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Le fonctionnement moteur
dans le cas d’autisme1
LE FONCTIONNEMENT MOTEUR DANS LE CAS D’AUTISME
SALLY ROGERS ET LOISA BENETTO

Sally Rogers2 et Loisa Benetto3

RÉSU M É

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Mots clés : Motricité, Autisme, Dyspraxie, Imitation.
SU M M ARY
Motor functioning in autism
There has been an increasing focus on difficulties in motor functioning in autism
in the past decade, both in relation to imitation performance and in other areas as
well. Particular focus has been placed on the question of dyspraxia related to both
fine motor and oral-motor functioning. The literature on motor dysfunction in autism
will be reviewed, and its role in skills like imitation performance will be considered.
Key-words : Motor functioning, Autism, Dyspraxia, Imitation.

L’autisme est un désordre neurodéveloppemental qui se caractérise par
des troubles des relations sociales et de la communication, et un éventail
restreint d’intérêts et d’activités. En raison de la nature sévère et persistante
de ces troubles, les recherches se sont surtout focalisées sur l’identification
des déficits neuropsychologiques sous-jacents, ou déficits primaires, qui
pourraient mener à la progression développementale des symptômes de
1. Traduction française de Jacqueline Nadel.
2. University of Colorado Health Sciences Center.
3. University of Rochester.
ENFANCE, no 1/2001, p. 63 à 73

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Durant les dix dernières années, un intérêt croissant s’est porté sur le fonctionnement moteur dans le cas d’autisme, en référence à l’imitation et à d’autres domaines.
La question de la dyspraxie a été centrale dans cette focalisation, qu’il s’agisse de la
motricité fine ou du fonctionnement oromoteur. Cet article passe en revue la littérature sur les dysfonctionnements moteurs liés à l’autisme, et leur rôle dans des habiletés
comme l’imitation.

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l’autisme. Une hypothèse qui reçoit récemment une attention accrue est
celle d’un déficit du fonctionnement moteur.
La référence à des caractéristiques motrices particulières est partie intégrante de la description de l’autisme depuis l’article originel de Kanner
(1943). Les individus manifestant des troubles dans la sphère autistique
(autistic spectrum), et en particulier de type syndrome d’Asperger, ont souvent été décrits comme maladroits, avec un tonus musculaire anormal et
une démarche particulière. En outre, beaucoup d’entre eux présentent des
comportements moteurs stéréotypés. Malgré la cohérence de ces observations, peu de travaux empiriques se sont intéressés à la nature de ces anomalies motrices dans le cas d’autisme et à leurs relations avec les déficits
plus caractéristiques qui se manifestent dans le domaine de la socialisation,
de la communication et du comportement.
Damasio et Maurer (1978) ont été les premiers à proposer que les anomalies motrices observées pourraient être indicatives d’un dysfonctionnement neurologique sous-jacent. Ils ont fait état de perturbations de la motilité, y compris des dystonies, des bradykinésies, des hyperkinésies, des
mouvements involontaires, un tonus musculaire, une démarche et des postures anormales, ainsi qu’une asymétrie faciale qui ressemble à une paralysie faciale des expressions émotionnelles. Ils ont avancé que ces symptômes moteurs ressemblent à ceux vus chez des patients atteints de lésions des
lobes frontaux, des ganglions de la base et du thalamus, y compris des
structures situées dans la partie médiane des lobes frontaux et temporaux.
Des études ultérieures examinant plus avant les habiletés motrices ont
généralement confirmé les observations de Damasio et Maurer quant à un
dysfonctionnement moteur. Ces études se sont concentrées sur le fonctionnement moteur de base, aussi bien que sur les déficits de planification
motrice, ou praxiques. Les chercheurs ont utilisé un large éventail de
méthodologies, y compris des études rétrospectives du développement précoce, des examens neurologiques et neuropsychologiques, et des analyses
des imitations. Dans les pages qui suivent, nous passerons en revue ce que
l’on connaît sur le fonctionnement moteur dans l’autisme, et nous suggérerons un modèle qui commence à expliquer comment un fonctionnement
moteur troublé peut perturber en cascade le développement normal des
enfants autistes.

PREMIER DÉVELOPPEMENT MOTEUR DANS LE CAS D’AUTISME

Plusieurs études pionnières ont rapporté des déviances concernant les
étapes motrices des enfants autistes (cf. DeMyer, 1979 ; Ornitz, Guthrie, &
Farley, 1977). Parmi les études les plus impressionnantes réalisées récemment, figurent des études montrant les différences motrices des enfants
autistes sur la base de vidéos familiales réalisées au cours du premier déve-

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loppement de l’enfant. Par exemple, Adrien et coll. (1993) ont évalué les
vidéos de 12 enfants autistes et de 12 enfants sans troubles du développement. L’analyse des vidéos précédant le premier anniversaire ont révélé une
hypotonie et un manque d’expression faciale dans le groupe des enfants
postérieurement diagnostiqués autistes, et les vidéos prises entre 12 et
24 mois ont révélé en outre des différences dans les postures. De même,
Baranek (1999) a montré que trois symptômes sensori-moteurs – une attention visuelle pauvre, l’exploration buccale des objets, et l’aversion pour le
contact physique – différencient, dans la période de 9 à 12 mois, les enfants
autistes des enfants à développement lent et des enfants sans troubles du
développement. Enfin, Teitelbaum, Teitelbaum, Nye, Fryman, et Maurer
(1998) ont examiné les vidéos de 17 jeunes enfants postérieurement diagnostiqués autistes. Leurs analyses ont révélé des perturbations motrices chez
des enfants autistes dès 4 à 6 mois. Ces études démontrent que des anomalies de mouvement sont présentes très tôt chez des enfants autistes, et peuvent même précéder l’émergence des symptômes classiques du syndrome.

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Une étude compréhensive du fonctionnement neurologique dans
l’autisme a été réalisée par Rapin (1996), qui a comparé des enfants autistes
à plusieurs groupes cliniques différents, tous manifestant de faibles capacités de communication. Ses résultats suggèrent que l’hypotonie est commune
aux enfants autistes, de même que des difficultés praxiques. De même,
Jones et Prior (1985) montrent une augmentation significative du nombre
des signes modérés de dysfonctionnement neurologique chez les enfants
autistes comparés aux enfants qui se développent sans problème, qu’ils
soient appariés sur l’âge ou sur le niveau développemental. Tous les enfants
autistes de cette étude ont manifesté des mouvements choréiformes, et 70 %
ont des difficultés d’équilibre. Cohen-Raz, Volkmar et Cohen (1992) ont
relevé, chez des enfants autistes, des différences frappantes dans des tâches
impliquant de rester en équilibre sur des surfaces instables.
Des études qui ont examiné les performances motrices globales ont aussi
montré l’existence de déficits spécifiques de l’autisme. Hauck et Dewey
(2001) ont trouvé un retard de cinq mois par rapport à un groupe contrôle
clinique. En outre, les enfants autistes n’avaient pas de dominance manuelle.
Selon Minshew, Goldstein et Siegel (1997), une déficience des habiletés
manuelles fines fait partie du profil neuropsychologique d’adultes autistes de
haut niveau de fonctionnement cognitif. Ces résultats rencontrent ceux de
Rumsey et Hamburger (1988), et ceux de Szatmari, Tuff, Finlayson et Bartolucci (1990). Enfin, Benetto (1999) a comparé les habiletés motrices de
19 enfants et adolescents autistes de haut niveau de fonctionnement à un

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ÉTUDES NEUROLOGIQUES ET NEUROPSYCHOLOGIQUES
DU FONCTIONNEMENT MOTEUR

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groupe de 19 jeunes dyslexiques soigneusement appariés. Les jeunes autistes
ont eu des performances significativement inférieures à celles des jeunes
dyslexiques sur trois des quatre facteurs du fonctionnement moteur évalués :
la force, la coordination bimanuelle, la stabilité et l’équilibre.

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L’imitation est un processus multifacette durant la première enfance,
qui peut servir des rôles cruciaux dans le développement du savoir social
avec des adultes et d’autres enfants (Nadel & Butterworth, 1999). À côté
des aspects sociaux de l’imitation qui ont été largement pris en considération (Nadel et al., 1999 ; Meltzoff et Moore, 1999 ; Rogers, 1999), l’étude
de l’imitation offre aussi une piste pour évaluer le fonctionnement moteur
dans l’autisme. Les tâches d’imitation se prêtent particulièrement bien aux
questions qui concernent la séquenciation et la planification des mouvements complexes, les dissociations entre les habiletés motrices concernant
différentes régions du corps (cf. mouvements orofaciaux versus mouvements
des membres), et peut-être encore mieux à l’étude du rôle des habiletés
motrices de base sur le développement des compétences sociales. Un déficit
de l’imitation motrice a tout d’abord été décrit par DeMyer et coll. (1972).
Depuis, il a été confirmé par les études de très jeunes enfants (Charman
et al., 1998 ; Stone et al., 1997), et jusqu’à l’âge adulte (Rogers et al., 1996),
avec des groupes à fonctionnement de bas niveau aussi bien que de haut
niveau (cf. Rogers et Pennington, 1991 ; Smith et Bryson, 1994 ; Rogers et
Benetto, 2000). Parmi les études bien contrôlées qui ont été publiées, seules
deux études n’ont pas retrouvé ces résultats (Charman et Baron-Cohen,
1994 ; Morgan et al, 1989).
Les études sur l’imitation motrice ont utilisé différentes tâches pour repérer des aspects distincts de l’imitation. En général, les études sur les jeunes
enfants utilisent des batteries d’imitation prises dans la littérature développementale, et les études sur les enfants plus âgés et les adultes s’inspirent de la
littérature médicale et utilisent des tâches d’imitation originellement développées pour dépister l’apraxie chez des patients neurologiques. Quand elles
examinent deux groupes d’âge, les études se focalisent sur trois habiletés : les
actions sur les objets, les mouvements manuels et posturaux, et les mouvements orofaciaux (y compris les vocalisations pour les jeunes enfants). Bien
que les enfants autistes manifestent des performances déficitaires comparées
aux contrôles dans les trois types de tâches, l’imitation d’actions sur les
objets tend à être moins déficitaire que l’imitation de gestes de la main
(cf. DeMyer et al., 1972 ; Stone et al, 1997), et l’imitation orale semble la
plus sévèrement atteinte (Rogers et al., en revue ; Page et Boucher, 1998).
Donc, le fait que l’imitation est plus affectée chez les personnes autistes
que chez celles qui présentent d’autres troubles est relativement bien établi.

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FONCTIONNEMENT MOTEUR DANS DES TÂCHES IMITATIVES

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Cependant, on ne sait pas quels mécanismes sous-tendent ces déficits imitatifs. Historiquement, l’imitation a été décrite comme une manifestation
d’un déficit métarepésentationnel (cf. Baron-Cohen, 1988). Cette théorie
était basée sur la nature sociale et communicative des enfants, et est cohérente avec les performances faibles des enfants autistes dans des tâches sur
l’imitation signifiante ou symbolique. Mais il y a de nombreuses études,
maintenant, qui montrent que les enfants autistes ont aussi de faibles performances à des tâches non signifiantes (cf. Jones et Prior, 1985 ; Smith et
Bryson, 1998). Dans deux études qui étudient à la fois l’imitation signifiante et non-signifiante, la signification semble aider les enfants autistes de
la même manière que les contrôles (Rogers et al., 1996 ; Stone et al., 1997).
Ces résultats ont conduit aux théories selon lesquelles les faibles performances en imitation sont secondaires dans l’autisme à un déficit de praxis
(Jones et al., 1985 ; Rogers et al., 1996 ; Gernsbacher et Goldsmith, en
revue ; Benetto, 1999).

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La dyspraxie se réfère à un trouble dans l’aptitude à planifier et exécuter des mouvements en l’absence d’autres symptômes moteurs (Ayres,
2000). DeMyer, Hintgen et Jackson (1981) ont été les premiers à faire
l’hypothèse que le déficit d’imitation dans l’autisme pouvait refléter une
dyspraxie sous-jacente. Une recherche ultérieure de Rogers et coll. (1996) a
testé cette hypothèse en faisant varier systématiquement la complexité et la
durée des stimuli à imiter. Les auteurs ont trouvé que les personnes autistes
ont généralement des performances plus mauvaises que les contrôles sur les
mouvements séquentiels comparés aux mouvements simples, ce qui suggère
que la planification et l’exécution de mouvements complexes pourraient
être déficitaires dans l’autisme. Des capacités faibles de planification
motrice iraient bien avec un déficit du fonctionnement exécutif. En effet,
des patients avec lésion du cortex frontal présentent souvent une dyspraxie
et d’autres troubles de la motricité intentionnelle (Heilman et Watson, 1991).
Deux autres études récentes ont évalué systématiquement les composantes de l’imitation non signifiante dans l’autisme, en se focalisant tout particulièrement sur le rôle du fonctionnement moteur et de la séquenciation des
comportements moteurs. Smith et Bryson (1998) rapportent dans le détail
les capacités de 20 enfants autistes de haut niveau à imiter des postures non
symboliques et des séquences, en utilisant des tâches contrôles pour la
mémoire gestuelle et la dextérité manuelle. Deux groupes de comparaison
appariés ont été constitués, l’un avec des troubles du langage, l’autre constitué de sujets présentant un développement normal. Les enfants autistes ont
montré des performances imitatives plus pauvres que les deux groupes de

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DYSPRAXIE ET AUTISME

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comparaison, pour les postures simples, de même que pour les aspects
praxiques et la dextérité manuelle. En outre, les capacités de langage réceptif expliquaient 11 % de la variance des habiletés imitatives des enfants
autistes, et la praxie en expliquait 37 %.
Benetto (1999) a conduit une expérience également pour évaluer quelles
sont les composantes de l’imitation déficitaires dans l’autisme. Elle a administré une batterie imitative de mouvements manuels non symboliques
variant en longueur et complexité à 19 enfants autistes de haut niveau et à
19 enfants dyslexiques. Ses résultats indiquent que les enfants autistes ont
des performances significativement plus pauvres que celles des enfants dyslexiques, avec des difficultés spécifiques à reproduire les configurations des
membres dans les postures et l’aspect kinesthésique des mouvements. Par
contre, ils ne manifestaient pas de déficits pour les mouvements impliquant
seulement les doigts et les mains. Ces résultats sont en accord avec un
récent travail rapportant une proprioception déficitaire mais des capacités
motrices fines chez des enfants avec un syndrome d’Asperger (Weimer
et al., 2001). Benetto ne trouve pas de différences entre les groupes pour des
tâches impliquant la connaissance du schéma corporel, la représentation
visuospatiale du mouvement ou la mémoire immédiate et différée du mouvement. Pourtant, le groupe des autistes a nettement moins bien réussi que
les contrôles à une batterie de tâches motrices de base, et cette faible performance motrice rend compte de certaines, mais pas de toutes les difficultés d’imitation chez les enfants autistes.
L’hypothèse d’une dyspraxie dans l’autisme a été aussi avancée pour
expliquer des problèmes non imitatifs, tels que la planification motrice et la
séquenciation (Hughes, 1996 ; Hill et Leary, 1993 ; Seal et Bonvillian, 1997).
Par exemple, la maladresse est classiquement liée à la dyspraxie, et les
enfants autistes comme les enfants avec un syndrome d’Asperger manifestent
une maladresse très caractéristique (Ghaziudin et al., 1994). En utilisant une
tâche motrice simple, Hughes (1994) a montré aussi des problèmes de planification motrice dans une étude comparative avec des adultes autistes.

RELATION ENTRE DYSPRAXIE ET SYMPTÔMES SOCIAUX
ET COMMUNICATIFS DANS L’AUTISME

L’un des aspects les plus intrigants des études sur la dyspraxie concerne
le fonctionnement orofacial. Page et coll. (1998), examinant la performance
motrice d’un groupe d’enfants autistes, indiquent que la dyspraxie oromotrice était présente chez 79 % des sujets, une prévalence plus forte que la
dyspraxie manuelle (55 %) ou les difficultés de motricité globale (18 %).
Dans une petite étude comparative, Adams (1998) rapporte aussi une plus
grande difficulté oromotrice chez des enfants autistes que dans le groupe de
comparaison.

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On sait qu’un pourcentage significatif d’enfants autistes n’acquiert pas
le langage, mais on n’a pas d’explication de ce phénomène. Lord et Pickle
(1996) ont montré que le degré de retard n’explique pas l’absence de langage dans l’autisme. Plusieurs études ont montré une relation entre
dyspraxie motrice et production de communication symbolique. Seal et
coll. (1997) trouvent une corrélation entre la précision du langage signé et
la taille du vocabulaire signé, avec deux mesures d’apraxie chez 14 personnes autistes. Slavoff et Bonvillian (2000) ont trouvé une relation entre performance, mesures de l’apraxie, taille du vocabulaire parlé, et taille du
vocabulaire signé.
Des études récentes apportent un élément supplémentaire en faveur de
l’hypothèse selon laquelle un dysfonctionnement moteur sous-tend
l’absence de langage parlé, au moins chez certains enfants autistes. Dans
une étude d’enfants autistes de 2 ans, Stone et coll. (1997) ont trouvé que
les mouvements corporels sont liés aux capacités de langage expressif, alors
que l’imitation d’actions sur des objets est indépendante de celle des mouvements corporels et associée aux comportements de jeu. Rogers et coll. (en
revue) ont aussi examiné la spécificité du déficit imitatif, à partir d’actes
imitatifs variés, et étudié la relation entre performance sociale et motrice
et capacités imitatives. L’étude a porté sur 20 enfants autistes (âge
moyen = 34 mois), 16 enfants avec un syndrome d’X fragile, et 19 enfants
ayant d’autres troubles du développement. Les enfants autistes sont significativement plus déficitaires en imitations globales, imitations oromotrices,
et imitations d’actions sur les objets. Les capacités imitatives des enfants à
X fragiles dépendent du fait qu’ils ont ou non des symptômes autistiques.
Dans le cas où ils ont des symptômes autistiques, ils présentent de sévères
difficultés imitatives, dans le cas contraire, ils imitent aussi bien que les
sujets contrôles. En ce qui concerne les enfant autistes, leurs capacités imitatives sont fortement liées à leur comportement sociocommunicatif, leur
langage expressif et leurs comportements de jeu, même lorsque l’on contrôle le niveau développemental. En particulier, l’imitation oromotrice rend
compte de la majorité de la variance du développement du langage.
L’histoire des performances motrices de ces jeunes enfants peut être
intéressante à considérer. Les parents d’enfants autistes rapportent qu’ils
ont marché plus tôt que ceux des enfants non autistes (13 mois en moyenne
au lieu de 17 pour le groupe en retard). Ainsi, dans la première enfance, les
enfants autistes de cette étude ont eu une motricité globale plus mature que
les contrôles. Mais à 34 mois, les enfants autistes et les contrôles ont un
niveau de performance motrice équivalent (soit environ 22 mois). Ces résultats suggèrent que le développement moteur peut suivre une trajectoire différente chez ces enfants autistes, avec un infléchissement relatif du développement moteur au cours des années. On retrouve ce pattern pour les
stéréotypies motrices, plus rares chez les jeunes enfants autistes que chez les
plus âgés (Charman et al., 1998 ; Osterling et Dawson, 1994 ; Werner
et al., 2000).

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LE FONCTIONNEMENT MOTEUR DANS LE CAS D’AUTISME

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Il y a des éléments convergents pour affirmer que les enfants autistes
ont des déficits significatifs du fonctionnement moteur, et que ces déficits
peuvent être présents dès la première année. Mais tous les aspects du
fonctionnement moteur ne sont pas affectés dans l’autisme. Ce sont plutôt
les conduites motrices plus complexes qui impliquent la planification et la
séquenciation, et intègrent des informations kinesthésiques. Par contre, des
capacités motrices relativement simples, particulièrement celles impliquant
les mouvements moteurs fins, peuvent être intègres. Les études rapportées
précédemment ont aussi montré que l’âge et la nature du groupe de comparaison jouent un rôle important dans le fait qu’une différence est manifeste ou pas. Il apparaît aussi que la motricité ne se développe pas au
même rythme chez les enfants autistes que dans d’autres cas de troubles
du développement, mais nous manquons d’études longitudinales.
Il y a de plus en plus d’éléments qui renforcent l’idée que la performance imitative dans l’autisme, si elle est affectée par la qualité des liens
sociaux avec les autres (Nadel et Pezé, 1993), est fortement influencée par
la fonction motrice globale. Ce lien entre le fonctionnement moteur et
l’imitation permet d’expliquer comment une capacité comme la praxis peut
jouer un rôle dans la progression développementale des symptômes de
l’autisme. Des modèles du développement normal ont montré l’importance
de l’imitation précoce pour le développement de l’intersubjectivité et
l’empathie (Stern, 1985), la compréhension de l’intentionnalité et la théorie
de l’esprit (Barresi et Moore, 1996 ; Meltzoff et Gopnik, 1993), la socialisation et l’acculturation (Rogoff et al., 1993 ; Tomasello et al., 1993), les interactions avec les pairs (Nadel-Brulfert et Baudonnière, 1982), le jeu symbolique (Piaget, 1962), et le langage (Kuhl et Meltzoff, 1996), tous aspects
absents ou altérés chez les enfants autistes.
Donc, les difficultés motrices depuis la première enfance, reflétées en
partie par des déficits imitatifs, pourraient bien avoir des effets négatifs
significatifs sur le développement communicatif, social et culturel dans
l’autisme. Cependant, les difficultés d’imitation reflètent aussi les difficultés
de précision et de timing de la motricité. Des progrès dans la compréhension de la nature des déficits d’imitation et dans la mise au point de programmes d’interventions requièrent de se focaliser à la fois sur les aspects
moteurs et interpersonnels de l’autisme.

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RÉSUMÉ

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RÉFÉRENCES

SALLY ROGERS ET LOISA BENETTO

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LE FONCTIONNEMENT MOTEUR DANS LE CAS D’AUTISME

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