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S’il te plaît, apprends moi à faire mes lacets .pdf



Nom original: S’il te plaît, apprends-moi à faire mes lacets.pdf
Titre: 1Cairn.info
Auteur: 2Cairn.info

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00 Enf&Psy n°20 11/05/05 15:31 Page 79

Catherine Potel-Baranes

« S’il te plaît, apprends-moi
à faire mes lacets ! »

Catherine Potel-Baranes
est psychomotricienne,
professeur à l’ ISRP
et à la Salpêtrière.

Prise en charge ! De lui ou de moi, qui est pris en
charge ? J’ai plutôt l’impression que c’est Robert qui
me « drive ». Quelle est sa demande ? que veut dire
cette insistance ? L’une des clés qu’il me donne est un
souvenir d’enfance : quand il était petit, il allait voir un
psychomotricien avec qui il jouait. Et c’était tellement
bien ! En entendant cela, je frémis : suis-je prise au
piège d’une « manœuvre » psychotique pour dénier le
temps de la réalité ? suis-je l’otage d’un temps qui ne
passe pas, d’un retour à l’enfance qui met du blanc sur
la vie, d’un retour à la case départ ? Mais si le désir de
Robert prend cette forme si peu constructive au début,
par la suite le travail avec lui va s’avérer productif et de
plus en plus passionnant et émouvant. Ce travail
ensemble durera quatre ans et prendra différents aspects
dont je ne peux malheureusement pas ici relater toute la
richesse.
Après avoir dit toute sa nostalgie des temps de jeu
avec son psychomotricien – quand Robert raconte, je
sens toute l’importance de l’imprégnation du sensoriel

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Robert est un jeune garçon de 15 ans. Depuis son
arrivée à l’hôpital de jour pour adolescents, il n’a de
cesse de vouloir me rencontrer : il veut voir la psychomotricienne, pour qu’elle lui apprenne à faire ses lacets.
Indication posée par lui, qui ne rencontre qu’indifférence. Ses sollicitations, tant auprès de moi qu’auprès
de sa consultante, font enfin écho malgré les méandres
institutionnels. Enfin, nous nous mettons d’accord pour
que cette prise en charge en psychomotricité puisse
commencer.

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Le souci du corps

et du corporel dans cet attachement relationnel « perdu » –
l’adolescent tourne la page et expose des objectifs extrêmement
précis : il veut apprendre car il a du mal dans la vie. Apprendre
à faire ses lacets, apprendre à ouvrir des boîtes de conserve,
apprendre à couvrir ses livres, à peler des fruits, apprendre à
danser. Robert est maladroit. Sa mère n’a jamais su ni pu
l’aider ; elle a abandonné. Me voilà embarquée dans une drôle
d’histoire. Moi qui me suis toujours refusée à envisager la psychomotricité comme une suite d’exercices avec résultats et
succès à la clé, je suis devant un jeune garçon qu’on appelle du
doux nom de « patient » avec des exigences incroyables !
ÉPREUVES

OU PREUVES

?

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En séance, l’apprentissage des lacets est une catastrophe.
Pourtant habituée aux pathologies psychotiques et à leurs cortèges de retards psychomoteurs, de dysharmonies, de troubles et
d’incapacités motrices majeures, je suis effarée de constater à
quel point il m’est impossible d’apprendre à Robert à reproduire un geste, faire un nœud, une boucle. Robert est hermétique à toute logique praxique. Son comportement et ses
attentes sont totalement teintés d’ambivalence. Son désir se
mélange au plaisir de me contrôler ou d’obtenir que je me
fâche. J’en viens à me dire que, tant que Robert n’arrive à rien,
au moins, me tient ! « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette,
le premier qui rira… » Justement Robert a beaucoup d’humour
et cet humour témoigne d’un plaisir du jeu qui m’empêche de
lui en vouloir tout à fait et de désespérer d’arriver jamais à un
résultat. Robert ne sait toujours pas lacer ses souliers. Mais un
jour, il arrive et me montre ses nouvelles chaussures. Miracle,
lui qui ne portait que des attaches velcro, ses chaussures brillent
des mille éclats de leurs lacets tout neufs ! Robert est fier de me
dire que grâce à moi il sait. Que s’est-il passé ? À vrai dire, je
n’en sais rien, sauf que nous avons bien bataillé « à bras-lecorps », presque « l’un contre l’autre », tellement il m’a fallu
ruser avec ses résistances. Cette lutte a pris pour emblème des
bouts de ficelle et de corde, véritable métaphore du lien psychotique que Robert tisse autour de moi et dans lequel je me
débats sans pour autant abandonner la partie.
Autre challenge : ouvrir les boîtes de conserve. Robert ne
sait pas manier un ouvre-boîte. Sa main, ses doigts se confondent avec l’objet. Ils sont l’objet. Il y a là un vrai risque, celui
d’y perdre un doigt, deux doigts, de recevoir une éraflure, une
griffure, d’éprouver une effraction de la peau et du corps.
Vigilante, je le suis, sentant toute la pression que Robert met
dans l’épreuve. Va-t-il une fois de plus survivre ? vais-je, moi,

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Elle a publié récemment :
Le corps et l’eau.
Une médiation
en psychomotricité,
Toulouse, érès, 1999.
Bébés et parents dans l’eau,
Toulouse, érès, 1999.
Psychomotricité :
entre théorie et pratique,
In Press, 2000, ouvrage
collectif sous sa direction.
« Intérêt des groupes
de psychomotricité
pour des adolescents
en hôpital de jour »,
dans Groupes et
psychomotricité,
le corps en jeu, Solal, 2002.

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« S’il te plaît, apprends-moi à faire mes lacets ! »

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L’impact de ce travail autour des praxies, auquel va s’ajouter un travail en « groupe-danse », se révèle très porteur psychiquement. Malgré une puberté entamée, Robert n’a pas
encore mué. Sa voix aiguë, comme perchée en haut de luimême, lui donne un aspect un peu débile. On se moque souvent
de lui. Pendant la deuxième année de prise en charge, j’entends
Robert tousser de plus en plus fréquemment. Une toux rauque.
Et puis un jour, une phrase entière, d’un grave impressionnant,
sort de lui. Une voix d’homme. Tout de suite, il s’excuse. Ce qui
nous donne l’occasion pour la première fois d’évoquer ce changement en lui, qui l’effraie tant. À moi, cette voix ne me fait pas
peur. Je le lui dis.
J’ai mentionné la diversité des formes de travail mises en
place avec Robert : travail individuel centré sur sa maladresse,
travail en groupe-danse. Au cours de la dernière année, je lui
propose un travail en relaxation. Je le sens prêt à investir un
espace thérapeutique moins infantile. Au début, il est impossible à Robert de rester allongé. Il est obnubilé par le « faire »,
le résultat à obtenir. La passivité de ce corps maladroit, toujours
dans le besoin de donner des preuves, l’inquiète, l’angoisse.
Mais peu à peu, le calme gagne du terrain. Robert va jusqu’à
s’endormir, ou même penser ! C’est nouveau. Il peut penser
sans faire. Il peut éprouver et dire.
CHERCHER

SA VOIE ET SA VOIX

!

Bien entendu, pendant tout ce temps-là – quatre ans –,
Robert grandit et se préoccupe de son avenir. Il a beaucoup
évolué, au point de surprendre tous les membres de l’équipe, y

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garder le titre qu’il me donne, Celle-grâce-à-qui-il-a-appris-ànouer-ses-lacets ? Bientôt le succès couronne nos efforts. La
boîte de conserve s’ouvre dans une joie bien gagnée et partagée.
Et Robert apporte un fruit à peler, des livres à couvrir. Je
constate qu’il aménage bien le temps de ses séances. Bientôt je
n’ai plus peur d’un trop de fusion, d’une impossible séparation
qui sanctionnerait toute avancée, si minime soit-elle. En fait,
Robert m’utilise. Et il m’utilise bien. Il s’est choisi un « substitut maternel », réinventé grâce à ses souvenirs d’enfant, lui que
sa mère ne supporte plus. Robert, avec son mètre quatre-vingts,
a encore besoin d’une relation de corps : être porté, être entendu
dans ce besoin certes régressif mais vital, être entouré, bercé,
bousculé, contenu, tout en gardant une identité d’adolescent en
mouvement. C’est bien de cela qu’il s’agit, que je sens très fort
quand je dois prendre les mains de Robert dans les miennes
pour accompagner la boucle ou le trait du plié sur le papier.

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Le souci du corps

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Le travail en relaxation permet que se dessine un espace où
son corps se délasse (les lacets se dénouent et se renouent maintenant à volonté), où ses pensées se déplissent, se déploient, à
la mesure des expériences qu’il vit (cette fois en dehors de l’hôpital de jour, dans le cadre d’une formation qu’il suit maintenant). Je partirai la première, pour un congé maternité. Robert a
suivi la progression de mon ventre qui s’arrondit, avec une
gêne, des sourires, et des souvenirs du bébé qu’il a été.
Quelques mois plus tard, Robert m’écrit pour me donner des
nouvelles et m’informer qu’il a entamé un travail de relaxation
avec un autre psychomotricien, en dehors de l’hôpital de jour.
Le temps passe et le corps de Robert réclame toujours cette
attention toute particulière, ce regard maternant, porteur, dont il
a encore besoin pour vivre, sans doute plus qu’un autre.
ATTACHEMENT

ET ACCOMPAGNEMENT

Que le corps est lourd quand il donne du souci ! Quelle
énergie à déployer pour que quelqu’un – un autre, des autres –
consente à aider à le porter ! Le travail avec Robert me laisse du
joyeux dans la tête. Sans doute parce que Robert était lui-même
joyeux et touchant. Je suis allée de surprise en surprise, toujours
décontenancée et déconcertée par sa vitalité. Robert était-il tout
simplement dans une joie de vivre communicative ? Non, bien
sûr cela ne suffit pas pour penser (je ne parle même pas d’expliquer) la capacité de certains de nos patients à s’attacher, un
attachement qui permet l’appui. Sans doute est-ce pour cela en
partie que ce travail que j’anticipais comme « ennuyeux » est
devenu si vivant et si enrichissant pour moi.
Je n’ai eu qu’à suivre Robert, à me laisser porter par mon
écoute de ce qu’il pouvait me dire au travers de ce corps mal-

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compris moi-même, par sa vivacité, son désir de vivre et d’apprendre, sa capacité à négocier des relations, des amitiés, à
tisser des liens, et surtout à bouger et sortir de la gangue qu’est
la psychose. Il est vrai qu’au début, nous étions loin de nourrir
trop d’espoir sur cet adolescent en marge du groupe, si dysharmonique qu’aucune place ne semblait lui convenir. Sans doute
étais-je moi-même porteuse, dans les premiers temps de notre
rencontre, de ce vœu destructeur, vœu de mort que l’on ressent
en parlant avec les parents de Robert. Ceux-ci ont bien du mal
à ne plus le considérer comme un imbécile heureux, tellement
ils sont déçus par ce fils abîmé qui ne fera jamais d’études.
Malgré tout il progresse, et cherche sa voie, comme il cherche
sa vraie voix, celle d’un homme et non celle d’un fils castré et
ligoté par une histoire indénouable.

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« S’il te plaît, apprends-moi à faire mes lacets ! »

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En pensant à Robert, et à bien d’autres, j’ai le sentiment que
ce travail qui pose le corps comme principal médiateur
d’échange et d’expression nous rapproche considérablement de
ce qu’une mère peut éprouver avec son bébé dans sa capacité à
être suffisamment bonne (là, évidemment, les théorisations de
Winnicott sont toujours très présentes en moi), suffisamment
solide, mais aussi suffisamment bienveillante pour qu’à un
moment donné il lui soit possible, sans trop de culpabilité, de
prendre de la distance et ainsi se permettre d’être moins inexorablement proche. Je ne parle pas ici d’un sentiment seulement
maternel. Je parle bien de ce dialogue tonico-émotionnel (J. de
Ajuriaguerra) qui passe par le corps, ses tensions, ses attentes,
ses détentes, et qui nous demande à la fois d’être totalement là
– vivant, réactif, participant, stimulant –, mais aussi, à la
manière d’une mère, à l’écoute des possibilités, des capacités,
des avancées de nos patients, en n’ignorant rien des rythmes,
des jeux de distance et d’espace qui scandent toute relation
humaine et qui traduisent autant de conflits internes, de mouvements de régression, d’agressivité, de haine ou d’amour.
Avoir le souci du corps, porter le corps : autant d’expressions qui pourraient induire l’idée d’un « travail prothèse », où
le langage symbolique du corps pourrait être oublié. Comment
vit-on dans son corps ? sommes-nous notre corps ? qui est propriétaire de ce corps dont il faut se soucier ? qui en est le locataire, un locataire à tel point dépendant que tout acte d’autonomie
serait vécu comme impossible ?
Reprenons l’exemple de Robert. Ses maladresses, son
incoordination motrice le gênent dans la vie, dit-il. Or, au cours
des séances, si quelqu’un exprime émotionnellement l’ennui, la
gêne, la colère ou le désespoir devant de telles difficultés, ce
n’est pas lui, c’est moi. Robert sourit, rit, heureux qu’on s’occupe de lui et de son corps. Va-t-il pouvoir dépasser ce bonheur

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adroit, ce corps si désespérément désorienté, parfois désorientable, qui mettait en péril certains de mes repères. Les lacets de
Robert résistaient avec la meilleure mauvaise volonté du monde
à toutes mes manigances pour les assouplir et leur imprimer des
nœuds et des boucles ! Certes ils provoquaient mes rages, mes
colères, mon sentiment de totale impuissance. Robert laissait
faire, incapable qu’il était de remettre de l’ordre dans ses dix
doigts. Mais il m’a toujours redonné confiance. Comme il est
étonnant de sentir cela alors qu’il serait plutôt dans la logique
des choses de penser que, s’il y en a un qui peut redonner
confiance, c’est bien le thérapeute et non le patient ! Or l’un
n’exclut pas l’autre.

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Le souci du corps

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En fait, et c’est cela qui est passionnant quand on s’occupe
du corps, le « décodage » de ce langage corporel passe forcément par nos ressentis et nos éprouvés. Ceux-ci vont organiser
nos réponses, tant corporelles que verbales. Dans cette phase de
travail avec Robert, la relation de corps « fusionnée » est
médiatisée par la réalité de la situation d’apprentissage.
RÊVERIE

ET PASSIVITÉ DU CORPS

:

UNE GRANDE AVANCÉE

!

Quelques années plus tard, Robert a changé. Je pense à la
relaxation pour lui. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Pour
que la relaxation ait des effets symboligènes, il est nécessaire
que le patient ait acquis une certaine capacité à être seul en présence de l’autre (surtout s’il s’agit d’un travail en individuel). Il
faut pouvoir supporter d’être dans un espace à soi, « à sa
place », accepter sans trop d’angoisse les temps de silence, la
rythmicité des inductions verbales et tactiles, les temps de verbalisation (c’est-à-dire un certain retour sur soi dans l’aprèscoup de la sensation). Il est remarquable, par exemple, de
constater comment, avec les enfants, la relaxation prend obligatoirement d’autres formes, notamment par cette réciprocité du
toucher que les enfants demandent de façon quasi systématique : « C’est à moi, c’est moi qui te le fais, etc. » Les enjeux
sont alors du côté de l’intégration des sensations et de la
construction du schéma corporel. Dans son investissement de la
relaxation, Robert montre combien il a changé. Lui qui ne supportait aucun « temps mort » va pouvoir s’abandonner au plaisir
de la passivité et de la rêverie. S’abandonner tout en restant
vivant.

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« stérile » d’être pris en charge, d’être dans cet état régressif,
rappel de l’enfance dont il me parle dès nos premiers entretiens ? Il revendique une autonomie sans pouvoir vraiment y
faire face. Comment l’aider à y trouver des avantages nouveaux ? Ici, réussir à lacer ses chaussures métaphorise d’une
certaine manière tout le trajet du nourrisson accompagné vers
l’autonomie. Au début de ce travail à deux voix, il me confie ses
mains. Nos quatre mains sont souvent enlacées autour de ces
lacets. Je mesure prudemment notre proximité corporelle. Je
n’en gomme pas les effets d’excitation, voire d’érotisation, qui
serait un empêchement à toute évolution. Ne l’oublions pas,
Robert n’est pas un nourrisson, même s’il en exprime les
besoins régressifs. C’est un adolescent. Je ne le prends pas dans
mes bras comme je pourrais le faire avec un tout-petit ; en
revanche, j’ai la sensation dans ce rapproché des mains qu’il
s’agit bien de la même chose.

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« S’il te plaît, apprends-moi à faire mes lacets ! »

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RÉSUMÉ
À partir d’une demande d’un travail très ciblé, centré sur ses
maladresses motrices, un jeune adolescent de 15 ans montre tout
l’enjeu d’un travail corporel pour lui. Au travers d’une aventure
clinique comme il en existe tant d’autres, l’auteur nous livre ses
réflexions quant à une certaine écoute du corps et de sa symbolique, écoute qui donne au corps son statut de premier médiateur
de langage en évitant une instrumentalisation qui serait contradictoire avec les objectifs d’un travail de thérapie à médiation
corporelle.

Mots-clés :
Médiation corporelle,
langage symbolique,
décodage, traduction,
apprentissage,
relaxation.

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Pour conclure, au travers de cette histoire, j’ai tenté de
démontrer combien il peut être fondamental et vivifiant que
quelqu’un s’occupe des symptômes moteurs mettant en souffrance un narcissisme déjà bien défaillant. On le sait, les enjeux
et les conflits psychiques interfèrent considérablement dans la
structuration du schéma corporel et dans l’intégration des différentes organisations praxiques. Mais ce n’est pas une raison
pour ne pas se préoccuper de cette réalité. Loin de moi l’idée
qu’il y aurait d’un côté le corps et de l’autre, l’être psychique.
Au contraire – et l’histoire de Robert l’illustre bien – le décodage et la traduction qui accompagnent les faits corporels
donnent au corps un statut de premier médiateur de langage.
Nous sommes loin d’une optique d’instrumentalisation du
corps.


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