fermée et ouverte de l'archiphonème [E] quand elle est suivie d'un "x", de deux consonnes
identiques ou différentes quand la seconde n'est pas "l" ou "r" et aussi dans certaines finales
de mots en er (boucher), ez (nez), ed (pied), ef (clef), et (reflet), es (mes). Enfin et
exceptionnellement, ce graphème "e" se prononce [a] dans le mot "femme".
La grande question qui se pose au sujet de cette voyelle neutre, en plus du caractère
graphique et notamment pour un apprenant allophone, c'est de savoir quand elle est muette et
donc supprimable, obligatoire et donc prononçable et facultative, donc optionnelle. En général
et en français standard, cette voyelle neutre ("e" muet ou caduc) est supprimable, et donc non
prononçable, en finale de mots et quand elle est suivie, au sein du mot ou du syntagme,
directement par une voyelle pleine. Le "h" aspiré est à considérer, à cet effet, comme une
consonne. Par contre, si la voyelle neutre est entourée par au moins trois consonnes, elle est
obligatoirement produite, ne serait-ce que furtivement, phonétiquement parlant. Dans le reste
des cas, son apparition dans la chaine parlée est facultative et donc optionnelle selon le
registre linguistique ou tout simplement la volonté du locuteur.
Quand la voyelle neutre est comprise entre trois consonnes et plus, le nombre de
consonnes se situant de part et d'autre, ainsi que la nature de ces consonnes, jouent un rôle
dans sa réalisation et sa perception. La voyelle neutre est plus perceptible quand il y a plus de
consonnes à sa gauche qu'à sa droite, et quand ces consonnes s'enchainent selon l'échelle de
sonorité que l'on a vue dans la syllabation. Ce qui revient à dire que la voyelle neutre est
prononcée dans un but épenthétique pour mieux sonoriser le sommet syllabique que les
consonnes font généralement très mal et difficilement toutes seules.
Quelques illustrations.
- Voyelle neutre en finale de mots simples ou devant une voyelle au sein du syntagme.
Une belle valise, un acte administratif.
- Voyelle neutre suivie d'une consonne ou comprise entre deux consonnes.
Un dénuement, la tige casse.
- Voyelle neutre précédée de deux consonnes et suivie d'une voyelle.
L'arbitre a sifflé, il est svelte et beau.
- Voyelle neutre comprise entre une suite de trois consonnes ou plus.
La dernière pluie (une à gauche et deux à droite).
Une fine strate (une à gauche et trois à droite).
Un énorme gâteau (deux à gauche et une à droite)
Quelques grammes (deux à gauche et deux à droite).
Un arbitre strict (deux à gauche et trois à droite).
Un monstre vert (trois à gauche et une à droite).
Un lustre plat (trois à gauche et deux à droite).
Un arbre strié (trois à gauche et trois à droite).
Remarque.
Un phénomène de chute totale de la consonne vibrante /R/ se produit parfois dans
certains usages du langage parlé, quand la voyelle neutre est située entre plus de trois
consonnes. Un segment comme "un autre bruit" se réalise couramment "un aut'bruit". Cela

raccourcit le segment, réduit le nombre de consonnes contiguës qu'il contient et permet
d'éviter la production obligatoire de la voyelle neutre. Au lieu de produire la voyelle neutre,
on choisit, selon la facilité et la loi du moindre effort, d'amputer le segment phonétique d'une
consonne radicale et donc de ne pas la prononcer.
3- La voyelle neutre en berbère.
En langue berbère en général, la voyelle neutre est aussi une voyelle phonétique
instable qui jouit d'une forte mobilité au sein des segments phonétiques de la chaine parlée.
On entend par segment phonétique, tout mot ou groupe de mots orthographiques se
prononçant d'un seul trait, sans pause ni rupture entre eux dans la chaine parlée. Ces
déplacements fréquents de la voyelle phonétique [ǝ] sont étroitement liés à la syllabation qui
s'opère, elle aussi, selon les segments phonétiques et non pas selon les unités prises isolément.
La structure syllabique d'une unité qui change selon sa déclinaison, sa flexion et ses rapports
syntaxiques entraine souvent le déplacement de cette voyelle neutre pour ajuster le rythme,
lubrifier et sonoriser, un tant soit peu, les syllabes exclusivement consonantiques. La voyelle
neutre vient se rajouter alors à la consonne la plus sonore pour l'aider à assumer le rôle de
sommet syllabique selon les règles évoquées précédemment.
Les unités concernées par l'apparition de ce lubrifiant phonétique, ainsi que par sa
mobilité, sont les nominaux quand ils se déclinent ou s'associent avec des éléments
grammaticaux divers comme les affixes personnels, les déictiques et autres, les verbes quand
ils se conjuguent ou s'emploient avec des pronoms compléments ou des particules de direction
et, à un degré moindre, les prépositions et certains autres déterminants quand ils se combinent
à des pronoms personnels compléments d'objet direct ou indirect, à des affixes personnels à
valeur possessive et à des modalités démonstratives.
Dans le mot simple, c'est-à-dire sans aucune déclinaison, flexion ou expansion
primaire, autrement dit, considéré en dehors de tout contexte morphologique ou syntaxique, la
voyelle neutre apparait, à chaque fois qu'un groupe de deux ou trois consonnes est constitué,
pour se joindre à la consonne assurant le rôle de noyau syllabique selon le principe de
sonorité. Sa position est très prévisible et facilement localisable. Le vide vocalique apparait
toujours avant la dernière consonne du groupe et ensuite entre chaque paire de consonnes si
l'endroit n'est pas déjà occupé par une voyelle pleine, jusqu'au début du mot où il n'est pas
exclu de trouver parfois cette voyelle neutre. Les consonnes tendues sont considérées, dans
ces cas, comme des suites bi-consonantiques au milieu des mots et comme une seule
consonne en initiale. La voyelle neutre apparait avant la consonne finale car elle ne peut pas
constituer une syllabe ouverte. Une syllabe constituée avec la voyelle neutre comme noyau
doit toujours posséder, contrairement aux autres voyelles pleines /a/, /i/ et /u/, une coda. Les
structures syllabiques V et CV sont impossibles quand V est représenté par la voyelle neutre
[ǝ].
- Sser (charme), tewser (vieillesse), zzher (chance), izem (lion), awren (semoule), amergu
(grive), amrabeḍ (marabout), aferṭeṭṭu (papillon), etc.
- Rfed (soulever), rwel (s'enfuir), ṭṭerḍeq (exploser), ddukel (aller ensemble), beddel
(changer), kcem (rentrer), gzem (couper), etc.
- Annect (de la taille de), nutenti (elles), nekni (nous), werɛad (pas encore), ines (à lui),
nezzeh (suffisamment), timendeffirt (en arrière), etc.

Certains radicaux verbaux monosyllabiques font exception et se présentent avec un
vide vocalique obligatoire en initiale, tels que erγ (se brûler) els (se vêtir), efk (donner), eǧǧ
(laisser), ečč (manger), ens (passer la nuit), erẓ (casser), enγ (tuer), eẓd (moudre), eẓḍ (tisser),
ers (descendre), eks (paitre), enz (se vendre), etc. On remarque que, dans toutes ces unités
bilitères, la première consonne est toujours plus sonore que la seconde. Quand c'est l'inverse,
la voyelle neutre se met plutôt au milieu comme dans le verbe γer (lire, étudier) ou la
préposition ayant la même forme, c'est-à-dire que la voyelle neutre précède toujours la
consonne la plus sonore dans la syllabe pour former avec elle le sommet syllabique.
Quand le mot est inséré dans un moule morphologique ou dans un contexte
syntaxique, les choses se compliquent et la voyelle neutre se déplace selon les nouvelles
unités qui viennent se rajouter ou se rattacher à ce mot simple. Les nouveaux segments ainsi
formés se prononcent d'une seule traite, comme des segments phonétiques uniques et donc
comme un ensemble de syllabes soudées oralement. La voyelle vide apparait ou se déplace
toujours vers le sommet syllabique pour renforcer la consonne s'y trouvant, quand il n'y a pas
de voyelle pleine, de manière à ce qu'il n'y ait pas de syllabes exclusivement consonantiques
et que chaque syllabe de la chaine ait, à défaut d'une voyelle à son sommet, au moins un
semblant de voyelle pour sonoriser le sommet et le rendre plus perceptible acoustiquement.
Le nombre de voyelles neutres qui apparaissent dans une chaine phonétique donnée
dépend de sa longueur et aussi du nombre de consonnes contiguës et successives, et par
ricochet, du nombre de syllabes que l'on peut former dans le segment phonétique en question.
On peut trouver en berbère, des suites consonantiques pouvant contenir jusqu'à une dizaine de
consonnes articulées sans aucune voyelle pleine et sans aucune pause ou rupture entre elles.
/Skcmnt tnt/ (elles les ont rentrées ou fait rentrer). La position de chaque voyelle neutre
dépend de la hiérarchie sonore des consonnes en présence, mais aussi parfois du découpage
syllabique que l'on peut faire à tort ou à raison. C'est un peu comme dans l'exemple précédent
concernant le mot "atlas".
Un segment comme /awḍd/ (aweḍ-ed : arriver vers l'endroit où se trouve le locuteur)
peut être réalisé phonétiquement de deux manières, soit comme [awḍed], soit comme
[aweḍd], c'est-à-dire avec une voyelle neutre avant ou après la consonne rétroflexe /ḍ/. La
deuxième prononciation est contraire au principe de maximisation des consonnes dans la
syllabe puisqu'elle suppose un découpage syllabique en "a – weḍd" alors que la semi-voyelle
/w/ ne peut pas appartenir à cette syllabe car elle est plus sonore que /ḍ/. De ce fait, elle doit
obligatoirement faire partie de la coda de la syllabe précédente. Selon que l'on découpe en
"aw – ḍed" ou bien en "a – weḍd", la voyelle neutre n'occupe pas la même position par
rapport à la consonne /ḍ/, constituant le noyau et le sommet de la seconde syllabe. En plus de
ce cas de découpage syllabique double et volontaire d'une même séquence, il arrive que la
voyelle neutre apparaisse, disparaisse ou change de position au fur et à mesure que l'on
rattache des désinences, des morphèmes et des affixes divers. Cette latitude de la voyelle
neutre [ǝ] touche toutes les catégories syntaxiques de la langue susceptibles de recevoir des
segments grammaticaux avec lesquels elles forment des syntagmes phonétiquement
homogènes.
Les recommandations qui existent, à l'heure actuelle au sujet de la notation de cette
voyelle particulière dans une transcription quotidienne, sont celles émanant de l'Inalco en
1996. Elles préconisent de ne pas la noter en initiale de mots de plus de deux consonnes et de
ne pas tenir compte de la mobilité de cette voyelle et de la stabiliser dans l'écriture de façon à
ce que le même mot isolé s'écrive toujours de la même manière dans tous les contextes. Le

mot isolé est défini comme l’unité lexicale avec ses marques grammaticales non mobiles.
Correspondent alors à cette définition, tous les noms quels que soient leur genre, nombre ou
état, tous les verbes simples et dérivés conjugués ou non ainsi que tous les composés
agglutinés orthographiquement. Mais alors, doit-on écrire :
-

Imerqmen ou imreqmen (chardonnerets).
Tilmeẓyin ou tilemẓyin (jeunes filles)
Timnegbin ou timengbin (accompagnatrices de la mariée).
Terfḍed ou trefḍed (tu as soulevé).
Trefdem ou terfdem (vous avez soulevé).
Trefdemt ou terfdemt (vous avez soulevé, au féminin).
Sskecmen ou ssekcmen (ils ont rentré ou fait rentrer).
Tesṭerḍqed ou tesṭreḍqed (tu as fait exploser, éclater).
Sendiḍelli ou snediḍelli (avant-hier)

La règle des trois consonnes ne permet pas toujours de bien localiser la voyelle neutre
vu qu'elle ne précise pas la position exacte de cette voyelle vide, en ne disant pas s'il faut
mettre le "e" après la première ou avant la dernière des trois consonnes en question. De plus
les consonnes tendues, qui se comportent tantôt comme une seule consonne, tantôt comme
des suites bi-consonantiques, violent parfois cette règle se basant uniquement sur le nombre
de consonnes. On dit et on écrit "ikemmez" (il se gratte habituellement) avec la consonne
tendue entre deux "e" comme s'il s'agissait de deux consonnes différentes mais "kemmzen"
(ils se grattent habituellement), comme si /M/ était une consonne unique. La tension de la
consonne /m/ est d'une évidence incontestable dans cet exemple, car elle est pertinente et ne
pas en tenir compte conduirait respectivement aux formes verbales correspondantes à valeur
accomplie du prétérit.
Enfin, Il faut rajouter à cela que les nombreux verbes trilitères non vocalisés, dans
leur forme la plus simple, en l'occurrence à la deuxième personne du singulier de l'impératif,
considérée comme forme infinitive, ne sont réalisés concrètement ni comme CeCC, ni comme
CCeC, mais comme eCCeC. Sur le plan didactico-pédagogique, cette règle des trois
consonnes n'aurait aucun sens et ne serait d'aucune utilité à tout apprenant ne pouvant pas
s'appuyer sur sa grammaire mentale et sa connaissance orale de la langue.
La vraie raison qui justifie l'apparition ou la mobilité de la voyelle neutre relève
exclusivement des principes de sonorité et de maximisation des consonnes qui conditionnent
l'agencement de ces dernières dans la composition de syllabes et le découpage syllabique. Si
on peut prononcer indifféremment pour le verbe "rfed", les formes "trefdem" et "terfdem", on
ne peut, en revanche, faire la même chose avec le verbe "krez", qui a pourtant la même
morphologie que le verbe précédent. La forme tekrzem" est impossible à réaliser car le
découpage syllabique de la séquence /tkrzm/ en "tekr – zem" ou en "tek – rzem" est contraire
aux deux principes fondamentaux de la syllabation étant donné que la consonne /r/, en étant
plus sonore que les consonnes /k/ et /z/, ne peut donc faire partie ni de la coda de la première
syllabe ni de l'attaque de la seconde. Le seul découpage donc possible reste "tker – zem". Par
contre, dans les exemples avec le verbe "rfed", la chaine de sonorité n'est pas rompue car la
consonne /f/ est moins sonore que ses deux voisines immédiates. Que l'on découpe d'une
manière ou d'une autre, la maximisation est respectée aussi bien en attaque qu'en coda des
deux syllabes possibles.

Dans une perspective de normalisation, de standardisation et d'uniformisation de
l'orthographe berbère, il serait intéressant de considérer ce problème de position de la voyelle
neutre et de l'étudier sous l'angle de la syllabation. Il n'y a rien de mieux qu'une procédure
analytique phonétique pour comprendre et expliquer un phénomène purement phonétique. On
arrivera certainement, une fois qu'on aura analysé ces syllabes consonantiques du berbère,
selon les principes linguistiques universels dont est fait état antérieurement, à savoir la
sonorité et la maximisation, à situer le vide vocalique avec précision dans les mots simples
contenant des successions consonantiques et dégager des règles claires qui en fixeront alors
l'orthographe dans une notation usuelle.
Échelle de sonorité des phonèmes berbères.

Nature des phonèmes
+



Exemples

Voyelles

i, u, a

Semi-voyelles

y, w

Liquides (latérales et vibrantes)

l, r

Consonnes nasales

m, n

Fricatives ou spirantes sonores

b, d, ḍ, g, z, ẓ, j, γ, ɛ

Fricatives ou spirantes sourdes

f, t, k, s, c, x, ḥ, h

Occlusives sonores

b, d, g, q, ǧ

Occlusives sourdes

p, t, ṭ, k, č


Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdf - page 1/9
 
Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdf - page 2/9
Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdf - page 3/9
Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdf - page 4/9
Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdf - page 5/9
Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdf - page 6/9
 




Télécharger le fichier (PDF)


Le schwa ou voyelle neutre 'e' en berbère..pdf (PDF, 272 Ko)

Télécharger
Formats alternatifs: ZIP



Documents similaires


le schwa ou voyelle neutre e en berbere
laphonetique
la phonologie prof elhimer
nikiema matrice
phonetique progressive du francais
cours linguistique

Sur le même sujet..